J’adore ça ! Quand on sent qu’il y a un écho, qu’ils ont compris quelque chose, qu’un regard s’éclaire. Je ne sais pas à qui j’ai transmis ou qui a reçu, mais j’ai tenté d’établir le contact et ce qui me rendait heureuse, c’était le contact (...) Enseigner, transmettre. Transmettre non- seulement le savoir, mais aussi l’amour de la pensée, l’exigence, la curiosité de l’autre, la projection dans demain à partir d’hier, le savoir d’où l’on vient.
Une envie de livres ?
20/12/2010
Adieu Madame de Romilly !

10/08/2010
Histoire de parfums...

Bref, hier matin sur Inter, disais-je, dans L'été en pente douce, il était question de parfum, et notamment d'ambre. J. Cl. Ellena de la maison Hermès était invité et a parlé de l'ancienne classification des parfums en notes boisées, chyprées, fleuries... Il a juste fait une grosse grosse boulette en confondant l'ambre jaune, utilisé en bijouterie et l'ambre gris. Surprenant. L'ambre gris est une concrétion tirée de l'estomac des cachalots. En l'état cela sent extrêmement mauvais, après traitement, il est très utilisé en parfumerie. Je sens que vous allez regarder d'un sale oeil votre flacon de parfum maintenant. Pas de panique, aujourd'hui, c'est un substitut chimique qui est utilisé, pour cause de convention de Washington sur la protection des cétacées. Si l'ambre vous intéresse toujours, allez ici sur la page du CNRS (pour wikipedia, vous connaissez le chemin tout seul).

Et si vous n'êtes toujours pas dégoûtés, sachez que l'on en mettait à la fin du Moyen-Âge et jusqu'au XVIIIe siècle dans les mets les plus précieux (si, si, et pour avoir goûté et fait des gâteaux au musc, enfin son substitut, le patchouli, c'est moins bizarre que ça en a l'air) (je vous ai dit que le musc est une sécrétion d'une race de cerfs?)

Pour faire bonne mesure G. Erner (hé oui, on ne se refait pas non plus là-dessus) s'entretenait avec Alain Corbin. Lequel historien regrettait l'absence d'une Histoire de la caresse... Il ne se corrige pas non plus, mais il a entièrement raison. Déjà que l'on n'a pas vraiment d'histoire de la parfumerie, écrite par des historiens... Du coup il faut se rabattre sur des beaux livres ou des études sur l'histoire du corps et du rapport au corps, au propre et au sale. Mais il ne faut pas se plaindre, Catherine Lanoë nous ayant offert une histoire de la cosmétique qui vaut son pesant de cacahuètes (en or). Quelques lectures ci-dessous...

C. Lanoë, La poudre et le fard, une histoire des cosmétiques, Champ Vallon, 2008.
A. Cordbin, Le miasme et la jonquille, Flammarion, 1982.
G. Vigarello, Histoire de la beauté, Le Seuil, 2004.
G. Vigarello, Le propre et le sale, Le Seuil, 1987.
G. Vigarello, A. Corbin, J.-J. Courtine, Histoire du corps, Le Seuil, 2005.

Edwin T-Morris, Les senteurs, Minerva, 2000.

Et pour terminer un blog sur l'ambre et plus généralement les parfums... Ambre gris sur blogspot, et deux pages web, liées à deux expos de l'année dernière, l'une sur les secrets de beauté et du corps au Moyen Âge, musée de Cluny, et l'autre à la Renaissance, musée d'Écouen. Visites virtuelles en ligne et références des catalogues d'expo ici pour Cluny et là pour Écouen.
C'est dingue, je reste de marbre devant des blogs de filles à fringues et maquillage (sauf quand j'ai un besoin précis) mais là, je salive devant ces bouquins. Suis-je normale, doc ? (angoisse)

28/07/2010
Blog Notes de musées
Site à suivre donc... Notes de musées sur blogspot.

17/06/2010
À table ! Au Moyen-Âge...

