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Une envie de livres ?

04/10/2008

Réception sur le pouce


Non je ne vais pas vous parler des petites sauteries d'historiens, pendant lesquels on se gave de petits fours, en jonglant comme dans toute réception entre l'assiette, le verre, la serviette, le tout pour serrer d'une main poisseuse un confrère, non, la cause de cette réception sur le pouce n'est ni plus ni moins la suite de mes aventures à Tolbiac.

(Vous croyez que si j'envoie à un éditeur un manuscrit intitulé "Les aventures d'une souris à la BNF" ça peut se vendre? Ce que ça me rapportera en tout cas, ça ne sera pas pire que les revenus d'un article publié en sciences humaines... Passons, glissons si vous n'y voyez pas d'inconvénient.)

Non, c'est seulement que je me suis réceptionnée sur le pouce après une jolie chute sur le bois exotique extrêmement glissant de l'esplanade, en raison de la pluie parisienne de ces derniers jours. Je suis sûre que vous êtes déçus... Quoi, même pas? Et ça vous faire même rire? Cruels!

Bon d'accord, j'avais mes escarpins, et alors ? Souris peut-être mais hors de question d'être grise et moche ! Il y a assez de collègues féminines qui se négligent, je ne vais pas m'y mettre !

Sérieusement, un mail est parti dans la foulée, parce qu'en dépis des bandes anti-dérapantes posées peu après l'ouverture de la BNF Tolbiac, et des affiches expliquant que la pente munie d'un tapis, seul chemin entre l'esplanade et le hall et UNIQUE chemin d'accès à la BNF, est également glissante par temps de pluie, j'ai horreur de râler dans mon coin, autant que d'autres en profitent. Mais il paraît qu'en hiver, par temps de verglas c'est pire encore.

Je n'attends pas d'autre réponse, s'il y en a une, que des propos désolés de la part de mon interlocuteur, mais au moins cela fera une pierre de plus dans le jardin des nécessités d'agir. Et en attendant, ça me défoule. Une amie est tombée dans les escalators (juste assez larges pour qu'une personne s'y tienne et très hauts), résultat un bras cassé qui saignait très abondamment, les pompiers ont dû intervenir, bref...

Tout ça parce qu'un architecte a trouvé que du bois exotique pour l'esplanade, ça faisait joli, sans se renseigner suffisament sur les propriétés de ce bois, et sans doute, à propos des escalators, et autres pentes caoutchoutées, qu'il fallait faire du jamais vu, ou alors du grandiose. Ce n'est pas tout les jours que l'on construit une bibliothèque François Mitterand. Vous savez ce type qui a été président et qui, sur la photographie officielle, tenait les essais de Montaigne à l'envers.

Indépendamment des considérations esthétiques, ce grand machin est dangereux au quotidien, nettement plus que l'ancien site de Richelieu à mon humble (et erroné?) avis. Mais voilà, il fallait du grandiose. Qu'importe si le petit
peuple des usagers s'y casse la figure.

J'ai vraiment du mal à comprendre certains architectes du XXe siècle, moi. Vu que ça ne gêne pas des élèves architectes de faire passer des conduites d'évacuation des toilettes en plein salon. Vous me direz, c'était des élèves. Mais détrompez-moi ou Philippe Stark, architecte superstar, n'a t-il pas produit des chambres d'hôtel de luxe avec toilettes en plein milieu de la chambre, sans parois, naturellement? Il y en a un à Paris, pas vu de mes yeux, mais par un ami qui est allé faire son curieux.

Pour revenir à la BNF, tant qu'on y est, quelqu'un pourrait m'expliquer pourquoi le café à la machine automatique, en gobelet plastique, coûte 90 centimes d'euros, alors que le même à Richelieu coûte 35 centimes? Vous croyez que c'est parce qu'on fait traverser Paris à la nage au café en question? Ou alors c'est à cause des frais d'assurance de Tolbiac ? Il doit bien y a voir une raison... Tout s'explique, c'est ce que l'on dit en histoire, alors !

Ah, et parce qu'il y a toujours plus malheureux que soit, allez voir ici à quel point la nouvelle BNF est pratique pour les personnes en fauteuil roulant
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01/10/2008

Des mérites incomparables du copié-collé...


Je crois que je vais prendre une habitude, moi, c'est d'écrire mes billets à l'avance, puis de les publier en un coup grâce à la magie du copié-collé...

Sinon, je ne réussirai jamais à placer un billet, vu le peu de fois que je suis devant un ordinateur avec connexion internet, depuis que la rentrée a eu lieu. Parce que je cours toujours autant, et que dans les bibliothèques, les connexions internet sont rares, très rares. De vous à moi, je ne me vois pas me connecter sur un truc qui s'appelle « Vieux papiers, vitriol et rose bonbon » depuis la BNF, ça ne fait pas sérieux. Je tiens à mon image, moi.
Donc, après la course à la photocopieuse et à la bonne salle de cours, je me suis lancée dans la course aux livres à la BNF.

