Blogger Template by Blogcrowds.

Une envie de livres ?

Affichage des articles dont le libellé est Grande et petite histoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Grande et petite histoire. Afficher tous les articles

18/04/2011

Charly 9 ou ce que la pseudo-littérature historique peut faire de pire

En passant devant quelques librairies, je l'avais bien vu. Mais il y en a tellement qui sortent chaque année. Et puis n'est pas Balzac qui veut. Ni Maquet, enfin je veux dire Dumas. Une couverture de mauvais goût (parce que trafiquer une oeuvre de Clouet, ça relève du crime, surtout pour en faire ça). Donc je n'y aurais pas attaché d'intérêt à ce Charly 9, dont le titre est à lui seul d'un mauvais goût complet, si Marie n'en avait pas parlé là. Attention, ça dérouille sévère. Vu le talent qu'elle met à défendre ma chère époque moderne et la qualité de ses arguments, je vous conseille vivement d'aller la lire. Tous les points qu'elle avance non seulement me vont droit au coeur (c'est sensible, une souris...) mais sont justes.

Et puis, profitant de passer devant une librairie, je me suis dit qu'un saut ne me coûtait rien. Non, je ne l'ai pas acheté. J'ai juste eu envie de conseiller au librairie de ranger cette horreur dans le rayon des ouvrages humoristiques. Parce que Teulé y va fort, il enfile les perles, à croire qu'il veut se reconvertir. Remarquez, il vaudrait mieux.

Au début on se dit que Teulé veut nous faire un remake des Barbouzes :

- Comment pouvez-vous venir me réclamer la mort de mon principal conseiller qui déjà hier matin, sortant du Louvre, fut arquebusé dans la rue par un tueur caché derrière du linge séchant à une fenêtre ?.. Il n'est que blessé. Ambroise Paré dit qu'il s'en tirera et je m'en réjouis. 
- Pas nous, répond une voix de matrone au fort accent italien. D'autant que c'est ton jeune frère et moi qui avions commandité l'attentat. 
- Quoi ? ! 
Le garçon, d'un naturel aimable et ayant de bonnes dispositions, n'en revient pas. Sous un bouquet de duvet de cygne à sa toque, il tourne lentement la tête vers les six personnages assis côte à côte devant lui. L'un d'eux, vieux gentilhomme vêtu d'une jupe de damas cramoisi, regrette : 
- Sire, le seigneur de Maurevert, tueur professionnel mais mal habitué aux armes à feu, voulait faire ça à l'arbalète. Pour plus de sûreté, nous lui avons imposé l'arquebuse. Mal nous en a pris. Au moment du tir, Coligny s'est penché pour réajuster sa mule. Maurevert a manqué sa cible. 
Comme dit l'adage, plus c'est gros et plus ça passe.  Z'ont merdé avec le coup d'essai alors ils viennent demander l'accord du patron pour y aller plus fort. C'est naturel. Logique.
On ne doit pas avoir la même logique, Teulé et moi.

Tout y est pour le comique: Catherine de Médicis avec un fort accent italien, elle qui, en France depuis l'âge de 17 ans, se faisait une fierté d'imiter à la perfection les vendeuses de poisson de la place Maubert. Qu'importe ici elle roule les "r" (enfin euh comme les Français à l'époque). Mais alors "la Mamma", j'ai failli ne pas m'en remettre. Dans la même série, notre bonne Italienne se plaint de quoi? Mais de la chaleur à Paris le soir, évidemment ! Et comme le lecteur est un peu imbécile sur les bords, il faut bien enfoncer le clou: ce pov' Charly c'est pas qu'il est crétin, non, c'est juste un gamin. La preuve, ce sont ses haut-de-chausses bouffants et à la mode qui nous l'apportent :

descendant à mi-cuisse, sa "trousse" bouffante ressemble à une couche-culotte 

(j'ai cru défaillir en voyant un haut-de-chausse comparé à une couche culotte.) Mais oui bon sang mais c'est bien sûr!  C'est la faute à l'hérédité de la Couronne, un gamin sur le trône et c'est la cause de tous nos malheurs.

Et last but not least, le futur Henri III est un inverti, raison pour laquelle il apparaît en "putain fardée" (ce n'est pas moi, c'est Teulé qui ose tout), mais voyez-vous ce sont ses goûts, déclare sa mère.

Là, je crois que même Catherine Hermary-Vieille est battue à plates coutures. J'avais tenté de lire "Un amour fou" où elle faisait de Jeanne, mère de l'empereur Charles Quint et dite la Folle une nymphomane obsédée par son mari. Pourquoi pas. Tant qu'on rigole.

Ce qui me chiffonne, c'est que l'auteur doit être sérieux. Ou prétend l'être en écrivant ce... hum. Cette chose. Et qu'il va être cru. C'est gentil Monsieur Teulé de nous préparer des cohortes d'étudiants (avec des tas d'idées reçues) que l'on va pouvoir continuer de menacer du gibet de Montfaucon (j'aime leur tête quand je leur annonce cela) s'ils sortent une seule, je dis bien UNE SEULE de ces horreurs.


Excusez-moi, je vais vomir et je reviens. 

Des extraits de cette daube (pardon pour ce délicieux plat de la cuisine dite bourgeoise) sont disponibles là sur le site de l'Express notamment.

Note plus plus tard: quand je serai à la retraite ou alors après la thèse, penser à se recycler dans l'écriture de romans historiques. Je sais une chose, c'est que même sans talent d'écriture, y'a moyen de se faire de la thune facilement. Je pourrai enfin avoir de plus grosses rémunérations que mon mari. Et pourtant ce n'est pas gagné. 
Rendez-vous sur Hellocoton !

29/08/2010

Devenir historien (5)

L'histoire, une passion. C'est aussi ce qu'expliquait Lucien Febvre dans le même article que je citais ces derniers jours.

