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Une envie de livres ?

Affichage des articles dont le libellé est histoire politique. Afficher tous les articles
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12/08/2010

Une bibliographie de survie

ou plutôt d'initiation: en trois ouvrages seulement. Et avec des images pour ceux qui ont du mal sans.

D'abord, un ouvrage très bref dont j'ai déjà parlé ici : Une histoire de France d'un historien universitaire moderniste (16e-18e siècle) Lucien Bély.















Ensuite un autre ouvrage dont j'ai également parlé au même endroit:


Sous la direction d'A. Corbin, 1515 et les grandes dates de France.













Et enfin un Atlas doublé d'une chronologie: compact, il a l'immense mérite de couvrir tous les sujets de l'histoire mondiale, de la préhistoire à nos jours. Un défaut (péniiiiibleu): très régulièrement réédité, il est régulièrement indisponible. Il faut de la patience donc. Mais une fois que l'on en a un, on ne rachète pas le suivant. Le mien doit dater des années 1990, et je n'ai pas l'intention d'en changer tout de suite.










Ce n'est carrément pas possible de vivre sans trois ouvrages de ce genre, que l'on aime ou pas l'histoire. Soyons raisonnables.


À compléter par un Atlas de géopolitique. Au choix:














Et pour en savoir plus, "faites votre choix dans les bibliographies en fin d'ouvrage!", comme on dit à chaque rentrée aux jeunes gens en culottes courtes ou jupes plissées qui viennent d'avoir leur bac. Ici, allez voir dans le diaporama. Bonne lecture !


La culture est ce qui fait d'une journée de travail une journée de vie. G. Duhamel.
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24/07/2010

En vrac (3)



- J'ai croisé dans le métro un heureux propriétaire de chaton. La tête de la bestiole minuscule dépassait à peine du sac. Je me suis retenue pour ne pas gâtouiller ostensiblement devant cette petite boule de poil, alors que je suis quasi indifférente à un bébé. Une souris gaga d'un chaton, ça fiche mal.



- Première fois. S'il est vrai que l'on est jeune tant que l'on a des "premières fois", j'ai donc l'honneur et l'immense avantage de vous prouver ma jeunesse. Cet après-midi, je suis tombée sur un plagiat. Un beau, net et sans rature. Tout au plus trois phrases de différence. Même structure du texte, mêmes idées, mêmes exemples (forcément...). Pas de bol pour l'auteur du plagiat, j'avais terminé cinq secondes auparavant la lecture d'un fabuleux article de 1974 - que je devais lire depuis six bonnes années, vouivouivoui... - et j'enchaîne sur des actes de colloque publié en 2000, dont un chapitre publié par une jeune historienne, et bam, ça me saute aux yeux.
"Pas très original" me dis-je au premier abord.
(...)
"De moins en moins original".
(...)
"Tiens, c'est bizarre, pas la moindre référence à l'article de 1974 de cette autre historienne".
(...)
"Euh, oui, finalement, je crois savoir pourquoi E.D n'est jamais citée... groumph..."

C'est la première fois que cela m'arrive, un tel constat. Je sais que bien tous les historiens ne sont pas des saints, mais ça fait bizarre une pareille première fois. Si on m'avait dit que chez les historiens il y avait non seulement des souris mais aussi des coucous...



- Xénophobie en plein 17e siècle. J'avais un acte royal à relever cette semaine, au programme. Je flairais le truc xénophobe, mais je me disais "Non, c'est encore un sale coup des marchands parisiens, peuvent pas sentir certains marchands d'origine étrangère échappant à la réglementation parisienne, mais le roi a sûrement stoppé net les velléités de nos bons bourgeois parisiens". Que nenni. Bien au contraire. Le roi est allé dans le sens des marchands parisiens. La veine. Enfin pas pour les marchands naturalisés français, qui dans l'affaire ont perdu leur état de marchand privilégié, parce que, vous comprenez, ils étaient d'affreux "étrangers". Leurs lettres de naturalité avaient été délivrées par Henri IV probablement par pur pragmatisme, besoin de marchands, et peu importe qu'ils ne soient pas français. Mais tout d'un coup, sous Louis XIII ils mettaient en péril la nation et l'économie française. La preuve ? C'étaient d'affreux Flamands, Allemands, Suisses. L'ennemi d'hier qui faisaient peur aux petits enfants était le même qu'aujourd'hui, sauf que nos ennemis supposés nous allons les chercher quelques centaines de kilomètres plus loin. Plus ça va, et moins je peux piffrer Louis XIII. Je savais déjà sa goujaterie - qui ferait passer Henri IV pour un enfant de choeur - mais là...
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14/05/2010

