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Une envie de livres ?

Affichage des articles dont le libellé est histoire moderne. Afficher tous les articles
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22/11/2011

Henri IV !

Le choc du soir. Mais un vrai, un gros.

Disons-le tout net, il y a très très peu de sites valables en histoire. Pour l'époque moderne, à part Persee.fr et Cairn.info, c'est simple, il n'y en a aucun que je puisse recommander à des étudiants.

Et là... en cherchant des gravures, je tombe sur ce site, cette merveille, ce prodige, ce miracle du net: http://www.henri-iv.culture.fr/

La musique est merveilleuse, les textes d'une grande qualité (site du ministère de la culture, réalisé par des historiens.

Une merveille vous dis-je...

J'en suis toute émue...
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11/10/2011

Les Trois mousquetaires - Ninja power !

J'ai failli une double crise cardiaque aujourd'hui. Ce n'est pas exactement le genre de chose qui arrive tous les jours, en général j'ai d'autres problèmes mais pas celui-là.

En fait l'une était prévisible, l'autre nettement moins. Dans les deux cas, ah non en fait dans un seul, celui qui était prévisible, j'avoue, je cherchais à me détendre entre deux pages de cours à rédiger et trois diaporamas à préparer pour rendre mon cours plus... plus... enfin pour faire joli quand je cause dans le micro (ou pas, mode Pierre Chaunu on). D'ailleurs, il faudra songer à placer les écrans des diaporamas sur le côté des amphis et pas derrière l'enseignant. Parce que se tordre le cou pour commenter une gravure, ce n'est pas terrible. Encore heureux quand il ne faut pas se lever en veillant à ne pas faire le pas de trop qui me ferait tâter du sol de l'amphi, quatre marches plus bas, plus vite que prévu. 

Plus joli, ce n'est même pas vrai, vu que l'on s'efforce d'expliquer aux étudiants les usages de l'image en histoire. On est des gens sérieux, quand même. Enfin, on essaie. Je ne doute pas que l'image soit un intermède sympathique pour nombre d'étudiants, mais ce n'est pas une raison. Ma démogagogie n'en est pas encore à faire voter pour ou contre la mort de Louis XVI en direct. Tiens, il nous faudrait ça, des manettes de vote. Ça pourraît être amusant. Je suis sûre que bien tourné, ça pourrait passer pour un projet TICE innovant (TICE: technique de l'information et de la communication pour l'enseignement ou LE truc branché de l'éducation depuis une grosse quinzaine d'années). Le truc qui fait que l'on distribue des portables aux mômes des quartiers défavorisés quand les enseignants doivent faire avec l'ordinateur, l'imprimante et le scanneur achetés avec leur premier salaire. Quand on voit l'état des manuels scolaire au bout de trois mois, je ne voudrais pas être réincarnée en portable pour adolescent, moi.

Bref, je suis tombée sur le dernier billet de L'odieux connard (c'est pas moi, c'est lui qui s'est nommé comme cela) (clic) à propos du dernier film portant à l'écran Les trois mousquetaires. Quand les Américains se mêlent de l'histoire de France et reprennent de manière terriblement originale le seul roman de Dumas qu'ils ont l'air de connaître, ça donne cette daube infâme. 

Il faudra quand même qu'un jour on m'explique pourquoi il faut absolument faire subir ce genre de supplice à un roman qui connaît assez de rebondissements comme cela. À la limite, si les Trois mousquetaires, personne n'en peut plus, ben, on a encore de quoi faire avec le reste de l'oeuvre de Dumas. Ce n'est pas comme s'il n'avait écrit qu'un livre. Quelqu'un peut se dévouer pour expliquer ça aux réalisateurs de bouillies américaines à gros budget? 

Déjà qu'avec les films français nous avons eu droit à La Fille de d'Artagnan avec  Sophie Marceau. Qu'elle montre ses seins en se dépoitraillant d'un geste à l'élégance absolue est à peu près le seul intérêt de ce film. Dans les Demoiselles de Saint-Cyr nous avions eu droit à un supposé projet de Madame de Maintenon de former les demoiselles - de St-Cyr donc - au métier d'avocat. Ben ouais. La vieille dévote a révolutionné l'éducation des jeunes filles, vous ne le saviez pas, Patricia Mazuy vous le révèle. Bam! Les innombrables versions du Bossu de Paul Féval nous livrent à chaque fois une amazone rebelle en lieu et place de la douce Aurore de Caylus (au hasard, la version de Broca de 2009 ah non, 1997)... j'en passe et des meilleures. 
Évidemment, il faudrait citer aussi la reine Margot de Chéreau, où notre bonne princesse Marguerite va courir la gueuse, ah non, le gueux, dans les rues de Paris, pour compenser les insuffisances de son époux. Je veux bien qu'une des maîtresses d'Henri de Navarre (Henri IV) lui a laissé la réputation de ne pas être un grand abatteur de bois (vous voyez cette chanson de Brassens, sussurrée par l'épouse d'un président, oui, celle-là (clic)? ben ça tourne autour de ce sujet). Mais il ne faut pas quand même pas exagérer. Pour certains, la palme du n'importe quoi est détenue par un obscur navet intitulé "Blanche" sorti en 2002, film de Bonvoisin avec Lou Doillon dans le rôle titre. Pour avoir eu un moment d'égarement, enfin être allée le voir en salle, je me suis demandé tout au long du film si c'était du premier ou du second degré. Si c'est l'hypothèse 2, il aurait fallu interner d'urgence le réalisateur. Dire que Jean Rochefort a joué là-dedans... Il devait vraiment avoir faim. Ou envie de rire.


Ma deuxième crise cardiaque de la journée - le cas non prévisible - j'étais simplement en train de travailler quand une âme charitable m'a envoyé un message avec ceci (âmes sensibles, détournez les yeux): 




Trouvé sur un cours en ligne. Non, je ne donnerai pas le nom du responsable. J'aurais bien aimé le contacter pour tousser, mais il n'y avait que le mail du responsable du site (académique) et pas de l'enseignant. Je suis restée atterrée. Parce que oui, les bourgeois ont des privilèges sous l'Ancien régime et TOUS les sujets du roi sous l'Ancien régime ont des privilèges. Puisque cette société ne se concevait pas en terme d'égalité mais de privilèges garantis à chacun selon ses "besoins" c'est-à-dire sa place dans la société, son métier. Un noble ne payait pas la taille car il payait l'impôt du sang (qui n'est pas une légende, nombreuses ont été les familles nobles décimées par la guerre). Un bourgeois - habitant d'une ville avant le XIXe siècle - de Paris ne payait pas la taille pas plus que les autres Parisiens. Les bourgeois des autres villes payaient moins de taille que les ruraux car beaucoup de villes avaient négocié un "abonnement", taux d'imposition moindre. Les habitants d'une paroisse perdue au fin fond du royaume avaient eux-aussi des privilèges. Le roi est à la tête d'une société qui est une justaposition de groupes privilégiés. La seule chose c'est qu'effectivement, le mot "privilège" a changé de sens passé les années 1750 et qu'il a désigné les droits accumulés (et l'enrichissement) d'une frange de la noblesse, très fortunée  (la noblesse de cour pour aller vite) et une partie du clergé également très aisé (les évêques). Ce qui est triste c'est qu'un tel raccourci montre d'abord que le professeur n'a pas compris le système politique de l'Ancien régime (en fait le système politique qui remonte au-delà, jusqu'au Xe siècle au moins). Donc qu'il ne comprend pas plus de 8 siècles de l'histoire politique française. Du coup, le jugement l'emporte, l'Ancien régime se confond avec la tyrannie des puissants sur les faibles. 

Tristesse. Pauvre époque moderne, toujours aussi malmenée... J'en viens à rêver des vieux films de cape et d'épée où l'on voyait nos ancêtres autrement que comme de pauvres guenilleux arriérés.


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19/05/2011

Est-ce que ça existe des centres de désintox pour souris?

J'avais dit que j'arrêtais, que j'avais besoin d'une cure, entamer un sevrage en quelque sorte. Au bout d'années le nez dans cette drogue, il vaut mieux arrêter, à force, on pourrait se faire du mal, qui sait. 
Oui mais je n'avais qu'une référence à vérifier. Une toute petite, j'vous jure m'sieur l'juge. Hahem. 