« J'aime l'histoire. Si je ne l'aimais pas, je ne serais pas historien. De sa vie faire deux parts; donner l'une au métier, expédié sans amour; réserver l'autre à la satisfaction de ses besoins profonds : voilà qui est abominable, quand le métier qu'on a choisi est un métier d'intelligence. J'aime l'histoire – et c'est pour cela que je suis heureux de venir vous parler, aujourd'hui, de ce que j'aime. (...)

Article à retrouver en ligne sur persee.fr, article "Lucien Febvre et l'histoire"
Fernand Braudel, publié dans la revue Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1957, volume 12, numéro 2, pp. 177-182.

Il est inutile de le nier. Si l'historien ne se borne pas à l'anecdote, il aime l'anecdote, mais ne se contente pas de cela. Pas folle, j'aime comme tout le monde les lettres de la Palatine et les méchancetés de Saint-Simon. Je ris de voir la Grande Mademoiselle raconter comment, un jour, près de la frontière et des champs de bataille, elle se retrouva embourbée, tenant la traîne de la reine Marie-Thérèse ou plutôt la tirant en arrière en manquant de tomber. On imagine les dentelles et les soieries dans la boue, ces belles dames enfoncées jusqu'aux genoux et on rit. Mais pas seulement.

Quand une émission estivale, celle de S. Bern, s'attarde longuement sur les goûts sexuels de l'impératrice de Russie, Catherine II, on soupire. Non pas parce que c'est inintéressant. D'une certaine façon c'est passionnant. En entendant ce genre de choses, il faut avoir aussitôt le réflexe de se demander:
"N'est-ce pas nouveau qu'une femme de pouvoir assume en plein époque moderne (XVIe-XVIIIe s.) la recherche du plaisir plutôt que la chasteté et la procréation?"

Car le plaisir sexuel ne semble pas l'attribut des souveraines. L'anecdote du bac de Neuilly est révélatrice: en 1606 Henri IV, Marie de Médicis et la Cour prennent le bac de Neuilly pour traverser la Seine, comme d'habitude. Mais cette fois-là, le bac bascule, tout ce joli monde tombe à l'eau. La reine manque de se noyer. Elle se raccroche à son chevalier d'honneur, enfin... comment dire...à sa braguette, proéminente, rigide, bref bien pratique pour s'y accrocher dans de telles circonstances. La maîtresse du roi, Henriette d'Entragues, à la langue toujours bien pendue, est absente. Quand on lui raconte ce qui s'est passé, elle s'esclaffe et déclare "Si j'avais été là, j'aurais dit "La reine boit!"". La pauvre Marie de Médicis gagne sa réputation de "balourde" - étiquette gracieuse qu'elle doit également à la maîtresse de son époux - parce qu'il fallut lui expliquer plusieurs fois pourquoi Henriette avait déclaré cela. Comme il n'est pas certain que ce soit de l'eau que la reine était censée avoir bu, d'après la perfide Henriette, on peut en tirer la conclusion suivante: la reine ignorait manifestement certaines pratiques sexuelles, pratiquées en revanche par la maîtresse. Cela fait supposer que la reine est faite pour procréer - les pratiques qui procurent plaisir en ne permettant pas la procréation sont absentes - tandis que la maîtresse est là pour le plaisir du roi. Les maîtresses ne sont donc pas les preuves d'égarement moral des souverains pécheurs, mais un moyen trouvé par quelques-uns afin de compenser leurs obligations conjugales élémentaires: assurer l'avenir dynastique. À confirmer. Ce n'est qu'une hypothèse.

Autre question qui surgit en écoutant ces anecdotes relatives à Catherine II: est-il vraiment anodin que l'on raconte ces histoires au XVIIIe siècle? Il semble que l'impératrice ne cachait pas soigneusement ces détails intimes. Peut-être ces pratiques entraient-elles dans l'élaboration d'un discours de liberté, de pouvoir souverain supérieur aux règles morales? Que sais-je? Hypothèse peut-être fausse, peut-être vérifiable. Mais l'anecdote en soit est inutile si elle ne donne pas lieu à l'analyse qui permet d'aller plus loin que le bout de son nez.

Finalement, on ne range pas ses habitudes d'historiens quand on quitte son bureau. J'ai entendu des historiens dire "Oh non, je ne regarde pas d'émissions historiques le soir, quand je ne travaille plus, je ne veux pas entendre parler d'histoire". Même si la qualité des émissions historiques laisse beaucoup à désirer sur le service public et justifie que l'on n'en regarde pas, un historien qui laisse son métier au bureau semble regrettable. Évidemment, cela peut être un peu lourd à porter pour l'entourage non-historien. Tout dépend comment et combien de fois on commente ce que l'on voit. Au pire on se prend un "Alain Decaux, sors de ce corps". Groumph.
Rendez-vous sur Hellocoton !

25/08/2010

Devenir historien (4)

Je vous disais qu'un historien ne s'amuse pas à des reconstitutions. C'est vrai et c'est faux. Personnellement, je suis très intéressée par des reconstitutions comme La robe d'une reine Anne de Clèves. Ce n'est pas de la reconstitution pour le jeu - je vais me faire massacrer par les fanatiques de reconstitution, je le sens - mais pour tester des hypothèses en recherchant les mêmes matériaux, les mêmes techniques au plus précis, non pas pour porter le vêtement mais retrouver des méthodes de fabrication. Et là, c'est fabuleux pour les historiens. Voyez notamment les essais dans ce blog pour fabriquer le jupon.

