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Une envie de livres ?

17/04/2011

Syndrome de Stockholm

Ce syndrome désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. À ne pas confondre avec le syndrome de Lima qui est son inverse, quand les ravisseurs sont influencés par le point de vue de l'otage. 

Je crois que j'en souffre. Blague à part, même s'il est osé de comparer des cours prenants avec des ravisseurs, il y a quand même de l'idée. Je viens à peine d'en sortir et je me sens toute perdue. Hein ? Lundi, pas de cours à préparer? Mardi non plus? Et mercredi alors? Jeudi ? Ven... Mais samedi, samedi au moins? Non?


Non. 



Rien. 


Libre. 



Libre? 



Yeeeeeeep Hiip pip Houra ! Je suis liiiiiiiiiiiiiiibre ! Ah nom de Zeus ce que c'est bien. 


Sourire béat.



Et là paf, c'est le blues. Mais je vais faire quoi, moi, sans cours à préparer, ce n'est pas normal, cette situation. D'accord d'accord, je suis payée en principe pour une charge de cours qui me permet de terminer la thèse. Enfin, ça c'est la théorie. D'accord d'accord, il ne faut pas crier victoire trop vite. Parce que les prépas de cours sont peut-être terminées mais pas les cours. Va falloir ne pas oublier d'aller faire cours. 

En plus c'est le printemps. La nature ne m'aide vraiment pas.Vile tentatrice. Pourquoi les étudiants ont-ils le droit de s'avachir sur les pelouses et moi, pas ? Cropinjuste. Vais ressortir ma coquille de Caliméro. Mais encore faut-il que je me souvienne de l'endroit où elle est rangée.

Hein ? (bis) Quoi ? Ah oui, c'est vrai j'ai une thèse en cours, enfin en cours d'écriture. Ah c'est vrai. Vraiment, je l'ai tellement oubliée celle-là, que l'espace d'un instant j'ai oublié le nom du logiciel qui me sert à ouvrir ma base de données. Et que j'ai commencé par ouvrir mon dossier de cours en essayant de me remettre à la thèse. Sans rire. Habitude. Plonk ! Il y a des habitudes à perdre.

J'en étais même arrivée à m'enthousiasmer en préparant mes cours, à faire de grands discours pour expliquer que oui mais non c'est vrai je ne travaillais pas sur ma thèse, c'est mal je sais quand on est thésard, mais sur mes cours et que j'apprenais encore pleins de choses, des trucs fabuleux. Certes je vois dans l'oeil des étudiants que parfois, ils tirent un peu la langue à me suivre. Enfin pas toujours. Il y en a qui suivent et qui aiment pour en redemander et sortir des "déjà" quand j'annonce la fin (hého laissez-moi mes illusions, que non ce n'est pas parce que je suis jeune qu'ils sont gentils).

Une idée du bonheur, c'est la perspective de cinq mois sur la thèse. Il y aura bien des surveillances et quelque chose comme deux cents ou trois cents copies à corriger en quinze jours. Mais enfin. La thèse, quoi. 

Yeeep !



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20/03/2011

Le plan licence ou l'art de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

Par moments, j'ai envie de partir sur une île déserte. C'est un peu lâche, c'est vrai. Mais face à un rouleau compresseur, je ne vois plus quoi faire. 

À l'époque où j'ai passé mon bac, il est certain que nous étions déjà les cobayes parfaitement involontaires de toutes sortes de mesurettes et réformettes aussi vite pondues qu'oubliées et disparues. Quoique. Je me souviens d'innovations déroutantes, surtout en primaire, d'institutrices qui ne juraient que par l'apprentissage du script, seule écriture admise. Le résultat se voyait dès le collège: des générations d'enfants incapables ou en tout cas absolument pas habitués à écrire autrement. Il y en a eu bien d'autres, comme les fameuses méthodes globales, aux effets bien plus graves encore, décriées et abandonnées depuis.

Celeborn s'est lancé dans un inventaire croquignolesque de toutes les réformes qui se sont succédées depuis... seulement 2005 dans le secondaire Il a bien été tenté de remonter bien en amont, mais comment dire? Cela devenait un sujet de livre.

Mais l'expérience n'apprend rien aux ministres (ce qui peut se comprendre, vu le nombre réduit d'années qu'ils passent sous les ors de la République, ordinairement) ni aux cabinets des ministres ou autre population fréquentant ordinairement les bureaux des rues de Grenelle et Descartes. C'est déjà beaucoup plus fâcheux.

Or donc, je parlais de rouleau compresseur. Et des réformes que j'ai subies. En arrivant à l'université, j'ai eu le sentiment de trouver un monde fabuleux. Terriblement exigeant, pour moi qui arrivait tout droit d'un quelconque lycée de province dans cette université de province, également. Le choc a été rude. Durant ces années j'ai vraiment eu le sentiment d'être préservée de la réformite. Il y a bien eu la semestrialisation soit le fait de couper les années en semestre, chacun comprenant non plus des partiels mais des examens terminaux. Avec la semestrialisation, il y avait la compensation des notes, assez désastreux pour les bons étudiants, qui ne pouvaient plus repasser un UE (unité de valeurs) décrochée avec un 08 et compensée avec le 12 d'une autre matière. Une jolie manière de plomber les moyennes, non, pardon, d'aider les étudiants en difficulté en nivelant par le bas. Dès cet instant, j'ai commencé à haïr avec férocité les réformistes à la petite semaine.

Puis il y a eu le contrôle continu. Réclamé par les syndicats étudiants. Qui ne sert à rien sinon multiplier par trois le nombre de copies à corriger. Parce qu'un étudiant débarquant de son lycée ne SAIT PAS faire de dissertation ni de commentaire, selon les règles. Il n'y a pas à tortiller. Plus de six ans passés à encadrer des premières années, je commence à avoir l'habitude. Dans le meilleur des cas, il faut quelques séances pour obtenir un semblant de devoir où il y a encore beaucoup à revoir. Même avec la majorité des étudiants réellement motivée par ses études, il faut encore secouer la pulpe pendant des semaines et des semaines pour que ça commence à faire des choses. Donc il faut se débrouiller pour que les premières notes ne soient pas catastrophiques. On sonne l'alarme, en quelque sorte, à base de "Bon, les gars, vous voyez, là, faudrait commencer à se retrousser les manches, parce qu'on est loin du compte!"

Avec la LMD, Licence Master Doctorat, beaucoup de poudre aux yeux et une grande réforme de la formation des enseignants sur le mode "Vous n'êtes pas bien formés? Maintenant vous ne serez pas formés du tout!"...

Las, nous ne sommes pas à bout de nos peines. Je crois que s'est maintenue à peu près partout, malgré ces réformes à tout crin, une formation pas trop mauvaise. Au moins dans ma discipline. On peut toujours faire mieux, certes. Mais dans l'ensemble, malgré toutes ces mesures qui n'ont rien apporté, je crois pouvoir avancer que la qualité de l'enseignement n'a pas baissé.