Il y a tout de même un truc effarant, lorsque l'on commande un ouvrage à la BNF et dans tous lieux où les catalogues sont informatisés, c'est de buter sur un problème du type « Ouvrage non communicable! » : on est alors parti pour une course dans les dédales informatisés de la BNF. Un rien qui agace énormément.

V'loffffffffffff ! « Ouvrage non communicable » : message bref, qui claque comme une porte de prison, qui tombe sur vous comme un couperet, alors que vous n'attendiez rien d'autre qu'un pauvre gentil petit « Votre commande est bien enregistrée, pour commander un autre livre, veuillez saisir la cote ou revenir au catalogue... » qui vous aurait rempli de bonheur. Las...

On se dit « ce n'est pas grave, je vais m'adresser à un bibliothécaire ». Ce que l'on fait sans tarder. Tous charmants, disponibles, aimables à la BNF, il est rare de tomber sur des revêches.

Et c'est là que vos ennuis s'aggravent. Car le pauvre bibliothécaire (dit A) vous écoute, il peut être impuissant, ou être arrivé à la fin de ses heures en salle, alors, il s'adresse à son remplaçant (dit B), lui explique la situation, pendant que vous suivez attentivement les explications pour être bien sûr que A a bien compris, que B comprend bien le problème.

Mais alors B règle une partie du problème, avant de vous dire « Ah mais pour cette référence-là, il faut que vous alliez voir la banque N! » parce que cet acte-là se trouve en droit, en banque N donc, alors que tous les autres actes royaux de la même époque, hein, même caractère précieux itou, sont en histoire, en banque L. Ne cherchez pas à comprendre !

Alors vous allez voir la banque N (tout à l'autre bout de l'immeeeeense salle de la BNF) en trottant. Et en évitant de faire claquer vos talons sur les parties en parquet, qui alternent avec des parties en moquette, pour ne pas provoquer le courroux légitime des autres lecteurs, plongés (les bienheureux !) dans la lecture paisible de leurs ouvrages ou le nez dans leur ordinateur. Ce qui vous fait marcher naturellement, puis sur la pointe des pieds, puis marcher naturellement, puis sur la pointe des pieds, puis marcher naturellement... pour arriver jusqu'à bon port, soit une quinzaine d'alternance moquette-parquet. Et là, vous cherchez le bibliothécaire.
Ah ! Il est occupé ! Ah un de ses collègues vient d'arriver, vous vous précipitez à Monsieur C... Vous lui expliquez... Et là il avoue son impuissance. Et vous indique la dame que vous avez aperçue tout à l'heure et toujours occupée. Donc vous repatientez. Ah, arrive un autre bibliothécaire (Monsieur D), qui vous voyant attendre, vous fait signe de venir à lui (c'est hachement mieux que la Poste, la BNF, ya pas à dire).

Il vous écoute (vous racontez votre histoire de notice impossible à trouver pour la première, non, deuxième, non plus, troisième, toujours pas, ah la quatrième, oui, la quatrième fois) et vous dit « quand même, la banque L aurait dû nous téléphoner! ». Mais en même temps la dame de la banque L était tellement gentille, je n'allais pas lui planter un poignard dans le dos en le plaignant, donc sourire patient, presque navré « Et pour mon ouvrage, comment peut-on faire?» (dites-vous d'une petite voix courageuse). « Il vous faudrait une place ici en N ». « Ah oui mais j'en ai déjà une en L avec des livres qui m'attendent! Si je prends une place ici, je risque de perdre celle de L et mes livres... Bon alors je reviens dans une demie heure, et je consulterai vite mon ouvrage sur une place provisoire, sans réservation informatique... » « Oui, dans ce cas, si ça ne vous dérange pas, c'est ce que l'on va faire, mais votre ouvrage sera là d'ici à une demie heure! » (in petto, j'espère bien...).

Et vous retournez en L en marchant naturellement, puis sur la pointe des pieds, puis naturellement, puis sur la pointe des pieds... Vous arrivez à votre place, le temps de régler deux ou trois trucs (même pas le temps de brancher de la musique hein...) et hop ! Un autre ouvrage rare a été retrouvé, ouvrage après lequel je galope également virtuellement uniquement cette fois ou presque, le temps de vérifier que c'est le bon livre, la dame de la banque L repart, je tape quelques mots de ce billet, et pof ! Le bibliothécaire de la banque N devant moi « Votre ouvrage est arrivé!!! » (bonheur). Et pof !