La reconstitution "historique" en dehors des éléments techniques et matériels - un château, une robe - pose trop de problèmes, plus qu'elle ne peut en résoudre. Il faut pouvoir réunir les conditions, et cela risque de biaiser outre mesure l'expérience. C'est une des raisons pour lesquelles, si la méthode des historiens est scientifique, l'histoire n'est pas une science. C'est ce qu'expliquait Lucien Febvre dans une conférence donnée aux jeunes normaliens (élèves de l'ENS) en 1941:

si je n'ai point parlé de « science » de l'histoire, j'ai parlé « d'étude scientifiquement conduite ». Ces deux mots n'étaient point là pour faire riche. «Scientifiquement conduite », la formule implique deux opérations, celles-là mêmes qui se trouvent à la base de tout travail scientifique moderne : poser des problèmes et formuler des hypothèses. Deux opérations qu'aux hommes de mon âge on dénonçait déjà comme périlleuses entre toutes. Car poser des problèmes, ou formuler des hypothèses, c'était tout simplement trahir. Faire pénétrer dans la cité de l'objectivité le cheval de Troie de la subjectivité"
(Article à retrouver en ligne sur persee.fr, article "Lucien Febvre et l'histoire"
Fernand Braudel, publié dans la revue Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1957, volume 12, numéro 2, pp. 177-182.)


L'historien tâtonne, admet pouvoir se tromper. Il le tire pas le fil de l'histoire comme Ariane, mais observe, essaie de comprendre, en mettant en relation faits constatés et connaissance. Un historien observe le passé avec les lunettes fournies par son époque. L'objectivité parfaite est impossible, autant en être conscient. Mais l'objectivité doit rester l'objectif. Non, comme l'a déclaré lors d'une conférence - pendant laquelle j'ai failli m'étrangler une douzaine de fois- un cardinal français - célèbre pour ses gaffes ou sa tendance à la misogynie, je lui laisse le bénéfice du doute - l'historien ne s'occupe pas à chercher perpétuellement LE document inconnu qui révolutionnera la connaissance, qui établira de nouvelles vérités. Ce n'est pas non plus une course perpétuelle vers une vérité toujours relative. La vérité est, notre connaissance en est relative, nuance. Des acquis sont indéniables, mais la masse à découvrir est assez immense pour permettre toujours la précision de nos connaissances, l'ouverture de nouvelles voies, selon les intérêts de l'époque dans laquelle vit l'historien.

Lui-même proie de passions, l'historien n'est pas neutre et c'est avec ses passions qu'il tente de faire progresser la connaissance historique.
Rendez-vous sur Hellocoton !

17/08/2010

L'historien, cet ogre


L'écoute de l'émission L'histoire et moi, de samedi dernier (14 /08/10) rappelait à quel point l'histoire est une science humaine. Cette émission évoquait les cadeaux reçus par Maurice Thorez durant les années 30 et 40 notamment. Oui, évidemment, on peut hausser les épaules, on travaille sur l'humain, pas tout à fait comme des chirurgiens mais enfin... il y a de l'idée. Ce qui est particulier en histoire du XXe siècle, c'est que l'on a un contact humain direct avec les hommes et femmes qui ont vécu et fait l'histoire. Ici, A. Wieworka échangeait avec la fille d'un fusillé, mort en 1942. Échange douloureux, qui a fait monter les larmes aux yeux de cette fille de déporté. L'historien, un travailleur de l'humanité? Banalité pour les chercheurs de contemporaine, un peu moins pour ceux qui n'ont plus que les objets ou les monuments pour aborder l'histoire. C'est peut-être une banalité mais sans cette dimension humaine, de compassion, de sensibilité, l'on prend le risque d'une histoire aride, déshumanisée, me semble-t-il.

C'est probablement une des plus belles choses de ce métier d'historien: se vouer à l'humain, à la souffrance, aux bonheurs, aux hommes et aux femmes, aux enfants et aux vieillards. Rien n'échappe à la quête d'humanité de l'historien. Selon la belle expression de Marc Bloch : « Le bon historien ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier » (BLOCH Marc, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, Paris, Colin, 1999.)

Oui mais un ogre sensible, s'il vous plaît, qui sait s'émouvoir. C'est cette émotion que l'on retrouve sous la plume d'Arlette Farge dans ses études sur le monde de la justice au XVIIIe siècle, par exemple.

Pour en revenir à l'émission, sa présentation insiste sur la dimension de "petite histoire", par opposition à la grande. Mais quelle petite histoire, quelle grande histoire? Ces mots n'ont en réalité aucun sens, depuis au moins la révolution historiographique des Annales. Ces mots ne servent qu'à attirer le chaland, et c'est dommage. C'est la part des affects qui peut faire écrire une petite histoire où l'anecdote et le sensationnel prennent le dessus sur l'effort nécessaire . C'est ce dernier qui nous fait tenter de comprendre et nous fait essayer de démêler l'écheveau des sensibilités, des évènements, des histoires individuelles.

Il faut donc rire et pleurer avec les humains que nous rencontrons, ne jamais laisser l'humanité passer au second plan au profit de la technique seule. Quand on voit le bon regard de Marc Bloch, il est difficile de l'oublier.
Rendez-vous sur Hellocoton !

21/06/2010

Et un diaporama bibliographique !

Étant donné le succès du billet où j'avais présenté les parutions du mois, en avril 2009, une place plus importante aux livres s'imposait.

Alors des livres, mais lesquels ? Vous n'y trouverez pas de Gonzague Saint-Bris et autres Bayrou, pour cela, allez dans n'importe quelle librairie ou achetez au hasard dans les boutiques d'occasion... Les ouvrages choisis sont écrits par des chercheurs, il s'agit de classiques et/ou d'ouvrages récent, toujours de qualité.

Un diaporama de quelques ouvrages de qualité vous attend désormais tout en bas de la page.

Bonne lecture !
Rendez-vous sur Hellocoton !