Le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, il y a quatre cents ans


Si vous voyez quelqu'une dans la rue avec un crêpe noir, cela pourrait être moi. Il y a quatre cents ans mourrait Henri IV (alias Riton IV) et j'en suis encore toute chagrine. Goujat avec son épouse (et ses maîtresses aussi), mais roi d'exception, dont la légende a surtout été forgée depuis le XVIIIe siècle. Daniele Thomas, a soutenu en 1994, une thèse (L'iconographie d'Henri IV dans les ouvrages imprimés de 1589 à 1914 : évolution de l'image du premier Bourbon, roi de France et de Navarre", Université de Pau) qui met en lumière de façon très claire les évolutions de la légende du bon roi Henri. On peut aussi se reporter à la biographie de henri IV par Jean-Pierre Babelon (un peu ancienne à présent, 1982, hum, pas ébouriffante non plus, mais c'est la seule valable) et la biographie de Marie de Médicis, par Jean-François Dubost (pour le coup, l'oeuvre de Babelon prend un sacré coup de vieux et souffre de la comparaison), de 2009.

À sa mort, Henri IV n'est guère regretté par le peuple (ingrat!); il laisse un trésor à la Bastille, prouesse après la ruine de la France pendant les Guerres de religion, un pouvoir royal renforcé même si le pouvoir transmis à la reine en 1610 demeure fragile. L'histoire de la poule au pot provient d'après J. Cornette d'une visite du duc de Savoie dans les années 1590. Le duc, apprenant que les gardes du roi n'étaient payés que quatre écus par mois, proposa au roi, de leur offrir à chacun un mois de paye; ce à quoi le roi, humilié, répondit qu'il pendrait tous ceux qui accepteraient, et évoqua alors son souhait de prospérité pour les Français, symbolisé par la poule au pot.

Les faiblesses du pouvoir royal expliquent que, pour la première fois, le nouveau roi (Louis XIII encore mineur) se montre alors que le corps de son père est toujours exposé entre mai et juin 1610. Rassurez-vous, le corps a été embaumé, et l'on ne montre qu'un manequin d'osier au visage et aux mains de cires, revêtu des vêtements royaux. On lui présente néanmoins les repas... Jusqu'ici le nouveau roi ne se montrait pas avant les funérailles du précédent. Même s'il était pleinement roi, dès la seconde à laquelle le précédent souverain avait rendu son dernier souffle. 1610 est donc une date fondatementale dans l'histoire de France. D'ici à ce que tous les étudiants d'histoire de France et de Navarre (sic) la connaissent, ya encore du boulot, vu qu'un étudiant a trouvé le moyen en plein examen, après avoir étudié l'Europe de l'ouest au XVIe siècle de chercher laborieusement et vainement la date de 1515. J'ai failli faire le sketch de Robert Lamoureux, mais hum... je me suis retenue quand même.

Alors je soigne ma tristesse par une présentation des commémorations en l'honneur de mon Riton. La nouvelle revue électronique Europa Moderna, revue d'histoire moderne et d'iconologie prépare son prochain numéro avec un appel à contributions consacré aux années 1610-1615 et à l'après-assassinat de Henri IV. Vous trouverez ici un récapitulatif des évènements en France et dans le monde, avec de la musique, des expositions, une bibliographie. Je soupire de pouvoir acquérir deux ou trois CD (mon cri en ce moment "Du Caurroy ou je meurs") et faire un pélerinage rue de La Ferronnerie et passer des vacances à Pau... notamment pour aller voir l'exposition dont parle La République des Pyrénées.

J'oubliais le numéro que la revue L'histoire a consacré à mon Riton en février 2010, numéro 351.


Voilà! C'est tout pour aujourd'hui... Bon week-end !
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19/02/2010

Née en France

Louisa, née dans l'Arriège, à Foix, en 1954, n'a plus aujourd'hui de papiers d'identité française. Née en France, on lui refuse le renouvellement de sa carte d'identité. C'est à pleurer. Écoutez, c'est sur France Inter, dans "Nous autres" de Zoé Varier. Je n'ai jamais manifesté, mais là, je me sens d'humeur à descendre dans la rue, crier ma colère...