Je suis mon guide, il a des cheveux blonds, mon guiiiiiideeeuu, mais ne s'appelle pas Nathalie (navrante, cette comparaison non ? Moi je me marre comme une baleine, cela vous dit à quel point je suis fatiguée, pour rire d'un truc aussi idiot). Et le temps d'aller à la bonne banque en droit -----> le temps de le recopier – ah zut ! Arrivée à la banque N de droit, on me dit « il faut que vous le consultiez impérativement ici, c'est un ouvrage précieux! », bon, bon, je fouille dans mon sac à main... un agenda ! un crayon ! Miracle (double) ! Et c'est parti pour du recopiage manuel, pas le courage d'aller chercher le portable, ce qui implique de défaire le câble de sécurité, de me dépêcher pour que la batterie tienne le temps du recopiage, de revenir, et de rebrancher. Un papier, un crayon, revenons aux principes même du travail bénédictin !

Je reviens à la place, tape trois lignes de plus de ce billet, et là, revient la dame de la banque L avec le précieux second ouvrage dans les mains. Et voilà, le livre m'arrive servi sur un plateau (le bonheur !), plus qu'à examiner si c'est la bonne édition, et je vais pouvoir recopier ce qui m'intéresse quand j'aurai fini ce billet. Il est 17h00, je vais pouvoir commencer à travailler, enfin si le café pris à l'arrivée à 14h30 fait de l'effet encore...

Enfin le pire, c'est d'avoir réservé une place avant de partir de chez soi, d'arriver sur place vers 14 heures, et de commander des livres, sortir aller chercher un truc oublié en consigne, et commettre LA boulette qui fiche toute votre journée en l'air : franchir les portillons en haut des escalators, en négligeant de préciser à la machine que vous sortez juste pour quelques minutes.
Je disais LA boulette, parce que dans la seconde, votre place est perdue (ça encore, ce n'est pas grave), mais le pire, vos réservations de livres sont annulées. Et là, vous pouvez rentrer chez vous. Le temps que les livres qui n'ont pas encore eu le temps d'arriver en banque de salle, réintègrent leur rayon, il y en a pour au moins douze heures. Ou vingt-quatre heures. Enfin bref, vous avez gagné une journée à faire autre chose. Mais pas de bon pour aller aux archives nationales, le temps d'y aller, elles seront déjà fermées... (les portes sont closes à 16h45 tous les soirs au CARAN comme on dit).
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27/09/2008

C'est la rentrée ! Et voici mon meilleur ami...


Déjà une semaine de passée depuis la rentrée (oui, je sais, c'est tard, c'est comme cela à l'université) et déjà mon emploi du temps est parfaitement rôdé ! Je prépare mes cours / Je donne mes cours / Je finis ma semaine en travail personnel de recherche / Je prépare mes cours / Je donne... Bref.

Et je fais partie de ces foules que déverse le RER, qui traversent, que dis-je, galopent à travers les couloirs du métro, montent les escalators ou les escaliers (cela dépend s'il y a un lourd ordinateur ou pas sur mes frêles épaules), vite, vite, rejoignent le lieu de travail, toujours les mêmes rues, les mêmes bars à côté desquels on passe sans prendre le temps de s'y arrêter...

Alors, voici mon meilleur ami de la rentrée : le Guronsan. Un vieil ami (rencontrée en 3e ah non, 2e année de fac), mais je me tâte et je crois que je vais renouer avec lui cette année, rédaction de thèse oblige. Un an pour cette %*!£?@ de rédaction, alors, il va falloir y passer.

Sinon il y a le chocolat. C'est pas mal, le chocolat, noir évidemment. Ça motive aussi pendant quelques heures.

Allez, courage, c'est la rentrée !
(si ça, ce n'est pas un billet totalement dépourvu d'intérêt... Promis, je reviens avec du vrai billet d'historienne, il faut me pardonner, c'est... la rentrée !)
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19/09/2008

Histoire de vieux papiers

Je me suis rendue compte que pour un blog dont l'adresse et le nom évoquent les archives, je ne vous ai toujours pas parlé de vieux papiers.

Il y a des quantités d'aventures qui arrivent aux chercheurs en salle d'archives. Alors commençons par le commencement, présentations et exemple de mésaventures.

Pour écrire l'histoire, on se base sur les documents de toute nature, en fonction de son sujet de recherche.

1/ Le plus souvent, on part d'un problème, une question que l'on se pose : "Comment expliquer les réactions ou l'absence de réaction des Français sous Vichy" ou bien "Pourquoi Henri IV a t-il laissé l'image de bon roi à la poule au pot?". On pourrait donner des milliers d'autres exemples de questionnement ou problématique.

2/ On commence par s'assurer que le problème n'a pas encore été traité par d'autres historiens, ou comment ils l'ont traité, est-ce que leur travail répond à toutes les questions que l'on se pose. C'est l'étape de l'étude historiographique : on étudie ce qui a été traité sur le sujet.