14/05/2010

Le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, il y a quatre cents ans


Si vous voyez quelqu'une dans la rue avec un crêpe noir, cela pourrait être moi. Il y a quatre cents ans mourrait Henri IV (alias Riton IV) et j'en suis encore toute chagrine. Goujat avec son épouse (et ses maîtresses aussi), mais roi d'exception, dont la légende a surtout été forgée depuis le XVIIIe siècle. Daniele Thomas, a soutenu en 1994, une thèse (L'iconographie d'Henri IV dans les ouvrages imprimés de 1589 à 1914 : évolution de l'image du premier Bourbon, roi de France et de Navarre", Université de Pau) qui met en lumière de façon très claire les évolutions de la légende du bon roi Henri. On peut aussi se reporter à la biographie de henri IV par Jean-Pierre Babelon (un peu ancienne à présent, 1982, hum, pas ébouriffante non plus, mais c'est la seule valable) et la biographie de Marie de Médicis, par Jean-François Dubost (pour le coup, l'oeuvre de Babelon prend un sacré coup de vieux et souffre de la comparaison), de 2009.

À sa mort, Henri IV n'est guère regretté par le peuple (ingrat!); il laisse un trésor à la Bastille, prouesse après la ruine de la France pendant les Guerres de religion, un pouvoir royal renforcé même si le pouvoir transmis à la reine en 1610 demeure fragile. L'histoire de la poule au pot provient d'après J. Cornette d'une visite du duc de Savoie dans les années 1590. Le duc, apprenant que les gardes du roi n'étaient payés que quatre écus par mois, proposa au roi, de leur offrir à chacun un mois de paye; ce à quoi le roi, humilié, répondit qu'il pendrait tous ceux qui accepteraient, et évoqua alors son souhait de prospérité pour les Français, symbolisé par la poule au pot.

Les faiblesses du pouvoir royal expliquent que, pour la première fois, le nouveau roi (Louis XIII encore mineur) se montre alors que le corps de son père est toujours exposé entre mai et juin 1610. Rassurez-vous, le corps a été embaumé, et l'on ne montre qu'un manequin d'osier au visage et aux mains de cires, revêtu des vêtements royaux. On lui présente néanmoins les repas... Jusqu'ici le nouveau roi ne se montrait pas avant les funérailles du précédent. Même s'il était pleinement roi, dès la seconde à laquelle le précédent souverain avait rendu son dernier souffle. 1610 est donc une date fondatementale dans l'histoire de France. D'ici à ce que tous les étudiants d'histoire de France et de Navarre (sic) la connaissent, ya encore du boulot, vu qu'un étudiant a trouvé le moyen en plein examen, après avoir étudié l'Europe de l'ouest au XVIe siècle de chercher laborieusement et vainement la date de 1515. J'ai failli faire le sketch de Robert Lamoureux, mais hum... je me suis retenue quand même.

Alors je soigne ma tristesse par une présentation des commémorations en l'honneur de mon Riton. La nouvelle revue électronique Europa Moderna, revue d'histoire moderne et d'iconologie prépare son prochain numéro avec un appel à contributions consacré aux années 1610-1615 et à l'après-assassinat de Henri IV. Vous trouverez ici un récapitulatif des évènements en France et dans le monde, avec de la musique, des expositions, une bibliographie. Je soupire de pouvoir acquérir deux ou trois CD (mon cri en ce moment "Du Caurroy ou je meurs") et faire un pélerinage rue de La Ferronnerie et passer des vacances à Pau... notamment pour aller voir l'exposition dont parle La République des Pyrénées.

J'oubliais le numéro que la revue L'histoire a consacré à mon Riton en février 2010, numéro 351.


Voilà! C'est tout pour aujourd'hui... Bon week-end !
Rendez-vous sur Hellocoton !

06/03/2010


- Jacques Marseille est décédé. La surprise a été grande, je ne le connaissais que de nom, de réputation. J'amais bien ses interventions vigoureuses, Jacques Marseille dans une émission, était synonyme de "forcément intéressant". Ses ouvrages méritent lecture, aussi, si en librairie vous en voyez-un, feuilletez-le, achetez-le, ses analyses étaient plutôt accessibles, même très accessibles, et du genre qui font réfléchir.
Adieu, Monsieur Marseille...



"Agrégé d'histoire, Jacques Marseille publie en 1984 sa thèse de doctorat sous le titre 'Empire colonial et capitalisme français'. Croisant l'histoire et l'économie selon une pratique qui lui deviendra vite familière, il est l'un des premiers à réfuter l'idée selon laquelle la soif de richesse serait à l'origine des conquêtes coloniales du siècle dernier, et affirme même que la colonisation a entravé le développement économique de la France plutôt qu'elle ne l'a favorisé. Suite à sa thèse, Jacques Marseille hérite à la Sorbonne de la chaire d'Histoire économique et sociale fondée par Marc Bloch au début du siècle. Chroniqueur au magazine L''Expansion, puis Les Echos, directeur de collection chez Nathan, il écrit également des contes pour les enfants. En 1992, il se fait connaître du public avec un essai intitulé 'Lettre ouverte aux Français qui s'usent en travaillant et qui pourraient s'enrichir en dormant', puis l'année suivante avec 'C' est beau la France. Pour en finir avec le masochisme français'. Suivent notamment une "Nouvelle histoire de France", "Le Grand gaspillage" et "la guerre des deux France". En mars 2010, celui qui était devenu un collaborateur régulier du Point s'éteint à Paris et laisse derrière lui le souvenir d'un homme engagé pour ses thèses économiques libérales." (biographie Evène)




- Les Saventuriers de Fabienne Chauvière s'intéressaient aujourd'hui, sur ma radio préférée, au parcours d'un historien, spécialiste de l'histoire de l'Église au Moyen Âge, Dominique Iona-Prat :

De la Bibliothèque de l'Arsenal à l'Hotel de Cluny, notre brillant guide médiéviste nous amène sur les chemins des abbayes et des églises du Moyen Age.

Un regard d'historien sur la place de l'église dans le paysage occidental en prise direct avec notre société actuel et ses incompréhensions religieuses.

Un voyage médiéval à bord de la machine à expliquer notre temps...



à écouter ici sur France Inter, c'est savoureux...



