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Une envie de livres ?

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25/10/2009

Adieu, Monsieur Chaunu !


Pierre Chaunu est mort, jeudi dernier, 22 octobre. Vous avez peut-être vu passer l'annonce. Pour moi, l'annonce a été comme un coup de tonnerre.
Vous trouverez facilement sa biographie sur le net. Un très grand historien. Un personnage de caractère, aussi, un peu à la manière de Fernand Braudel.

(Pierre Chaunu. Photo : archive Jean-Yves Desfoux, site ouest-France)

Historien moderniste, né en 1923, auteur d'une thèse sur Séville et l'Atlantique, dans laquelle il examinait les structures de l'espace atlantique de 1504 à 1650 (voir un compte-rendu sur Persee.fr de R.-H. Bautier) les relations avec l'Amérique naturellement, les échanges commerciaux entre Europe et Amérique, il était spécialiste de démographie historique, d'histoire religieuse. Un historien d'une puissance intellectuelle peu commune. Il suffit pour s'en rendre compte d'ouvrir son Temps des Réformes...!
Il était pour nous, étudiants des années 90, une des stars en histoire moderne, et même en histoire tout court. Plusieurs de nos professeurs avaient été ses élèves. Ils en avaient été marqués et nous en marquaient à leur tour.

Le personnage, je l'ai souvent écouté avec presque de l'adoration, dans le poste - j'aimerais beaucoup d'ailleurs retrouver ces émissions - et croisé souvent dans les rues le dimanche matin. Mais je ne l'ai vu qu'une fois "sur scène" lors d'une conférence. Un monstre sacré sur les planches, ça ne se ratait pas. Il s'agissait d'une conférence sur la démographie. J'ai gardé de lui quelques phrases acides qui disaient en gros que les Bretons, les Basques espagnols, les Corses, pouvaient revendiquer leur autonomie, mais qu'ils fassent vite, leur population étant en train de disparaître... Un pauvre auditeur, qui avait osé demander des précisions, s'est fait remballer vite fait, le maître n'appréciant pas qu'on lui demande des précisions, son propos avait été suffisamment clair... Et à chaque fois maintenant que je vois dans une conférence quelqu'un oublier la nécessité de garder son micro à proximité de la bouche, je pense à Chaunu. Ce soir-là, le micro était un objet inutile pour lui. Qui se retrouvait dans ses mains naturellement croisées dans le dos, ou élevées vers le ciel dans un grand geste d'exaspération, bref, heureusement, nous avions bonne oreille pour ne pas souffrir de l'absence du micro. Un personnage.

Pour finir sur plusieurs sites de journaux et notamment sur celui de Libération notamment, vous trouverez des anecdotes de ses anciens élèves (les veinards), très très drôles et émouvantes.



Adieu, Monsieur Chaunu !




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16/09/2009

Et une nouvelle rentrée, une !


Aaaaaaaaaahhhh... Permettez, je m'étire, encore un petit peu...

Bon, en vrai, je suis rentrée des vacances depuis bientôt quinze jours. Mais les rentrées, c'est toujours compliqué, encore plus quand on est contractuel. Le temps de faire les papiers d'inscription à l'université pour la thèse, les papiers pour le nouveau contrat de travail, un peu de thèse par ci, quelques réunions et échanges de mail par là pour préparer les cours, s'informer des particularités de fonctionnement de la nouvelle université, secouer le cocotier des gestionnaires du personnel pour qu'ils/elles n'oublient pas de verser le salaire de septembre ou au moins une avance, et tout le reste, et hop! Quinze jours en moins !

D'ailleurs pour l'inscription à l'université, je sens que les ennuis vont se concentrer sur ma tête! Dossier spécial, demande de dérogation pour une inscription parce que, voyez-vous, je suis gentiment en train d'exploser les trois sacro-saintes années de préparation du doctorat... et date butoir d'envoi dudit dossier, elle-aussi explosée. Oups. Boulette. Si, si. Vraiment. C'était en juillet. Ah oui, quand même.
En même temps le service des thèses n'avait qu'à le dire dans son courrier de juin, au lieu de mettre la date valable pour tous, soit la mi-octobre. Non mais hé!

Pour l'instant, je profite de mes dernières semaines sans cours pour me replonger à fonds dans la thèse, en éliminant le truc pénible mais nécessaire, le dépouillement de toutes les publications relatives à l'histoire de France et touchant de près ou de loin mon sujet. J'avais un peu survolé cette tâche en Master 2 (anciennement DEA), et comme j'ai HORREUR de l'à-peu-près, je ne peux pas envisager de rendre ce travail sans avoir fait cette partie proprement.
En DEA j'avais une excuse, je travaillais et en option, je faisais un DEA.