Et voilà comment on replonge. Droguée des archives un jour, droguée toujours. 

Ce qui n'était pas prévu, c'est qu'en pleine rédaction de la thèse, je trouve enfin des registres que je jurais perdus à jamais (à mon grand désespoir). Et là, paf ! Plus de vingt registres à dépouiller. Bien sûr il va y avoir des scories. Pas grave. J'étais tellement dingue ce matin de ma trouvaille, que je me dandinais comme d'habitude sur ma chaise. Je n'ai même pas pu faire autrement que partager ma joie avec l'archiviste qui était à son bureau à quelques pas. 

J'ai achevé la retranscription des cotes à partir de l'index, je suis revenue à ma table où m'attendaient mes trois premiers registres. Et là... là... Mamma mia. Des registres complets. Nets. Certains même avec leurs brouillons préparatoires. 

Bon, maintenant il faut se calmer. Si je relève tout, je pars pour plus d'un mois de travail. Et là j'ai le patron et le mari qui vont se liguer pour dire que j'abuse. Tristesse. Et puis ce n'est pas comme si ce soir je ne récupérais pas une cinquantaine de copies ( je prépare mes mouchoirs et mon cahier à perles, je sens que ça va servir).

Il va donc falloir se contenter de quelques relevés, de quoi faire quelques tableaux, quelques pages de synthèse. 
Là j'ai du biscuit même pour des étudiants qui voudraient faire un joli Master, de quoi faire travailler de petits jeunes (dit l'ancêtre du haut de ses... ans). Sur un sujet rare: les premières années de vie d'un petit prince au XVIIe siècle. Tout son univers, sa Maison, ont été conservés. Patience et dans quelques années on aura enfin des études sur les enfants princiers à l'époque moderne. M'est avis que l'on aura de jolies surprises. J'ai même trouvé la matière pour une étude sur les conditions de vie sur le front, en pleine guerre de Trente Ans.

Bon, être droguée, ça me fait au moins un point commun avec Docteur House.


Sinon la blagounette du jour: un romancier dont j'ai parlé récemment fait une page ou une page et demie par jour maxi. Il faut que les mots sonnent bien à son oreille. Eh bien on ne doit pas avoir des oreilles compatibles.
Oh misère, voilà que Teulé sort tout fier qu'il est allé se documenter sur l'homosexualité supposée d'Henri III (pas supposée, inventée par ses opposants) dans les mémoires de contemporains. Au fond de la piscine, il creuse, il creuse... Au secours !
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07/09/2010

La Brève histoire du Monde de Gombrich.


Si l'on a fait de près ou de loin un peu d'histoire de l'art, on connaît l'ouvrage de E. Gombricht, que dis-je, cette énorme référence synthétique, son Histoire de l'art. Mais il est aussi l'auteur d'un petit ouvrage (300 pages, 15 euros) parfait pour offrir à Noël à des adolescents un peu curieux, une Brève histoire du monde. On pourrait lui reprocher ce qui fait à mon avis sa principale qualité: ce récit de l'histoire du monde de la préhistoire à la seconde guerre mondiale, qui donne un souffle fabuleux à ce petit livre, qui le fait dévorer pour peu que l'on aime un peu l'histoire. Cela pourrait être le récit d'un grand frère, ou d'un grand-père. Pas de très longues explications, d'hypothèses, de longues séries chiffrées à l'appui, ni de sources ou de notes en bas de page, à la manière d'un ouvrage d'historien. Ce n'est pas le but. Il s'agit de faire découvrir et faire aimer la trame de l'histoire mondiale à des enfants et non de tout expliquer. Et le pari est tenu, si j'en crois les enfants qui l'ont reçu en cadeau dans mon entourage

Extrait de la quatrième de couverture

L'histoire de l'humanité racontée en quelque trois cents pages ? Aussi audacieux que cela puisse paraître, c'est le pari que s'est lancé Ernst Gombrich, et qu'il a relevé avec brio. Il choisit de tutoyer ses lecteurs, tel un grand-frère qui s'adresserait à ses cadets et, considérant que ceux-ci savent réfléchir par eux-mêmes, il ne les encombre pas d'explications simplistes. Il leur présente les personnages historiques emblématiques de leur temps et raconte les faits dans leur continuité, comme s'il ne s'arrêtait pas de parler, insufflant au récit un sens du rapprochement et de la contemporanéité des événements. Un ouvrage formidable pour apprendre l'Histoire sans en avoir l'air.


Vous trouverez ici un autre avis sur cet ouvrage (blogspot Oisivetés, billet du 4 mars 2007).


Voici quelques mots extraits du premier chapitre:

"Toutes les histoires commencent par "Il était une fois". Notre Histoire ne parle donc que de ce qui a été. Te souviens-tu? Il était une fois où tu étais petit (...) Avant d'avoir été ce petit enfant, tu étais un nourrisson. De cela tu ne peux te souvenir et pourtant tu le sais (...) on pourrait continuer ainsi à remonter toujours plus dans le temps (...) Mais le temps de lire ce message n'a duré qu'un bref instant. Car notre lumière descend de plus en plus vite. 1000 ans, 2000 ans, 5000 ans, 10 000 ans... En ce temps-là il y avait déjà des enfants qui aimaient les bonnes choses, mais ces enfants ne savaient pas écrire 20 000, 50 000 ans (...) Avant l'existence des montagnes, il y avait des animaux très différents de ceux d'aujourd'hui. Ils étaient gigantesques et ressemblaient à des dragons. Comment le savons-nous? On trouve parfois leurs os, profondément enfouis dans le sol. Par exemple au Musée d'histoire naturelle de Vienne (en Autriche), tu peux voir un diplodocus. Un nom bien étrange que celui de diplodocus. Mais l'animal est bien plus étranger encore! Il n'aurait pu tenir dans une pièce de ta maison, ni même dans deux."


Un autre extrait, tiré des chapitres consacrés au Moyen-Âge:

23. Des chevaliers chevaleresques.

"Tu as sûrement déjà entendu parler des chevaliers au temps de la chevalerie. Peut-être as-tu aussi lu des livres dans lesquels il est beaucoup question d'armures et d'écuyers, de panaches et de nobles coursiers, d'armoiries chamarrées et de châteaux forts, de duels et de jeux chevaleresques au cours desquels les femmes attribuaient les récompenses, de voyages aventureux et de châtelaines délaissées, de chanteurs ambulants (ménestrels et troubadours) et de départs vers la Terre sainte. Le plus beau est que tout cela a réellement existé. Cette évocation empreinte d'un certain romantisme n'est pas pure invention. Il fut une fois un monde où tout n'était que couleur et aventure, où les hommes prenaient plaisir à participer à un jeu étranger et néanmoins grandiose de la chevalerie, un jeu qui souvent était très sérieux.

Mais quand y eut-il des chevaliers et que s'est-il passé?

chevalier signifie en fait cavalier, et c'est ainsi que commença la chevalerie. Celui qui pouvait s'offrir un beau cheval de combat pour partir à la guerre était chevalier..."
Cet ouvrage peut également être lu à des enfants entre 7 et 11 ans, pour partager le plaisir du récit de l'histoire.

Bonne lecture!
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24/07/2010

En vrac (3)



- J'ai croisé dans le métro un heureux propriétaire de chaton. La tête de la bestiole minuscule dépassait à peine du sac. Je me suis retenue pour ne pas gâtouiller ostensiblement devant cette petite boule de poil, alors que je suis quasi indifférente à un bébé. Une souris gaga d'un chaton, ça fiche mal.



- Première fois. S'il est vrai que l'on est jeune tant que l'on a des "premières fois", j'ai donc l'honneur et l'immense avantage de vous prouver ma jeunesse. Cet après-midi, je suis tombée sur un plagiat. Un beau, net et sans rature. Tout au plus trois phrases de différence. Même structure du texte, mêmes idées, mêmes exemples (forcément...). Pas de bol pour l'auteur du plagiat, j'avais terminé cinq secondes auparavant la lecture d'un fabuleux article de 1974 - que je devais lire depuis six bonnes années, vouivouivoui... - et j'enchaîne sur des actes de colloque publié en 2000, dont un chapitre publié par une jeune historienne, et bam, ça me saute aux yeux.
"Pas très original" me dis-je au premier abord.
(...)
"De moins en moins original".
(...)
"Tiens, c'est bizarre, pas la moindre référence à l'article de 1974 de cette autre historienne".
(...)
"Euh, oui, finalement, je crois savoir pourquoi E.D n'est jamais citée... groumph..."