Aventure garantie, car cette nouvelle façon de manger a été marquée durablement par les épices et les mets arabes, comme le fameux blanc-manger, préparation à base de blanc de volaille (produit extrêmement valorisé), d'amandes pillées, de mie de pain et d'épices.
Dans le cadre de cette exposition est proposée une animation destinée aux familles : "Le banquet par Maître Cocquempot"
Et puisque vous êtes près des Jardins de Villandry, profitez-en pour découvrir cette re-constitution de jardins Renaissance, qui vallent réellement le détour.
"Situé à mi-chemin entre Tours et Azay-le-Rideau, le château de Villandry est surtout connu pour ses jardins Renaissance somptueux, restitués au début du XXe siècle par un passionné : le docteur Joachim Carvallo.Le château de Villandry, achevé vers 1536, est le dernier des grands Châteaux de la Loire de l'époque de la Renaissance dans le Val de Loire. Il fut construit par le ministre des finances de François 1er, Jean le Breton. Ses propriétaires successifs l'ont largement remanié et les jardins à la française ont même été sacrifiés au XIXe siècle pour créer un parc à l’anglaise autour du château.
En 1906, le Docteur Joachim Carvallo eut un coup de coeur pour le site à l'abandon. En le rachetant il sauva le château qui était sur le point d'être démoli et créa des jardins exceptionnels dans le plus pur esprit de la Renaissance. Ce jardin à la française est composé en quatre parties distinctes.
La première est un jardin potager réalisé sur le modèle des jardins des monastères.
La seconde partie appelée le premier salon du jardin d'ornement mais aussi « les jardins d'amour » est située au dessus du potager. Il constitue la prolongation des salons du château et s'admire du belvédère. Il se divise en quatre carrés parfaits de broderies de buis. Le premier dénommé « l’Amour tendre » est symbolisé par des coeurs séparés par les flammes de l’amour dans les coins. Au centre des masques rappellent qu'ici les mots doux s'échangeaient à couvert. Le second carré est dédié à « l’Amour passionné ». On y retrouve des coeurs brisés par la passion. Les massifs de buis sont enchevêtrés et forment un labyrinthe. Le troisième carré symbolise « l’Amour volage ». Il s'orne de quatre éventails dans les angles au creux desquels s'établissent les cornes de l’amour trompé. Le centre est occupé par des lettres d’amour. Le quatrième et dernier carré symbolise « l’Amour tragique ». Les parterres prennent la forme de lames de poignards et de glaives.La troisième partie du jardin appelé deuxième salon du jardin d'ornement se situe de l'autre coté du canal. Ce salon de buis taillé évoque la musique de façon stylisée.
La quatrième et dernière partie est composée d'un jardin d'eau. Elle s'articule autour d'une grande pièce d'eau en forme de miroir Louis XV entourée d’un cloître de verdure. La perspective qui habite ce jardin se poursuit dans les forêts alentours. Chaque saison, les fleurs du jardin attirent une foule nombreuse dans ses allées."
Pour bronzer, les jardins de Villandry sont très bien. En d'autres termes, évitez d'y aller par temps trop chaud sans chapeau, le soleil y est écrasant.
http://www.chateau-de-langeais.com/htmfr/actualite.php
Public familial.
Juin : dimanche, lundi, mardi.
Vacances d'été : tous les jours sauf le samedi.
Jardins de Villandry
http://testvillandry.ecritel.net/
du 28 mars au 30 juin 2010 : 9h00-19h00
du 1er juillet au 31 août 2010 : 9h00-19h30
du 1er au 30 septembre 2010 : 9h00-19h00
Pour Villandry, une visite virtuelle est disponible ici http://testvillandry.ecritel.net/visite-virtuelle/

16/03/2010
Le Roy Ladurie, le climat et une expérience Xtrême

Il faudra leur dire, chez France Inter, de ralentir le rythme, je n'arrive pas à suivre, pour preuve, je suis en retard pour vous parler du 7-9 du week-end dernier, de samedi précisément, dans lequel Emmanuel Le Roy Ladurie était invité, et c'est ici pour écouter. Emmanuel Le Roy Ladurie, c'est un des monstres sacrés de l'histoire du XXe siècle. Il a soutenu une thèse magistrale sur les paysans du Languedoc à l'époque moderne, puis ensuite, une histoire du climat depuis l'an mil, d'autres ouvrages sur Saint-Simon et le système de cour, etc. Bref, du genre intéressant à écouter et à lire. Il sort son troisième volume sur l'histoire du climat, intitulé "Le réchauffement, de 1860 à nos jours", chez Fayard.
Mais je suis passée aussi, surtout pour vous parler de l'expérience qui doit être diffusée sur le petit écran mercredi soir, Zone Xtrême, qui transpose "dans l'univers de la télé les modalités d'une expérience menée à Yale, au début des années 1960 par Stanley Milgram :
En avril 2009, 80 candidats se sont succédé dix jours durant sur un plateau décoré avec un mauvais goût très sûr, mené par une animatrice autoritaire et assorti d'un public parfaitement chauffé. Assis derrière un pupitre, chacun des candidats devait interroger la même personne sur une liste d'associations de mots à mémoriser. A chaque erreur du questionné, le questionneur était invité à lui administrer une décharge électrique, suivant une progression de 20 à 460 volts. Ce qu'ignoraient les 80 candidats, c'est que La zone Xtrême, à laquelle ils participaient, était un faux jeu, exploitant les leviers les plus trash de la télé-réalité pour mieux en démonter les ressorts. (site Télérama)
Influencé par l'analyse de Hannah Arendt sur les mécanismes du nazisme et sa théorie sur la banalité du mal, le psychosociologue américain Milgram y étudiait le rapport de soumission à l'autorité. Maintes fois reproduite depuis, cette expérience démontre qu'un individu exposé à une autorité considérée comme légitime peut aller jusqu'à causer la mort d'autrui." Pour en savoir plus, c'est sur le site de Telerama qu'il faut aller. C'est cette hypothèse, vérifiée, qui je crois, devrait être connue de tous, car elle permet de comprendre comme de "bons pères de famille" ont pu former les Einsatzgruppen, qui comptaient non seulement des membres de la SS mais aussi des membres de la police allemande.

Ce sujet a été particulièrement étudié par l'historien Ch. Browning, dans son ouvrage Des hommes ordinaires, dont je vous recommande la lecture. Browning y a fait une étude détaillée du comportement, des motivations et des actes du 101e bataillon de réserve de la police allemande, qui fut jugé après la guerre pour les faits de massacres de juifs en Pologne.
C'est la docilité, renforcée par la pression du groupe, qui a fait d'hommes ordinaires des tueurs. Cette démonstration rappelle que l'horreur n'appartient pas seulement au passé, et combien il est salutaire de comprendre l'effroyable mécanisme toujours prêt à broyer de nouvelles victimes, pour peu que l'on cède sans réfléchir aux pressions d'un groupe ayant le pouvoir en main.