- découvert en recherchant des infos sur les pubs du net qui sentent la supercherie à plein nez (histore de savoir ce qui s'en dit, et rire un peu) j'ai trouvé ce site : compubmarket.com, ça m'a l'air très bien fait. Comment démonter une pub en quelques lignes. Ça décape, ça fait rire, et ça fait du bien. Mauvais point, je n'aime pas manquer d'information sur les auteurs ou l'auteur du site (quel métier, privé, pro, comment l'idée du site est née). Si on leur demande gentiment, ils vont peut-être répondre...
Rendez-vous sur Hellocoton !

17/01/2010

Assez !


Je reviens d'une longue hibernation, pour cause d'agacement.


Vous me voyez bien désolée de mon absence, hélas, comme le chantait Brel, la vie ne fait pas de cadeaux (la chanson continue sur "... que c'est triste Orly le dimanche! Avec ou sans Bécaud !" bref, passons!) et en ce moment, je suis un peu comme au creux de la vague. 2010 commence bien, il n'y a pas à dire...

Ordoncques, je suis agacée. Parce que re-voilà l'interminable polémique sur les silences de Pie XII, ressortie à loisir par quelques journaux. C'est le genre de sujet qui est parfait pour vendre du papier. Surtout quand on y entretient l'ambiguïté, ce qui permettra de revendre du papier sur le même sujet dans quelques années. Ne tuons pas la poule aux oeufs d'or, surtout. C'est une méthode favorite du journalisme à la petite semaine. Pas du vrai journalisme, non, des minables seulement (vu que je me suis fait offrir à Noël un ouvrage écrit à quatre mains par deux grands journalistes, je ne vais pas trainer dans la boue cette profession. Enfin pas tous les membres). Mais ce sont les plus minables qui gueulent le plus fort, sans doute pour cacher leur insuffisance.

Alors la difficulté de la réponse que l'on peut y apporter, c'est que là encore, les historiens (les vrais) ne vont pas vous apporter une réponse, façon pack déjà emballé, prête à être ressortie en deux mots "Mais non il est innocent j'vous dis !" "'Mais non c'est un criminel, j'vous dis!".

Dans ce problème se surajoutent les facteurs favorables aux polémiques. Et ce sont plutôt ces facteurs en soi qui m'intéressent, parce que c'est souvent la même complexité, la même multiplicité des causes qui font les mêmes genres de recettes pour aboutir aux mêmes polémiques.

Dans cette "affaire" se mêlent :
- la difficulté d'expliquer (ou comprendre) plutôt que juger,
- le caractère propre, le passé, l'expérience, mieux, de Pie XII, diplomate avant d'être pape
- l'écho d'une pièce qui a fondé la légende noire du silence de Pie XII (Le Vicaire, dont le scénario a inspiré le film de Costa-Gavras, 2002),
- le regard et la position des Israélites sur la Shoah,
- les tensions entre défenseurs acharnés, souvent catholiques, et accusateurs tout aussi acharnés,
- les déclarations des uns et des autres selon les circonstances politiques (citations de Golda Meir ou d'Elio Toaff, grand-rabbin de Rome de 1951 à 2000, ou d'autres encore) ou les amitiés, pas toujours vérifiées
- l'ouverture lente de la totalité des archives (Les archives correspondant à l'ensemble du pontificat de Pie XI, c'est-à-dire, jusqu'en 1939, ont été rendues accessibles en 2006. Celles correspondant au pontificat de Pie XII, représentant environ 16 millions de feuillets, ne pourraient l'être que vers 2014-2015)
- des travaux d'historiens, méconnus du public
- le besoin d'entretenir le flou, pour vendre du papier encore et toujours, ou faire des entrées au cinéma ou au théâtre

Pour le reste, toute la difficulté du sujet et la démarche de l'historien sont parfaitement expliqués par Giovanni Miccoli, titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Église à la faculté des lettres de l’Université de Trieste, spécialiste du débat autour du rôle de Pie XII et de l’Église catholique durant la Seconde Guerre mondiale :

"Le débat sur l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale face à la persécution et à l’extermination des Juifs connaît de temps à autre des retours de flamme. Depuis des décennies, défenseurs et accusateurs du pape se mesurent dans un combat acharné dont les termes, d’un côté comme de l’autre, restent cependant généralement les mêmes. On assiste ainsi, en quelque sorte, à des procès parallèles récurrents, qui aboutissent chaque fois à deux sentences opposées : à l’« absolution » des uns correspond immanquablement la « condamnation » des autres.

Le livre, dont nous présentons ici la traduction française, n’a jamais eu l’intention de s’inscrire dans cette polémique en ajoutant un énième maillon à une chaîne déjà longue. Son ambition est autre ; il ne souhaite ni jouer les médiateurs entre les différents adversaires, ni - que cela soit clair - proposer une voie intermédiaire entre les diverses argumentations et conclusions, ni non plus se poser en juge ou en observateur pondéré et dépassionné face aux thèses en présence. Question d’histoire, c’est en historien qu’il faut avant tout examiner le rapport de Pie XII au nazisme et à ses crimes. Le problème n’est donc pas d’établir ce que le pape aurait dû faire et n’a pas fait, ou de soutenir qu’il a fait ce qu’il devait parce qu’il ne pouvait faire autrement, mais de déterminer en premier lieu ce qu’il a fait et pourquoi, à la lumière du contexte dans lequel lui même et ses collaborateurs ont dû agir, selon les idées, les attentes et les jugements qui les ont tour à tour orientés et motivés. En effet, c’est uniquement sur cette base que l’on pourra ensuite formuler un jugement historique, c’est à dire chercher à évaluer les conséquences des attitudes adoptées sur le cours des événements."

(Préface en français de l'ouvrage de G. Miccoli, à lire ici sur le site de l'Institut d'histoire du temps présent)


La lecture de l'ouvrage de G. Miccoli, est donc (faut-il le préciser? Moui, disons-le tout net) vivement recommandée.