C'est la première fois que cela m'arrive, un tel constat. Je sais que bien tous les historiens ne sont pas des saints, mais ça fait bizarre une pareille première fois. Si on m'avait dit que chez les historiens il y avait non seulement des souris mais aussi des coucous...



- Xénophobie en plein 17e siècle. J'avais un acte royal à relever cette semaine, au programme. Je flairais le truc xénophobe, mais je me disais "Non, c'est encore un sale coup des marchands parisiens, peuvent pas sentir certains marchands d'origine étrangère échappant à la réglementation parisienne, mais le roi a sûrement stoppé net les velléités de nos bons bourgeois parisiens". Que nenni. Bien au contraire. Le roi est allé dans le sens des marchands parisiens. La veine. Enfin pas pour les marchands naturalisés français, qui dans l'affaire ont perdu leur état de marchand privilégié, parce que, vous comprenez, ils étaient d'affreux "étrangers". Leurs lettres de naturalité avaient été délivrées par Henri IV probablement par pur pragmatisme, besoin de marchands, et peu importe qu'ils ne soient pas français. Mais tout d'un coup, sous Louis XIII ils mettaient en péril la nation et l'économie française. La preuve ? C'étaient d'affreux Flamands, Allemands, Suisses. L'ennemi d'hier qui faisaient peur aux petits enfants était le même qu'aujourd'hui, sauf que nos ennemis supposés nous allons les chercher quelques centaines de kilomètres plus loin. Plus ça va, et moins je peux piffrer Louis XIII. Je savais déjà sa goujaterie - qui ferait passer Henri IV pour un enfant de choeur - mais là...
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17/06/2010

À table ! Au Moyen-Âge...




Une idée de vacances intelligentes au château de Langeais, valable aussi avec des enfants (au pire vous empruntez vos neveux et nièces ou les mômes du voisin). Au menu, puisqu'il est question de gastronomie, une découverte de l'alimentation des derniers siècles du Moyen-Âge. Pas celle du Haut Moyen Âge (plus proche de la table romaine avec garum, sans beurre et peu de viande) mais celle qui s'épanouit à partir du XIIIe siècle. La gastronomie et les manières de table médiévales réservent bien des surprises !

Aventure garantie, car cette nouvelle façon de manger a été marquée durablement par les épices et les mets arabes, comme le fameux blanc-manger, préparation à base de blanc de volaille (produit extrêmement valorisé), d'amandes pillées, de mie de pain et d'épices.

On croit cette cuisine grasse, elle est en réalité soulignée de sauces aigres-douces légères... On pense les manières rudes et grossières, elles sont raffinées : on rince les doigts avant les repas dans des bassins au décor délicat. On pense que l'on s'empiffre à la table du seigneur, mais certains plats étaient présentés uniquement pour être admirés ! Non, on ne mangeait pas les faisans parés avec leurs plumes! Kkksss...

L'exposition « A table au Moyen Âge » permet de découvrir les aliments, les secrets de préparation, le déroulement des banquets à travers manuscrits, ustensiles, reconstitutions fidèles de plats et dévoile un art qui flattait autant les papilles que les yeux !

Dans le cadre de cette exposition est proposée une animation destinée aux familles : "Le banquet par Maître Cocquempot"

On s'active, on goûte, on prépare les plats, on dresse la tables, lorsque tout à coup surgit Maître Cocquenpot ! Il sort de cuisine pour vous faire découvrir le déroulement du repas, les aliments consommés et les usages lors d'un banquet. Vous connaîtrez toutes les manières de manger d'un grand seigneur désormais !

Et puisque vous êtes près des Jardins de Villandry, profitez-en pour découvrir cette re-constitution de jardins Renaissance, qui vallent réellement le détour.

"Situé à mi-chemin entre Tours et Azay-le-Rideau, le château de Villandry est surtout connu pour ses jardins Renaissance somptueux, restitués au début du XXe siècle par un passionné : le docteur Joachim Carvallo.

Le château de Villandry, achevé vers 1536, est le dernier des grands Châteaux de la Loire de l'époque de la Renaissance dans le Val de Loire. Il fut construit par le ministre des finances de François 1er, Jean le Breton. Ses propriétaires successifs l'ont largement remanié et les jardins à la française ont même été sacrifiés au XIXe siècle pour créer un parc à l’anglaise autour du château.

En 1906, le Docteur Joachim Carvallo eut un coup de coeur pour le site à l'abandon. En le rachetant il sauva le château qui était sur le point d'être démoli et créa des jardins exceptionnels dans le plus pur esprit de la Renaissance. Ce jardin à la française est composé en quatre parties distinctes.

La première est un jardin potager réalisé sur le modèle des jardins des monastères.

La seconde partie appelée le premier salon du jardin d'ornement mais aussi « les jardins d'amour » est située au dessus du potager. Il constitue la prolongation des salons du château et s'admire du belvédère. Il se divise en quatre carrés parfaits de broderies de buis. Le premier dénommé « l’Amour tendre » est symbolisé par des coeurs séparés par les flammes de l’amour dans les coins. Au centre des masques rappellent qu'ici les mots doux s'échangeaient à couvert. Le second carré est dédié à « l’Amour passionné ». On y retrouve des coeurs brisés par la passion. Les massifs de buis sont enchevêtrés et forment un labyrinthe. Le troisième carré symbolise « l’Amour volage ». Il s'orne de quatre éventails dans les angles au creux desquels s'établissent les cornes de l’amour trompé. Le centre est occupé par des lettres d’amour. Le quatrième et dernier carré symbolise « l’Amour tragique ». Les parterres prennent la forme de lames de poignards et de glaives.

La troisième partie du jardin appelé deuxième salon du jardin d'ornement se situe de l'autre coté du canal. Ce salon de buis taillé évoque la musique de façon stylisée.

La quatrième et dernière partie est composée d'un jardin d'eau. Elle s'articule autour d'une grande pièce d'eau en forme de miroir Louis XV entourée d’un cloître de verdure. La perspective qui habite ce jardin se poursuit dans les forêts alentours. Chaque saison, les fleurs du jardin attirent une foule nombreuse dans ses allées."


Pour bronzer, les jardins de Villandry sont très bien. En d'autres termes, évitez d'y aller par temps trop chaud sans chapeau, le soleil y est écrasant.


Programmation culturelle 2010 Exposition « A table au Moyen Âge » (15 avril-15 août) - Château de Langeais (comme la duchesse)
http://www.chateau-de-langeais.com/htmfr/actualite.php


Public familial.

Juin : dimanche, lundi, mardi.
Vacances d'été : tous les jours sauf le samedi.

Jardins de Villandry

http://testvillandry.ecritel.net/
du 28 mars au 30 juin 2010 : 9h00-19h00
du 1er juillet au 31 août 2010 : 9h00-19h30
du 1er au 30 septembre 2010 : 9h00-19h00
Pour Villandry, une visite virtuelle est disponible ici http://testvillandry.ecritel.net/visite-virtuelle/
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14/05/2010

Le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, il y a quatre cents ans


Si vous voyez quelqu'une dans la rue avec un crêpe noir, cela pourrait être moi. Il y a quatre cents ans mourrait Henri IV (alias Riton IV) et j'en suis encore toute chagrine. Goujat avec son épouse (et ses maîtresses aussi), mais roi d'exception, dont la légende a surtout été forgée depuis le XVIIIe siècle. Daniele Thomas, a soutenu en 1994, une thèse (L'iconographie d'Henri IV dans les ouvrages imprimés de 1589 à 1914 : évolution de l'image du premier Bourbon, roi de France et de Navarre", Université de Pau) qui met en lumière de façon très claire les évolutions de la légende du bon roi Henri. On peut aussi se reporter à la biographie de henri IV par Jean-Pierre Babelon (un peu ancienne à présent, 1982, hum, pas ébouriffante non plus, mais c'est la seule valable) et la biographie de Marie de Médicis, par Jean-François Dubost (pour le coup, l'oeuvre de Babelon prend un sacré coup de vieux et souffre de la comparaison), de 2009.