08/03/2010
Histoire de barbaresques...

L’incroyable série d’aventures qui a vu plus d’un million d’Européens capturés dans la guerre de course en Méditerranée, puis mis en esclavage et éventuellement revendus.
Histoires de survivants, de renégats, d’ordre rédempteurs, et d’un commerce florissant…avec quelques personnages sortant du lot tel le « soldat Saavedra » alias Cervantes, prisonnier à Alger pendant 5 ans.
- François Moureau, Captifs en Méditerranée aux XVI-XVIIIe siècles : histoires, récits et légendes, Presses de l'Université Paris-Sorbonne - 2008
L'une des grandes peurs de l'Âge classique, entre Renaissance et Lumières, se situa en Méditerranée où sévissaient la course et ses conséquences. Les corsaires barbaresques et les corsaires chrétiens se livraient à une lutte acharnée pour se fournir en captifs, qui servaient de monnaie d'échange et/ou de force de travail. Cet esclavage a donné lieu, du côté chrétien, à une littérature du rachat le plus souvent mise en forme par des congrégations religieuses spécialisées ; du côté musulman, la moisson fut moins abondante faute d'organisme rédempteur. L'étude des relations écrites, dont une bibliographie en plusieurs langues clôt l'ouvrage, est mise en parallèle avec les archives historiques de divers pays européens, dont Malte, et avec la création littéraire née de cette rencontre de deux mondes.
Wolfgang Kaiser, Le commerce des captifs : les intermédiaires dans l'échange et le rachat des prisonniers en Méditerranée, Ecole française de Rome - 2009
L'ouvrage étudie le rachat des captifs qui alimenta l'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne.
Après avoir expliqué le distinction entre les esclaves et les captifs, il s'intéresse aux réseaux des acteurs de cette activité économique, qui fut longtemps très profitable.
Claudio Moatti ; Wolfgang Kaiser, Gens de passage en Méditerranée de l'Antiquité à l'époque moderne, Maisonneuve & Larose - Juin 2007
Sous-titré : Procédures de contrôle et d'identification.
La mobilité des hommes et des biens a marqué depuis l'Antiquité l'histoire des villes méditerranéennes. Cet ouvrage s'inscrit dans un vaste programme de recherche consacré au contrôle de la mobilité des personnes de l'Antiquité à l'époque moderne.
Denise Brahimi,Voyageurs dans la régence de Tunis : XVIe-XIXe siècles, Cartaginoiseries - 2008
Les voyageurs européens dans la Régence de Tunis sont de plusieurs sortes, soldats, captifs, diplomates, savants ou curieux. On ne peut guère attendre d'avis uniformes de la part de personnages et de personnalités aussi variés. D'autant que le pays lui-même en l'espace de trois siècles n'a cessé d'évoluer.
Et pourtant c'est bien une certaine image de la Tunisie qui se dégage de l'ensemble des textes ici proposés.
Certains lecteurs se reconnaîtront-ils au miroir de ce livre ?
Denise Brahimi,Opinions et regards des européens sur le maghreb aux 17e et 18e siècles, SNED - 1978
Thomas Pellow, L'histoire de la longue captivité et des aventures de Thomas Pellow dans le sud de la Barbarie, Bouchene - 2008
Thomas Pellow est l'auteur d'un des plus remarquables récits de captivité chez les Barbaresques. Son témoignage trouve sa source dans le séjour de 23 ans (1715-1738) qu'il fit en divers lieux du Maroc. Il connut des aventures de toute sorte, liées soit à son histoire personnelle (conversion à l'islam, mariage avec une femme du pays, tentative de fuite, etc.), soit à son métier de soldat dans les guerres menées par l'armée du Sultan.
En 1983, Magali Morsy a donné une traduction en français de ce texte qui avait été publié en anglais vers 1743. Elle a repéré les nombreux emprunts faits par l'éditeur à des textes publiés antérieurement, pour « enrichir » le texte de Pellow et répondre aux supposées attentes du public.
La présente édition vise à restituer l'originalité du récit de Pellow. Elle voudrait faire entendre, dégagée des discours qui la banalisaient, la voix singulière d'un homme, et l'histoire de son parcours.
Anne Duprat, Récits d'Orient dans les littératures d'Europe, Presses de l'Université Paris-Sorbonne - 2008
Toutes les «histoires arabes» du Siècle d'or ne content pas la mort du dernier des Abencérages, ni la fin d'Al-Andalus. La littérature hispano-mauresque, vouée à la célébration ambiguë d'un exil, porte bien au-delà du siècle des Lumières les échos de la chute de Grenade, la mémoire des révoltés des Alpujarras et le souvenir des Morisques chassés d'Espagne, invenant pour l'Europe le modèle d'une nostalgie paradoxale. Mais d'autres récits d'Orient puisent au même moment leur force dans celle de l'adversaire ottoman qui règne à Constantinople, et dont les Régences barbaresques ne cessent de défier les puissances militaires occidentales depuis les côtes d'Afrique du Nord. Poèmes, pièces et romans inspirés par ces affrontements avec les États corsaires, par l'histoire de leurs dynasties en plein essor, s'imposent alors comme une littérature du présent dans l'Europe du début de l'ère moderne.