Alors alors alors... comme les enseignants ne sont pas compétents pour aider les étudiants, Madame le ministre s'en charge. Rien que ça. Vous trouverez ici l'intégralité de son discours pour le lancement du pompeux "Plan Licence".
Voici quelques morceaux choisis.

Je veux en faire un diplôme de référence pour les étudiants comme pour les employeurs (...) renforcer sa dimension professionnalisante sans rien céder de l’exigence académique (...) ni remettre en cause, naturellement, le contact avec la recherche, qui fait la force et la spécificité du modèle universitaire.
Il va falloir choisir: soit on ouvre les formations aux exigences du marché soit on garde le même niveau disciplinaire. À moins de couper les étudiants en deux je ne vois pas comment faire... "Garder le contact avec la recherche" aaaah la vaste blague. Quand plus aucun étudiant ne va faire l'équivalent d'une maîtrise à moins d'avoir des parents riches (ce qui n'est pas le cas de la majorité des étudiants) parce que le master enseignement repousse déjà d'un an le début de la carrière ! C'est déjà la quadrature du cercle pour initier les très bons étudiants à la recherche tout en leur laissant une chance d'obtenir le CAPES (l'agrég on verra si on peut obtenir des reports de stage) et que leur doctorat, ils devront le faire en ayant déjà un plein temps dans le secondaire, au mépris de leur vie privée !

Je pense en particulier à la réflexion sur les référentiels de compétences et sur l’évaluation des étudiants
C'est dit! Nous sommes sauvés les compétences arrivent à la fac ! Sauf que les compétences, ça fait longtemps que je les pratique, et si c'était une recette magique, ça se saurait ! "Savoir définir les termes du sujet" "Rédiger chaque paragraphe en alternant une idée/un exemple" "savoir placer sur une carte les principaux états de l'Europe au XIXe siècle"... ce sont pas des compétences, ça, hum ? Nooon. J'adore quand une ministre qui n'a jamais enseigné vient me dire comment faire cours. 

Le plan « Réussite en licence » a par ailleurs marqué une étape décisive dans la mobilisation contre l’échec endémique dans le 1er cycle universitaire. La dynamique engagée depuis trois ans n’a pas seulement permis d’améliorer l’accueil, l’encadrement et le suivi des étudiants, elle a aussi replacé la pédagogie au cœur des préoccupations de l’université
Ben c'est sûr. Ça a bouleversifié la vie des facultés. Dingue. Replacé la pédagogie au coeur de l'université... Et pan! prends ça dans la gueule ! C'est certain, hein, la pédagogie on s'en fout à l'université, on n'est rien que des pervers qui n'en avons rien à faire des étudiants. On fait même des quotas en secret pour avoir le plaisir de voir les étudiants recalés pleurer.

la réforme du 1er cycle, ce n’est pas seulement une organisation plus efficace, un allongement de l’année universitaire ou encore de meilleures conditions de travail, c’est aussi une nouvelle architecture des formations qui permette à l’étudiant de découvrir un plus large éventail de disciplines et de construire progressivement un parcours d’études adapté à l’évolution de son projet.
Oui on appelle ça une dilution. Jusqu'à preuve du contraire ça n'aide pas à mieux connaître sa discipline.  Un semestre d'économie, un de philosophie, un troisième d'histoire, un quatrième de droit. On fait de tout pour sortir avec rien. I-dé-al.
Quant à l'allongement, oui oui oui, passer de treize semaines (ou quatorze) à douze, c'est allonger!

Mon ambition, c’est qu’un diplômé de licence générale, quand il ne fait pas le choix de la poursuite d’études, s’insère demain aussi facilement et aux mêmes conditions qu’un diplômé de DUT ou de licence professionnelle.
Mon ambition à moi, c'est que, quitte à voir nos étudiants se réorienter, ils sortent en sachant lire un dossier pour le synthétiser, écrire sans faute, argumenter, parler avec aisance à l'oral, avoir une culture générale correcte, avoir de l'esprit critique, histoire de pouvoir enquiller sur des métiers où leur formation initiale leur sera précieuse. Du genre journaliste, conservateur. Bref, des compétences auxquelles on les forme déjà. Fou, n'est-il pas ? Bientôt en histoire, on nous demandera de former des ingénieurs BTP ou des informaticiens. Parce que l'histoire ça ne sert à rien sur le marché. On ne va tout de même pas financer des formations qui ne servent à rien qu'à la culture et à la réflexion.

La seconde tient à notre ambition commune de faire réussir tous les étudiants, quels que soient leur origine et leur potentiel. L’université est ouverte à tous, c’est à la fois sa fierté et le principal défi auquel elle doit répondre aujourd’hui. Les étudiants ont changé : plus nombreux, moins armés parfois pour les études supérieures, ils ont la même envie d’apprendre, la même volonté de réussir que leurs aînés, sans en avoir toujours les moyens. Combien d’entre eux, aujourd’hui, renoncent ? Combien de talents gâchés, d’illusions perdues

Les étudiants sont moins bien armés! Oh le vilain aveu ! C'est crocro difficile ?! Ben c'est pas grave, hein, on baisse le niveau, comme ça tout le monde aura un diplôme qui ne vaudra... rien. Égalité dans la nullité.
Ce nouvel arrêté sera à la fois plus ouvert et plus contraignant. Plus ouvert, parce que l’égalité des chances doit aujourd’hui reposer sur la diversité des parcours : le développement rapide de formations d’excellence – cycles préparatoires, doubles licences, parcours renforcés – en est le meilleur exemple. Il doit bénéficier, via l’établissement de passerelles, à l’ensemble des étudiants accueillis à l’université. Il ne s’agit pas de choisir entre l’excellence pour tous ou l’excellence pour quelques-uns, mais de conduire tous les étudiants à la réussite et à l’insertion professionnelle. C’est ainsi que nous substituerons à la logique de sélection par l’échec une logique d’orientation progressive et réversible

Plus ouvert et plus contraignant. Elle aime bien les positions compliquées, notre ministre. Ce qu'elle nous dessine surtout c'est une fac à deux vitesses. Mais, ça, cette inégalité-là, ça ne la perturbe pas. 