Dépouiller une bibliographie annuelle, or donc, est une chose tout sauf exaltante.
Il faut repérer les chapitres qui vous intéressent. Puis, s'emparer d'un premier volume, une feuille blanche, un stylo, et recopier les références des ouvrages ou des articles qui vous intéressent. Peut-être. Pas sûr. Mais on ne va pas courir le risque de laisser passer l'article fa-bu-leux que tout le monde a oublié et qui va changer la face du monde, non, de votre thèse. On peut rêver. Puis au bout d'une heure et demie à tourner les pages, tourner les pages, noter une référence, et tourner les pages, tourner les pages... On passe joyeusement (?) au volume suivant. Et c'est reparti, on tourne les pages, on tourne les pages.

Hé le monsieur là, à côté, à droite, il ne pourrait pas se couper les ongles ailleurs ? (Véridique, cet après-midi, il y en a un qui se coupait les ongles. Non seulement le tic-tic était désagréable dans le silence de la bibliothèque, mais en plus, je trouve ça... hum... pas très propre. Non?)
Et son voisin, il va comprendre qu'il ne tape pas sur une machine à écrire mais un ordinateur (récent qui plus est) ? À ce rythme, il va casser sa machine, ce fou! Un doigt POC, un autre doigt PLOC... Ne pas s'énerver, ne pas s'énerver ! Aaaaahhhh... Et voilà, c'est la rentrée, et je suis déjà stressée! Han...


Je vous laisse entre de bonnes mains: l'ensemble l'Arpeggiatta, et notamment cette chanson splendite, à écouter très fort et en dansant, même si on veut!

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27/03/2009

Brève introduction à l'histoire politique (3)


Parler de l'influence du marxisme sur l'histoire politique revient en fait à quasiment ne pas parler d'histoire politique, puisque "l'historien marxiste accorde une attention privilégiée aux phénomènes sociaux, à leur aspect conflictuel, au sort des plus défavorisés surtout" (Charles-Olivier Carbonell, L'historiographie, Que-sais-je?, 1981, p.104).

Mais il faut bien dire qu'entre Boris Porchnev et les historiens français des Annales des années 1930 aux années 1970, il y a un fossé... Porchnev était un historien soviétique, qui a particulièrement travaillé sur les révoltes populaires dans la France d'Ancien Régime, et fut opposé à Roland Mousnier, à propos de la nature des révoltes paysannes du XVIIe siècle: révoltes révélatrices d'une lutte des classes ou non? Pour la présentation des thèses de Porchnev, voir l'article d'Yves-Marie Bercé, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1964, vol. 122, p. 354-358, Porchnev, Les soulèvements populaires en France...



Cependant, on peut difficilement expliquer l'orientation d'un Lucien Febvre sans prendre en compte sa "lecture attentive de Marx" pour reprendre la formule de Fernand Braudel, dans cet article du vol 12, num. 2 de la revue des Annales, 1957, p. 177-182, "Lucien Febvre et l'histoire". L'accent est mis sur le social. Sur les bancs de l'université, on apprend le rejet de l'histoire politique par les historiens qui ont fondé la revue "Les annales", on apprend le courant historique du même nom, caractérisé par le rejet de l'histoire-bataille, d'une histoire politique focalisée sur les grands hommes. Ce rejet est lié au développement d'une histoire plus sociale, plus économique : voyez le Louis XIV et 20 millions de Français de Pierre Goubert. Au lieu de faire une biographie classique de Louis XIV, P. Goubert démontre les forces économiques de ces vingt millions de Français, sans lesquels Louis XIV n'aurait pu être le roi-soleil... Une thèse projetée sur la politique méditerranéenne de Philippe II, thèse de Fernand Braudel (et selon la légende au moins au sens de "ce qui est rapporté à propos de", en partie rédigée de mémoire en camp de concentration pendant la Guerre de 39-45) est devenue une thèse sur la Méditerranée, temps longs, structures, étant mis en valeur...

Comme Marc Bloch avec les rois thaumaturges, Lucien Febvre choisit ce que l'on appelle alors "histoire des mentalités" et aujourd'hui "histoire des représentations", pour écrire son merveilleux "Problème de l'incroyance au XVIe siècle, la religion de Rabelais"; Bloch, Febvre ont ouvert la porte à de grands maîtres de l'historiographie du XXe siècle: Robert Mandrou, Jean Delumeau, Robert Muchembled...
Mais avant ces célébrités, marquées par l'apport de la pensée marxiste, ont oeuvré et compté Paul Mantoux (La révolution industrielle au XVIIIe siècle, 1906) ou Henri Hauser (Les débuts du capitalisme, 1927). La révolution industrielle, concept qui nous est si familier, enseigné au collège, n'est pas une formule qui a existé de toute éternité en histoire, mais a été créée au début du XXe siècle. P. Mantoux a été le premier à développer à partir des analyses de Marx, le concept de révolution appliquée à l'industrie, à l'histoire économique.