Si ce n'est pas le cas, on peut lancer des recherches. Dans les faits, généralement, on est spécialiste d'une période historique (histoire ancienne, histoire médiévale, histoire moderne -XVIe-XVIIIe siècles-, histoire contemporaine - du XIXe s. à aujourd'hui) plutôt précise (un siècle, un demi-siècle) voire d'un thème (histoire politique, sociale, culturelle, économique etc), et l'on sait en gros si le sujet a été traité ou pas. Ce qui ne veut pas dire que l'on s'abstient de l'étape 2. On sait plus rapidement quelle problématique serait intéressante.

3/ L'inventaire et l'étude des sources. Tout objet, tout document est source pour l'historien.
Pour ma part ( je préfère vous parler de ce que je connais le mieux) je fréquente les centres d'archives de Paris et de province, à l'étranger à l'occasion, à condition de maîtriser la langue...
À Paris, les centres d'archives sont des bâtiments souvent anciens, au moins en partie, et assez beaux, voire magnifiques pour certains. La Bibliothèque Nationale site Richelieu (la BNF est maintenant sur plusieurs lieux, Tolbiac dans le 13e arrondissement, Arsenal près de la place de la Bastille, Richelieu près de la Bourse, enfin l'ancienne Bourse, etc) est un exemple de bâtiment ancien et réellement magnifique et un de mes préférés.














Il faut généralement justifier au moment de l'inscription d'une activité de recherche à titre privé ou professionnel pour y avoir accès.

On s'installe dans des salles plus ou moins vastes, en commandant des documents, une fois que l'on s'est repéré dans le labyrinthe des références en collections, fonds, séries, sous séries, volumes ou cartons...
Et l'on peut, après un temps d'attente variable, consulter de précieux cartons.

Je parlais d'anecdotes, un peu plus haut, car il arrive quelquefois de drôles d'aventures. Moi, cela ne m'est jamais arrivé, en tout cas je ne m'en souviens pas. Mais celle-là est arrivée à une connaissance, archiviste médiéviste. Elle devait faire l'analyse d'un carton encore jamais parcouru. Elle prend son temps, savourant son plaisir, tourne délicatement les pages épaisses de parchemin. À un moment, elle sent une sur-épaisseur. "Un sceau !" L'aubaine ! Elle ne veut pas se précipiter, et rallonge l'attente délicieuse. Le moment venu, petit pincement au coeur, elle tourne le dernier parchemin avant la surprise. Et quelle surprise ! Une souris, morte depuis des dizaines de lustres naturellement, bien aplatie, pas plus grosse qu'un sceau. Horreur ! Scandale ! Effroi ! Elle en fut ce jour-là pour son compte. Hélas, on n'a pas toujours de chance, aux archives !
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17/09/2008

Doit-on être historien pour tirer des leçons de la pratique de l'histoire ?


J'aimerais vous expliquer à présent quelques petites choses à propos de la pratique de l'histoire. Je ne ferai pas cependant le tour de tout dans ce billet, il y en aura d'autres.


Premier point, doit-on être historien pour tirer des leçons de la pratique de l'histoire ?

Je ne dis pas "tirer des leçons de l'histoire" car à mon sens on ne peut en tirer aucune, contrairement à ce que l'on entend souvent : "il y a eu tellement d'horreur, l'histoire ça sert à tirer des leçons de tout ça".
"Tout ça" désignant en tas informe le passé. On peut méditer tout au plus sur la constance de la nature humaine, prompte à massacrer son prochain en dénigrant les massacreurs d'hier.


La seule leçon que j'ai tirée de l'histoire jusqu'ici est le penchant des hommes a faire le mal, quelque soit la culture, la civilisation, les époques. Peut-être parce qu'il est plus facile de faire le mal que le bien.

Il n'y a pas de progrès humain, malheureusement. L'homme d'aujourd'hui, aussi épris de liberté et d'idéaux, n'est pas meilleur dans la pratique que le paysan du Moyen-Âge, son lointain aïeul. L'expérience des uns ne sert pas aux autres, ou bien rarement. Le seul progrès que l'on puisse retenir de façon valable est technique.

En allant plus loin, j'ai même trouvé deux constantes précises qui sont à l'origine de la célébrité de nombreux personnages historiques (en laissant à part les penseurs purs) : l'amour du pouvoir ou de la célébrité, et l'amour de l'argent.
Quand un type laisse son nom dans l'histoire sans avoir manifesté ni amour de l'argent, ni amour du pouvoir, c'est ce que l'on appeler un "saint", indépendamment de toute connotation religieuse. Un original, un Louis IX, un Gandhi, dont le parcours peut s'expliquer parfaitement culturellement, mais dont les motivations de l'action ne répondent pas aux critères habituels.
Il y a donc dans l'homme une capacité au bien, rare, difficile mais réelle.