Tout a commencé le 24 décembre 2008, quand Louisa a déposé les dossiers de renouvellement des passeports de sa famille : celui de son mari, ceux de ses deux enfants et le sien. Un mois plus tard la mairie de sa commune lui a téléphoné pour lui signifier que sa demande de renouvellement de passeport était rejetée, motif: « nationalité française à justifier ».

Comment se l'expliquer alors que pendant plus de 35 ans, Louisa a fait renouveler ses cartes d'identités et ses passeports sans difficulté?

Ce jour là, la vie de Louisa a basculé et depuis plus d'un an maintenant elle se débat pour essayer de prouver qu'elle est bien française. Ni ses cartes d'identité, ni son passeport ne justifient sa nationalité. Absurde mais vrai. C'est ce qu'on lui a dit. Alors comment le prouver?

Louisa n'est pas en mesure de présenter le certificat de nationalité française qu'on lui demande. Pourquoi? Bêtement parce que l'administration française ne lui a jamais remis. Alors comment le prouver?

Louisa est née en France, dans un petit village de l'Ariège, elle vit depuis 56 ans sur le territoire français, que faut-il de plus?

Depuis un an, Louisa reprend le cours de sa vie, ses parents originaires de Kabylie, main d'oeuvre bon marché de l'usine Pechiney, son enfance Péchiney, l'école de la république, la médaille de la famille de sa mère, la médaille du travail de son père, ses bulletins scolaires, le français obligatoire à la maison, chaque souvenirs, chaque détails fait sens. Louisa s'y accroche.

Elle se revoit en cachette de son père, à sa majorité en 1974, aller demander la nationalité française au tribunal de grande Instance de Foix, elle se souvient d'avoir a signé un registre, dont personne aujourd'hui ne retrouve plus la trace, et on voudrait lui faire croire qu'elle n'a jamais fait ce choix? Le choix d'être française? Ou serait-elle une française de deuxième de catégorie?

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17/01/2010

Assez !


Je reviens d'une longue hibernation, pour cause d'agacement.


Vous me voyez bien désolée de mon absence, hélas, comme le chantait Brel, la vie ne fait pas de cadeaux (la chanson continue sur "... que c'est triste Orly le dimanche! Avec ou sans Bécaud !" bref, passons!) et en ce moment, je suis un peu comme au creux de la vague. 2010 commence bien, il n'y a pas à dire...

Ordoncques, je suis agacée. Parce que re-voilà l'interminable polémique sur les silences de Pie XII, ressortie à loisir par quelques journaux. C'est le genre de sujet qui est parfait pour vendre du papier. Surtout quand on y entretient l'ambiguïté, ce qui permettra de revendre du papier sur le même sujet dans quelques années. Ne tuons pas la poule aux oeufs d'or, surtout. C'est une méthode favorite du journalisme à la petite semaine. Pas du vrai journalisme, non, des minables seulement (vu que je me suis fait offrir à Noël un ouvrage écrit à quatre mains par deux grands journalistes, je ne vais pas trainer dans la boue cette profession. Enfin pas tous les membres). Mais ce sont les plus minables qui gueulent le plus fort, sans doute pour cacher leur insuffisance.

Alors la difficulté de la réponse que l'on peut y apporter, c'est que là encore, les historiens (les vrais) ne vont pas vous apporter une réponse, façon pack déjà emballé, prête à être ressortie en deux mots "Mais non il est innocent j'vous dis !" "'Mais non c'est un criminel, j'vous dis!".

Dans ce problème se surajoutent les facteurs favorables aux polémiques. Et ce sont plutôt ces facteurs en soi qui m'intéressent, parce que c'est souvent la même complexité, la même multiplicité des causes qui font les mêmes genres de recettes pour aboutir aux mêmes polémiques.

Dans cette "affaire" se mêlent :
- la difficulté d'expliquer (ou comprendre) plutôt que juger,
- le caractère propre, le passé, l'expérience, mieux, de Pie XII, diplomate avant d'être pape
- l'écho d'une pièce qui a fondé la légende noire du silence de Pie XII (Le Vicaire, dont le scénario a inspiré le film de Costa-Gavras, 2002),
- le regard et la position des Israélites sur la Shoah,
- les tensions entre défenseurs acharnés, souvent catholiques, et accusateurs tout aussi acharnés,
- les déclarations des uns et des autres selon les circonstances politiques (citations de Golda Meir ou d'Elio Toaff, grand-rabbin de Rome de 1951 à 2000, ou d'autres encore) ou les amitiés, pas toujours vérifiées
- l'ouverture lente de la totalité des archives (Les archives correspondant à l'ensemble du pontificat de Pie XI, c'est-à-dire, jusqu'en 1939, ont été rendues accessibles en 2006. Celles correspondant au pontificat de Pie XII, représentant environ 16 millions de feuillets, ne pourraient l'être que vers 2014-2015)
- des travaux d'historiens, méconnus du public
- le besoin d'entretenir le flou, pour vendre du papier encore et toujours, ou faire des entrées au cinéma ou au théâtre