l’égalité des chances, c’est en même temps la garantie que tous les étudiants bénéficieront des mêmes conditions d’accueil, d’enseignement, d’évaluation et de réussite. C’est à vous qu’il appartient désormais de fixer ces nouvelles règles. Je me contenterai d’évoquer quelques pistes : la simplification des intitulés, la définition d’un volume horaire minimum, l’harmonisation des modalités d’évaluation, qui inclut à la fois la généralisation du contrôle continu, la question de la compensation et celle des notes éliminatoires, la prise en compte des progrès de l’étudiant sur l’ensemble de l’année et de la diversité des rythmes d’apprentissage – pourquoi ne pas lever le tabou des trois ans ? –
Pour la simplification des intitulés j'ai une proposition: des cours de "B-A ba", d'orthographe et de grammaire. Remarquez, c'est ce que l'on fait déjà (soupir). Autonomie des universités et contrôle croissant du ministère, cherchez l'erreur. Je ne vois pas en quoi la généralisation du contrôle continu va aider à l'harmonisation. Ah mais si. Ça va éviter aux sadiques que nous sommes de nous laisser aller à nos pulsions. C'est vrai. Plus de note éliminatoire. Bientôt aux copies blanches il faudra mettre la moyenne. La prise en compte des progrès... Nan on ne prend pas en compte les progrès, on se réjouit de ceux qui échouent, on se tue à vous le répéter. Aaah le tabou des trois ans. C'est sûr. Un étudiant qui met dix ans à avoir sa licence, ce n'est pas un étudiant qui a subi une erreur d'aiguillage. Nooon. Il est juste tombé sur de vilains enseignants. Il va juste ramer ensuite pour trouver du travail avec un CV qui fera fuir. Mais pas de problème! Mais j'aime bien la formule "diversité des apprentissages". Je vais la ressortir à mon prochain cru de premières années, quand je serai obligée de leur secouer les puces pour que le deuxième devoir de contrôle continu ne soit pas désastreux. "Vous savez quoi? Vous manifestez une diversité des apprentissages vraiment riche. C'est sûr que croire que Charlequin était empereur au XVIIe siècle, c'est d'une grande inventivité. Un point inventivité. Mais pour l'inventivité vous voudrez bien vous inscrire dans les ateliers "J'écris mon premier roman". Pour la validation de votre première année, vous allez voir ailleurs, merci. "

Cette réforme, nous le savons tous, est aujourd’hui nécessaire : aucun d’entre nous ne peut se résoudre à la sélection par l’échec.
La sélection par l'échec! J'aimerais que notre bonne ministre nous définisse sa conception de la sélection. Je vais sans doute apprendre des tas de choses. Quand j'étais petite et qu'il fallait trier les pommes de terre, il y avait les petites, les moyennes et les grosses. Et de fait les petites échouaient à se faire passer pour des grosses. Mais dans le monde merveilleux de l'enseignement, on veut nous faire passer des têtes vides pour des têtes pleines et personne n'y voit que du feu. 

Dites, il n'y a pas un journaliste dans la salle, là, pour nous révéler que notre ministre a fricoté avec Khadafi ou Ben Ali, histoire qu'on puisse lui demander d'aller exercer ses talents ailleurs? S'il vous plaît...
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01/03/2011

Un moment de grâce

C'est une semaine de vacances de cours, une respiration dans une année assez rude, où j'en viens à oublier que je fais une thèse. Elle tombe bien, je commençais à m'ennuyer sévèrement de la préparation des cours, de ce rythme de vie calqué sur la vie de Sisyphe, préparer des cours (ai-je assez de pages pour cette semaine?), les donner, en préparer de nouveaux, les donner...

J'ai tellement bien oublié l'idée de faire une thèse que j'ai commencé par retourner l'appartement à la recherche de ma carte des Archives nationales. Pour la retrouver dix minutes avant la fin des commandes du jour, quand il me faut dix minutes (oui je sais, veinarde) pour y aller. Pas drôle. 

J'ai retrouvé le ronronnement des lecteurs de microfilm et même si les stores sont baissés au dernier étage où se trouve la salle des microfilms, même si la lumière est triste, à vous donner une humeur de neurasthénique, je me suis surprise à sourire béatement. À considérer avec gourmandise mes cinq bobines qui attendent dans leur carton. Et pourtant, un lecteur de microfilm, ça n'est guère séduisant en soi (la photo ci-contre l'atteste).

À trouver tout charmant, le parfum de la lectrice à quelques places de la mienne, mon vieil ordinateur, qui me sort pourtant par les yeux depuis des mois, la grâce des gestes d'une jeune lectrice devant moi. Même les petits vieux messieurs qui fréquentent assidûment les archives nationales (c'est dire. Parce que, pour une majorité parfaitement normale, il y en a toujours un ou deux spécimens... comment dire? Hum... originaux. Mais vraiment). J'ai même retrouvé avec plaisir mon repas-thermos du midi.  

Dommage que cela ne dure qu'une semaine. D'autant que je n'ai même pas une semaine de cours d'avance. Aïe. Le retour à la réalité va être rude. M'en moque pour l'instant. Parce que j'ai un bout de plan à retoucher et des tas de choses à écrire encore ce soir...



tiens, à la relecture, il y a un piège dans ce billet... Une cacahuète à celui qui le trouvera...

édit: je garde ma cacahuète, vu que les propositions n'étaient pas les bonnes. Le piège c'est que je parlais de lecteur de microfilms et j'affiche l'image d'un lecteur de microfiches. Ahum. 

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07/02/2011

L'éducation du prince

Peu de temps en ce moment, voilà qui explique mon absence. Encore des cours à écrire avant de se remettre à la thèse. 

Cela ne signifie pas que je reste sourde à l'actualité. Les tensions qui persistent autour de la Maison de l'histoire de France, la trouvaille de nos princes d'aujourd'hui à propos du Musée d'histoire de la Marine, la Côte d'Ivoire, la Tunisie et l'Égypte... J'ai de la matière à causeries, n'est-ce pas? À ce propos j'ai demandé des nouvelles de l'escalier de la BnF, dont je vous avais parlé ici. Le ministre de la culture devait trancher en novembre 2010 mais pas un mot à ce sujet. 

N'étant guère compétente en géopolitique africaine ou maghrébine, je vais éviter de donner mon avis sur la Pologne alors que l'on ne me demande même pas de chanter les Feuilles mortes. Choses préférables, d'ailleurs, à tous points de vue. 

En revanche, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au cas Alliot-Marie à propos de ses vacances tunisiennes.
De deux choses l'une: ou Madame Alliot-Marie a une éducation très classique et est convaincue que tout ce qu'elle peut recevoir ne saurait l'influencer dans ses choix politiques (ce qui est faire peu de cas de l'évolution des régimes politiques) ou elle montre une totale ignorance de la manière de tenir le gouvernail politique, à la manière de Loulou XIV tel qu'il est représenté à Versailles. 

Pourquoi est-ce faire peu de cas de l'évolution des régimes? Héritiers des princes mais inscrits dans un autre système politique, nos gouvernants d'aujourd'hui n'ont, hélas pour eux, pas hérité des mêmes valeurs et indubitablement, n'ont pas ce privilège qu'avait le roi de n'être jamais redevable de rien à personne. Sauf à Dieu mais c'est une autre affaire. C'est ce qu'expliquait Bernard Guenée dans la monstrueuse et merveilleuse oeuvre dirigée par Pierre Nora, les Lieux de Mémoire, dans son chapitre sur  l'État. Le roi, s'il était donneur comme tous les autres nobles et en donnant, engageait autrui, ne pouvait à l'inverse d'eux être engagé par ce qu'ils donnaient. Remarquez, que notre ministre n'ait pas compris l'évolution du système politique pourrait expliquer les liens entretenus avec des dictateurs, tyrans d'aujourd'hui. Remarquez encore, cela prouverait qu'elle ignore la différence fondamentale entre un roi tel que le concevait l'Ancien Régime et un tyran. À cet égard, la lecture de B. Guenée lui serait profitable. 