Donc pas de leçons à tirer de l'histoire, à part la misère et la dignité de la condition humaine.

En revanche, on peut tirer bien des leçons de la pratique de l'histoire. Esprit critique, recul, prudence, contextualisation des informations ("Qui parle ? Pourquoi ?"), remise en cause de théories lorsqu'on les confronte à la réalité, humilité donc devant l'archive, devant les hommes des siècles passés.


Capacité aussi à écouter. Écouter les gens du passé nous raconter leur vie. Il y a quelque chose qui me fascine depuis longtemps : au fond, comment peut-on dire que le passé est moins intéressant qu'aujourd'hui ? C'est un écho à une réaction que j'ai souvent entendue alors que je faisais part de ma décision d'entamer des études d'histoire. En résumé les réactions étaient les suivantes : je fuyais le présent pour me réfugier dans le passé. Faire de l'histoire, est-ce fuir ? Je n'en suis pas si sûre, je suis même convaincue du contraire (joli tour de rhétorique, non ? Banal mais efficace, hum... Il faudra que je me fasse soigner de mon goût excessif des mots)

Les hommes d'hier avaient-ils des vies de valeur moindre que les nôtres ? Non, je ne vois pas pourquoi. On me répondra alors :"C'est que nous ne pouvons plus rien pour eux !". C'est possible. Si j'avais été secrétaire, médecin, mécanicienne, j'aurais rendu service aux gens de mon époque, comme tant d'autres. Oui mais voilà, être un arbre dans une forêt, ne m'a jamais convenu. Indépendamment de cela, les gens des siècles passés ne sont pas moins intéressants que ceux de maintenant. Leur seul défaut est maigre, c'est celui d'être morts, ce qui nous arrivera à tous. Alors tourner sa vie vers celle des vivants ou des morts, peu importe, l'un comme l'autre de ces deux choix sont tout aussi intéressants. Et l'on peut pour les gens des siècles passés, c'est de ne pas les oublier, ce qui est beaucoup.


Ce que j'ai par dessus tout retenu de la pratique de l'histoire, c'est l'effort de comprendre. Comprendre les raisons d'une réaction, d'un choix, d'une culture, d'une vie, d'une condamnation, tenter de tout comprendre, et non juger ce qui revient à fermer les barrières de l'intelligence. Être un avocat qui aurait l'humanité pour client. (tiens, mon goût des formules grandiloquentes que reprend !)

Alors quelque fois, on s'emballe, et il faut discuter, découvrir d'autres visions des choses, pour affiner sa perception des choses, comparer, tisser des liens entre des problèmes.

Ce qui fait l'essence même de l'histoire, et la valeur de l'exercice historique à mes yeux, c'est, qu'avant d'être l'exposé de vérités, elle est un dialogue complexe mais passionnant entre des visions qui, tout opposées soient-elles, redessinent dans leur complémentarité les contours complexes de la vérité historique.

L'histoire est une réécriture perpétuelle, un incessant retour en arrière, nourri de l'exhumation de sources nouvelles et du regard frais de nouveaux points de vue.

Elle apprend à écouter les gens, quel qu'ils soient.

Elle est aussi désespérante, car elle ne sera jamais écrite définitivement, et elle enlève les illusions sur la nature humaine, qui reste la même, quelque soit les siècles, même si les cultures, les modes de vie, les façons de penser, les valeurs changent.

Bref faire de l'histoire c'est un peu grimper en haut d'un phare pour prendre un peu de distance.

Mais pour pratiquer tout cela, il n'est pas nécessaire d'être historien. J'ai le sentiment d'avoir compris tout ce que je viens d'exposer dès ma deuxième année d'étude. Je n'aurais pas choisi de faire de la recherche et donc d'être historienne, cela n'aurait rien changé. J'aurais pu être professeur d'histoire-géographie vacataire avec une simple licence en poche et j'aurais néanmoins pensé tout cela.

Si faire l'histoire donne le goût de comprendre, on ne réussit toujours pas à comprendre. Ainsi je ne vois pas comment on peut avoir des opinions politiques, religieuses ou autres que l'on qualifiera d'"extrême", que ce soit être marxiste, extrémiste de droite ou intégriste et être arrivé au niveau de la licence d'histoire, en ayant profité des acquis de la recherche historique jusqu'à présent.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si tant d'historiens marxistes dans les années 1960 et 1970 ont renoncé au marxisme grâce aux archives, qui ne recelaient pas l'organisation de la société en laquelle ils croyaient. Eux avaient l'excuse de défricher les principes fondamentaux des sociétés des siècles passés. On sait maintenant que les sociétés du Moyen-Âge européen n'ont pas été le théâtre de lutte des classes, chose que l'on pouvait encore croire il y a cinquante ans.