Pour le reste, toute la difficulté du sujet et la démarche de l'historien sont parfaitement expliqués par Giovanni Miccoli, titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Église à la faculté des lettres de l’Université de Trieste, spécialiste du débat autour du rôle de Pie XII et de l’Église catholique durant la Seconde Guerre mondiale :

"Le débat sur l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale face à la persécution et à l’extermination des Juifs connaît de temps à autre des retours de flamme. Depuis des décennies, défenseurs et accusateurs du pape se mesurent dans un combat acharné dont les termes, d’un côté comme de l’autre, restent cependant généralement les mêmes. On assiste ainsi, en quelque sorte, à des procès parallèles récurrents, qui aboutissent chaque fois à deux sentences opposées : à l’« absolution » des uns correspond immanquablement la « condamnation » des autres.

Le livre, dont nous présentons ici la traduction française, n’a jamais eu l’intention de s’inscrire dans cette polémique en ajoutant un énième maillon à une chaîne déjà longue. Son ambition est autre ; il ne souhaite ni jouer les médiateurs entre les différents adversaires, ni - que cela soit clair - proposer une voie intermédiaire entre les diverses argumentations et conclusions, ni non plus se poser en juge ou en observateur pondéré et dépassionné face aux thèses en présence. Question d’histoire, c’est en historien qu’il faut avant tout examiner le rapport de Pie XII au nazisme et à ses crimes. Le problème n’est donc pas d’établir ce que le pape aurait dû faire et n’a pas fait, ou de soutenir qu’il a fait ce qu’il devait parce qu’il ne pouvait faire autrement, mais de déterminer en premier lieu ce qu’il a fait et pourquoi, à la lumière du contexte dans lequel lui même et ses collaborateurs ont dû agir, selon les idées, les attentes et les jugements qui les ont tour à tour orientés et motivés. En effet, c’est uniquement sur cette base que l’on pourra ensuite formuler un jugement historique, c’est à dire chercher à évaluer les conséquences des attitudes adoptées sur le cours des événements."

(Préface en français de l'ouvrage de G. Miccoli, à lire ici sur le site de l'Institut d'histoire du temps présent)


La lecture de l'ouvrage de G. Miccoli, est donc (faut-il le préciser? Moui, disons-le tout net) vivement recommandée.


Sur ce, je retourne hiberner, ah non, ce sont les cours à préparer, car la rentrée approche... Et puis quand j'aurai le temps, je penserai à ma thèse, n'est-ce pas.


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12/08/2009

Un petit air d'élégance surannée ?

Je suis tombée il y a quelques jours sur cette lettre d'un seigneur du début du XVIIe siècle, un seigneur fort important, puisqu'il s'agit du duc d'Épernon, ancien fidèle d'Henri III - un de ses "mignons" dont le sens a été expliqué par Nicolas Le Roux et ne renvoit en aucune façon à une quelconque homosexualité, voir N. Le Roux, La faveur du roi, mignons et courtisans au temps des derniers Valois, (site Champ Vallon) Paris, Champ Vallon, 2001 - avant de devenir après la fin des guerres civiles, un fidèle de Marie de Médicis.Regardez comme il est fier notre Épernon, ici... Peinture à l'huile, anonyme, 17e s., Musée de Versailles, 32 x 22 cm.

J'ai cédé à la tentation et relevé ce texte, alors qu'il ne concerne pas mon sujet d'étude, simplement à cause de la beauté de cette langue du début du XVIIe siècle et aussi parce que c'est un très bel exemple des relations de "clientélisme" qui liaient entre elles les élites de ce temps.
Pour faire court, ce terme désigne une pratique existant déjà dans la Rome antique républicaine, qui consiste dans la protection et l'aide qu'accorde un puissant et fortuné personnage à de nombreuses "clients" en réalité, des personnages moins haut placés, moins riches. Celles-ci peuvent espérer une carrière avantageuse et une fortune qui élevera leur famille ou la maintiendra au moins. En retour, le puissant personnage dispose de relais et d'appuis dans divers métiers, diverses provinces, ce qui lui permet de posséder un pouvoir sur des portions plus ou moins importantes du royaume, pour prendre le cas français. Ici le duc d'Épernon s'adresse au duc de Montmorency, un des chefs de file du parti des "modérés" ou Politiques, favorables, pour aller, vite, pendant les guerres de religion à un rapprochement entre catholiques et protestants. Notons que le sens du terme "clientélisme" est aujourd'hui beaucoup plus négatif.