Sur ce, je retourne hiberner, ah non, ce sont les cours à préparer, car la rentrée approche... Et puis quand j'aurai le temps, je penserai à ma thèse, n'est-ce pas.


Rendez-vous sur Hellocoton !

23/02/2009

Colette Beaune et l'histoire de Jeanne d'Arc

Portrait de Jeanne d'Arc Miniature sur parchemin, XVe siècle

Brève pas saugrenue de la soirée, cette formule de Colette Beaune aujourd'hui, sur 2000 ans d'histoire, "peu importe que les voix de Jeanne d'Arc aient été fausses ou vraies, tout le monde a tenu l'existence de ces voix pour probable, à son époque, que ces voix soient fausses ou vraies n'a aucune importance".
Voilà. Tout est dit. On entendrait presque résonner la voix de Marc Bloch : "Le satanique ennemi de la véritable histoire ? La manie du jugement!" Chercher à comprendre, voilà le métier d'historien, magnifiquement appliqué par Colette Beaune.

À lire :
Beaune, Colette, Jeanne d'Arc, vérité et légendes, Paris, Perrin, 2008.


Jeanne, la petite bergère de Domrémy... Une putain doublée d'une sorcière... Fille cachée du roi, elle ne serait pas morte sur le bûcher à Rouen en 1431... La médiéviste Colette Beaune est en colère ! Peut-on laisser tout écrire au prétexte que la " grande " histoire serait parfois trop complexe, ou pas assez " folklorique " ? Dans un livre court, incisif, et avec beaucoup d'humour, l'historienne bat en brèche les nombreuses légendes qui circulent encore aujourd'hui sur la plus célèbre de nos grandes figures françaises.


A propos de l'auteur :

Historienne du Moyen Age, Colette Beaune est professeur émérite à l'université de Paris X. Elle a notamment publié Naissance de la nation France (un véritable bijou dont il faudra que je vous parle un jour) et Le journal d'un bourgeois de Paris. Sa biographie Jeanne d'Arc a reçu le prix du Sénat du meilleur livre d'histoire.

Émission à écouter ici.


Moi, je vais garder cette phrase-là comme un trésor: "Je ne pense pas qu'il doive y avoir une histoire pour les universitaires, sérieuse et incompréhensible que l'on ferait d'un côté et puis une histoire tout à fait simple où l'on abandonnerait à ceux dont le métier n'est pas d'être historien et le grand public n'aurait pas droit à une vraie histoire". Tout est dit.

Rendez-vous sur Hellocoton !

17/01/2009

Finalement, c'est moi qui ai ri

L'escarpolette, 1767, Huile sur toile, 81 x 64 cm
Wallace Collection, London


En lisant la référence indiquée par Schnapper... Parce que l'auteur est loin de faire le tour de la source en question, et que Schnapper est beaucoup plus intéressant et riche en informations. Bon j'ai attrapé quelques informations à propos des résidences princières, et quelques beaux actes notariés retranscrits (plus qu'à les retaper et les vérifier, oui, je sais, je suis méfiante), c'est toujours ça de gagné.

Mais en lisant les ouvrages un peu anciens, on a quelquefois des... euh... comment dire ? Des "surprises". Comme d'apprendre que Christine de Suède s'était rendue en France un peu avant la Fronde. Ah ouais. Moi, j'ai plutôt vu passer jusqu'ici la date de 1656, mais enfin pourquoi pas, après tout. On râle chez les historiens après Wikipédia, mais moi j'ai trouvé le wikipédia de 1900...

Même que ses façons de garçon manqué, à la reine Christine (sic!), ont choqué - s'asseoir à un balcon en mettant les pieds sur la balustrade, quand il y a du peuple en bas, vous expose dans tous les sens du terme, surtout quand on est une princesse du XVIIe siècle...


Bref je suis rassurée... Mais pendant ce temps, mon tas de copies n'avance pas.
Rendez-vous sur Hellocoton !

16/10/2008

De l'utilisation de l'histoire en politique (et ailleurs)


Je ne vais pas continuer à vous raconter mes aventures à la BNF (quoique, j'aurais de la matière, entre la semaine dernière où j'étais coincée à une place en plein soleil, puisqu'il n'y a store sur les immenses baies vitrées qui font la façade de la BNF, ni lundi, jour de panne informatique totale en fin d'après-midi jusqu'à la fermeture, provoquant l'impossibilité de rendre informatiquement les ouvrages, de consulter le catalogue et de commander le moindre livre en magasin... ça a provoqué une jolie pagaille, notamment à la sortie vers 20 heures).

Non, je vais essayer de vous faire à nouveau des posts sérieux, ou presque, en vous causant de la façon choisie par beaucoup pour prendre d'assaut l'Élysée pour tenter de s'asseoir dans le fauteuil présidentiel.

On peut escalader les murs, la nuit en douce, assiéger la place avec forces troupes armées ou bien encore on s'y imagine déjà et on parle de Jules Ferry, de Jeanne d'Arc et de De Gaulle, comme si on était déjà assis dans le fauteuil.

Je vous le garantie, quand on veut faire de la politique (ce qui implique d'entrer dans l'histoire) en se créant une stature d'homme politique de taille, pas de meilleur moyen que de faire référence à l'histoire... De préférence la "grande" enfin celle des grands zhommes.

Effet garanti ! D'ailleurs c'est ce que font tous les politiques, il n'y a pas de hasard.
Plaisanterie à part, intéressons-nous un peu aux relations entre histoire et politique (mais quelle idée ! Hé oui, c'est le genre d'idées qui me vient quand j'écoute ma radio).

Parce que j'ai commencé par écouter Olivier Besancenot sur France Inter lundi dernier, et que j'ai ensuite fureté sur le net, trouvant une moisson abondante de sites et d'ouvrages sur les utilisations de l'histoire que fait un certain Nicolas S. Alors voyons un peu de quoi il retourne.