Comment ne pas admettre que le marxisme est né dans le contexte de l'Europe du XIXe siècle, où les populations ouvrières étaient incomparablement plus malheureuses et pauvres que les populations ouvrières d'aujourd'hui ? (Même s'il y a toujours beaucoup de misère, la question n'est d'ailleurs pas là) Comment ne pas admettre que le marxisme qui s'est justifié pendant de longues décennies, ne se justifie plus autant aujourd'hui. De nouveaux contextes se sont développés, avec des nouveaux problèmes économiques, politiques.

À guetter les dangers d'hier, on risque de ne pas voir les dangers de demain, ou à défaut puisqu'il est toujours dangereux de jouer les devins, ceux d'aujourd'hui.


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Recyclé, recyclable, tout est affaire de mot


Je tiens à remercier notre ministre du développement durable et son obsession du recyclage (dont on ne se souviendra plus dans six mois sauf en passant à la caisse du supermarché éventuellement) de m'avoir donné l'occasion de ce billet, grâce à son idée de taxe pique-nique.

Moi, je suis bête. Si, si. D'ailleurs non seulement je me suis arraché les cheveux avec les mathématiques, mais aussi avec le français. Je vous ai dit que je suis une ancienne élève médiocre. Mais à présent, si je saisis l'utilité extrême des mathématiques, sans les comprendre davantage, j'apprécie la richesse d'une langue.

Ainsi on m'a appris que les mots qui sont dotés d'un suffixe en "-able" indiquent la possibilité (si vous êtes curieux, c'est par ici que ça se passe pour en savoir plus) tandis que les suffixes en "-isme" indiquent une attitude, une opinion, voire un excès. L'expansionnisme, le travaillisme, le christianisme, le capitalisme, bref c'était une leçon reçue à l'époque où j'étais à l'université pour mieux comprendre les sujets de dissertation, et les textes en général. Continuons.
L'usage d'un participe passé indique, lui, que l'action est accomplie.

Notre ministre du développement durable a dit : "Utilisez les assiettes en carton car elles sont recyclées".

Moi, je tire de mes règles de lexicologie précédemment rappelées et du bon sens le plus élémentaire la conclusion suivante : une assiette en carton est recyclable. Normal, c'est du carton.

Mais une fois utilisée, je doute qu'elle soit recyclable.

Il semblerait donc que notre ministre ait confondu les mots "recyclable" et "recyclé".


À votre avis, qu'est-ce qu'il faut à notre ministre ? Un cours de français ou un stage chez les éboueurs de Paris ou d'ailleurs ?


Peut-être les deux...
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Et si les économistes étaient les décideurs ?


Idée saugrenue du jour, qui m'est venue en écoutant ce matin l'invité de France Inter, Georges Soros, financier international, milliardaire.

Je ne pensais pas à Soros, mais à des praticiens de l'économie comme Soros. Pourtant ceux qui me connaissent savent le dégoût que provoquent chez moi les investisseurs à court terme, parasites et rapaces à la fois des entreprises.

Ou au moins à des hommes dont l'étude de l'économie est le métier. Un peu comme Raymond Barre. L'ennui c'est qu'en politique il faut savoir être un bon commercial : pas trop de connaissances mais du talent pour parler, afin de vendre un salon en cuir douze places à quelqu'un qui habite dans un studio de douze mètres carrés.

À propos de Sorros, ce qui m'amuse beaucoup (j'ai regardé un peu ce qui se dit de lui sur la toile) c'est qu'on le présente comme philanthrope. Comme Bill Gates.
Il y a de quoi mourir de rire.
Parce qu'en replaçant les choses dans leur contexte, on comprendrait pourquoi les millionnaires/milliardaires américains sont si souvent philanthropes. La lecture des publications d'Olivier Zunz peut permettre de comprendre le problème, pas si simple (notamment Le Siècle américain, utile pour comprendre les enjeux des élections présidentielles américaines au XXe siècle et en ce début de XXIe siècle), qui actuellement travaille précisément sur la question de la philanthropie des milliardaires américains. Pour résumer à l'extrême, il faut se replacer dans le contexte d'une culture américaine protestante où la richesse est à la fois le fruit de l'élection du croyant réformé, et évangile oblige, une barrière à l'entrée au royaume des cieux (cf. la formule du Christ « il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille que pour un riche d'entrer au royaume des cieux » Mat. 24). Être philanthrope, ça permet aussi de payer un peu moins d'impôts. C'est toujours ça de gagné.