Je sais que le motif de cette compromission est de nature tout bonnement économique, motif qui excuse tout dans le monde d'aujourd'hui. Je n'ai vu à ce sujet aucune étude sur l'impact de la situation politique tunisienne sur les affaires françaises. Quelques échos sur l'impact de la situation égyptienne en revanche. C'est faire peu de cas des industries et autres centres d'appel  français qui s'y sont délocalisés depuis une quinzaine d'années. Pour quelques vacances privées et des contrats juteux, il faut accepter pour les moins scrupuleux un dîner avec le diable, ce qui nécessite de longues fourchettes. En politique, malheur aux ignorants et aux simples d'esprit.

Si elle affiche cette ignorance, là encore, de deux choses l'une: ou elle sait et feint d'ignorer (dans ce cas rien à faire pour la repêcher et sauver son honneur) ou elle ignore pour de bon et dans ce cas, il devient urgent de lui conseiller la lecture de quelques petits traités politiques. Le prince de Machiavel ou bien ces oeuvres qui se sont développées depuis la fin du Moyen Âge relevant d'un genre littéraire particulier, que l'on appelle Miroirs du prince. Si le sujet vous intéresse, un très bon livre a été écrit à ce sujet à la suite d'un colloque tenu en 2004, dirigé par Frédérique Lachaud et Lydwine Scordia.  Ces ouvrages, les Miroirs, contenaient des conseils pour le bon gouvernement des sujets et des peuples. Certains d'entre eux étaient particulièrement écrits en l'honneur de jeunes princes. L'innocence feinte ou réelle en politique ne paye pas, il serait bon que nos gouvernants gravent cette maxime dans les palais hérités de la monarchie, qu'ils occupent ordinairement. 

Sic transit gloria mundi et la prudence surpasse les autres vertus comme la vue les autres sens. Nous voilà dotée d'une ministre des affaires étrangères à l'éducation politique  assez limitée, aveugle et sourde. Pas très rassurant. Si j'étais mesquine, je dirais que l'on ne peut pas impunément accepter de faire partie d'un gouvernement où la littérature un peu ancienne comme la Princesse de Clèves est bannie. Mais je ne le suis pas et lui laisse la possibilité de se racheter en lisant la Princesse ou plus utilement en ces circonstances, un des Miroirs les plus célèbres. Elle pourra faire son choix grâce à l'oeuvre des historiennes citées ci-dessus. Mais tout le monde le sait, l'histoire, cela ne sert à rien.
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24/01/2011

Enseigner... Oui, mais comment ?

Un petit billet rapide du matin pour vous parler d'un blog pas comme les autres, Enseigner... oui mais comment, né à la suite d'une démission, celle d'une enseignante de lettres,  Claire-Hélène, poussée à bout par la dégradation des conditions d'enseignement de plus en plus catastrophiques. Le blog est tenu par une autre enseignante de Lettres, Véronique Marchais.

Les créateurs de ce site sont des professeurs excédés par les dégradations de leurs conditions d'exercice, qui ne leur permettent tout simplement plus de faire leur métier. Loin de la "grogne syndicale" sur les moyens ou des querelles pédagogiques, nous voulons faire entendre la voix du terrain et rappeler - à nos dirigeants, aux parents - quelques conditions indispensables à tout enseignement - conditions qui ne sont plus remplies aujourd'hui.
Pour les élèves autant que pour nous, pour la possibilité d'une nation instruite, nous nous voulons force de proposition. 
Il s'agit de faire savoir concrètement ce qui se passe dans nombre de classes aujourd'hui et d'établir une liste de revendications destinée aux candidats à l'élection présidentielle de 2012, afin de stopper cette évolution catastrophique.

N'hésitez pas à faire circuler le lien!

édit: le blog s'accompagne désormais d'un site doté d'un forum ouvert non seulement aux enseignants mais à tous ceux qui sont intéressés par les questions d'éducation: ecole.plumeclavier.fr


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18/01/2011

Tout mini tout mimi

Habiter Paris est une chance pour certaines choses, notamment pour la bibliothèque nationale. Ce grand machin (pour ne parler que du site de Tolbiac) a ceci de miraculeux que dès qu'une envie ou un besoin de consultation de livres apparaît, hop ! Dans la journée ou le lendemain, le besoin ou l'envie est assouvi, y compris lorsque cela concernait des livres rares et anciens. Je savoure ma chance, sachant bien que ça risque de ne pas durer toute la vie. Bref. Pour résumer, je ne suis rien qu'une veinarde, le pire, c'est que je le sais.

Mais la BnF, c'est aussi un grand machin où comme dans tous les grands machins  l'on voit les pratiques les plus extrêmes se côtoyer. J'ai déjà dû vous parler ici de l'exaspération suscitée par la consultation très limitée dans le temps d'un ouvrage du 17e siècle. Ouaip. Euphémisme.  Où l'on vous fait braire pour consulter pendant quelques heures un ouvrage énorme. Bienheureux êtes-vous si vous n'avez pas mésestimé la capacité de nuisance de votre prochain et que vous vous êtes équipé d'un appareil photo. Parce que l'autorisation de consultation exceptionnelle à la journée, non renouvelable est une chose qui est née d'un esprit dont la puissance m'échappe. Oui, je sais, raison de sécurité pour le précieux ouvrage. Je me prépare au jour où l'on refusera de sortir le moindre livre des magasins, parce que l'on estimera  l'opération trop périlleuse.

Mais le hasard de la grande machine administrative m'a quand même permis de consulter dernièrement un ouvrage encore plus petit, encore plus ancien (d'accord juste plus vieux de dix ou vingt ans) que le précédent volume, sans même devoir le consulter sur une place de réserve, sans même que cette précieuse chose soit protégée par un emballage de papier gris.  Et ce n'était pas la faute des magasiniers, avec lesquels j'ai discuté. Vous l'avez compris, rien ne m'agace plus que l'excès de précaution et l'oeil soupçonneux du conservateur qui pèse sur mon dos. Au cas où le thésard muterait brusquement en géant baveux et éructant, hache à la main, pour détruire ses ouvrages en consultation. Sait-on jamais. Mais je souffre pour cet ouvrage moins bien traité qu'un poche vieux de dix ans. Parce que la reliure des poches, ça casse quelquefois, et ça leur vaut une consultation dérogatoire et z'exceptionnelle. Voui voui voui. Un bug de l'administration gigantesque.