À propos de l'histoire politique écrite jusqu'alors, Lucien Febvre a eu des mots sévères (dont on se délecte en cachette, avouons-le...) : critique du tout-politique, critique de l'histoire positiviste, c'est-à-dire, factuelle et certaine d'établir la vérité une fois pour toutes. On a parlé d'une certaine volonté de "tuer le père" de la part des premiers historiens des Annales. Étaient visés en particulier Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, auteurs d'un manuel sur la méthode historique (ne retenir qu'un élément d'un discours permet de le déformer... on le sait bien aujourd'hui encore):

" L’Histoire se fait avec des documents. Le documents sont les traces qu’ont laissées les pensées et les actes des hommes d’autrefois. Parmi les pensées et les actes des hommes, il en est très peu qui laissent des traces visibles, et ces traces, lorsqu’il s’en produit, sont rarement durables : il suffit d’un accident pour les effacer. Or, toute pensée et tout acte qui n’a pas laissé de traces, directes ou indirectes, ou dont les traces visibles ont disparu, est perdu pour l’histoire : c’est comme s’il n’avait jamais existé. Faute de documents, l’histoire d’immenses périodes du passé de l’humanité est à jamais inconnaissable. Car rien ne supplée aux documents : pas de document, pas d’histoire. " (Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Paris, 1898, rééd., Paris, Kymé, 1992, Liv.I, chap I, cité dans Charles-Olivier Carbonnell et Jean Walch, Les sciences historiques de l’Antiquité à nos jours, Paris, Larousse, 1994, p.171).
La réponse de Lucien Febvre quelques années plus tard a été cinglante, comme il savait faire:

" L’histoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire, sans documents écrits s’il n’en existe point. Avec tout ce que l’ingéniosité de l’historien peut lui permettre d’utiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. Donc avec des mots, des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champs et de mauvaises herbes. Des éclipses de lune et des colliers d’attelage. Des expertises de pierres par des géologues et des analyses d’épées en métal par des chimistes. D’un mot, avec tout ce qui, étant à l’homme, dépend de l’homme, sert à l’homme, exprime l’homme, signifie la présence, l’activité, les goûts et les façons d’être de l’homme. Toute une part, et la plus passionnante sans doute de notre travail d’historien, ne consiste-t-elle pas dans un effort constant pour faire parler les choses muettes, leur faire dire ce qu’elles ne disent pas d’elles-mêmes sur les hommes, sur les sociétés qui les ont produites – et constituer finalement entre elles ce vaste réseau de solidarités et d’entraide qui supplée à l’absence du document écrit. " (Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1953, p.428 cité par Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, Folio Histoire, 1996, p82).
Et en marge des Annales, l'histoire politique, un peu occultée, a continué à vivre, à se renouveler grâce notamment à Pierre Renouvin, et notamment l'Introduction générale à l'histoire des relations internationales, de 1953. Néanmoins en 1974, Jacques Julliard écrivait "L'histoire politique a mauvaise presse chez les historiens français. Condamnée il y a une quarantaine d'années par les meilleurs d'entre eux, un Marc Bloch, un Lucien Febvre, victime de sa solidarité de fait avec les formes les plus traditionnelles de l'historiographie du début du siècle, elle conserve aujourd'hui encore un parfum Langlois-Seignobos qui détourne d'elle les plus doués, les plus novateurs des jeunes historiens français. Ce qui n'est pas naturellement pour arranger son cas".

Pour être plus précis, et en revenir au problème de la biographie, ce genre n'a pas entièrement disparu à cause de la désaffection des historiens, en raison de la demande du public. Reste que le genre biographique reste probablement un des plus difficiles, et même traités par de grands noms. Il donne aussi lieu ou a donné lieu à des publications trop souvent très médiocres.

Pour aller plus loin :

- Charles-Olivier Carbonell, L'historiographie, Que-sais-je?, 1981
- M.-P. Caire-Jabinet, L'histoire en France du Moyen-Âge à nos jours, introduction à l'historiographie, Paris, Flammarion, 2002.
- J. Le Goff, P. Nora, Faire de l'histoire, Paris, 1973 (apperçu dans Google Books)
- F. Bédarida et alii, L'histoire et le métier d'historien en France, 1995 (apperçu Google Books)

Vous trouverez également sur le site des classiques en sciences sociales (classiques.uqac.ca/) de nombreux livres de Lucien Febvre, dont Combats pour l'histoire.
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01/03/2009

Brève introduction à l'histoire politique (2)

Pour comprendre l'influence du marxisme sur l'historiographie du XXe siècle, il faut revenir quelques instants sur les principes du marxisme.

"L'Histoire de toute société jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte des classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot : oppresseurs et opprimés, se sont trouvés en constante opposition; ils ont mené une lutte sans répit, tantôt déguisée, tantôt ouverte, qui chaque fois finissait soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la ruine des diverses classes en lutte.

Aux époques historiques anciennes, nous trouvons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une hiérarchie variée de positions sociales. Dans la Rome antique, nous avons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves ; au Moyen Âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres, des compagnons, des serfs ; et, dans presque chacune de ces classes, de nouvelles divisions hiérarchiques.

La société bourgeoise moderne, qui est issue des ruines de la société féodale, n'a pas surmonté les vieux antagonismes de classes. Elle a mis en place des classes nouvelles, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte.