Remarquez, en parlant de chameau, de vrais économistes au milieux de politiques, c'est un peu comme des chameaux dans un zoo, ou pire, au milieu de buildings, ils seraient nécessairement malheureux.
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14/09/2008

Les règles du métier


Non, les historiens n'aiment pas la poussière ! J'entends déjà les commentaires des rieurs autour de moi ! Nous n'aimons pas la poussière, mais les livres souvent. Mais la vérité est-elle dans le livre ? Les choses sont en fait un tout petit peu plus compliquées que cela. L'historien aime les livres, donc les bibliothèques. Il lit beaucoup, écrit beaucoup aussi. Mais je vous entend déjà penser :"Bah ! Forcément ! L'histoire, c'est juste raconter ce qui c'est passé !" Et là je m'oppose, vigoureusement ! (Vous croyez que j'en fait trop, là ? Ah oui, peut-être... Reprenons : ) Faire de l'histoire, ce n'est pas seulement redire ce que l'on sait déjà. C'est un travail perpétuel qui consiste à reprendre les documents, ou les preuves si vous voulez, à les relire, pour mieux les comprendre et en tirer davantage. Quelquefois, on trouve de nouveaux documents, où l'on explore des sujets nouveaux, des documents jusqu'alors négligés. L'histoire est une enquête : nous devons d'ailleurs le mot "histoire" à Hérodote et ses "Enquêtes" (Historíai en grec).

Aussi, l'historien est à l'occasion un pourfendeur de mythes. Encore faut-il que l'on tienne compte de ce qu'il raconte.

Beaucoup de légendes et de mythes traînent en histoire : l'Inquisition, Galilée, la réputation faite à l'Église de nier l'existence de l'âme des femmes, le servage des paysans avant la Révolution, la Révolution de 1789 mère de toutes les libertés, qui aurait mis fin aux privilèges, à la tyrannie royale, et à toutes les misères, etc.

Il est utile de savoir dans quel contexte et donc, pourquoi sont nées ces légendes.

La vision encore aujourd'hui négative du Moyen Âge et de l'Ancien Régime perdure du fait d'une tradition culturelle et politique faisant naître la France en 1789 et parant les années révolutionnaires de toutes les vertus.

Michelet, Lavisse et d'autres créèrent en connaissance de cause des mythes fondateurs des sentiments nationaux.

Vercingétorix, Clovis, Jeanne d'Arc, Danton et Robespierre appartiennent à un panthéon appris sur les bancs des écoles. Ces héros dans lesquels le mythe finit par l'emporter sur l'histoire, n'en sont pas moins utiles.
Ils sont ces modèles sans lesquels il n'est pas d'identité possible. Nous avons déjà abordé le lien entre mythe et histoire nationale. C'est une constante quelque soit le pays.

Mais il faut savoir faire la distinction entre la légende et la vérité. De manière générale, les réflexes patriotiques peuvent conduire à minimiser des réalités historiques : c'est le cas aujourd'hui encore du génocide arménien de 1911 toujours nié par la Turquie, ou même des massacres des années 1790, sur l'ensemble du territoire français, qui n'ont pas été cités lors de la célébration du bicentenaire de la Révolution française.

Les historiens ont été influencés dans leur travail (et ils le sont toujours) par les idées de leur époque. J'ai coutume de dire qu'un historien voit le passé avec les lunettes fournies par son époque). L'objectivité parfaite est impossible, autant en être conscient. Mais l'objectivité doit rester l'objectif.

Les historiens de formation universitaire, ont l'obligation (en principe) de respecter un certain nombre de règles :

- faire preuve d'esprit critique. Un historien doit prendre du recul, ne pas juger par rapport aux valeurs de l'époque dans laquelle l'historien vit. Il doit toujours chercher à comprendre pourquoi un tel ou tel a agi comme il l'a fait. En quelque sorte, un historien est un avocat aux causes et aux clients multiples.

- faire un effort permanent de neutralité. Là encore, pas de jugement de valeur possible "c'est bien / c'est mal".
Il peut dire que telle décision prise par un empereur a été catastrophique (il juge un fait, des conséquences). Il peut dire que Caligula était fou, sanguinaire. Mais son discours ne va pas consister à juger mais expliquer

- expliquer et ne pas raconter l'histoire : il doit chercher à comprendre la raison
d'être des faits rencontrés dans les sources. Parler de manquement à la tolérance quand il est question d'Inquisition, donc pour des faits qui se sont passés au XIIIe siècle, dans le contexte culturelle, religieux du XIIIe siècle, n'a aucun intérêt, aucun sens pour l'historien. En revanche, il doit essayer de comprendre et de faire comprendre pourquoi les tribunaux de l'Inquisition sont apparus alors comme une solution, pourquoi ils ont été acceptés par la majorité de la population.

- être limpide dans son argumentation : contrairement à un journaliste, l'historien doit citer ses sources, pour que chaque lecteur puisse vérifier que la démonstration repose sur un travail sérieux.

Faites l'essai en librairie : regardez en fin d'ouvrage le nombre de pages contenant les références bibliographiques, les sources (archives, documents de toute nature selon le sujet et sur lesquels repose le travail) et la clarté des indications.