À sa mort, Henri IV n'est guère regretté par le peuple (ingrat!); il laisse un trésor à la Bastille, prouesse après la ruine de la France pendant les Guerres de religion, un pouvoir royal renforcé même si le pouvoir transmis à la reine en 1610 demeure fragile. L'histoire de la poule au pot provient d'après J. Cornette d'une visite du duc de Savoie dans les années 1590. Le duc, apprenant que les gardes du roi n'étaient payés que quatre écus par mois, proposa au roi, de leur offrir à chacun un mois de paye; ce à quoi le roi, humilié, répondit qu'il pendrait tous ceux qui accepteraient, et évoqua alors son souhait de prospérité pour les Français, symbolisé par la poule au pot.

Les faiblesses du pouvoir royal expliquent que, pour la première fois, le nouveau roi (Louis XIII encore mineur) se montre alors que le corps de son père est toujours exposé entre mai et juin 1610. Rassurez-vous, le corps a été embaumé, et l'on ne montre qu'un manequin d'osier au visage et aux mains de cires, revêtu des vêtements royaux. On lui présente néanmoins les repas... Jusqu'ici le nouveau roi ne se montrait pas avant les funérailles du précédent. Même s'il était pleinement roi, dès la seconde à laquelle le précédent souverain avait rendu son dernier souffle. 1610 est donc une date fondatementale dans l'histoire de France. D'ici à ce que tous les étudiants d'histoire de France et de Navarre (sic) la connaissent, ya encore du boulot, vu qu'un étudiant a trouvé le moyen en plein examen, après avoir étudié l'Europe de l'ouest au XVIe siècle de chercher laborieusement et vainement la date de 1515. J'ai failli faire le sketch de Robert Lamoureux, mais hum... je me suis retenue quand même.

Alors je soigne ma tristesse par une présentation des commémorations en l'honneur de mon Riton. La nouvelle revue électronique Europa Moderna, revue d'histoire moderne et d'iconologie prépare son prochain numéro avec un appel à contributions consacré aux années 1610-1615 et à l'après-assassinat de Henri IV. Vous trouverez ici un récapitulatif des évènements en France et dans le monde, avec de la musique, des expositions, une bibliographie. Je soupire de pouvoir acquérir deux ou trois CD (mon cri en ce moment "Du Caurroy ou je meurs") et faire un pélerinage rue de La Ferronnerie et passer des vacances à Pau... notamment pour aller voir l'exposition dont parle La République des Pyrénées.

J'oubliais le numéro que la revue L'histoire a consacré à mon Riton en février 2010, numéro 351.


Voilà! C'est tout pour aujourd'hui... Bon week-end !
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16/03/2010

Le Roy Ladurie, le climat et une expérience Xtrême


Il faudra leur dire, chez France Inter, de ralentir le rythme, je n'arrive pas à suivre, pour preuve, je suis en retard pour vous parler du 7-9 du week-end dernier, de samedi précisément, dans lequel Emmanuel Le Roy Ladurie était invité, et c'est ici pour écouter. Emmanuel Le Roy Ladurie, c'est un des monstres sacrés de l'histoire du XXe siècle. Il a soutenu une thèse magistrale sur les paysans du Languedoc à l'époque moderne, puis ensuite, une histoire du climat depuis l'an mil, d'autres ouvrages sur Saint-Simon et le système de cour, etc. Bref, du genre intéressant à écouter et à lire. Il sort son troisième volume sur l'histoire du climat, intitulé "Le réchauffement, de 1860 à nos jours", chez Fayard.

Mais je suis passée aussi, surtout pour vous parler de l'expérience qui doit être diffusée sur le petit écran mercredi soir, Zone Xtrême, qui transpose "dans l'univers de la télé les modalités d'une expérience menée à Yale, au début des années 1960 par Stanley Milgram :
En avril 2009, 80 candidats se sont succédé dix jours durant sur un plateau décoré avec un mauvais goût très sûr, mené par une animatrice autoritaire et assorti d'un public parfaitement chauffé. Assis derrière un pupitre, chacun des candidats devait interroger la même personne sur une liste d'associations de mots à mémoriser. A chaque erreur du questionné, le questionneur était invité à lui administrer une décharge électrique, suivant une progression de 20 à 460 volts. Ce qu'ignoraient les 80 candidats, c'est que La zone Xtrême, à laquelle ils participaient, était un faux jeu, exploitant les leviers les plus trash de la télé-réalité pour mieux en démonter les ressorts. (site Télérama)

Influencé par l'analyse de Hannah Arendt sur les mécanismes du nazisme et sa théorie sur la banalité du mal, le psychosociologue américain Milgram y étudiait le rapport de soumission à l'autorité. Maintes fois reproduite depuis, cette expérience démontre qu'un individu exposé à une autorité considérée comme légitime peut aller jusqu'à causer la mort d'autrui." Pour en savoir plus, c'est sur le site de Telerama qu'il faut aller. C'est cette hypothèse, vérifiée, qui je crois, devrait être connue de tous, car elle permet de comprendre comme de "bons pères de famille" ont pu former les Einsatzgruppen, qui comptaient non seulement des membres de la SS mais aussi des membres de la police allemande.
Ce sujet a été particulièrement étudié par l'historien Ch. Browning, dans son ouvrage Des hommes ordinaires, dont je vous recommande la lecture. Browning y a fait une étude détaillée du comportement, des motivations et des actes du 101e bataillon de réserve de la police allemande, qui fut jugé après la guerre pour les faits de massacres de juifs en Pologne.
C'est la docilité, renforcée par la pression du groupe, qui a fait d'hommes ordinaires des tueurs. Cette démonstration rappelle que l'horreur n'appartient pas seulement au passé, et combien il est salutaire de comprendre l'effroyable mécanisme toujours prêt à broyer de nouvelles victimes, pour peu que l'on cède sans réfléchir aux pressions d'un groupe ayant le pouvoir en main.
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08/03/2010

Histoire de barbaresques...

Si l'histoire de la Méditerranée, des corsaires vous intéressent, Tout un monde, sur France Culture, s'intéressait hier, dimanche 8 mars, aux captifs des barbaresques, entre XVIe et XIXe siècles. Et puis, pour le plaisir, on peut découvrir ou relire Cervantès... Écoutez, c'est ici.


L’incroyable série d’aventures qui a vu plus d’un million d’Européens capturés dans la guerre de course en Méditerranée, puis mis en esclavage et éventuellement revendus.

Histoires de survivants, de renégats, d’ordre rédempteurs, et d’un commerce florissant…avec quelques personnages sortant du lot tel le « soldat Saavedra » alias Cervantes, prisonnier à Alger pendant 5 ans.

- François Moureau, Captifs en Méditerranée aux XVI-XVIIIe siècles : histoires, récits et légendes, Presses de l'Université Paris-Sorbonne - 2008

L'une des grandes peurs de l'Âge classique, entre Renaissance et Lumières, se situa en Méditerranée où sévissaient la course et ses conséquences. Les corsaires barbaresques et les corsaires chrétiens se livraient à une lutte acharnée pour se fournir en captifs, qui servaient de monnaie d'échange et/ou de force de travail. Cet esclavage a donné lieu, du côté chrétien, à une littérature du rachat le plus souvent mise en forme par des congrégations religieuses spécialisées ; du côté musulman, la moisson fut moins abondante faute d'organisme rédempteur. L'étude des relations écrites, dont une bibliographie en plusieurs langues clôt l'ouvrage, est mise en parallèle avec les archives historiques de divers pays européens, dont Malte, et avec la création littéraire née de cette rencontre de deux mondes.


Wolfgang Kaiser, Le commerce des captifs : les intermédiaires dans l'échange et le rachat des prisonniers en Méditerranée, Ecole française de Rome - 2009
L'ouvrage étudie le rachat des captifs qui alimenta l'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne.

Après avoir expliqué le distinction entre les esclaves et les captifs, il s'intéresse aux réseaux des acteurs de cette activité économique, qui fut longtemps très profitable.

Claudio Moatti ; Wolfgang Kaiser, Gens de passage en Méditerranée de l'Antiquité à l'époque moderne, Maisonneuve & Larose - Juin 2007

Sous-titré : Procédures de contrôle et d'identification.
La mobilité des hommes et des biens a marqué depuis l'Antiquité l'histoire des villes méditerranéennes. Cet ouvrage s'inscrit dans un vaste programme de recherche consacré au contrôle de la mobilité des personnes de l'Antiquité à l'époque moderne.