Toutefois, notre époque – l'époque de la bourgeoisie – se distingue des autres par un trait particulier : elle a simplifié les antagonismes de classes. De plus en plus, la société se divise en deux grands camps ennemis, en deux grandes classes qui s'affrontent directement : la bourgeoisie et le prolétariat.
Les citoyens hors barrière des premières villes sont issus des serfs du Moyen Âge ; c'est parmi eux que se sont formés les derniers éléments de la bourgeoisie.

La découverte de l'Amérique, la circumnavigation de l'Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d'action. Les marchés des Indes orientales et de la Chine, la colonisation de l'Amérique, les échanges avec les colonies, l'accroissement des moyens d'échange et des marchandises en général donnèrent au commerce, à la navigation, à l'industrie un essor inconnu jusqu'alors ; du même coup, ils hâtèrent le développement de l'élément révolutionnaire au sein d'une société féodale en décomposition.

L'ancien mode de production, féodal ou corporatif, ne suffisait pas aux besoins qui augmentaient en même temps que les nouveaux marchés. La manufacture vint le remplacer. Les maîtres de jurandes furent expulsés par les petits industriels ; la division du travail entre les diverses corporations disparut devant la division du travail au sein même des ateliers.

Cependant les marchés ne cessaient de s'étendre, les besoins de s'accroître. La manufacture devint bientôt insuffisante, elle aussi. Alors la vapeur et les machines vinrent révolutionner la production industrielle. La manufacture dut céder la place à la grande industrie moderne et les petits industriels se trouvèrent détrônés par les millionnaires de l'industrie, chefs d'armées industrielles – les bourgeois modernes.

La grande industrie a fait naître le marché mondial, que la découverte de l'Amérique avait préparé. Le marché mondial a donné une impulsion énorme au commerce, à la navigation, aux voies de communication. En retour, ce développement a entraîné l'essor de l'industrie. À mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer prirent de l'extension, la bourgeoisie s'épanouissait, multipliant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan toutes les classes léguées par le Moyen Âge." (Marx Karl et Engels Friedrich, (1965), Manifeste du parti communiste, trad. fr., in Œuvres, Économie l, Paris, Gallimard, p. 161-163 (1ère éd. 1848))

Marx et Engels ont présenté dans cet ouvrage leur vision de l'histoire. Depuis les années 1840, la connaissance historique a beaucoup évolué. On fait bien la distinction entre système féodal et système seigneurial (en l'occurence les auteurs désignaient non le système féodal mais le système seigneurial), et bien des historiens de la première moitié du XXe siècle, marxistes convaincus ont tenté de retrouver la vision de Marx et Engels dans les archives et tous les documents utiles pour les historiens.

En 1959, Roland Mousnier (1907-1993), un des plus fameux historiens du XXe siècle, mais non marxiste, écrivait ainsi "Pour certains historiens, le problème [de l'origine sociale de ceux qui, au nom du roi, exercent la fonction publique] est résolu. Ainsi, le bon historien russe Porschnev estime que le "plus pur moyen-âge féodal" règne dans l'économie française du XVIIe siècle que la noblesse foncière "féodale" détient la prépondérance économique et sociale et que l'État "féodalo-absolutiste" est son instrument pour tenir en respect les classes exploitées, paysans et plébéiens des villes."
Il faut préciser que Mousnier n'appartenait ni à l'école des Annales, ni au courant marxiste, et même qu'une polémique célèbre l'opposa audit Porschnew... Pourtant on peut prendre l'exemple d'Emmanuel Leroy Ladurie, qui, dans les premières pages de son Paysans du Languedoc, expliquait s'être rendu compte de l'incapacité du schéma marxiste de l'histoire à expliquer le déroulement de l'histoire.

"En 1955 Raymond Dugranet me parlait, pour la première fois, du compoix languedocien; et il me suggérait d'en entreprendre l'étude: les compoix, me dit-il, sont de vieilles matrices cadastrales, confectionnées seulement dans les régions de taille réelle. Les plus anciens d'entre eux remontent au XIVe siècle. Ils décrivent avec précision, en surface, nature et valeur, les biens des maîtres du sol. Ils rendent possible une histoire longue de la propriété; ils peuvent donc jeter une lumière décisive sur la conquête lointaine de la terre par le capital: autrement dit sur l'un des aspects essentiels de la naissance du capitalisme (...) la tâche paraissait lourde (...) mais j'étais fasciné par les origines du capitalisme. Je décidais de suivre les conseils de mon ami. Les premiers résultats ne trompèrent pas mon attente: et je trouvais d'abord dans les compoix, exactement ce que j'y cherchais; à savoir l'action classique des rassembleurs de terre capitalistes, déjà décrite par Lucien Febvre, Marc Bloch (et tant d'autres) Peu à peu cependant, mes belles certitudes me parurent nullement inexactes mais insuffisantes (...) mon enquête s'étendait, dans le plat pays, bien loin des petites villes rassembleuses. Et des phénomènes nouveaux -aberrants par rapport au schéma traditionnel, à l'hypothèse de travail initiale - sollicitaient mon attention. Le processus de concentration perdait sa simplicité linéaire". Il décrit ainsi qu'il a découvert des vagues successives de déconcentration puis de concentration de la propriété; et quand il y a concentration, c'est au profit de la micro-propriété paysanne.