J'ai travaillé dans le passé sur ce genre de lettre, je raffole toujours autant des correspondances, et je vous livre ce petit bonheur en toutes lettres...

"Monsieur,

Je ne veux point faire ce tort à mon devoir ni à mon affection que d'en laisser aller le présent porteur sans l'accompagner de celle-ci [cette lettre], qui sera non pour faire récit de ce qui se passe en cette armée d'autant que je me remets à la suffisance du porteur qui en est amplement informé pour vous en dire toutes nouvelles; mais plutôt pour me remémorer en l'honneur de vos bonnes grâces, auxquelles je vous supplie, Monsieur, de me conserver toujours et autant que je désire m'en rendre digne par toutes sortes de services dont je me pourrai adviser. J'espère de n'être si longtemps par deçà que je n'aie ce bien de vous voir dans peu de jours, qui me gardera de vous ennuyer de plus longue lettre. Demeurant jusqu'à ma fin, après vous avoir bien humblement baisé les mains, Monsieur, votre plus obéissant etc."
Lettre d'Épernon au duc de Montmorency, du 20 mars 1597.
À Montdidier.
BnF, Mss. Fr. 20505. fol 42.

Version originale :
Monsieur, Je ne veulx point faire ce tort va mon debvoir ny a mon affection que d'en laisser aller le present porteur sans l'accompaigner de cestecy, qui sera non pour faire aulcung recit de ce qui se passe en ceste armée d'aultant que je me remetz a la suffisance de ced. porteur qui en est amplement informé pour vous en dire toutes nouvelles. Mais plustot pour me rememorer en l'honneur de vos bonnes graces, ausquelles je vous supplye Monsieur de me conserver tousjours et aultant que je desire m'en rendre digne par toutes sortes de services dont je me pourrai adviser. J'espère de n'estre si longtemps par deça que je n'aye ce bien de vous voir dans peu de jours qui me gardera de vous ennuyer de plus longue lettre demeurant jusqu'à ma fin, apres vous avoir bien humblement baisé les mains, Monsieur, votre plus obeissant etc.
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13/07/2009

De l'humanité des DRH

Et je n'arrive pas à prendre/trouver le temps d'un billet. En vrac, un poste à mi-temps à l'autre bout du pays pour la rentrée, ça aurait pu être mieux, ça aurait pu être pire. Les commissions de recrutement avaient un bon mois de retard, et comme d'habitude, chacun a ses propres dates, donc, je sais que j'étais classée dans plusieurs universités, mais, priée de dire oui ou non pour le demi-temps proposé, je n'avais pas le temps d'attendre des réponses pour d'autres temps pleins, en tablant sur les désistements éventuels des candidats placés devant moi.

Mon coup de grogne est surtout allé aux DRH et autres services du personnel. Je ne leur demandais pas de pleurer sur mon sort, mais simplement de garder à l'esprit qu'il y a des vies derrière les dossiers, des couples,qui vont être séparés à l'occasion, qui vont devoir faire avec 500 euros de moins par mois, pour cause de mi-temps, ou même un salaire complet en moins. De prévenir, envoyer des courriers pour dire que l'on n'est pas pris, de mettre en ligne les dates de réunion des commissions et des conseils scientifiques POUR QUE L'ON SACHE! Et que l'on ne passe pas des jours entiers au téléphone à tenter d'obtenir des informations toujours imprécises...
Sinon il m'est arrivé un truc (très) drôle: j'étais classée dans une université, ce qui me remontait le moral. Jusqu'à ce que j'apprenne qu'il n'y avait pas de poste dans ma section scientifique. Ballot, non ? Être classée pour un poste inexistant.