Je me suis aussi demandé récemment comment citer la page d'un article numérisé sans indication des numéros de page, publié uniquement sur un site internet. Certains esprits naïfs peuvent croire qu'un article en sciences humaines, c'est bâclé en deux pages. Que nenni. Au risque de vous décevoir, si besoin est, non, un article de sciences humaines est souvent plus long. Doit-on indiquer: "utiliser la fonction recherche, svp"? Un encore moins amical "Si vous cherchez un passage, débrouillez-vous?". À moins que l'on ne laisse le lecteur seul devant sa machine, ce qui ne changera guère ses habitudes, à l'ère de la solitude windosienne, associant fausses convivialités facebookiennes et isolement devant l'écran bleu. Si la disparition du livre me semble plus qu'improbable, une technique s'ajoutant souvent plus qu'elle ne remplace une autre, la disparition de la page (à taille humaine, pas les interminables pages informatiques) est plus désolante. Si elle n'a guère d'avenir, le bug informatique ou administratif a encore de beaux jours devant lui. Ça me collerait presque le cafard. Hahum.
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16/01/2011

Enseignant ou CRS ?

Mi-janvier déjà. Le temps file, file, file... Le nez dans mes cours à écrire, ensevelie dans les dossiers d'anciens cours, de bouquins et d'articles. Le plaisir en perspective de retrouver les étudiants à la rentrée. Je sais qu'il ne me reste que peu de mois avant la date prévue de bouclage de la thèse (enfin la dernière date envisagée) alors j'essaie de préparer autant que possible le maximum de chapitres de cours et de travaux dirigés pour me remettre à la thèse aussi vite que possible. Quasi éternel recommencement. Je savoure le bonheur de faire certains cours que j'ai toujours voulu faire. Je savoure aussi le plaisir très nouveau, étrangement, d'aimer enseigner. 

Alors je pense au moment où je vais retourner dans le secondaire. Peut-être la rentrée prochaine (septembre) si je ne trouve pas un dernier contrat, quasi certainement dans un an et demi, à la rentrée suivante. Quand il y a en moyenne six postes de titulaires par an dans l'ensemble de la France, il ne faut pas se faire d'illusion, même avec la thèse en poche, avec la validation du Conseil national des Universités, un poste de titulaire ne tombe pas du ciel. 

Du coup je renoue des contacts avec le secondaire, par le biais de la toile. Histoire de me préparer sans doute aux publics possibles. Parce que même s'il m'est arrivé de croiser le fer avec d'indécrottables étudiants bavards, incapables d'intégrer les principes les plus élémentaires de silence,  de respect, d'obéissance à l'enseignant, je sais naturellement que mon expérience dans le supérieur ne pèsera pas lourd face à certains zozos de collège ou lycée.

La situation est d'autant plus inquiétante que non seulement les stagiaires ont du mal, pour leur majorité, mais c'est aussi le cas des enseignants en poste depuis dix ou vingt ans  qui luttent sans avoir les moyens de vaincre contre des conditions d'enseignement déplorables. Je suis incapable de dire si le phénomène est ancien, je ne m'y avancerai donc pas. Une philosophe, professeur à l'IUFM de Nice, Isabelle Stal, jette un pavé dans la mare en affirmant dans un article publié dans les cahiers pédagogiques (sic) l'existence de liens étroits entre la pensée marxiste et l'évolution de la pédagogie depuis les années 1970.  Elle défend l'idée que l'évolution de la société, les parents et les médias sont bien loin d'être les seuls responsables de l'évolution de l'école. Je vous laisse seuls juges. Pour ma part, je ne crois pas que tous les formateurs d'IUFM et pédagogistes de tout poil soient nécessairement d'extrême-gauche. Mais il suffit qu'une idée soit valorisée, que l'on y croit, pour qu'elle suscite l'admiration et l'adhésion. Encore une histoire d'empereur nu.

À lire les témoignages de professeurs débutants, stagiaires donc, le désarroi et la souffrance sont très fréquents et très pesants. Pas systématiques non plus. Vous trouverez quelques exemples ici dans les journaux (comme La Croix) et dans le blog d'un professeur de lettres, Celeborn. J'ai déjà eu l'occasion de dire, dans un précédent billet écrit sous le coup de l'exaspération, que moins de formation à l'IUFM n'aura pas fait perdre grand chose aux jeunes enseignants. Je pense même que 15 ou 18 heures d'enseignement, sont faisables pour les jeunes enseignants, mais à quelques conditions près: 
- il leur faut une formation occupant tout le mois d'août, solide, concrète, complète: gérer une classe, savoir se positionner par rapport à des élèves, oser s'affirmer, sanctionner, savoir garder la distance;
- il faut mettre à disposition des jeunes enseignants plusieurs types de cours, des maquettes de cours prêtes pour les premiers mois, pour qu'ils puissent concentrer leurs forces sur l'apprentissage de la gestion des classes.
- leur donner de vrais tuteurs, présents, compatissants, humains, disponibles; 
- leur donner au maximum deux niveaux de classes quand la discipline le permet, pour éviter une trop grande complexité des préparations;
- des classes de bon niveau et sans problème de comportement avéré;
- les confier à une hiérarchie qui soutient systématiquement en cas de problème, encourage,  épaule;
- il faut enfin que lors de l'année de stage et des suivantes ils soient nommés dans des établissements tranquilles, le  temps d'apprendre à "être professeur".
J'ai mis des années à comprendre ce que signifiait la formule "être enseignant, c'est être un peu acteur". Enseigner est un métier qui s'apprend par l'expérience mais pas celle de la solitude. L'on ne met pas un boulanger seul devant son four, son pétrin et sa farine en lui disant, "vas-y, maintenant, débrouille-toi!".

Ce sont ces conditions-là qui manquent cruellement, qui font souffrir non seulement des palanquées de stagiaires cette année mais aussi des titulaires chevronnés. Parce qu'un enseignant peut très facilement se retrouver face à un élève qui l'insulte brusquement et le caillasse en pleine salle de cours parce qu'on lui a dit de se taire, de s'asseoir et d'enlever son MP3 de ses oreilles. Ce genre de mésaventure peut se terminer sans trop de problèmes, une fois passé le choc, quand le chef d'établissement et le "conseiller principal d'éducation" jouent leur rôle au lieu de faire preuve de lâcheté et de carriérisme. Car dans ce genre de situation, des chefs d'établissement en arrivent à dire, si l'enseignant fait un malaise après coup "bah! Il n'est pas fait pour être enseignant!". À se demander ce que l'on doit être, enseignant ou CRS en tenue de combat.

Il ressort de tout cela que le ministère est bien plus prompt à exécuter des réformes à la petite semaine plutôt qu'à traiter des problèmes profonds, qui touchent une quantité incroyable d'enseignants aujourd'hui. Pour une fois que ces problèmes ne demandent pas en soi de l'argent.