"C'était la mésaventure classique; j'avais voulu m'emparer d'un document, pour y déchiffrer les certitudes de ma jeunesse; et c'était le document qui s'étaient emparé de moi, et qui m'avait insufflé ses rythmes, sa chronologie, sa vérité particulière. Les présuppositions initiales avaient été stimulantes; elles étaient maintenant dépassées". (E. Le Roy Ladurie, Les paysans du Languedoc, p. 5-6, Champs Flammarion, 1969.)

Je crois que cette formule ( "Les présuppositions initiales avaient été stimulantes; elles étaient maintenant dépassées") résume très bien les mouvements d'idées qui portent les uns après les autres l'écriture de tout étude scientifique. Dans le cas du marxisme, celui-ci a beaucoup contribué à la naissance de l'histoire sociale, de l'histoire économique, statistique. Il a provoqué un fort engouement pour l'histoire des masses, et condamné par là-même l'histoire des grands personnages, de la biographie d'hommes célèbres. Avant que ce genre, goûté du public ne revienne en force...





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14/02/2009

Brève introduction à l'histoire politique (1)

Parce que je songe aux grandes biographies qui vont venir rejoindre les premiers basiques sur les rayons de la bibliothèque, voici de quoi patienter.

A l'instar de l'histoire diplomatique et de l' histoire militaire , certains thèmes traditionnels d'histoire politique ont connu un regain d'intérêt ces dernières années, sans doute sous l'influence de relations internationales instables. Avec le genre biographique, ces domaines historiques ont toujours eu la faveur du public.


Forme la plus ancienne de l'historiographie, l'histoire politique a polarisé l'attention des historiens occidentaux depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIIe s.
Raconter l'histoire nationale, a été l'objectif des auteurs grecs (Hérodote avec l'histoire des Guerres médiques, Thucydide et sa guerre du Péloponnèse, Polybe et ses Histoires qui portent sur les guerres puniques). Elle l'a été tout autant des auteurs latins : Tite-Live, Tacite s'emploient à retracer l'histoire de Rome, ou celle des empereurs. C'est encore l'objectif des historiens du Moyen Âge: deux exemples entre tous: l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours et la Vie de Charlemagne d'Eginhard. Dans tous ses cas, les auteurs sont convaincus qu'ils retracent l'histoire d'une nation extrêmement prestigieuse, la leur.

L'idéologie, une certaine vision du monde ont toujours profondément influencé le regard des historiens.

Lorsqu'au XIXe s. l' histoire fut introduite dans les universités européennes comme une discipline autonome, elle se concentra sur l'étude de la politique des Etats, des gouvernements et des institutions et, par conséquent, sur les actions des "grands hommes". La notion même d'histoire politique aurait été ressentie à l'époque comme une tautologie, puisque l'approche politique était considérée comme la seule manière sensée d'aborder l'histoire.


L'histoire politique accordait au XIXe siècle une grande place aux guerres. Preuve de cette prédominance écrasante, la formule d'Hegel, selon laquelle "les périodes de paix sont les pages blanches de l'histoire".

Ce n'est que dans la seconde moitié du XXe s. que s'imposa la conviction que l'histoire politique n'était qu'une parmi de nombreuses autres approches du passé, puisque l'histoire, doit considérer la totalité de l'action humaine.
S'efforçant d'élargir son champ d'études, elle n'examine plus seulement la pensée et l'action des élites politiques et militaires, mais aussi le contexte économique, le modèle socioculturel dominant, les échanges d'informations, les contraintes administratives ou les expressions symboliques et rituelles du pouvoir.

Elle recourt à des échanges avec l' histoire culturelle, économique et sociale. Bref, elle s'ouvre à l'universel.

Mais avant d'en arriver là, la pratique historique du XIXe siècle a été profondément et même essentiellent orientée, partisane.
Un historien, Camille Jullian écrivait en 1897: "L'histoire naquit à nouveau, non pas du paisible travail de cabinet, mais de la lutte des partis."



C'est en effet sur le terrain privilégié de l'histoire que se sont engagés les âpres combats qui mettaient aux prises conservateurs et libéraux, cléricaux et anticléricaux. Tous, au XIXe siècle, en appellent au passé pour légitimer leurs opinions.
Un exemple, celui de la Révolution française: aux contre-révolutionnaires pour
qui la Révolution est un complot (thèse de Barruel) ou un châtiment divin (Joseph de Maistre), s'opposent les libéraux qui insistent sur les apports de la Révolution, de laquelles sont nées les libertés. Au mieux, on gomme, on minimise tel ou tel aspect défavorable, comme la Terreur.


D'ailleurs cette imbrication étroite de la politique et de l'histoire s'incarne même en la personne d'Augustin Thierry comme en celle de Guizot qui font oeuvre à la fois de politiciens et d'historiens. C'est clairement ce que confesse Augustin Thierry dans les "Lettres sur l'histoire de France".