Bref, c'est reparti pour un an à courir les trains. *petite voix geignarde on* Je veux être titulariséééeeee ! Je veux en finir avec cette thèseu ! *petite voix geignarde off*

Pour parler d'autre chose, en ce moment, je me régale avec ça (et vous le conseille par le même biais): Sylvène Édouard, Le corps d'une reine, histoire singulière d'Élisabeth de Valois (1546-1568), aux Presses universitaires de Rennes:
Le corps de la reine est celui d'Elisabeth de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, qui fut princesse de France puis reine d'Espagne de 1559 jusqu'à sa mort en 1568.
A partir de sources diverses et originales, Sylvène Édouard propose une biographie du corps de la reine pour démontrer qu'il fut un et politique. En soulignant l'importance du langage des signes corporels dans les cours de France et d'Espagne à la fin de la Renaissance, le sujet se déplace d'une cour à l'autre, où les cultures du corps furent différentes, au point de devenir des frontières symboliques entre ces " nations ".
Les signes éloquents du corps majestueux de la reine et son devoir d'enfanter un héritier révèlent aussi, de son baptême à sa mort, une pratique du don, celui de ces corps princiers qui furent éduqués pour se donner pleinement à leur dignité (résumé Decitre à retrouver ici)
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27/03/2009

Brève introduction à l'histoire politique (3)


Parler de l'influence du marxisme sur l'histoire politique revient en fait à quasiment ne pas parler d'histoire politique, puisque "l'historien marxiste accorde une attention privilégiée aux phénomènes sociaux, à leur aspect conflictuel, au sort des plus défavorisés surtout" (Charles-Olivier Carbonell, L'historiographie, Que-sais-je?, 1981, p.104).

Mais il faut bien dire qu'entre Boris Porchnev et les historiens français des Annales des années 1930 aux années 1970, il y a un fossé... Porchnev était un historien soviétique, qui a particulièrement travaillé sur les révoltes populaires dans la France d'Ancien Régime, et fut opposé à Roland Mousnier, à propos de la nature des révoltes paysannes du XVIIe siècle: révoltes révélatrices d'une lutte des classes ou non? Pour la présentation des thèses de Porchnev, voir l'article d'Yves-Marie Bercé, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1964, vol. 122, p. 354-358, Porchnev, Les soulèvements populaires en France...



Cependant, on peut difficilement expliquer l'orientation d'un Lucien Febvre sans prendre en compte sa "lecture attentive de Marx" pour reprendre la formule de Fernand Braudel, dans cet article du vol 12, num. 2 de la revue des Annales, 1957, p. 177-182, "Lucien Febvre et l'histoire". L'accent est mis sur le social. Sur les bancs de l'université, on apprend le rejet de l'histoire politique par les historiens qui ont fondé la revue "Les annales", on apprend le courant historique du même nom, caractérisé par le rejet de l'histoire-bataille, d'une histoire politique focalisée sur les grands hommes. Ce rejet est lié au développement d'une histoire plus sociale, plus économique : voyez le Louis XIV et 20 millions de Français de Pierre Goubert. Au lieu de faire une biographie classique de Louis XIV, P. Goubert démontre les forces économiques de ces vingt millions de Français, sans lesquels Louis XIV n'aurait pu être le roi-soleil... Une thèse projetée sur la politique méditerranéenne de Philippe II, thèse de Fernand Braudel (et selon la légende au moins au sens de "ce qui est rapporté à propos de", en partie rédigée de mémoire en camp de concentration pendant la Guerre de 39-45) est devenue une thèse sur la Méditerranée, temps longs, structures, étant mis en valeur...

Comme Marc Bloch avec les rois thaumaturges, Lucien Febvre choisit ce que l'on appelle alors "histoire des mentalités" et aujourd'hui "histoire des représentations", pour écrire son merveilleux "Problème de l'incroyance au XVIe siècle, la religion de Rabelais"; Bloch, Febvre ont ouvert la porte à de grands maîtres de l'historiographie du XXe siècle: Robert Mandrou, Jean Delumeau, Robert Muchembled...
Mais avant ces célébrités, marquées par l'apport de la pensée marxiste, ont oeuvré et compté Paul Mantoux (La révolution industrielle au XVIIIe siècle, 1906) ou Henri Hauser (Les débuts du capitalisme, 1927). La révolution industrielle, concept qui nous est si familier, enseigné au collège, n'est pas une formule qui a existé de toute éternité en histoire, mais a été créée au début du XXe siècle. P. Mantoux a été le premier à développer à partir des analyses de Marx, le concept de révolution appliquée à l'industrie, à l'histoire économique.