Oui mais il faut faire autre chose que de la comm' et pire encore, non  seulement avouer l'échec de trente ou quarante ans de dérive (ça c'est presque facile, surtout en rejetant la faute sur les gouvernements précédents) mais affronter des milliers de parents indifférents au sort de leur enfant ou au contraire convaincus que leurs petitsmonchérimoncoeurs sont toujours des victimes des z'ôtres. Pas facile dans une culture où l'on est toujours prompt à chercher des boucs émissaires et des victimes expiatoires.



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31/12/2010

Travailler du chapeau

Près de dix jours d'isolement, pas dans la cave mais aux environs, pour pouvoir me remettre à la thèse. Ah le bonheur ! Dix heures de travail par jour, être hagarde tous les soirs, mais enfin avoir le temps d'écrire, de réfléchir, sans être interrompue. Je crois que je n'avais pas connu cette ardeur depuis la maîtrise. Une époque où je ne prenais même plus toujours le temps de faire des courses, ce qui m'a valu plus d'une fois la peine de découvrir à minuit que mon repas ne pourrait pas se composer d'autre chose qu'une tranche de pain à la mayonnaise. En même temps, à minuit, on s'en fiche. 
Bref, pour revenir à aujourd'hui, j'ai eu de merveilleuses pseudo-vacances...

Pendant lesquelles j'ai quand même trouvé le moyen de me demander ce qu'étaient un bataillon, un corps d'armée, une compagnie, tout ça il y a quelques siècles et lequel était plus grand que l'autre et comment tout ce machin s'emboîtait. J'ai bien essayé de me renseigner auprès de l'homme le plus proche, mais en pure perte. Bien la peine d'avoir fait un service militaire, rallongé, qui plus est. Bon d'accord, ça nous fait un petit décalage de quelques siècles. Bref, tout ça, sans oublier de compter combien de troufions ça faisait, sans oublier les fourriers, les trompettes et les trésoriers. Faites une thèse, qu'ils disaient... Il n'empêche que l'on manque cruellement d'études sur la question, très sérieusement.

Je rêve aussi de la fin de la thèse. Dans mon rêve, un proche (je ne préciserai pas qui pour son honneur) trouvait le moyen de me demander "et alors, le pain, il est cuit, depuis le temps?". Ce qui revenait sous la forme de blague à deux balles à savoir si ma thèse (qui porte notamment sur des histoires de pain) était achevée ou sur le point de l'être. Mouarf.

Le soir pendant le dîner, à la question "veux-tu encore de la soupe",  il m'arrive de grogner comme réponse "oui, mais non, il faut que j'aborde la chose sous un autre angle, quelque chose de plus original, ça tout le monde l'a fait, et en plus ça n'est que du recopiage de sources... (silence) Tu disais? Non et puis même Newton s'est trompé, c'est fou quand même, pas le Newton de la pomme, un autre, mais c'est tout de même désarmant, tant de boulettes dans les bouquins, même les meilleurs. À raison de cinq cents pages, combien de boulettes existeront dans ma thèse, à ton avis?" Je ne sais pas pourquoi mais j'obtiens à peine un intérêt poli en retour de mes questions.

Je n'aime pas les tableaux. Enfin si, c'est une chose précieuse pour gagner une page quand l'objectif est d'en faire dix minimum dans la semaine. Idéalement, je devrais viser les vingt pages, mais j'ai encore du mal. Mais avec les tableaux, il y a toujours un truc qui coince, s'il est trop grand, trop large, il faut que je réécrive mes commandes, tabularx ou longtable, telle est la question, sera-t-il flottant ou pas, et "caption", hein, "caption", ça va avec un flottant ou pas? Et puis moi j'ai des exigences, alors il faut apprivoiser les vbox pour faire rentrer du texte dans mes tableaux. En même temps, le résultat vaut la peine. J'aime LaTex.

Pourquoi, mais pourquoi je n'ai pas épousé un rentier, moi? Pourquoi faut-il retourner préparer des examens, les surveiller, rapporter des copies et re-préparer des cours? Monde cruel. D'autant plus que Claude Nicolet est mort et ça, ça me fiche le bourdon. Souvenirs des années passées à bûcher sur l'histoire romaine.

À part ça, il paraît que l'on a retrouvé la tête d'Henri IV. On en parle ici et . Enfin personne n'est sûr. Ce qui nous vaut une jolie empoignade entre partisans de la tête authentique et adversaires de la tête authentique : pourquoi aucun historien n'a t-il été sollicité pour ce travail d'authentification etc. [ce qui est faux d'ailleurs, Jean-Pierre Babelon, l'auteur de la seule biographie qui vaille sur Henri IV, ayant été associé au projet du docteur Charlier. Je corrige cette erreur que l'on m'a amicalement signalée.]
La grande question est de savoir si le crâne de Ritton a été scié (comme les embaumeurs de l'époque avaient manifestement coutume de le faire) ou pas. Le crâne authentifié n'ayant pas été scié, savoir si le vrai crâne l'a été changerait en effet la donne. En gros tout ce que l'on sait, c'est que le crâne que l'on possède aujourd'hui est probablement un crâne de la fin du 16e siècle ou du début du 17e siècle, que ses tissus sont bien conservés sans que le crâne n'ait été scié, qu'il a l'oreille percée (selon la mode masculine de l'époque), une cicatrice sur la lèvre supérieure (qui peut avoir été causé par un coup de couteau comme lors de l'attentat de Châtel) et qu'il porte un grain de beauté ou une petite lésion similaire sur l'aile du nef. Bref, ce que l'on appelle de éléments convergents. Mais peut-être pas assez pour avoir des certitudes d'autant qu'aucun tissu ne permet une analyse ADN (pour comparer avec quoi ou qui d'ailleurs). 

La chose drôle est que la querelle existante est fondée aussi sur des questions de méthode historique, elle-même lancée par des  historiens habitués soit à publier sur beaucoup de sujets, un peu trop de sujets d'ailleurs, soit plus amateurs d'émissions à sensation que de publications de qualité. 
Pour l'instant à ma connaissance, à part J.-P. Babelon, pas d'historiens universitaires ou du CNRS associés au projet, probablement parce qu'ils ne s'y intéressent pas vraiment. Cette tête même si elle est authentique, ne sert pas à grand chose pour la discipline historique, surtout s'il n'y a pas d'ADN exploitable. Bref, beaucoup de bruit pour rien.
Mine de rien, ces histoires d'embaumement sont intéressantes, plus sans doute que l'authentification de la tête. Je rêve d'ailleurs pour ma part une biographie récente, rigoureuse et solide en tout point sur notre Vert Galant national. Sur ce point, il est moins bien servi que Marguerite de Valois ou Marie de Médicis. La revanche du sort? ;-)



Bonne année quand même ! (Et si un mécène passe par là, qu'il n'hésite pas à toquer à la porte...)