Denise Brahimi, Voyageurs dans la régence de Tunis : XVIe-XIXe siècles, Cartaginoiseries - 2008

Les voyageurs européens dans la Régence de Tunis sont de plusieurs sortes, soldats, captifs, diplomates, savants ou curieux. On ne peut guère attendre d'avis uniformes de la part de personnages et de personnalités aussi variés. D'autant que le pays lui-même en l'espace de trois siècles n'a cessé d'évoluer.

Et pourtant c'est bien une certaine image de la Tunisie qui se dégage de l'ensemble des textes ici proposés.

Certains lecteurs se reconnaîtront-ils au miroir de ce livre ?

Denise Brahimi, Opinions et regards des européens sur le maghreb aux 17e et 18e siècles, SNED - 1978

Thomas Pellow, L'histoire de la longue captivité et des aventures de Thomas Pellow dans le sud de la Barbarie, Bouchene - 2008

Thomas Pellow est l'auteur d'un des plus remarquables récits de captivité chez les Barbaresques. Son témoignage trouve sa source dans le séjour de 23 ans (1715-1738) qu'il fit en divers lieux du Maroc. Il connut des aventures de toute sorte, liées soit à son histoire personnelle (conversion à l'islam, mariage avec une femme du pays, tentative de fuite, etc.), soit à son métier de soldat dans les guerres menées par l'armée du Sultan.

En 1983, Magali Morsy a donné une traduction en français de ce texte qui avait été publié en anglais vers 1743. Elle a repéré les nombreux emprunts faits par l'éditeur à des textes publiés antérieurement, pour « enrichir » le texte de Pellow et répondre aux supposées attentes du public.

La présente édition vise à restituer l'originalité du récit de Pellow. Elle voudrait faire entendre, dégagée des discours qui la banalisaient, la voix singulière d'un homme, et l'histoire de son parcours.





Anne Duprat, Récits d'Orient dans les littératures d'Europe, Presses de l'Université Paris-Sorbonne - 2008

Toutes les «histoires arabes» du Siècle d'or ne content pas la mort du dernier des Abencérages, ni la fin d'Al-Andalus. La littérature hispano-mauresque, vouée à la célébration ambiguë d'un exil, porte bien au-delà du siècle des Lumières les échos de la chute de Grenade, la mémoire des révoltés des Alpujarras et le souvenir des Morisques chassés d'Espagne, invenant pour l'Europe le modèle d'une nostalgie paradoxale. Mais d'autres récits d'Orient puisent au même moment leur force dans celle de l'adversaire ottoman qui règne à Constantinople, et dont les Régences barbaresques ne cessent de défier les puissances militaires occidentales depuis les côtes d'Afrique du Nord. Poèmes, pièces et romans inspirés par ces affrontements avec les États corsaires, par l'histoire de leurs dynasties en plein essor, s'imposent alors comme une littérature du présent dans l'Europe du début de l'ère moderne.



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12/02/2010

Entre Badinter et Massoud


Grebber, Mère et enfant, vers 1622.
Rubens, Hélène Fourment et ses enfants, vers 1636.
Hals, Catharina Hooft et sa nourrice, vers 1619.
Metsu, L'enfant malade, vers 1660.
Retrouvez ces images sur la web gallery of art, http://www.wga.hu/

- Journée Élisabeth Badinter sur Inter, journée de colère...
Ce n'est pas la première fois que j'éprouve quelque chose entre exaspération et franche colère à l'écouter. D'abord, je ne comprends pas l'admiration qu'elle suscite. Parfois, j'ai l'impression que cette admiration est une question de génération. Pourtant, obtenir le droit de faire des études supérieures a été dans mon cas une bataille. Continuer à travailler après son mariage, envisager de continuer à travailler avec des enfants, ce n'est pas du tout le schéma des femmes de ma famille. Partager les tâches entre conjoints, de la serpillère au biberon, n'est pas un fait acquis dans ce même entourage. J'ai personnellement bien l'intention de continuer à partager mes serpillères, et quand le jour viendra, les biberons. Donc s'affranchir d'un certain mode de répartition des tâches entre hommes et femmes, je connais. Mais j'ai du mal à adhérer à la vision du monde d'É. Badinter, cette lutte contre l'oppression... Bref.
J'ai surtout écouté la vidéo de mai 1980, où B. Pivot recevait É. Badinter pour évoquer son livre l'amour en plus (à regarder sur le site de l'Ina, ici) que France Inter permettait d'écouter hier sur son site. J'ai donc écouté avec grand intérêt cet extrait. Et les propos d'É. Badinter sur l'histoire de l'amour maternel m'ont exaspéré au dernier degré... Dans le 19-20, É. Badinter a confirmé ce que je craignais, à savoir qu'elle n'a pas changé d'opinion sur le sujet depuis son ouvrage publié il y a trente ans, "L'amour en plus". Ce qui m'a mis en rogne, c'est que dans ces propos É. Badinter ne respecte absolument pas la méthode de l'historien, qui est de chercher à comprendre, plutôt que de juger. Et là, elle dégaine un jugement, bricolé sur une étude insuffisante des sources. Elle confond allègrement histoire du sentiment maternel et histoire de l'expression du sentiment maternel. Quel mauvais procès intenté à ces pauvres femmes du XVIIe siècle ! On a dit (les historiens) beaucoup de bêtises sur le sujet, qui depuis ont été corrigées: c'est un peu le cas de François Lebrun, qui a présenté heureusement une version corrigée de cette histoire du sentiment maternel, dans un numéro de la revue gand public "L'histoire", en 2002.

Dans le sentiment maternel, il y a l'inné (plus ou moins inné d'ailleurs, disons la part du physiologique, la réaction hormonale qui peut ne pas se produire d'ailleurs, ce qui fait souffrir quelquefois les femmes qui le subissent, en n'éprouvant rien après l'accouchement, pour cet petit être vagissant) et il y a le culturel, acquis. Celui-ci est extrêmement complexe. Envoyer un enfant en nourrice, ce peut être pour le protéger de la ville et de ses miasmes, c'est choisir une nourrice saine et forte. Ce n'est pas négliger un enfant. Prenons le cas d'une femme de l'aristocratie, et même mieux d'une reine. Marie de Médicis (cette si mauvaise mère! en apparence) suit très attentivement le choix de la nourrice, s'en mêle, au grand déplaisir d'Henri IV. Il faut qu'elle soit "propre", de bonne famille, de bonnes moeurs, ce qui est essentiel selon les critères (d'hygiène notamment) du XVIIe siècle.
Jean-François Dubost dans sa récente biographie de Marie de Médicis a fait une synthèse très convaincante et sensible du cas de l'amour maternel au XVIIe siècle, en particulier à travers le problème "Marie de Médicis" (compte tenu de ses mauvaises relations ultérieures avec Louis XIII) (Marie de Médicis, la reine dévoilée, Paris, Payot, 2009, p. 146-151) qui se conclue ainsi "si son époque n'affectionne guère les accès de sensiblerie, elle n'étouffe pas tout sentiment à l'égard des enfants, pas plus chez la reine que chez les autres" (je vous recommande d'ailleurs cette biographie, vivement saluée par la critique).

>>> numéro du magazine L'Histoire (à rechercher dans le catalogue de votre bibliothèque municipale), numéro 262, de février 2002.
>>> Jean-François Dubost, Marie de Médicis, la reine dévoilée, Paris, Payot, 2009
>>> Ph. Ariès et G. Duby, Histoire de la vie privée, rééd. Le Seuil, "Points", 1999
>>> E. Becchi et D. Julia (dir.), Hisoire de l'enfance en Occident, 2 vol., Le Seuil, 1998.
>>> F. Lebrun, La vie conjugale sous l'Ancien Régime, A. Colin, (1975) 1998.