06/03/2010

Adieu, Monsieur Marseille...
"Agrégé d'histoire, Jacques Marseille publie en 1984 sa thèse de doctorat sous le titre 'Empire colonial et capitalisme français'. Croisant l'histoire et l'économie selon une pratique qui lui deviendra vite familière, il est l'un des premiers à réfuter l'idée selon laquelle la soif de richesse serait à l'origine des conquêtes coloniales du siècle dernier, et affirme même que la colonisation a entravé le développement économique de la France plutôt qu'elle ne l'a favorisé. Suite à sa thèse, Jacques Marseille hérite à la Sorbonne de la chaire d'Histoire économique et sociale fondée par Marc Bloch au début du siècle. Chroniqueur au magazine L''Expansion, puis Les Echos, directeur de collection chez Nathan, il écrit également des contes pour les enfants. En 1992, il se fait connaître du public avec un essai intitulé 'Lettre ouverte aux Français qui s'usent en travaillant et qui pourraient s'enrichir en dormant', puis l'année suivante avec 'C' est beau la France. Pour en finir avec le masochisme français'. Suivent notamment une "Nouvelle histoire de France", "Le Grand gaspillage" et "la guerre des deux France". En mars 2010, celui qui était devenu un collaborateur régulier du Point s'éteint à Paris et laisse derrière lui le souvenir d'un homme engagé pour ses thèses économiques libérales." (biographie Evène)
- Les Saventuriers de Fabienne Chauvière s'intéressaient aujourd'hui, sur ma radio préférée, au parcours d'un historien, spécialiste de l'histoire de l'Église au Moyen Âge, Dominique Iona-Prat :
De la Bibliothèque de l'Arsenal à l'Hotel de Cluny, notre brillant guide médiéviste nous amène sur les chemins des abbayes et des églises du Moyen Age.
Un regard d'historien sur la place de l'église dans le paysage occidental en prise direct avec notre société actuel et ses incompréhensions religieuses.
Un voyage médiéval à bord de la machine à expliquer notre temps...
à écouter ici sur France Inter, c'est savoureux...
- découvert en recherchant des infos sur les pubs du net qui sentent la supercherie à plein nez (histore de savoir ce qui s'en dit, et rire un peu) j'ai trouvé ce site : compubmarket.com, ça m'a l'air très bien fait. Comment démonter une pub en quelques lignes. Ça décape, ça fait rire, et ça fait du bien. Mauvais point, je n'aime pas manquer d'information sur les auteurs ou l'auteur du site (quel métier, privé, pro, comment l'idée du site est née). Si on leur demande gentiment, ils vont peut-être répondre...

19/02/2010
Née en France
Louisa, née dans l'Arriège, à Foix, en 1954, n'a plus aujourd'hui de papiers d'identité française. Née en France, on lui refuse le renouvellement de sa carte d'identité. C'est à pleurer. Écoutez, c'est sur France Inter, dans "Nous autres" de Zoé Varier. Je n'ai jamais manifesté, mais là, je me sens d'humeur à descendre dans la rue, crier ma colère...
Tout a commencé le 24 décembre 2008, quand Louisa a déposé les dossiers de renouvellement des passeports de sa famille : celui de son mari, ceux de ses deux enfants et le sien. Un mois plus tard la mairie de sa commune lui a téléphoné pour lui signifier que sa demande de renouvellement de passeport était rejetée, motif: « nationalité française à justifier ».
Comment se l'expliquer alors que pendant plus de 35 ans, Louisa a fait renouveler ses cartes d'identités et ses passeports sans difficulté?
Ce jour là, la vie de Louisa a basculé et depuis plus d'un an maintenant elle se débat pour essayer de prouver qu'elle est bien française. Ni ses cartes d'identité, ni son passeport ne justifient sa nationalité. Absurde mais vrai. C'est ce qu'on lui a dit. Alors comment le prouver?
Louisa n'est pas en mesure de présenter le certificat de nationalité française qu'on lui demande. Pourquoi? Bêtement parce que l'administration française ne lui a jamais remis. Alors comment le prouver?
Louisa est née en France, dans un petit village de l'Ariège, elle vit depuis 56 ans sur le territoire français, que faut-il de plus?
Depuis un an, Louisa reprend le cours de sa vie, ses parents originaires de Kabylie, main d'oeuvre bon marché de l'usine Pechiney, son enfance Péchiney, l'école de la république, la médaille de la famille de sa mère, la médaille du travail de son père, ses bulletins scolaires, le français obligatoire à la maison, chaque souvenirs, chaque détails fait sens. Louisa s'y accroche.
Elle se revoit en cachette de son père, à sa majorité en 1974, aller demander la nationalité française au tribunal de grande Instance de Foix, elle se souvient d'avoir a signé un registre, dont personne aujourd'hui ne retrouve plus la trace, et on voudrait lui faire croire qu'elle n'a jamais fait ce choix? Le choix d'être française? Ou serait-elle une française de deuxième de catégorie?