La défaite de Sedan (1870) a bcp joué dans le développement de mythes nationaux -- voir l'essai sur le règne de Philippe-Auguste --, l'histoire devait servir à alimenter le culte national.



La IIIe République a fait de la Révolution le fondement de son régime. Une chaire d'histoire de la Révolution française est créée en 1898. Les marxistes commencent à donner leur vision de l'histoire: pour Albert Soboul, la Révolution marque le passage du féodalisme au capitalisme.

Le marxisme a joué un rôle essentiel dans l'historiographie du XXe siècle. Il a conduit beaucoup d'historiens à s'intéresser bien plus aux masses qu'aux "grands hommes".

PS: je ne parle plus réforme mais j'y pense. Je crois même que j'ai des idées qui me travaillent, vu comme je cherche des dérivatifs avec ce remplissage de la bibliothèque et ces billets sur l'histoire politique.
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24/10/2008

Comment les historiens écrivent-ils l'histoire?



On se pose rarement la question des sources sur lesquels l'historien s'appuie; parce qu'entendre une histoire semble a priori plus intéressant que de savoir comment elle a été écrite. Et pourtant... C'est souvent un des moyens d'identifier un auteur qui raconte n'importe quoi et celui qui s'appuie vraiment sur des sources (il faut ensuite qu'il sache les traiter avec culture et esprit critique, mais c'est une autre affaire).

Recette du jour :

Prenez un historien. Munissez-vous d'un pressoir de préférence ancien (vous en trouverez pour rien en Bretagne et en Normandie) qui pourra par la suite faire le décor kitch de votre jardin, et d'une reproduction du Jugement dernier.

Installez l'historien dans le pressoir, à la place des fruits. Actionnez le mécanisme de presse. Si l'historien, soumis à la pression, crache des liasses de vieux parchemins, divers objets archéologique et des centaines de livres, gardez-le, c'est un bon historien, il vous rendra quelques services. Sinon, épinglez-le au plus vite en bas à gauche de la reproduction du Jugement dernier, c'est l'emplacement réservé pour l'enfer des historiens.

(je crois que je devrais cesser d'abuser du café)

Hum ! Je disais... Les historiens apprennent à connaître le passé grâce aux informations révélées par les "sources": mais ! Le statut de source peut être donné à la limite à n'importe quel objet, à condition qu'un historien arrive à le faire parler. J'ai pris conscience assez tardivement (je vous rassure, c'était du temps de mes études), que l'histoire politique occidentale de ces derniers siècles était en grande partie écrite grâce aux actes émanant du pouvoir (actes royaux, impériaux,...) mais aussi grâce aux archives diplomatiques: comptes rendus des ambassadeurs, résidents et autres espions officiels.

Selon un grand historien du début du XXe siècle, Henri-Irénée Marrou, "Le passé se présente (à l'historien) comme un vague fantôme (...) pour le saisir il faut l'enserrer dans un réseau de questions" (H.I. Marrou, De la connaissance historique, Paris, Le Seuil, 1954, rééd. Points Histoire 1975, p. 56)


Plusieurs classifications sont possibles.
Par nature:

- les sources écrites
- les sources iconographiques
- les sources audio-visuelles
- les sources archéologiques non écrites (objets divers, monuments...)

Une deuxième est encore possible, en fonction de la destination:
- les sources privées
- les publiques

Dans les sources écrites, on distingue encore plusieurs catégories:
- les sources normatives (les textes de lois, les règlements émanant de toutes sortes d'institutions, etc)
- les sources narratives (littéraires ou non: correspondances, mémoires, récits divers...)
- les sources administratives
et la liste n'est pas close.

Or, l'éventail des sources étudiées par les historiens ont varié au fil du temps, comme le regard sur des sources identiques a changé en fonction de l'évolution de l'historiographie ou histoire de la façon d'écrire l'histoire.

Le renouveau historique est dû:

- quelquefois à des découvertes d'archives inconnues ou à des fouilles archéologiques;
- mais le plus souvent, le "nouveau" en histoire est dû à de nouvelles questions, une nouvelle approche des documents déjà connus. Or on peut aborder un même document de mille manières (bon, mille, c'est pour la formule, disons cinq, six, c'est déjà bien)

L'historiographie introduit d'une manière concrète et à partir d'exemples, à l'évolution des démarches, des interrogations, et des interprétations.