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20/12/2010

Adieu Madame de Romilly !

J'arrive bien tard, après un long voyage, pour l'adieu à Jacqueline de Romilly, dont vous avez probablement entendu parler. P. Assouline en a parlé dans son blog, je vous renvois vers lui qui en parlera infiniment mieux que je ne puis le faire. Une de ces grandes personnalités forgées par des années de travail, imprégnées de leur amour pour les humanités.

Il est encore temps de la lire... Plus encore de respecter son oeuvre en défendant nous aussi l'enseignement du grec et du latin afin de transmettre un patrimoine, une intelligence de la langue et une culture fabuleuse. Pour l'écouter, la voir, ne manquez pas la rediffusion de l'émission Empreintes, sur France 5, demain soir mardi 21 décembre 2010. 

Dans un extrait cité par Audrey Pulvar dans son édito, il y avait ces mots magiques à propos de l'enseignement: 

J’adore ça ! Quand on sent qu’il y a un écho, qu’ils ont compris quelque chose, qu’un regard s’éclaire. Je ne sais pas à qui j’ai transmis ou qui a reçu, mais j’ai tenté d’établir le contact et ce qui me rendait heureuse, c’était le contact (...) Enseigner, transmettre. Transmettre non- seulement le savoir, mais aussi l’amour de la pensée, l’exigence, la curiosité de l’autre, la projection dans demain à partir d’hier, le savoir d’où l’on vient.

 Pour finir, une miette encore, une interview sur le site psychologies.com . Sur Youtube ne manquez pas les vidéos d'interviews de cette grande dame. 

Quant à moi je reviens bientôt, ce sont les vacances et j'en profite autant que possible pour travailler, travailler, oui mais sur la thèse. Et ça c'est vraiment bien.
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24/11/2010

Les apprentis sorciers ès éducation

Ce gouvernement devrait danser le tango, un pas en avant, deux pas en arrière. C'est devenu une habitude. Faire traîner une sale rumeur, laisser filtrer quelques propositions extrémistes. Mieux, obtenir la caution de quelques personnalités sympathiques, non susceptibles d'"umpmania". Veuillez pardonner ce néologisme. Et puis annoncer une mesure plus modérée pour dédramatiser et montrer la clémence du prince. Sauf que parfois, ça ressemble salement à la politique du hasard, teinté d'un quelque chose de Goethe et de Dukas, le talent en moins et sans maître à la fin pour réparer les dégâts. Dans tous les cas, il y a de quoi être inquiet.

C'est le scénario (qui commence à être usé jusqu'à la corde, peu importe on a changé une partie des apprentis) que l'on vient de nous jouer à propos des notes en primaire. François Fillon l'a finalement assuré, non, les notes à l'école élémentaire ne seront pas supprimées. Dans le rôle des personnalités sympathiques, il y avait Pennac, Rufo, Roccard, Kahn et Cyrulnik. Excusez du peu. Dans le rôle des auteurs de propositions loufoques et Zeus merci, pas écoutés, il y a Camille Bedin. C'est grâce au blog de Natacha Polony et à celui d'un professeur au pays des merveilles (blog je suis en retard) (et je vous assure que l'éducation nationale est VRAIMENT le pays des merveilles, surtout en ce moment), que j'ai découvert le fabuleux blog de Camille Bedin.

Et là j'ai vraiment eu envie de ressortir mon punching-ball pour éviter de penser à une arme plus violente. Parce qu'entendre une demoiselle de 25 ans, qui n'est pas enseignante, déclamer ce qu'il faut faire pour réformer le système scolaire, en mêlant joyeusement vieilles lunes, pratiques aussi anciennes que le(s) mammouth(s) et idées aussi naïves que consternantes, ça me fait dédramatiser mes ennuis de petite (apprentie) chercheuse. En moins d'une seconde. Merci Madamoiselle Bedin.

Je résume: la demoiselle a fait Sciences Po et l'ESSEC et elle est encartée à l'UMP; à 21 ans elle "co-fondé" une association agissant pour les lycéens de ZEP conventionnés avec Sciences Po. Ah oui, j'oubliais, elle a une carte à l'UMP et elle était ces dernières années déléguée nationale des Jeunes populaires à la vie étudiante. Donc elle est devenue secrétaire nationale UMP à l'égalité des chances.

Ses combats:
- "mettre fin au traumatisme du passage du primaire au collège: l'entrée en 6e est souvent traumatisante" Pauv' petits chats. Ça marche aussi pour moi, pour vous, qui avons été de pauvres petits chats. Moi ça m'a rendu malade d'anxiété pendant une soirée, mais une année avant (oui je suis bizarre), après c'était plié, ne restait qu'une hyper fierté.

- "impliquer les parents en leur ouvrant une salle spécifique, en organisant des réunions dans l'année pour leur expliquer ce qui se fait à l'école, comment aider l'enfant à apprendre"... Comme si on ne faisait pas déjà ça. Elle a déjà entendu parler des rencontres parents-prof où l'on ne reçoit quasi jamais que des parents d'élèves sans problème? Elle voit un peu la gueule que ça a une réunion parents-profs, où l'on attend le client jusqu'à 21 heures, soit le père de Joredan et de Marie-Sixtine, qui viennent, ou pas, et quand ils viennent c'est pour faire 1/ des compliments 2/ le dos rond parce que Joredan a expliqué à son daron (à la main lourde) que vous n'étiez pas du genre à rigoler ou 3/ vous apprendre comment faire votre métier, pourquoi pas, ça peut être drôle si c'est un soir où j'ai envie de rigoler, contrairement à ce que dit Joredan, ça m'arrive, surtout quand j'ai, à proximité, une porte où me coincer les doigts. Les parents de Marie-Sixtine, c'est simple, je ne veux pas les voir. Enfin une fois par an, ça suffira largement, la demoiselle étudie bien, RIEN à redire, qu'est-ce que vous voulez que l'on échange à part des compliments? Mais ceux de Jérémie, ouaich, j'aimerais bien. Qu'ils pensent à l'habiller le matin. Parce que le marcel sous la doudoune en plein hiver, non. La trousse détruite à la Toussaint, les insolences de Jérémie, les refus de travailler, les devoirs non faits, j'aimerais bien POUR Jérémie que ça cesse.

- "faire signer aux parents une charte d'engagement sur les droits et devoirs des enfants". Et qu'est-ce que ça va changer, ma brave dame? Rien du tout, face aux parents de Pauline ou de Sulyvan qui vous écrivent sur le carnet de correspondance que leur précieux rejeton "ne ferat pas la punission, il l'a pas mérités".