12/02/2010
Entre Badinter et Massoud

Grebber, Mère et enfant, vers 1622.
Rubens, Hélène Fourment et ses enfants, vers 1636.
Hals, Catharina Hooft et sa nourrice, vers 1619.
Metsu, L'enfant malade, vers 1660.
Retrouvez ces images sur la web gallery of art, http://www.wga.hu/
Ce n'est pas la première fois que j'éprouve quelque chose entre exaspération et franche colère à l'écouter. D'abord, je ne comprends pas l'admiration qu'elle suscite. Parfois, j'ai l'impression que cette admiration est une question de génération. Pourtant, obtenir le droit de faire des études supérieures a été dans mon cas une bataille. Continuer à travailler après son mariage, envisager de continuer à travailler avec des enfants, ce n'est pas du tout le schéma des femmes de ma famille. Partager les tâches entre conjoints, de la serpillère au biberon, n'est pas un fait acquis dans ce même entourage. J'ai personnellement bien l'intention de continuer à partager mes serpillères, et quand le jour viendra, les biberons. Donc s'affranchir d'un certain mode de répartition des tâches entre hommes et femmes, je connais. Mais j'ai du mal à adhérer à la vision du monde d'É. Badinter, cette lutte contre l'oppression... Bref.
Dans le sentiment maternel, il y a l'inné (plus ou moins inné d'ailleurs, disons la part du physiologique, la réaction hormonale qui peut ne pas se produire d'ailleurs, ce qui fait souffrir quelquefois les femmes qui le subissent, en n'éprouvant rien après l'accouchement, pour cet petit être vagissant) et il y a le culturel, acquis. Celui-ci est extrêmement complexe. Envoyer un enfant en nourrice, ce peut être pour le protéger de la ville et de ses miasmes, c'est choisir une nourrice saine et forte. Ce n'est pas négliger un enfant. Prenons le cas d'une femme de l'aristocratie, et même mieux d'une reine. Marie de Médicis (cette si mauvaise mère! en apparence) suit très attentivement le choix de la nourrice, s'en mêle, au grand déplaisir d'Henri IV. Il faut qu'elle soit "propre", de bonne famille, de bonnes moeurs, ce qui est essentiel selon les critères (d'hygiène notamment) du XVIIe siècle.
>>> numéro du magazine L'Histoire (à rechercher dans le catalogue de votre bibliothèque municipale), numéro 262, de février 2002.
>>> Jean-François Dubost, Marie de Médicis, la reine dévoilée, Paris, Payot, 2009
>>> Ph. Ariès et G. Duby, Histoire de la vie privée, rééd. Le Seuil, "Points", 1999
>>> E. Becchi et D. Julia (dir.), Hisoire de l'enfance en Occident, 2 vol., Le Seuil, 1998.
>>> F. Lebrun, La vie conjugale sous l'Ancien Régime, A. Colin, (1975) 1998.
Le mythe de Massoud est au passage, sérieusement entamé. J'ignore où se situe la vérité, mais éviter le mythe est toujours une bonne chose. Avoir le regard des Afghans sur Massoud est forcément intéressant. En résumé, un peu pourri aussi, responsable de massacres, allié aux seigneurs de la guerre...

13/07/2009
De l'humanité des DRH
Mon coup de grogne est surtout allé aux DRH et autres services du personnel. Je ne leur demandais pas de pleurer sur mon sort, mais simplement de garder à l'esprit qu'il y a des vies derrière les dossiers, des couples,qui vont être séparés à l'occasion, qui vont devoir faire avec 500 euros de moins par mois, pour cause de mi-temps, ou même un salaire complet en moins. De prévenir, envoyer des courriers pour dire que l'on n'est pas pris, de mettre en ligne les dates de réunion des commissions et des conseils scientifiques POUR QUE L'ON SACHE! Et que l'on ne passe pas des jours entiers au téléphone à tenter d'obtenir des informations toujours imprécises...
Sinon il m'est arrivé un truc (très) drôle: j'étais classée dans une université, ce qui me remontait le moral. Jusqu'à ce que j'apprenne qu'il n'y avait pas de poste dans ma section scientifique. Ballot, non ? Être classée pour un poste inexistant.
Bref, c'est reparti pour un an à courir les trains. *petite voix geignarde on* Je veux être titulariséééeeee ! Je veux en finir avec cette thèseu ! *petite voix geignarde off*
Pour parler d'autre chose, en ce moment, je me régale avec ça (et vous le conseille par le même biais): Sylvène Édouard, Le corps d'une reine, histoire singulière d'Élisabeth de Valois (1546-1568), aux Presses universitaires de Rennes:

Le corps de la reine est celui d'Elisabeth de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, qui fut princesse de France puis reine d'Espagne de 1559 jusqu'à sa mort en 1568.
A partir de sources diverses et originales, Sylvène Édouard propose une biographie du corps de la reine pour démontrer qu'il fut un et politique. En soulignant l'importance du langage des signes corporels dans les cours de France et d'Espagne à la fin de la Renaissance, le sujet se déplace d'une cour à l'autre, où les cultures du corps furent différentes, au point de devenir des frontières symboliques entre ces " nations ".
Les signes éloquents du corps majestueux de la reine et son devoir d'enfanter un héritier révèlent aussi, de son baptême à sa mort, une pratique du don, celui de ces corps princiers qui furent éduqués pour se donner pleinement à leur dignité (résumé Decitre à retrouver ici)