À propos de l'histoire politique écrite jusqu'alors, Lucien Febvre a eu des mots sévères (dont on se délecte en cachette, avouons-le...) : critique du tout-politique, critique de l'histoire positiviste, c'est-à-dire, factuelle et certaine d'établir la vérité une fois pour toutes. On a parlé d'une certaine volonté de "tuer le père" de la part des premiers historiens des Annales. Étaient visés en particulier Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, auteurs d'un manuel sur la méthode historique (ne retenir qu'un élément d'un discours permet de le déformer... on le sait bien aujourd'hui encore):

" L’Histoire se fait avec des documents. Le documents sont les traces qu’ont laissées les pensées et les actes des hommes d’autrefois. Parmi les pensées et les actes des hommes, il en est très peu qui laissent des traces visibles, et ces traces, lorsqu’il s’en produit, sont rarement durables : il suffit d’un accident pour les effacer. Or, toute pensée et tout acte qui n’a pas laissé de traces, directes ou indirectes, ou dont les traces visibles ont disparu, est perdu pour l’histoire : c’est comme s’il n’avait jamais existé. Faute de documents, l’histoire d’immenses périodes du passé de l’humanité est à jamais inconnaissable. Car rien ne supplée aux documents : pas de document, pas d’histoire. " (Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Paris, 1898, rééd., Paris, Kymé, 1992, Liv.I, chap I, cité dans Charles-Olivier Carbonnell et Jean Walch, Les sciences historiques de l’Antiquité à nos jours, Paris, Larousse, 1994, p.171).
La réponse de Lucien Febvre quelques années plus tard a été cinglante, comme il savait faire:

" L’histoire se fait avec des documents écrits, sans doute. Quand il y en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire, sans documents écrits s’il n’en existe point. Avec tout ce que l’ingéniosité de l’historien peut lui permettre d’utiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. Donc avec des mots, des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champs et de mauvaises herbes. Des éclipses de lune et des colliers d’attelage. Des expertises de pierres par des géologues et des analyses d’épées en métal par des chimistes. D’un mot, avec tout ce qui, étant à l’homme, dépend de l’homme, sert à l’homme, exprime l’homme, signifie la présence, l’activité, les goûts et les façons d’être de l’homme. Toute une part, et la plus passionnante sans doute de notre travail d’historien, ne consiste-t-elle pas dans un effort constant pour faire parler les choses muettes, leur faire dire ce qu’elles ne disent pas d’elles-mêmes sur les hommes, sur les sociétés qui les ont produites – et constituer finalement entre elles ce vaste réseau de solidarités et d’entraide qui supplée à l’absence du document écrit. " (Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1953, p.428 cité par Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, Folio Histoire, 1996, p82).
Et en marge des Annales, l'histoire politique, un peu occultée, a continué à vivre, à se renouveler grâce notamment à Pierre Renouvin, et notamment l'Introduction générale à l'histoire des relations internationales, de 1953. Néanmoins en 1974, Jacques Julliard écrivait "L'histoire politique a mauvaise presse chez les historiens français. Condamnée il y a une quarantaine d'années par les meilleurs d'entre eux, un Marc Bloch, un Lucien Febvre, victime de sa solidarité de fait avec les formes les plus traditionnelles de l'historiographie du début du siècle, elle conserve aujourd'hui encore un parfum Langlois-Seignobos qui détourne d'elle les plus doués, les plus novateurs des jeunes historiens français. Ce qui n'est pas naturellement pour arranger son cas".

Pour être plus précis, et en revenir au problème de la biographie, ce genre n'a pas entièrement disparu à cause de la désaffection des historiens, en raison de la demande du public. Reste que le genre biographique reste probablement un des plus difficiles, et même traités par de grands noms. Il donne aussi lieu ou a donné lieu à des publications trop souvent très médiocres.

Pour aller plus loin :

- Charles-Olivier Carbonell, L'historiographie, Que-sais-je?, 1981
- M.-P. Caire-Jabinet, L'histoire en France du Moyen-Âge à nos jours, introduction à l'historiographie, Paris, Flammarion, 2002.
- J. Le Goff, P. Nora, Faire de l'histoire, Paris, 1973 (apperçu dans Google Books)
- F. Bédarida et alii, L'histoire et le métier d'historien en France, 1995 (apperçu Google Books)

Vous trouverez également sur le site des classiques en sciences sociales (classiques.uqac.ca/) de nombreux livres de Lucien Febvre, dont Combats pour l'histoire.
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14/02/2009

Brève introduction à l'histoire politique (1)

Parce que je songe aux grandes biographies qui vont venir rejoindre les premiers basiques sur les rayons de la bibliothèque, voici de quoi patienter.