J'ai feuilleté récemment une biographie de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, dans laquelle la page des références archivistiques était d'une indigence à pleurer : à peine deux pages maigrichonnes et vagues et tristes (connaissant bien une partie du sujet, j'ai constaté d'ailleurs des lacunes multiples...). Pas de cotes précises des folios dans les cartons d'archives ou registres cités en fin d'ouvrage. Dans tout le corps du récit, à peine dix malheureuses citations de sources manuscrites, si l'on écarte celles déjà étudiées par d'autres historiens, mais un grand nombre de sources narratives et de seconde main. L'exemple à ne pas suivre et surtout à ne pas lire.

À ne pas respecter les règles du métier, on risque de perdre sa casquette et ses galons d'enquêteur. Ce serait dommage, non ?
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11/09/2008

Une histoire de faux ou ma revanche sur les math

Le mathématicien Chasles - bien connu de générations d'élèves pour son théorème - l'est également pour sa passion de l'histoire, qui lui a coûté cher, au sens propre comme au figuré.

Chasles se passionnait notamment pour les autographes d'hommes célèbres. Il rencontra un érudit, nommé Vrain-Lucas, qui prétendit pouvoir lui procurer des lettres authentiques de savants français du 17e siècle. L'aubaine ! Chasles accepta. Ayant les lettres en main, Chasles fit alors une découverte sensationnelle : ce n'était pas Newton qui avait trouvé la loi de la gravitation universelle, mais Pascal ! Chasles s'empressa de communiquer cette information "patriotique" à l'Académie des sciences.

D'autres révélations suivirent. Chasles obtint d'autres documents de plus en plus extraordinaires et toujours authentiques. Vrain-Lucas lui procura l'autographe de Christophe Colomb, Charles V, François Ier, jusqu'à celui de Charlemagne, Jules César, Lazare le Ressuscité et last but not the least Socrate.

Tous les documents étaient rédigés en vieux français.

Chasles n'en a pas été trop troublé.

Mais le scandale a fini par éclater. Au bout d'un moment, cela semblait inévitable. Chasles fut contraint de porter plainte. Mais s'il avait pu faire autrement, car un si beau rêve... Il serait resté secrètement convaincu de la bonne foi de Vrain-Lucas.

Moralité : un citoyen critique en vaut deux, surtout quand il veut faire de l'histoire.
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10/09/2008

Politique et histoire (2e épisode)

Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899, Lionel-Noël Royer,
Musée du Puy-en-Velay.

Vercingétorix figuré par Uderzo et Goscini.




Continuons notre lecture de Pierre Miquel :

"Dans presque tous les livres d'Histoire de l'école publique on affirme ceci :

Les seigneurs du Moyen Âge consacraient leur temps à la chasse et à la guerre. Ils piétinaient les champs de leurs paysans et détruisaient les récoltes.


Peut-on imaginer que ces fameux seigneurs sont assez stupides pour détruire leurs propres ressources puisque - les livres le disent également - les paysans ne possèdent rien et la terre est au seigneur ?

Voyons par exemple dans un manuel d'Histoire les images suivantes. Le texte affirme tout d'abord que "la plupart des paysans étaient des serfs" : c'est faux. Le servage n'existait pas partout. Autre image : les paysans travaillent dans les bois sous l'oeil d'un contremaître. On dirait un véritable camp de concentration. Et quelques pages plus loin, cette image qui nous montre un bal républicain en 1880. Résultat : l'enfant est persuadé que les gens étaient malheureux avant la révolution et qu'ils sont heureux après. On ne lui dit pas que les paysans du Moyen Âge avaient de nombreuses fêtes dans l'année [chômées], un tiers de l'année. On ne lui dit pas non plus que les ouvriers en 1880, vivent dans la misère et sans congés ni jours fériés.

Le fameux chef gaulois Vercingétorix, assiégé dans Alésia, est contraint de capituler devant Jules César. Il se présente devant lui : "Donne-moi tes armes ! ", lui dit le Romain. Et le fier Gaulois les jette à ses pieds en s'écriant : "Viens les prendre !" Fierté du justicier vaincu. Le Bien cède devant le Mal mais relève la tête dans un sursaut d'honneur. Avec le chef gaulois, c'est toute la France qui se rebiffe contre l'envahisseur. Quel moment magnifique ! Magnifique... s'il était vrai ; car nulle part, les textes d'époque n'en font mention. Cet épisode a été purement et simplement inventé en un temps où la nation française avait besoin de redonner un peu de vie à son honneur perdu (1870)." (Pierre Miquel, La vie privée des hommes, Histoire des Français, Paris, Hachette, 1983, 64 p.)

Demain, il sera question d'une célèbre histoire de faux ou comment j'ai pris il y a quelques années ma revanche sur les théorèmes de math !
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