13/04/2009
Philippe Beaussant, Le roi soleil se lève aussi

Depuis le temps que je me disais "il faut que je lise ce bouquin, il faut que je lise ce bouquin..." j'ai enfin sauté le pas, et je vous recommande d'en faire autant, ce livre est un pur régal. Je ne vais pas chercher les quelques (rares) erreurs qui y sont, ni bouder mon plaisir (d'autant que je cale un peu sur Les gommes en ce moment)... Cela reste un essai et non un ouvrage d'histoire, mais si tous les essais et romans historiques étaient de cette qualité, je changerais de métier!
"Où sont mes pantoufles? Jamais le Roi-Soleil ne se serait posé pareille question. Sous son règne, chaque chose se trouvait à sa place, à commencer par lui, monarque de droit divin et solidement ficelé à sa divinité. Comment parvenait-il à respirer, guerroyer, courir les dames et le cerf, pirouetter dans ses ballets? Demandez-le à Philippe Beaussant.
Romancier et musicologue, il a piqué une tête dans le grand siècle, interrogé tous les témoins et filé le roi sans le lâcher d'une semelle. Il a vu la nourrice pénétrer, avant le Lever, dans la chambre d'apparat pour «baiser Sa Majesté au lit», ce que confirme Saint-Simon. Mais Louis XIV a-t-il passé toute la nuit dans ce lit? Vous plaisantez. Le devoir conjugal l'a appelé chez la reine, le goût de la chair l'a guidé vers la favorite du moment. Il dispose de quatre chambres et le valet qui le suit, auquel le relie un cordonnet de soie attaché au poignet, connaît tous les passages secrets. Ainsi les apparences sont-elles sauves, la raison d'être de Sa Majesté.
Le roi joue son rôle comme s'il était né pour l'emploi (ce qui est d'ailleurs le cas), éclatant Molière qui a le privilège de le saluer au réveil, s'offrant en permanence, à table, à cheval, sur sa chaise percée, à l'admiration des siens. Sa raison d'être est de se montrer, il y puise l'énergie qui lui permet, à soixante-seize ans, de tuer une trentaine de faisans et peut-être d'honorer encore cette «appétissante chrétienne» qu'est Mme de Maintenon. De sa virée à la Cour, Beaussant nous ramène un récit aussi fascinant que le modèle, cet homme qui se voulut éblouissant et qui parvint à l'être. A quel prix? Peu importe, il n'avait pas le choix."
par Gabrielle RolinLire, février 2001

30/03/2009
Jeux de princes, jeux de vilains, expo de l'Arsenal (Paris)
Je croyais que cette expo était terminée, eh non ! Alors je vous la conseille, à la fois amusante et occasion d'apprendre encore et toujours de nouvelles choses... Si vous voulez en savoir un peu plus c'est le sujet de l'Humeur vagabonde de ce soir, et voici le résumé du livre de l'expo:Jeux de princes, jeux de vilains
Exposition. Paris, Bibliothèque de l'Arsenal (2009)
Editions Seuil
Beaux livres (159 pages)
Paru le 12/03/2009
38.00 euros

27/03/2009
Enquête sur les origines ethniques: et dans quel objectif s'il vous plaît?

Pendant que ronronne dans le poste la voix de Sophie (elle raconte une histoire de co-détenu en préventive enfermé avec un assassin à tendance anthropophage), j'en profite pour vous parler d'un très beau téléfilm passé cette semaine dans la petite boîte à images : Le doux pays de mon enfance, de Jacques Renard, avec Daniel Russo et Isabelle Renauld. Rien à voir avec le cinglé anthropophage dans le poste.
"Le doux pays de mon enfance" c'est, me disais-je au début de la séance, le genre de téléfilm devant lequel je comate le soir, quand je ne suis plus capable de rédiger une ligne de thèse (qu'est-ce qu'elles ont toutes à se mettre à sautiller, ces p*%£$§! de lignes, passé 20 h... !) sauf que là, au lieu de la bêtise qui m'exaspère au bout de cinq minutes, j'ai été enchantée jusqu'au bout...
Monique et Roger Joly sont mariés depuis 17 ans. Ils ont deux garçons et leur fille, Chloë, a déjà 16 ans. Directeur commercial estimé d'un garage de voitures de luxe, Roger est aussi un amoureux fou des mots et de la langue française. Un jour, pressé, il oublie de boucler sa ceinture de sécurité. Arrêté par la police, il subit un contrôle. Ses réponses laissent visiblement les policiers perplexes. Peu de temps après, il est convoqué chez le juge d'instruction. Il apprend alors qu'il est accusé d'avoir usurpé l'identité de Roger Joly. Le juge d'instruction affirme qu'il s'appelle en réalité Aziz Bensalah...
Fipa d'or 2006 de la meilleure interprétation masculine pour Daniel Russo dans la catégorie «Fiction».
Le sujet était exceptionnel et surtout extraordinairement bien traité. Jamais manichéen, toujours sur la corde raide sans savoir si l'on est dans la vérité ou le mensonge; l'absurdité de la démarche de l'administration judiciaire, la réflexion sur l'identité nationale, l'assimilation...
Cela m'a fait repenser au projet d'autorisation des enquêtes sur les origines ethniques de la population française. Je n'ai toujours pas compris l'intérêt de ce genre d'enquête, je cherche, je cherche, pas moyen de comprendre. Et j'ai pensé très fort à quelques personnes de mon entourage en me demandant comment elles seront "classées":
- Ciboulette, qui se reconnaîtra: pas vraiment de papiers français, pas un parent ni grand-parents français, tous de quelque part au bord de la Méditerranée, et pourtant, il ne me viendrait pas à l'idée de ne pas la considérer comme Française (pour autant que la question ait de l'intérêt)
- un ancien collègue de mon mari. Appelons-le Mohamed. Enfant de l'assistance. Il aimait accompagner mon mari pour aller danser dans une guinguette du bord de la Marne, en terminant la soirée par un petite verre. Du genre absinthe le petit verre, à l'occasion.
Ces deux-là et tous les autres, où notre chère administration va-t-elle les caser ? Comme si la couleur des papiers d'identité avait de l'importance... Je ne sais pas moi, savoir si on cuisine à l'huile d'olive ou au beurre, ça c'est intéressant. Si on parle français, un dialecte régional ou étranger, à la maison, ça c'est intéressant. Si on consomme couramment des bananes plantains, du paneer ou du melfor. Bref, réfléchir un peu à ce qui fait l'identité d'un Français, d'un Chinois, ou d'un Péruvien, et aux questions de l'intégration, assimilation ou des modes de coexistances...
Pour le coup, je vais ressortir "L'identité de la France" de Fernand Braudel.
Et puis le "La mosaïque France" d'Yves Lequin et "Et si on faisait payer les étrangers?" de Jean-François Dubost. Voilà.
Pendant que mon mari s'inquiète à l'idée de devoir refaire sa carte d'identité. Hé, c'est que ses grands-parents ne sont nés ni Français ni en France. Et pendant ce temps-là, une de ses employées, origine d'Europe de l'Est, hors Union européenne, mais en France depuis l'âge de 14 ans et ayant grandi dans une famille d'accueil, n'arrive toujours pas à se faire naturaliser... Je vais bien, tout va bien...
Biblio:
Fernand Braudel, L'identité de la France, Paris, Flammarion, 1993.
Yves Lequin, La mosaïque France, Paris, Larousse, 1988 ou reéd. 2006, Histoire des étrangers et de l'immigration en France.
Jean-François Dubost, Et si on faisait payer les étrangers ? Louis XIV, les immigrés et quelques autres, Paris, Flammarion, 1999.