- Rien à voir. Je ne sais pas comment Daniel Mermet (émission Là-bas si j'y suis, France Inter) trouve ses sujets, mais celui du jour du l'Afghanistan déchire grave (eh ouais...!). Invitée, Malalaï Joya, auteur d'une autobiographie qui raconte notamment sa lutte contre les seigneurs de la guerre.
Le mythe de Massoud est au passage, sérieusement entamé. J'ignore où se situe la vérité, mais éviter le mythe est toujours une bonne chose. Avoir le regard des Afghans sur Massoud est forcément intéressant. En résumé, un peu pourri aussi, responsable de massacres, allié aux seigneurs de la guerre...
>>> Malalaï Joya, Au nom de mon peuple, une femme afghane contre les seigneurs de la guerre, Paris, presses de la cité, 2010.
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25/10/2009

Adieu, Monsieur Chaunu !


Pierre Chaunu est mort, jeudi dernier, 22 octobre. Vous avez peut-être vu passer l'annonce. Pour moi, l'annonce a été comme un coup de tonnerre.
Vous trouverez facilement sa biographie sur le net. Un très grand historien. Un personnage de caractère, aussi, un peu à la manière de Fernand Braudel.

(Pierre Chaunu. Photo : archive Jean-Yves Desfoux, site ouest-France)

Historien moderniste, né en 1923, auteur d'une thèse sur Séville et l'Atlantique, dans laquelle il examinait les structures de l'espace atlantique de 1504 à 1650 (voir un compte-rendu sur Persee.fr de R.-H. Bautier) les relations avec l'Amérique naturellement, les échanges commerciaux entre Europe et Amérique, il était spécialiste de démographie historique, d'histoire religieuse. Un historien d'une puissance intellectuelle peu commune. Il suffit pour s'en rendre compte d'ouvrir son Temps des Réformes...!
Il était pour nous, étudiants des années 90, une des stars en histoire moderne, et même en histoire tout court. Plusieurs de nos professeurs avaient été ses élèves. Ils en avaient été marqués et nous en marquaient à leur tour.

Le personnage, je l'ai souvent écouté avec presque de l'adoration, dans le poste - j'aimerais beaucoup d'ailleurs retrouver ces émissions - et croisé souvent dans les rues le dimanche matin. Mais je ne l'ai vu qu'une fois "sur scène" lors d'une conférence. Un monstre sacré sur les planches, ça ne se ratait pas. Il s'agissait d'une conférence sur la démographie. J'ai gardé de lui quelques phrases acides qui disaient en gros que les Bretons, les Basques espagnols, les Corses, pouvaient revendiquer leur autonomie, mais qu'ils fassent vite, leur population étant en train de disparaître... Un pauvre auditeur, qui avait osé demander des précisions, s'est fait remballer vite fait, le maître n'appréciant pas qu'on lui demande des précisions, son propos avait été suffisamment clair... Et à chaque fois maintenant que je vois dans une conférence quelqu'un oublier la nécessité de garder son micro à proximité de la bouche, je pense à Chaunu. Ce soir-là, le micro était un objet inutile pour lui. Qui se retrouvait dans ses mains naturellement croisées dans le dos, ou élevées vers le ciel dans un grand geste d'exaspération, bref, heureusement, nous avions bonne oreille pour ne pas souffrir de l'absence du micro. Un personnage.

Pour finir sur plusieurs sites de journaux et notamment sur celui de Libération notamment, vous trouverez des anecdotes de ses anciens élèves (les veinards), très très drôles et émouvantes.



Adieu, Monsieur Chaunu !




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12/08/2009

La racaille du XVIIe siècle

Rembrandt, La leçon d'anatomie, 1632, Huile sur toile, 169 x 216, Het Mauritshuis.

En ce début de février 1630, le procureur du roi a un petit souci. Il lui faut prendre une décision, et ce n'est pas, croyez-moi, chose facile. L'affaire est fâcheuse, réellement fâcheuse. Cela dure depuis longtemps, des décennies même. Régulièrement il faut sévir. Mais avec les dernières règlementations exigeant des candidats chirurgiens une connaissance précise des corps, il fallait s'attendre à ce que les problèmes amplifient!

La peste soit de ces écoliers en médecine! Il faut déjà compter avec les désordres ordinaires que créent les mendiants, les vagabonds, la valetaille - ah ces petits valets, ces pages insolents, qui se gaussent des bourgeoises en allant leur chercher niches sous leurs jupons! Vermine!

Mais là, c'en est trop, ces gredins viennent maintenant en aide aux apprentis médecins, et pourquoi, me direz-vous? L'affaire est très simple: les étudiants en médecine, et particulièrement les compagnons apprentis chirurgiens s'emparent avec l'aide de laquais et autres gueux, des corps des condamnés, nuitamment, alors que ceux-ci ont à peine rendu leur dernier souffle. Les pages et laquais qui rendent ces coups de main sont rémunérés et s'évanouissent dans la nature jusqu'au prochain coup. Les corps, quant à eux, sont ramenés au logis de nos étudiants, voire vendus aux chirurgiens eux-mêmes, désireux de s'exercer pour garder la main, et disséqués en toute tranquilité, au mépris des lettres patentes du roi, et autres arrêts de la cour. La peste de ces étudiants! La peste!





Du vendredi 1er février 1630.

Sur la plainte faite à la Cour par le procureur général du roy, les voyes de fait, meurtres et violences qui se commettent par les escoliers etudiant en médecine et compaignons chirurgiens qui pour avoir les corps de ceux qui sont executez, attirent des vagabonds, pages et laquais, et les emportent par force, violant l'authorité du roy et le respect deub à la Justice, la matière mise en délibération et tout considéré

La Cour conformément à l'arrest donné en l'an 1615 a faict et faict inhibitions et deffences au lieutenant criminel de robe courte prevost de L'Isle et tous autres juges, mesme à l'executeur de la haute Justice et ses valets de deslivrer aucun corps mort aux barbiers et chirurgiens pour faire anatomies et dissections, sinon que la requeste soit signée du doyen de la faculté de medecine et scellé du sceau de lad. faculté, et toutes personnes mesmes aux escoliers estudians en medecine et aspirant à la maitrise de chirurgiens, d'aller en troupe pour les enlever, sur les peines portées par les arrests, mesme lesd. escoliers et aspirans privez de pouvoir parvenir à lad. maitrise, et a tous les chirurgiens de les y recevoir et d'assister à la dissection desd. corps enlevez par force, à peine des privation de leurs offices, Maistrises, et enjoint aux chirurgiens jurez de faire fermer les Boutiques de ceux qui contreviendront au present arrest, à peine d'en respondre en leurs propres et privez noms, et qu'à la requeste du procureur général il sera informé de la contravention au présent arrest qui sera leu publié et affiché a ce qu'on n'en prétende cause d'ignorance.


BnF, NAF 9804, fol. 88


À propos de la leçon d'anatomie de Rembrandt, j'ai trouvé par hasard cet article, assez fabuleux à première lecture... (site du journal français de l'orthopédie)
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Un petit air d'élégance surannée ?

Je suis tombée il y a quelques jours sur cette lettre d'un seigneur du début du XVIIe siècle, un seigneur fort important, puisqu'il s'agit du duc d'Épernon, ancien fidèle d'Henri III - un de ses "mignons" dont le sens a été expliqué par Nicolas Le Roux et ne renvoit en aucune façon à une quelconque homosexualité, voir N. Le Roux, La faveur du roi, mignons et courtisans au temps des derniers Valois, (site Champ Vallon) Paris, Champ Vallon, 2001 - avant de devenir après la fin des guerres civiles, un fidèle de Marie de Médicis.Regardez comme il est fier notre Épernon, ici... Peinture à l'huile, anonyme, 17e s., Musée de Versailles, 32 x 22 cm.

J'ai cédé à la tentation et relevé ce texte, alors qu'il ne concerne pas mon sujet d'étude, simplement à cause de la beauté de cette langue du début du XVIIe siècle et aussi parce que c'est un très bel exemple des relations de "clientélisme" qui liaient entre elles les élites de ce temps.
Pour faire court, ce terme désigne une pratique existant déjà dans la Rome antique républicaine, qui consiste dans la protection et l'aide qu'accorde un puissant et fortuné personnage à de nombreuses "clients" en réalité, des personnages moins haut placés, moins riches. Celles-ci peuvent espérer une carrière avantageuse et une fortune qui élevera leur famille ou la maintiendra au moins. En retour, le puissant personnage dispose de relais et d'appuis dans divers métiers, diverses provinces, ce qui lui permet de posséder un pouvoir sur des portions plus ou moins importantes du royaume, pour prendre le cas français. Ici le duc d'Épernon s'adresse au duc de Montmorency, un des chefs de file du parti des "modérés" ou Politiques, favorables, pour aller, vite, pendant les guerres de religion à un rapprochement entre catholiques et protestants. Notons que le sens du terme "clientélisme" est aujourd'hui beaucoup plus négatif.