- "trois rendez-vous annuels entre parents de chaque élève et enseignants". Héhé: si l'on compte entre 100 et 500 collégiens par enseignant, selon la matière, histoire-géo ou arts plastiques, 300 à 1500 rendez-vous par enseignant. Héhé. La bonne blague. Remarquez, tuer les enseignants à la tâche, c'est un moyen comme un autre de faire des économies. Et le premier qui vient dire que durant les premières années, la préparation de 18 heures de cours n'est pas un job à temps plein, je le mets au défi de les faire et bien faire les 18 heures. C'est faisable, mais c'est déjà un temps plein. Alors si Mademoiselle la secrétaire nationale pouvait compter comment ses propositions se traduiront sur le terrain, ça nous ferait gagner du temps.

- utiliser les espaces numériques de travail (ENT dans le jargon éducationationalesque) pour communiquer avec les parents. Ben voyons. Et tant pis pour ceux qui n'ont pas encore internet (les pauvres nuls hein?)

- apprendre aux enseignants à " gérer une relation avec des parents" parce que cela ne s'improvise pas: "ne pas parler de l'enfant en public, avoir un vocabulaire adapté, choisir un lieu approprié, gérer le conflit, rester modeste et relativiser ses propres savoirs". Alors là, dites-moi que c'est un gag. Dites-le moi, je vous en supplie. Non mais elle croit quoi?! Que l'on revêt spécialement notre blouse grise et que l'on se compose un air méprisant? Gérer le conflit, c'est apprendre la boxe thaï? Quelques notions d'arts martiaux pour parer les coups sans les rendre?

- « Interdire le redoublement en CP », « Je suis contre le redoublement en général. Le fait de vouloir l'interdire en CP est symbolique, car je considère qu'un enfant de six ans n'est pas responsable de son échec. Ce n'est pas de sa faute, le problème vient soit de l'accompagnement des parents, soit de la pédagogie », avance-t-elle. Que ça ne soit pas de la faute de l'élève soit. Mais faut-il le pénaliser en passant par dessus l'apprentissage et la maîtrise de la lecture et de l'écriture? Ce qui va le rendre incapable de suivre et le mettre à l'écart? Où est le traumatisme dans cette affaire?!

- « en finir avec la dictature des notes ». Pauvres petits chats (bis). Là c'est un morceau de choix, je vais y revenir.

- et enfin « Aux États-Unis, dès le plus jeune âge, les enfants participent à des concours lancés par de grandes entreprises, afin d'imaginer un nouveau logo, ou un nouveau slogan. On pourrait très bien envisager une entreprise telle que Danone organiser le même type de concours auprès de jeunes de CM2 ou de 6e. Cela permettrait d'encourager l'esprit d'initiative des élèves, leur créativité, mais aussi le travail en équipe ».
J'ai fait ça, il y a plus de quinze ans, quand j'étais élève au collège, mais c'était pour faire une affiche incitant à apprendre le latin. Sic transit gloria mundi comme disent les jésuites. Maintenant, c'est Danone qui est valorisé à l'école.  Intéressant, non? Loin de moi l'idée de cracher sur les entreprises, je serais très très mal placée pour faire cela, mais euh... est-ce la seule façon de développer la créativité des mômes? L'entreprise cotée en bourse est donc la seule forme d'entreprise valable?

Heureusement, pour sa défense, il n'y a pas que des âneries. 

- « rendre la maternelle obligatoire dès trois ans », Rendre obligatoire, au nom de quoi? Quand les parents sont manifestement incapables d'élever leur progéniture, c'est ça? Pourquoi pas les envoyer directement au pensionnat à 3 ans... La seule chose sensée dans ce galimatias est la proposition d'une « meilleure adaptation des modes de gardes ». C'est une nécessité à peu près aussi neuve que la découverte de la Lune, mais au moins ce n'est pas une bêtise.

Les notes.

Une petite anecdote personnelle: j'ai échoué à apprendre à lire lors de mon année de CP (la méthode était globale, hasard, pas hasard, sais pas). Ma mère s'est inquiété en mars que je ne sache pas lire, même pas un début, elle commence un échange de courriers avec l'institutrice, bref celle-ci pensait que j'étais légèrement sourde ( Shocked ) et ça s'est fini avec un changement d'école en mai, avec engagement pris avec l'enseignante, que ma mère me ferait rattraper mon retard pendant l'été pour que j'intègre le CE1. Bon, il se trouve qu'en CE1 je m'impatientais parce que tous mes petits camarades ne lisaient pas avec aisance.
Ce qu'il m'en est resté, et sans qu'il soit question de notes, c'est la douleur d'un échec, alors qu'il avait été corrigé. Je n'avais pas su apprendre comme les autres, sur un truc basique comme la lecture. Avec le temps, une vingtaine d'années plus tard, des succès à l'université, j'ai réussi à tourner la page (même si là, tout au fond, il y a une saloperie de toute petite petite petite voix qui me dit quand je n'arrive pas à quelque chose, "c'est normal, tu n'aurais jamais dû réussir... ta réussite c'était une erreur!").
Protéger les enfants de la douleur d'un échec sur l'apprentissage élémentaire, évidemment, mais la solution de la suppression de notes me semble ridiculement inadaptée. Faire en sorte que tous les mômes sachent lire à la sortie du CP et lisent aisément à la fin du CE1, en mettant le paquet (en nombre d'enseignants, en rattrapages dès le premier flottement) coûterait tellement moins cher que d'essayer de recoller les pots cassés en collège, en lycée voire plus tard... Cela éviterait bien des traumatismes ou souffrances immédiats et ultérieurs...

Cela éviterait de voir arriver à l'université des élèves gentils, mais... "capable de rédiger des commentaire ou je préféres pas compté le  nombre de faute parce que j'irai me pandre sur le chant. Peut-être chère Mademoiselle Bedin, qu'il y a d'autre priorité que d'écouté les plintes des éléve qui ne son pas toujour les mieux placer pour dire ce qui va pas dans leur formassion".  [sans rire c'est le type et le nombre de fautes par phrase que l'on trouve dans... 10 à 20 % des copies d'étudiants]. J'arrête parce que les fautes, ça va cinq minutes, surtout dans une copie de bachelier, ça me rend malade. Je vieux bien que l'élève soit tout sauf accessoire, (sans le mettre au centre de tout comme certains pédagogues nous l'ont répété) je ne suis pas folle merci. Mais peut-être, peut-être, que pour changer, on pourrait écouter, juste de temps en temps ce que les professeurs ont à dire. Et pas besoin d'aller loin. Il suffit, Mademoiselle Bedin, de passer un mois d'observation en classes élémentaires. Vous apprendrez énormément. Mieux. Devenez enseignante. Je vous assure que tant que l'on n'est pas passé de l'autre côté du bureau, on n'a pas idée de ce que c'est que ce métier. Même quand on en rêvait depuis l'enfance. 

Les enfants paieront, pas les décideurs. Ce n'est donc pas grave. Quoi, ces décideurs veulent défendre l'enfance? Laissez-la tranquille, elle est malheureuse mais moins qu'entre vos pattes de réformateurs aveugles.
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