26/03/2009
Promenons-nous dans les bois...


Un peu de merveilleux, trouvé en travaillant mon texte de thèse, l'expo virtuelle de la BNF sur les contes de fées...
Et un peu de provoc' avec l'expo à la BNF Richelieu "Controverses, les photographies à histoire" : l'album est très, très alléchant, je crois que je vais aller m'y balader un de ces dimanches... Dommage, je n'ai pas osé prendre la coupette de Champagne offerte le jour de l'inauguration le 03 mars, je craignais d'être pompette sur mes archives et de m'y endormir... C'est bête la timidité !

25/01/2009
Guerres, images et informations

Prise par mes cours ces derniers jours, je n'ai guère eu le temps d'évoquer l'actualité. J'ai déjà eu l'occasion d'avouer que j'étais Franceinter-addict, la preuve sonore, avec cette émission de ce matin, le 7-9 du week-end, dimanche 25 janvier 2009 dont je vous recommande l'écoute, extrêmement intéressante. Il s'agissait d'une réflexion sur l'usage de l'image par les pays en guerre, l'image a-t-elle et a-t-elle eu avec par exemple le cas de la guerre du Vietnam, un impact sur la formation d'une opinion opposée à la guerre. Surtout, à lire l'ouvrage d'Isabelle Veyrat-Masson, Les guerres de mémoire, Paris, La Découverte, 2008.
À lire aussi Sur la photographie, Susan Sontang, 2008. Il en était question il y a quelques jours sur le site d'arrêt sur image, plus exactement là, dans l'article d'Alain Korkos L'homme de Gaza, revenu d'entre les morts"
"Nous consommons des centaines d'images qui sont autant de comptes rendus de douleurs et d'atrocités. Nous nous exclamons : « Mon Dieu mon Dieu comme c'est horrible ! », puis nous reprenons une tranche de foie gras. Parce que « le sentiment d'être à l'abri des calamités stimule l'intérêt pour les images douloureuses, dont le spectacle suscite et renforce le sentiment qu'on est à l'abri." (...) Sommes-nous coupables de voyeurisme ? Nous délectons-nous du malheur des autres ? Sûrement pas. Nous sommes simplement confrontés aux limites de l'image, et plus précisément à celles de la photographie de reportage qui n'est jamais qu'une vaine tentative de représentation du réel."

