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Une envie de livres ?

04/03/2009

100 000 pesos pour poser une bombe

Comme je suis une grosse feignasse, moi aussi, pas moyen de trouver le temps d'un billet ces derniers jours. Pourtant...

Entendu dimanche, pour la énième fois LE truc qui me fait râler, bougonner, grommeler, grogner et j'en passe. Cette manie qu'ont nombre de journalistes et autres personnages adeptes de la formule qui fait mouche et plouf, de balancer, à chaque fois qu'ils avancent une somme d'argent en monnaie étrangère, de donner la valeur convertie en euros, francs, brouzoufs.

Ce qui dimanche dans le poste a donné "En Colombie, des enfants sont payés 100 000 euros soit 30 euros, pour poser des bombes". Ce qui ne veut rien dire. Mais c'est tellement habituel, ce genre de procédé. Parce qu'avec 100 000 pesos en Colombie en février 2009, on "tient" dix jours, vingt repas (et encore je ne suis pas sûre qu'un gamin pauvre mange correctement tous les jours, à raison de deux repas par jour). Prix du repas qui vaut ce qu'elle vaut, pêchée sur un site de routards. Quoiqu'il en soit un journaliste capable de convertir 100 000 pesos en 30 euros doit pouvoir donner une idée du coût de la vie, et de ce que l'on peut faire avec cette somme sur place. On est bien d'accord que vendre sa vie pour vingt jours de survie... Même pour cent, ou mille, il n'y a pas de mots pour cela.

Estimer la valeur d'une somme d'argent non en la convertissant en euros mais en évaluant ce que l'on peut faire avec cette somme au même moment, au même endroit, est un des principes du métier d'historien. Si je vous dis que la livre de beurre est passée de 3 livres tournois (monnaie de compte du XVIe siècle) à 12 livres tournois, entre 1585 et 1592, cela vous donne une idée de l'évolution des prix (à modérer par la variation de valeur de la livre tournois au fil du temps). Mais si je vous dis qu'un curé touchait en moyenne 200 livres tournois par an, autant qu'un manouvrier chargé de famille, pour vivre, cela vous donne une idée de la cherté liée aux troubles politiques... Alors que si je traduisais en euro, cela ne signifierait rien.

Plus près d'ici. Enfin non, disons plus près de nos oreilles, ces derniers temps. Le Comité contre la profitation demande deux cents euros par mois d'augmentation de salaire. Le secrétaire d'État chargé de l'outre-mer prend rendez-vous pour discuter des marges des principaux distributeurs. Là aussi ça a fait pschiit. Parce que son supérieur est intervenu, et qu'il a désormais été question de négocier avec le patronat pour augmenter les salaires. 50 euros la première année, 200 euros au bout de deux ans.

Sauf que. Sauf que ce sont 50 euros net, soit 100 euros bruts. Bon je vais être gentille, disons 75 euros chargés. 200 euros nets, font 400 euros, disons 350 euros chargés. Par mois.

Donc par employé par an, une entreprise devra sortir 4200 euros.
Pour une PME de 500 employés : 2 100 000 euros.
Pour une PME de 250 employés : 1 050 000 euros.
Pour une PME de 50 employés : 210 000 euros.

Mais c'est bien connu, les patrons c'est comme les cochons et leurs caisses sont pleines, ils peuvent bien faire ça. Mouarf. Humour (noir).

(rassurez-vous, pour ma thèse, je n'applique pas de pourcentages à la louche... la louche je ne l'utilise qu'ici, mais c'est toujours pratique une louche)
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