« Je n’écris pas pour catéchiser, pour recruter des adhérents à tel ou tel parti, mais pour instruire et renseigner. Je croirais déchoir à mes propres yeux si je me préoccupais, quand je prends la plume, du parti que tireront de mes écrits les politiques du jour, en France et à l’étranger. Que ces hommes au profit de leur cause, avec plus ou moins de bonne foi, c’est un ennui que je dois supporter avec calme. Ni leurs éloges, ni leurs injures ne me feront dévier de ma route. Si l’histoire est la politique du passé, ce n’est pas une raison, au contraire, pour qu’elle devienne l’humble servante de la politique ou plutôt des politiques du présent. Elle n’a de raison d’être que si elle dit en toute indépendance ce qu’elle croit être la vérité. Tant pis pour ceux que cette vérité blesse ! Ou plutôt tant mieux, car c’est peut-être une des conditions du progrès.» (14/07/1928, Albert Mathiez, extrait de sa préface à La Réaction thermidorienne, Paris, Colin, 1929.)

Choisir de faire référence à A. Mathiez pour un billet sur les relations entre politique et histoire pourrait paraître de la provocation, (A. Mathiez étant resté célèbre pour son engagement à gauche, champion connu de Robespierre) relève soit du culot monstre ou de l'inconscience. J'assume la première option. Il faut sans doute replacer cette citation dans son contexte, pour distinguer deux choses: le devoir de neutralité de l'historien pourtant marqué par ses croyances et ses opinions et la façon dont le discours de l'historien est lu, interprété, voire utilisé.

Ici, je ne vais pas disserter sur l'influence des opinions personnelles d'A. Mathiez sur son oeuvre, mais le fait que ce qu'il pointait du doigt était l'usage que l'on pouvait faire de son travail, de ses publications, notamment l'usage que les politiques pouvaient en faire, et là, ses propos sont parfaitement justifiés.

Je ne ferai pas le tour du sujet en un billet, mais juste le point sur quelques idées fondamentales, qui tournent autour de l'histoire avec un H et celle avec un h, qui semblent se faire la guerre. Ce genre de sujet devrait être traité plus systématiquement, indépendamment du fait que l'on aime ou non l'histoire. Il suffit d'écouter les journaux, de profiter de notre statut de citoyen en tenant à se faire une opinion pour que la nécessité d'un vaccin contre les abus de l'utilisation de l'histoire, en politique, dans la presse ou dans la rue, soit une nécessité vitale (quoi, j'en fais encore trop?).

On distingue souvent dans les conversations la Graaande histoire et la petite (histoire). La Grande Histoire, c'est la sérieuse, celle des Grands (z)Hommes et des Grandes (z)Actions d'Éclat, et la supposée "petite histoire", anecdotique, faite d'histoires d'alcôve, de détails, sans importance pense-t-on, qui font toutefois les délices des conversations.

Or, il n'y a dans l'histoire des historiens (enfin les vrais, pas ceux qui écrivent n'importe quoi et publient n'importe où) ni petite ni grande histoire, mais des sujets différents, qui intéressent l'histoire politique, ou l'histoire culturelle, ou autre. La reddition de Vercingétorix peut être traité comme sujet d'histoire politique (une étape essentielle dans le parcours de Jules César, ou une étape essentielle, en prenant l'autre bout de la lorgnette, de la vie des populations celtes, et des Gaules), en histoire culturelle (comment la mémoire d'Alesia et l'épopée de Vercingétorix, sur lequel on ne sait quasi rien, est restée dans l'histoire nationale, quand ce moment et cette épopée ont été remises en valeur (surtout sous Napoléon III et dans les écoles de la IIIe République dans la foulée), au mépris de l'exactitude historique).On sait ainsi l'usage que la IIIe République a fait de quelques figures historiques (Vercingétorix, mais aussi Clovis, Jeanne d'Arc, Louis XIV,...) pour créer ou renforcer un sentiment national dont on croyait que c'était son absence qui expliquait la défaite de 1870. D'où l'importance donnée à l'enseignement de l'histoire et de la géographie dans les écoles de la fin du XIXe siècle. On voit alors s'épanouir une littérature scolaire dont le fleuron reste Le tour de France par deux enfants, de G. Bruno.

Mais depuis, les politiques continuent à utiliser l'histoire, ce qui donne le sentiment de l'existence d'une "grande histoire", nationale et politisée surtout, qui alimente les convictions des extrêmistes de droite comme de gauche qu'on leur cache tout et qu'on ne leur dit rien, car cette prédominance de quelques grandes figures masque une réalité souvent complexe, ignorée du grand public. Il faut aussi préciser que les approximations de beaucoup de journalistes, fait reprendre beaucoup de clichés, auxquels l'histoire semble se résumer. En d'autres termes, être vacciné contre l'usage de l'histoire par les politiques, les journalistes ou Monsieurtoutlemonde, sert à rester sourd à bon nombre de bêtises, et à éviter de tomber dans les pièges des orateurs. Je ne crois pas en effet que l'histoire doive servir à quelque chose, elle ne permet que l'apprentissage d'une relative sagesse, l'absurdité de la xénophobie par exemple, elle est juste une façon d'aimer les gens, d'aujourd'hui comme d'hier. Enfin c'est ainsi que je la conçois.