28/11/2008
Le bleu, le noir et les étoffes du diable


Bronzino, Portrait d'un jeune homme, v. 1540,
huile sur bois, 96 x 75 cm, Metropolitan Museum of Art, New York
Couleur de deuil, couleur de l'austère sobriété espagnole des 16 et 17e siècles (ah, L'homme au gant de Titien, mieux encore mon Portrait d'un jeune homme, de Bronzino, en vignette, là-haut, il me fait pleurer celui-là), couleur du sérieux masculin du 19e siècle (pensez au vêtement noir de Monsieur Bertin, d'Ingres, allez voir là, cherchez Ingres, Monsieur Bertin...).
L'auteur, Michel Pastoureau, est naturellement historien (directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, l'EHESS), spécialiste de l'histoire des couleurs (aaaah son "Bleu", qui avait fait sensation à sa sortie en 2000 !), des emblèmes et des symboles.
Je me souviens avoir trouvé en parcourant les rayons, son Étoffe du Diable, un livre fabuleux sur les significations attachées aux rayures en Occident: qui ne se souvient pas du gilet à rayure du maître d'hôtel du capitaine Haddock ? Car les rayures ont longtemps été symboles de servitude, voire symbole de folie: les carmes ont provoqué le scandale à partir du milieu du XIIIe siècle, à cause de leur manteau rayé, "barré", or les barres désignent en ancien français non seulement les rayures mais est aussi en langage héraldique le signe de la bâtardise...
Depuis les années 1960, les historiens se sont ouverts à ce qui a d'abord été appelé "l'histoire des mentalités", avant d'être intégrée dans une très large, très vaste histoire culturelle, définie comme une « histoire sociale des représentations » (Pascal Ory). Histoire des institutions et des politiques culturelles, des représentations et des moyens d'expression du pouvoir, histoire des médias et de la culture médiatique, histoire des symboles, histoire des sensibilités (histoire des façons de manger, de s'habiller, histoire de l'imaginaire, des odeurs, des sons, etc), histoire de la mémoire,
bref, l'histoire du Bleu, et celle du Noir sont des fleurons des plus belles études historiques européennes d'aujourd'hui...

27/10/2008
Pourquoi je ne parlerai pas de la crise financière...

Certaines mauvaises langues diront que c'est normal que je ne parle pas de la crise, parce que je suis fonctionnaire, donc pas concernée par la tempête qui souffle sur l'économie. Il se trouve que dans mon entourage proche n'est pas du tout composé de fonctionnaires, donc je suis plutôt au courant de la réalité de l'économie, au moins celle des PME...
Et puis rien de pire qu'un blog où un incompétent parle, pour le plaisir de parler...
Alors c'est la raison pour laquelle je ne parlerai pas ici de la crise financière, car même si l'histoire économique m'a toujours intéressée, cela ne fait pas de moi une économiste.
Toutefois, j'ai remarqué deux ou trois petites choses dans l'actualité qui m'ont fait réagir (et pas "interpellée" comme on dit souvent bêtement). Je ne parlerai pas de la crise pour donner mon opinion (sans valeur sur le sujet) mais de la façon dont on en parle.
D'abord, dans la bouche d'un professeur d'économie aux écoles militaires de Saint-Cyr - plutôt intéressant globalement à écouter, d'ailleurs vous pouvez le retrouver sur le blog éconoclaste ici et certainement plus que les journaux télévisés - Alexandre Delaigue, invité par Arrêt sur Image.
A. Delaigue, pris sans doute dans le feu du débat, a ainsi expliqué que les chefs d'entreprise en raison de la crise ne pouvaient plus demander de prêt à leurs banques comme ils avaient l'habitude de le faire, pour de courte durée: or l'exemple donné était des plus malheureux, puisqu'il consistait dans un chef d'entreprise qui demande à son banquier de lui prêter le nécessaire sur quinze jours pour le paiement de ses salariés.
Or, les banques n'accordent pas de prêt ou d'avances de fonds sur quinze jours à une entreprise ! Pour financer des paiements, salaires ou impositions, le chef d'entreprise peut tout au plus obtenir de sa banque un rachat de créance, opération par laquelle la banque verse à l'entreprise le montant des factures dont le règlement est attendu des clients, à court terme et en échange se charge des relances et encaisse les paiements faits par les clients le moment venu (nécessairement coûteuse, la banque se sert au passage, ce qui se comprend sans peine), ou bien obtenir de la banque un découvert (lui-aussi coûteux).
Les banques ne financent par des prêts que les investissements, et encore les investissements matériels, et pas le paiement d'ingénieurs ou autres employés que l'entreprise souhaiterait recruter pour développer ou fabriquer un nouveau produit...
Autre boulette entendue cette fois ce matin sur France Inter, un des auditeurs vers 8h50, a parlé du bénéfice comme étant en partie investi et en partie versé aux actionnaires. Ni l'invité chargé de répondre aux questions des auditeurs, ni aucun des journalistes présents n'a relevé l'erreur, plutôt visible lorsque l'on a deux trois notions de base sur l'économie de l'entreprise.
Or le bénéfice est ce qui reste après paiement des salaires, des impositions et charges diverses (65% des rentrées d'une entreprise si elle ne compte pas trop de cadres, sinon c'est plus...) et investissement ! Le bénéfice, lui, est réparti entre les associés et éventuellement actionnaires si l'entreprise est cotée en bourse...
Entre le discours politique, celui des économistes un peu trop ancrés dans la théorie (?) et l'absence de répondant des journalistes, on est pas près de trouver la bonne solution... (encore que les économistes ne sont certainement pas les pires)
En revanche, une histoire de l'entreprise au XXe siècle serait à écrire. Il y aurait de quoi dire sur l'évolution de la perception de l'entreprise (admirez au passage le faux singulier) durant le siècle, l'apparition de l'image du trader golden boy ou affolé au palais Brogniard ou maintenant devant son ordinateur, l'image donnée par les entreprises, les évolutions de la politique des gouvernements à l'égard des entreprises, liée à l'image que les politiques se font de l'entreprise...
Bref, de quoi alimenter un renouveau de l'histoire économique, bien en mal depuis une vingtaine d'années, en l'associant avec l'histoire culturelle !