A l'instar de l'histoire diplomatique et de l' histoire militaire , certains thèmes traditionnels d'histoire politique ont connu un regain d'intérêt ces dernières années, sans doute sous l'influence de relations internationales instables. Avec le genre biographique, ces domaines historiques ont toujours eu la faveur du public.


Forme la plus ancienne de l'historiographie, l'histoire politique a polarisé l'attention des historiens occidentaux depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIIe s.
Raconter l'histoire nationale, a été l'objectif des auteurs grecs (Hérodote avec l'histoire des Guerres médiques, Thucydide et sa guerre du Péloponnèse, Polybe et ses Histoires qui portent sur les guerres puniques). Elle l'a été tout autant des auteurs latins : Tite-Live, Tacite s'emploient à retracer l'histoire de Rome, ou celle des empereurs. C'est encore l'objectif des historiens du Moyen Âge: deux exemples entre tous: l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours et la Vie de Charlemagne d'Eginhard. Dans tous ses cas, les auteurs sont convaincus qu'ils retracent l'histoire d'une nation extrêmement prestigieuse, la leur.

L'idéologie, une certaine vision du monde ont toujours profondément influencé le regard des historiens.

Lorsqu'au XIXe s. l' histoire fut introduite dans les universités européennes comme une discipline autonome, elle se concentra sur l'étude de la politique des Etats, des gouvernements et des institutions et, par conséquent, sur les actions des "grands hommes". La notion même d'histoire politique aurait été ressentie à l'époque comme une tautologie, puisque l'approche politique était considérée comme la seule manière sensée d'aborder l'histoire.


L'histoire politique accordait au XIXe siècle une grande place aux guerres. Preuve de cette prédominance écrasante, la formule d'Hegel, selon laquelle "les périodes de paix sont les pages blanches de l'histoire".

Ce n'est que dans la seconde moitié du XXe s. que s'imposa la conviction que l'histoire politique n'était qu'une parmi de nombreuses autres approches du passé, puisque l'histoire, doit considérer la totalité de l'action humaine.
S'efforçant d'élargir son champ d'études, elle n'examine plus seulement la pensée et l'action des élites politiques et militaires, mais aussi le contexte économique, le modèle socioculturel dominant, les échanges d'informations, les contraintes administratives ou les expressions symboliques et rituelles du pouvoir.

Elle recourt à des échanges avec l' histoire culturelle, économique et sociale. Bref, elle s'ouvre à l'universel.

Mais avant d'en arriver là, la pratique historique du XIXe siècle a été profondément et même essentiellent orientée, partisane.
Un historien, Camille Jullian écrivait en 1897: "L'histoire naquit à nouveau, non pas du paisible travail de cabinet, mais de la lutte des partis."



C'est en effet sur le terrain privilégié de l'histoire que se sont engagés les âpres combats qui mettaient aux prises conservateurs et libéraux, cléricaux et anticléricaux. Tous, au XIXe siècle, en appellent au passé pour légitimer leurs opinions.
Un exemple, celui de la Révolution française: aux contre-révolutionnaires pour
qui la Révolution est un complot (thèse de Barruel) ou un châtiment divin (Joseph de Maistre), s'opposent les libéraux qui insistent sur les apports de la Révolution, de laquelles sont nées les libertés. Au mieux, on gomme, on minimise tel ou tel aspect défavorable, comme la Terreur.


D'ailleurs cette imbrication étroite de la politique et de l'histoire s'incarne même en la personne d'Augustin Thierry comme en celle de Guizot qui font oeuvre à la fois de politiciens et d'historiens. C'est clairement ce que confesse Augustin Thierry dans les "Lettres sur l'histoire de France".



La défaite de Sedan (1870) a bcp joué dans le développement de mythes nationaux -- voir l'essai sur le règne de Philippe-Auguste --, l'histoire devait servir à alimenter le culte national.



La IIIe République a fait de la Révolution le fondement de son régime. Une chaire d'histoire de la Révolution française est créée en 1898. Les marxistes commencent à donner leur vision de l'histoire: pour Albert Soboul, la Révolution marque le passage du féodalisme au capitalisme.

Le marxisme a joué un rôle essentiel dans l'historiographie du XXe siècle. Il a conduit beaucoup d'historiens à s'intéresser bien plus aux masses qu'aux "grands hommes".

PS: je ne parle plus réforme mais j'y pense. Je crois même que j'ai des idées qui me travaillent, vu comme je cherche des dérivatifs avec ce remplissage de la bibliothèque et ces billets sur l'histoire politique.
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