J'ai travaillé dans le passé sur ce genre de lettre, je raffole toujours autant des correspondances, et je vous livre ce petit bonheur en toutes lettres...

"Monsieur,

Je ne veux point faire ce tort à mon devoir ni à mon affection que d'en laisser aller le présent porteur sans l'accompagner de celle-ci [cette lettre], qui sera non pour faire récit de ce qui se passe en cette armée d'autant que je me remets à la suffisance du porteur qui en est amplement informé pour vous en dire toutes nouvelles; mais plutôt pour me remémorer en l'honneur de vos bonnes grâces, auxquelles je vous supplie, Monsieur, de me conserver toujours et autant que je désire m'en rendre digne par toutes sortes de services dont je me pourrai adviser. J'espère de n'être si longtemps par deçà que je n'aie ce bien de vous voir dans peu de jours, qui me gardera de vous ennuyer de plus longue lettre. Demeurant jusqu'à ma fin, après vous avoir bien humblement baisé les mains, Monsieur, votre plus obéissant etc."
Lettre d'Épernon au duc de Montmorency, du 20 mars 1597.
À Montdidier.
BnF, Mss. Fr. 20505. fol 42.

Version originale :
Monsieur, Je ne veulx point faire ce tort va mon debvoir ny a mon affection que d'en laisser aller le present porteur sans l'accompaigner de cestecy, qui sera non pour faire aulcung recit de ce qui se passe en ceste armée d'aultant que je me remetz a la suffisance de ced. porteur qui en est amplement informé pour vous en dire toutes nouvelles. Mais plustot pour me rememorer en l'honneur de vos bonnes graces, ausquelles je vous supplye Monsieur de me conserver tousjours et aultant que je desire m'en rendre digne par toutes sortes de services dont je me pourrai adviser. J'espère de n'estre si longtemps par deça que je n'aye ce bien de vous voir dans peu de jours qui me gardera de vous ennuyer de plus longue lettre demeurant jusqu'à ma fin, apres vous avoir bien humblement baisé les mains, Monsieur, votre plus obeissant etc.
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13/07/2009

De l'humanité des DRH

Et je n'arrive pas à prendre/trouver le temps d'un billet. En vrac, un poste à mi-temps à l'autre bout du pays pour la rentrée, ça aurait pu être mieux, ça aurait pu être pire. Les commissions de recrutement avaient un bon mois de retard, et comme d'habitude, chacun a ses propres dates, donc, je sais que j'étais classée dans plusieurs universités, mais, priée de dire oui ou non pour le demi-temps proposé, je n'avais pas le temps d'attendre des réponses pour d'autres temps pleins, en tablant sur les désistements éventuels des candidats placés devant moi.

Mon coup de grogne est surtout allé aux DRH et autres services du personnel. Je ne leur demandais pas de pleurer sur mon sort, mais simplement de garder à l'esprit qu'il y a des vies derrière les dossiers, des couples,qui vont être séparés à l'occasion, qui vont devoir faire avec 500 euros de moins par mois, pour cause de mi-temps, ou même un salaire complet en moins. De prévenir, envoyer des courriers pour dire que l'on n'est pas pris, de mettre en ligne les dates de réunion des commissions et des conseils scientifiques POUR QUE L'ON SACHE! Et que l'on ne passe pas des jours entiers au téléphone à tenter d'obtenir des informations toujours imprécises...
Sinon il m'est arrivé un truc (très) drôle: j'étais classée dans une université, ce qui me remontait le moral. Jusqu'à ce que j'apprenne qu'il n'y avait pas de poste dans ma section scientifique. Ballot, non ? Être classée pour un poste inexistant.

Bref, c'est reparti pour un an à courir les trains. *petite voix geignarde on* Je veux être titulariséééeeee ! Je veux en finir avec cette thèseu ! *petite voix geignarde off*

Pour parler d'autre chose, en ce moment, je me régale avec ça (et vous le conseille par le même biais): Sylvène Édouard, Le corps d'une reine, histoire singulière d'Élisabeth de Valois (1546-1568), aux Presses universitaires de Rennes:
Le corps de la reine est celui d'Elisabeth de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, qui fut princesse de France puis reine d'Espagne de 1559 jusqu'à sa mort en 1568.
A partir de sources diverses et originales, Sylvène Édouard propose une biographie du corps de la reine pour démontrer qu'il fut un et politique. En soulignant l'importance du langage des signes corporels dans les cours de France et d'Espagne à la fin de la Renaissance, le sujet se déplace d'une cour à l'autre, où les cultures du corps furent différentes, au point de devenir des frontières symboliques entre ces " nations ".
Les signes éloquents du corps majestueux de la reine et son devoir d'enfanter un héritier révèlent aussi, de son baptême à sa mort, une pratique du don, celui de ces corps princiers qui furent éduqués pour se donner pleinement à leur dignité (résumé Decitre à retrouver ici)
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13/04/2009

Philippe Beaussant, Le roi soleil se lève aussi


Depuis le temps que je me disais "il faut que je lise ce bouquin, il faut que je lise ce bouquin..." j'ai enfin sauté le pas, et je vous recommande d'en faire autant, ce livre est un pur régal. Je ne vais pas chercher les quelques (rares) erreurs qui y sont, ni bouder mon plaisir (d'autant que je cale un peu sur Les gommes en ce moment)... Cela reste un essai et non un ouvrage d'histoire, mais si tous les essais et romans historiques étaient de cette qualité, je changerais de métier!


"Où sont mes pantoufles? Jamais le Roi-Soleil ne se serait posé pareille question. Sous son règne, chaque chose se trouvait à sa place, à commencer par lui, monarque de droit divin et solidement ficelé à sa divinité. Comment parvenait-il à respirer, guerroyer, courir les dames et le cerf, pirouetter dans ses ballets? Demandez-le à Philippe Beaussant.

Romancier et musicologue, il a piqué une tête dans le grand siècle, interrogé tous les témoins et filé le roi sans le lâcher d'une semelle. Il a vu la nourrice pénétrer, avant le Lever, dans la chambre d'apparat pour «baiser Sa Majesté au lit», ce que confirme Saint-Simon. Mais Louis XIV a-t-il passé toute la nuit dans ce lit? Vous plaisantez. Le devoir conjugal l'a appelé chez la reine, le goût de la chair l'a guidé vers la favorite du moment. Il dispose de quatre chambres et le valet qui le suit, auquel le relie un cordonnet de soie attaché au poignet, connaît tous les passages secrets. Ainsi les apparences sont-elles sauves, la raison d'être de Sa Majesté.

Le roi joue son rôle comme s'il était né pour l'emploi (ce qui est d'ailleurs le cas), éclatant Molière qui a le privilège de le saluer au réveil, s'offrant en permanence, à table, à cheval, sur sa chaise percée, à l'admiration des siens. Sa raison d'être est de se montrer, il y puise l'énergie qui lui permet, à soixante-seize ans, de tuer une trentaine de faisans et peut-être d'honorer encore cette «appétissante chrétienne» qu'est Mme de Maintenon. De sa virée à la Cour, Beaussant nous ramène un récit aussi fascinant que le modèle, cet homme qui se voulut éblouissant et qui parvint à l'être. A quel prix? Peu importe, il n'avait pas le choix."

par Gabrielle Rolin
Lire, février 2001



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14/02/2009

La collection "La nouvelle histoire de la France", collection Point Seuil Histoire


Dans la série "basiques pour honnête homme", voici la plus toute jeune (aïe je vieillis) "Nouvelle histoire de la France", qui se découpe en trois séries :

- Nouvelle histoire de la France médiévale
* Stéphane Lebecq, Les origines franques
*
Theis Laurent, De la mort de Charlemagne aux environs de l'an mil
* Dominique Barthélemy, L'ordre seigneurial, XIe-XIIe siècle
* Monique Bourrin-Derruau, Temps d'équilibre, temps de rupture
*
Alain Demurger, Temps de crise, temps d'espoir, XIVe-XVe siècle