Écoutons Henri-Irénée Marrou -un des grands maîtres historiens du XXe s. (1904-1977) - expliquer comment à partir d'un même phénomène, on peut tirer plusieurs manières d'envisager un fait:

"Prenons un phénomène historique bien déterminé : le monachisme chrétien à ses origines dans l'Égypte du IVe siècle.
On peut l'étudier du point de vue de l'histoire du christianisme en tant qu'il est un épisode de celle-là, un aspect du développement de celui-ci.
On peut l'étudier du point de vue comparatif de l'histoire des religions, comme une des manifestations de l'idéal de solitude, d'ascèse et de contemplation qui s'est incarné de tant d'autres manières dans l'humanité (brahmanisme, jaïnisme, bouddhisme, taoïsme, et jusque paraît-il dans les civilisations précolombiennes).
On peut y voir l'aspect social, la fuite au désert, l'"anachorèse" (littéralement la "montée au maquis") étant un phénomène général dans l'Égypte gréco-romaine (criminels, débiteurs et surtout contribuables insolvables, a-sociaux de toute espèce, et non pas seulement religieux).
On peut encore en étudier la fonction économique: les cénobites de saint Pachôme qui par milliers sortaient de leurs couvents pour venir faire la moisson dans la vallée du Nil et gagner ainsi en quelques jours leur maigre subsistance de l'année, apparaissent comme une réserve de main d'oeuvre, un Lumpenproletariat, équivalent de ces travailleurs saisonniers de Californie, décrits par Steinbeck dans Les raisins de la colère... (H.-I. Marrou, De la connaissance historique, p. 51-67


Tout est affaire de point de vue... sur les sources !
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14/09/2008

Les règles du métier


Non, les historiens n'aiment pas la poussière ! J'entends déjà les commentaires des rieurs autour de moi ! Nous n'aimons pas la poussière, mais les livres souvent. Mais la vérité est-elle dans le livre ? Les choses sont en fait un tout petit peu plus compliquées que cela. L'historien aime les livres, donc les bibliothèques. Il lit beaucoup, écrit beaucoup aussi. Mais je vous entend déjà penser :"Bah ! Forcément ! L'histoire, c'est juste raconter ce qui c'est passé !" Et là je m'oppose, vigoureusement ! (Vous croyez que j'en fait trop, là ? Ah oui, peut-être... Reprenons : ) Faire de l'histoire, ce n'est pas seulement redire ce que l'on sait déjà. C'est un travail perpétuel qui consiste à reprendre les documents, ou les preuves si vous voulez, à les relire, pour mieux les comprendre et en tirer davantage. Quelquefois, on trouve de nouveaux documents, où l'on explore des sujets nouveaux, des documents jusqu'alors négligés. L'histoire est une enquête : nous devons d'ailleurs le mot "histoire" à Hérodote et ses "Enquêtes" (Historíai en grec).

Aussi, l'historien est à l'occasion un pourfendeur de mythes. Encore faut-il que l'on tienne compte de ce qu'il raconte.

Beaucoup de légendes et de mythes traînent en histoire : l'Inquisition, Galilée, la réputation faite à l'Église de nier l'existence de l'âme des femmes, le servage des paysans avant la Révolution, la Révolution de 1789 mère de toutes les libertés, qui aurait mis fin aux privilèges, à la tyrannie royale, et à toutes les misères, etc.

Il est utile de savoir dans quel contexte et donc, pourquoi sont nées ces légendes.

La vision encore aujourd'hui négative du Moyen Âge et de l'Ancien Régime perdure du fait d'une tradition culturelle et politique faisant naître la France en 1789 et parant les années révolutionnaires de toutes les vertus.

Michelet, Lavisse et d'autres créèrent en connaissance de cause des mythes fondateurs des sentiments nationaux.

Vercingétorix, Clovis, Jeanne d'Arc, Danton et Robespierre appartiennent à un panthéon appris sur les bancs des écoles. Ces héros dans lesquels le mythe finit par l'emporter sur l'histoire, n'en sont pas moins utiles.
Ils sont ces modèles sans lesquels il n'est pas d'identité possible. Nous avons déjà abordé le lien entre mythe et histoire nationale. C'est une constante quelque soit le pays.

Mais il faut savoir faire la distinction entre la légende et la vérité. De manière générale, les réflexes patriotiques peuvent conduire à minimiser des réalités historiques : c'est le cas aujourd'hui encore du génocide arménien de 1911 toujours nié par la Turquie, ou même des massacres des années 1790, sur l'ensemble du territoire français, qui n'ont pas été cités lors de la célébration du bicentenaire de la Révolution française.

Les historiens ont été influencés dans leur travail (et ils le sont toujours) par les idées de leur époque. J'ai coutume de dire qu'un historien voit le passé avec les lunettes fournies par son époque). L'objectivité parfaite est impossible, autant en être conscient. Mais l'objectivité doit rester l'objectif.

Les historiens de formation universitaire, ont l'obligation (en principe) de respecter un certain nombre de règles :

- faire preuve d'esprit critique. Un historien doit prendre du recul, ne pas juger par rapport aux valeurs de l'époque dans laquelle l'historien vit. Il doit toujours chercher à comprendre pourquoi un tel ou tel a agi comme il l'a fait. En quelque sorte, un historien est un avocat aux causes et aux clients multiples.