Alors si le sujet vous intéresse, voici un ouvrage (que je dois m'empresser de feuilleter quand j'aurai un peu d'argent et de temps, je vous en donnerai des nouvelles), sur l'utilisation politique de l'histoire par Nicolas S. : "Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France", sous la direction de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt & Sophie Wahnich, éd. Agone, 208 p. 15 euros, dont voici un commentaire (je vous recommende celui disponible sur le site des Clionautes, http://www.clionautes.org/spip.php?article2046) : "Au fil des pages et des articles, une explication se dessine. Particulièrement inspiré par la IIIème République, les scribes du président vont chasser aussi bien sur les terres de gauche avec Ferry, Jaurès et Condorcet que de droite avec Jeanne d'Arc, Barrès et Maurras."
Il est précisé sur le site des Clionautes: "Publié par les éditions Agone avec le comité de vigilance sur les usages publics de l’histoire, cet ouvrage réunit cinquante contributions de différents auteurs qui ont rassemblé sous forme de dictionnaire critique différentes références à l’histoire de France." Ce qui est amusant, c'est que je suis allée sur le site du Comité de vigilance, et j'ai tapé les mot "Ségolène Royal" et "Besancenot". Le premier m'a renvoyé peu d'analyses critiques de l'usage que la première fait de l'histoire, et rien sur le deuxième, qui aime pourtant faire référence aux révolutions de 1789, de 1830, de 1870. Bizarre, non? (Comment ? Qu'est-ce que vous êtes en train de penser? Que ce site ne serait pas, lui non plus, totalement objectif? Qu'il est mal placé dans ce cas pour faire la leçon? Alors là, vous êtes vraiment de mauvais langues, de vrais péripatétiglottes!... C'est quoi ça, péripatétichose, c'est de la xyloglotte, allez voir là)

Un citoyen averti en vaut deux, non ?
Rendez-vous sur Hellocoton !

10/09/2008

Politique et histoire (2e épisode)

Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899, Lionel-Noël Royer,
Musée du Puy-en-Velay.

Vercingétorix figuré par Uderzo et Goscini.




Continuons notre lecture de Pierre Miquel :

"Dans presque tous les livres d'Histoire de l'école publique on affirme ceci :

Les seigneurs du Moyen Âge consacraient leur temps à la chasse et à la guerre. Ils piétinaient les champs de leurs paysans et détruisaient les récoltes.


Peut-on imaginer que ces fameux seigneurs sont assez stupides pour détruire leurs propres ressources puisque - les livres le disent également - les paysans ne possèdent rien et la terre est au seigneur ?

Voyons par exemple dans un manuel d'Histoire les images suivantes. Le texte affirme tout d'abord que "la plupart des paysans étaient des serfs" : c'est faux. Le servage n'existait pas partout. Autre image : les paysans travaillent dans les bois sous l'oeil d'un contremaître. On dirait un véritable camp de concentration. Et quelques pages plus loin, cette image qui nous montre un bal républicain en 1880. Résultat : l'enfant est persuadé que les gens étaient malheureux avant la révolution et qu'ils sont heureux après. On ne lui dit pas que les paysans du Moyen Âge avaient de nombreuses fêtes dans l'année [chômées], un tiers de l'année. On ne lui dit pas non plus que les ouvriers en 1880, vivent dans la misère et sans congés ni jours fériés.

Le fameux chef gaulois Vercingétorix, assiégé dans Alésia, est contraint de capituler devant Jules César. Il se présente devant lui : "Donne-moi tes armes ! ", lui dit le Romain. Et le fier Gaulois les jette à ses pieds en s'écriant : "Viens les prendre !" Fierté du justicier vaincu. Le Bien cède devant le Mal mais relève la tête dans un sursaut d'honneur. Avec le chef gaulois, c'est toute la France qui se rebiffe contre l'envahisseur. Quel moment magnifique ! Magnifique... s'il était vrai ; car nulle part, les textes d'époque n'en font mention. Cet épisode a été purement et simplement inventé en un temps où la nation française avait besoin de redonner un peu de vie à son honneur perdu (1870)." (Pierre Miquel, La vie privée des hommes, Histoire des Français, Paris, Hachette, 1983, 64 p.)

Demain, il sera question d'une célèbre histoire de faux ou comment j'ai pris il y a quelques années ma revanche sur les théorèmes de math !
Rendez-vous sur Hellocoton !

09/09/2008

Politique et histoire




Pierre Miquel expliquait donc dans un album pour enfants de la collection La vie privée des hommes que les républicains se sont attachés sous la IIIe République à mettre sur pied une école laïque afin que les enfants apprennent une histoire "républicaine" et ne soient plus endoctrinés par les congrégations religieuses.

Jeanne d'Arc au sacre de Charles VII, Ingres (1780 - 1867)

"Pour eux [les républicains] la IIIe République parachève l'histoire de la France. C'est l'origine d'une véritable guerre des manuels. A la fin du XIXe siècle, les Français se partagent en deux : les partisans de l'école laïque et ceux de l'école "libre". Les rouges et les curés. Les professeurs se lancent des injures. Les enfants se battent dans les rues.



Les historiens font intervenir les grands hommes dans la bataille. Et l'homme le plus célèbre de l'histoire de France devient... une femme, Jeanne d'Arc. Jusqu'au premières années du XIXe siècle, les Français la connaissent à peine. Voltaire en parle. En 1856, l'historien Michelet lui consacre des pages enthousiastes. Mais en 1870, la France est vaincue par l'Allemagne qui occupe l'Alsace et la Lorraine. Jeanne, la bonne Lorraine pure et fraîche, devient l'héroïne du sentiment national. L'Église rappelle qu'elle est inspirée par Dieu. L'école laïque ne veut y voir que le symbole du sentiment patriotique. En 1909, l'Église propose de béatifier Jeanne. Pendant la guerre de 14-18, des affiches, des cartes postales représentent la jeune Lorraine à la tête des armées de France. En 1920, Jeanne devient sainte Jeanne d'Arc." (Pierre Miquel, La vie privée des hommes, Histoire des Français, Paris, Hachette, 1983, 64 p.). Jamais tout à fait oubliée au fil des siècles, Jeanne d'Arc n'est vraiment devenue une héroïne de l'histoire de France que depuis le XIXe siècle.

Voici un bel exemple d'utilisation pour ne pas dire de détournement de l'histoire, au profit de la politique. Ce que l'on appelle "opération de communication" (aujourd'hui en xyloglotte) ou propagande, tout simplement...
Rendez-vous sur Hellocoton !