- Nouvelle histoire de la France moderne
* Janine Garrison, Royauté, Renaissance et Réformes, 1483-1559
* Janine Garrison, Guerres civiles et compromis, 1559-1598
* Yves-Marie Bercé, La naissance dramatique de l'absolutisme, 1598-1661
* François Lebrun, La puissance et la guerre, 1661-1715
* André Zysberg, La monarchie des Lumières, 1715-1786

- Nouvelle histoire de la France contemporaine
* Michel Vovelle, La chute de la monarchie : 1787-1792
* Roger Dupuy, La République jacobine : Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire : 1792-1794
* Denis Woronoff, La République bourgeoise, 1794-1799
* Louis Bergeron, La France napoléonienne : aspects intérieurs :
1799-1815
* Roger Dufraisse et Michel Kerautret, La France napoléonienne : aspects extérieurs : 1799-1815
* André Jardin et André-Jean Tudesq, La France des notables, 1815-1848, vol. 1et 2.
* Maurice Agulhon, 1848 ou l'apprentissage de la République : 1848-1852
* Alain Plessis, De la fête impériale au mur des fédérés : 1852-1871
* Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la Troisième République : 1871-1898
* Madeleine Rebérioux, La République radicale, 1899-1914
* Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Victoire et frustrations: 1914 -1929
* Dominique Borne et Henri Dubief, La crise des années 30 : 1929-1938
* Jean-Pierre Azéma, De Munich à la Libération (1938-1944)
* Jean-Pierre Rioux, La France de la Quatrième République, L'ardeur et la nécessité (1944-1952)
* Jean-Pierre Rioux, La France de la IVe République, L'Expansion et l'impuissance : 1952-1958
* Serge Berstein, La France de l'expansion, 1, La République gaullienne, 1958-1969
* Serge Berstein, Jean-Pierre Rioux, La France de l'expansion, 2, L'apogée Pompidou, 1969-1974
* Jean-Jacques Becker, Crises et alternances : 1974-2000


Certains volumes ne sont pas jeunes, hélas, et comme la manie est toujours de sortir de nouvelles collections plutôt que de rééditer les anciennes, je ne vous fais aucune garantie du devenir de cette collection.

Comme dans tous les ensembles, certains volumes sont un peu moins bons. Je me souviens de remarques assassines quand j'étais sur les bancs de la fac contre celui de Garrison sur les guerres de religion, ou les querelles épiques entre médiévistes à propos de celui de D. Barthélemy sur l'ordre seigneurial d'ailleurs... Peut-être pour cela que certains ne sont plus disponibles d'occasion.

Petits volumes, prix modiques (oui bon, si on achète la trentaine de volumes...) et dans l'ensemble (très) correct.

Au passage je ne remercie pas les auteurs du site des éditions du Seuil pour sa collaboration à cette recension, ils pourraient songer à mettre un peu moins de flash et avoir un site un peu plus fonctionnel. Là comme ça, ça ne donne pas envie d'acheter...
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L'Histoire de France de J. Carpentier


Panorama de l'histoire de France, ce petit volume de la collection Point Seuil est un peu un des... voyons, voyons, allez trois ou quatre volume d'histoire qu'il convient d'avoir chez soi même quand l'histoire n'est ni un métier ni une passion, et un des premiers des quelques dizaines d'ouvrages d'histoire qui constitue la bibliothèque de l'honnête homme.

Oui, je suis au courant que l'honnête homme est un concept du XVIIe siècle. Et alors ? On peut être honnête homme au XXIe siècle, je ne vois que des avantages à la chose.

Lorsqu'il est sorti ce tout petit ouvrage (groumph, à peine 500 pages) s'est attiré de nombreuses louanges :

" Synthèse très réussie d'un demi-siècle de travaux historiques tant français qu'étrangers sur notre espace national. "
Philippe Joutard, le Matin

" Nous tenons avec ce livre notre nouveau petit Lavisse, avec la gloriole républicaine en moins et la pudeur des vrais savants en plus... "
Jean-Pierre Rioux, Le Monde

" Pour tous ceux qui, soit par goût personnel, soit par obligation professionnelle, ont à connaître de l'histoire de la France, le Carpentier-Lebrun est actuellement la référence fondamentale et indispensable. "
Jean Peyrot, Historiens et Géographes

Il contient non seulement l'histoire politique, mais bien sûr - après un siècle d'historiographie, c'est la moindre des choses - l'histoire des cultures, au sens "civilisation", des arts, des religions, des économies et des paysages, l'histoire intellectuelle, etc... Pour (commencer à) tout savoir du néolithique à la fin du XXe siècle, en passant par les Mérovingiens, la société féodale, la Renaissance, Loulou 14, les révolutions politiques, industrielles, etc.

Il renvoit aussi vers une petite bibliographie - qui aurait mérité d'être commentée... - des cartes et tableaux statistiques, une chronologie, un glossaire, un index, bref, tout pour réviser votre programme de collège...


(et maintenant c'est pour moi l'exercice de bibliographie ou comment vous aider à le trouver/commander chez votre libraire préféré en vous donnant les bonnes références, dans l'ordre s'il vous plaît)

Capentier, Jean (dir.), Histoire de France, Paris, Le Seuil,
1987 (mais si si on le trouve encore... bon ce serait bien qu'il soit réédité...)
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31/01/2009

Ma Bible à moi. Un point à la ligne.


Comme j'ai fait les choses en désordre sur ce blog, je ne vous ai pas encore parlé de ma Bible. Mon truc à moi, pas en plumes mais mieux encore, le livre qui me ferait refuser de partir sur île déserte si je devais m'en passer. Bon, pour aller sur l'île déserte, il me faudrait quelques palettes d'autres bouquins, mais disons qu'il me faudrait au moins celui-là.


"Histoire générale des civilisations, Le Monde et son Histoire est une vaste fresque où sont retracées les traits marquants et les faits essentiels de l’histoire du monde. Un ouvrage de référence où les lecteurs avertis comme les amateurs pourront trouver aussi bien la réponse à une interrogation ponctuelle que l’exposé synthétique d’une question ou d’une période. Chacun des quatre tomes comprend des cartes, une chronologie, une bibliographie et un index qui les rendent facilement utilisables."

Les auteurs :
Louis Bergeron est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. Maurice Meuleau est agrégé d’histoire. Luce Pietri est agrégée d’histoire et maître-assistante d’histoire ancienne à l’université de Paris-IV. Marcel Roncayolo est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. Marc Venard est agrégé d’histoire et professeur d’histoire moderne à l’université de Haute-Normandie. (Bon euh pour dire vrai, je crois que la notice biographique des auteurs date légèrement... humm... au moins de la première parution.)

Louis Bergeron, Maurice Meuleau, Luce Pietri, Marcel Roncayolo, Marc Venard, Le monde et son histoire, Paris, R. Laffont (pour l'éd. de poche), (1971) 1991.
Tome I : Le Monde antique et les débuts du Moyen-Âge (vers 3000 av. J.-C – XIIe siècle apr. J.-C. )

Tome II : La Fin du Moyen-Âge et les débuts du monde moderne ( du XIIIe siècle – XVIIe siècle )
Tome III : Les Révolutions européenes et le partage du monde ( XVIIIe siècle – XIXe siècle )
Tome IV : Le Monde contemporain de la seconde guerre mondiale à nos jours


Une présentation de l'histoire universelle - si vous voulez savoir tout tout tout sur les Cananéens (et même avant) aux années 1980-1990 (car malheureusement, cet ouvrage n'a pas été réédité, mais on le trouve facilement d'occasion sur internet ou ailleurs, et dans toutes les bonnes bibliothèques).



Et en plus ils se lisent comme un roman. Si, si, je vous assure, ça ne se lit pas, ça se dévore (et prière de lécher vos doigts après). Et l'index est des plus précieux. Si vous êtes perfectionnistes, prenez les anciennes éditions, en onze volumes, en illustrations noir et blanc. Encore mieux.

Même s'il faut admettre qu'il manque des choses, parce que c'est juste un basique à savoir chez soi, parce que depuis 1990, les historiens ont découverts toutes sortes de choses, si vous savez déjà tout ce qui dans ces quatre petites merveilles... moi je vous absous de tout crime.






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