- faire un effort permanent de neutralité. Là encore, pas de jugement de valeur possible "c'est bien / c'est mal".
Il peut dire que telle décision prise par un empereur a été catastrophique (il juge un fait, des conséquences). Il peut dire que Caligula était fou, sanguinaire. Mais son discours ne va pas consister à juger mais expliquer

- expliquer et ne pas raconter l'histoire : il doit chercher à comprendre la raison
d'être des faits rencontrés dans les sources. Parler de manquement à la tolérance quand il est question d'Inquisition, donc pour des faits qui se sont passés au XIIIe siècle, dans le contexte culturelle, religieux du XIIIe siècle, n'a aucun intérêt, aucun sens pour l'historien. En revanche, il doit essayer de comprendre et de faire comprendre pourquoi les tribunaux de l'Inquisition sont apparus alors comme une solution, pourquoi ils ont été acceptés par la majorité de la population.

- être limpide dans son argumentation : contrairement à un journaliste, l'historien doit citer ses sources, pour que chaque lecteur puisse vérifier que la démonstration repose sur un travail sérieux.

Faites l'essai en librairie : regardez en fin d'ouvrage le nombre de pages contenant les références bibliographiques, les sources (archives, documents de toute nature selon le sujet et sur lesquels repose le travail) et la clarté des indications.

J'ai feuilleté récemment une biographie de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, dans laquelle la page des références archivistiques était d'une indigence à pleurer : à peine deux pages maigrichonnes et vagues et tristes (connaissant bien une partie du sujet, j'ai constaté d'ailleurs des lacunes multiples...). Pas de cotes précises des folios dans les cartons d'archives ou registres cités en fin d'ouvrage. Dans tout le corps du récit, à peine dix malheureuses citations de sources manuscrites, si l'on écarte celles déjà étudiées par d'autres historiens, mais un grand nombre de sources narratives et de seconde main. L'exemple à ne pas suivre et surtout à ne pas lire.

À ne pas respecter les règles du métier, on risque de perdre sa casquette et ses galons d'enquêteur. Ce serait dommage, non ?
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08/09/2008

Faisons sauter les verrous !


Puisque mon anti-sèche personnelle, c'est d'entrer directement dans les vif du sujet, allons-y !

Le but de ce blog, ce n'est pas de raconter l'histoire (je pourrai à l'occasion vous parler de mes livres d'histoire préférés et citer quelques exemples historiques croustillants) mais de vous parler du métier d'historien. Qu'est-ce que c'est faire de l'histoire ? À quoi cela sert ? Quel est l'intérêt d'une formation en histoire - dès le collège et le lycée - ? Quel plaisir peut-on y prendre ? Comme je l'ai déjà dit, j'aimerais partager ma vision du métier d'historien, et pour cela, faire sauter les verrous de la connaissance historique. Les historiens ont en commun avec les chats d'adorer ronronner dans leur coin, et c'est ma foi, dommage à mon goût.

Mon public visé, n'est pas celui qui s'assoit à chaque rentrée sur les bancs de l'université (quoique...) mais MonsieurToutLeMonde, bref tous ceux qui aiment bien l'histoire sans que ce soit leur métier et pianotent sur leur moteur de recherche préféré à la recherche de sites d'histoire pour satisfaire leur curiosité.

Je vous parlerai donc :

- du quotidien du métier d'historien, clins d'oeils et agacements compris : où élabore t-on l'histoire ? Comment écrit-on l'histoire ? Avec quels documents écrit-on l'histoire politique ? Et de quoi parle t-on en histoire quand on ne parle pas des batailles ? (de beaucoup, beaucoup de choses, si vous pensez que l'histoire c'est crier "1515, Marignaaaan ! ", vous devriez apprendre ici deux ou trois trucs...)

- de l'évolution de l'écriture de l'histoire, c'est-à-dire des différentes façons dont on a écrit l'histoire, des buts donnés à l'histoire au fil des siècles, car on n'a pas toujours écrit l'histoire de la même façon, du renouvellement des méthodes historiques au long du XXe siècle

- des qualités intellectuelles que l'on gagne à faire de l'histoire, et qui distinguent un historien du reste des citoyens (ce que de vous à moi, je regrette, puisque je considère que faire de l'histoire, c'est tout autre chose qu'apprendre des dates par coeur) c'est devenir plus critique, et être moins captif des messages publicitaires, de la propagande commerciale, politique ou autre. Convaincue que ces qualités intellectuelles sont à la portée de tous, mon but n'est pas d'être élitiste, bien au contraire, de faire partager tout ce que j'ai acquis moi-même, grâce à l'apprentissage de la méthode historique.

- de la façon dont un citoyen doit lire un document, que ce soit un article de journal ou un document d'archive, les réflexes doivent être les mêmes si l'on ne veut pas être dupes.

C'est là d'ailleurs que je vais occasionnellement tailler quelques habits pour l'hiver voire la dizaine d'hivers à venir à un certain nombre de collègues, vivants ou non, et prendre le pari de vous faire aimer l'histoire, sinon de la regarder comme vous ne l'avez jamais fait.
(Mais quelle ambitieuse, celle-là ! )


*** Pour ceux qui aiment jouer, retrouvez dans ce texte les titres de deux ouvrages célèbres sur l'écriture de l'histoire... Bonne recherche ! ***
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