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Une envie de livres ?

10/08/2010

Histoire de parfums...



Hier matin sur Inter... oui, je sais, je devrais faire une cure de désintox, mais l'été est tout sauf la saison propice, pour peu que je sois en vacances sans télévision, mon syndrome s'aggrave. Oui, je sais aussi, en ce moment je ne suis ni en vacances, ni loin de chez moi, donc pas sans télévision.

Bref, hier matin sur Inter, disais-je, dans L'été en pente douce, il était question de parfum, et notamment d'ambre. J. Cl. Ellena de la maison Hermès était invité et a parlé de l'ancienne classification des parfums en notes boisées, chyprées, fleuries... Il a juste fait une grosse grosse boulette en confondant l'ambre jaune, utilisé en bijouterie et l'ambre gris. Surprenant. L'ambre gris est une concrétion tirée de l'estomac des cachalots. En l'état cela sent extrêmement mauvais, après traitement, il est très utilisé en parfumerie. Je sens que vous allez regarder d'un sale oeil votre flacon de parfum maintenant. Pas de panique, aujourd'hui, c'est un substitut chimique qui est utilisé, pour cause de convention de Washington sur la protection des cétacées. Si l'ambre vous intéresse toujours, allez ici sur la page du CNRS (pour wikipedia, vous connaissez le chemin tout seul).



Et si vous n'êtes toujours pas dégoûtés, sachez que l'on en mettait à la fin du Moyen-Âge et jusqu'au XVIIIe siècle dans les mets les plus précieux (si, si, et pour avoir goûté et fait des gâteaux au musc, enfin son substitut, le patchouli, c'est moins bizarre que ça en a l'air) (je vous ai dit que le musc est une sécrétion d'une race de cerfs?)




Pour faire bonne mesure G. Erner (hé oui, on ne se refait pas non plus là-dessus) s'entretenait avec Alain Corbin. Lequel historien regrettait l'absence d'une Histoire de la caresse... Il ne se corrige pas non plus, mais il a entièrement raison. Déjà que l'on n'a pas vraiment d'histoire de la parfumerie, écrite par des historiens... Du coup il faut se rabattre sur des beaux livres ou des études sur l'histoire du corps et du rapport au corps, au propre et au sale. Mais il ne faut pas se plaindre, Catherine Lanoë nous ayant offert une histoire de la cosmétique qui vaut son pesant de cacahuètes (en or). Quelques lectures ci-dessous...


C. Lanoë, La poudre et le fard, une histoire des cosmétiques, Champ Vallon, 2008.
A. Cordbin, Le miasme et la jonquille, Flammarion, 1982.
G. Vigarello, Histoire de la beauté, Le Seuil, 2004.
G. Vigarello, Le propre et le sale, Le Seuil, 1987.
G. Vigarello, A. Corbin, J.-J. Courtine, Histoire du corps, Le Seuil, 2005.


Edwin T-Morris, Les senteurs, Minerva, 2000.
M. Ch. Grasse, Une histoire mondiale du parfum, Somogy, 2007.

Et pour terminer un blog sur l'ambre et plus généralement les parfums... Ambre gris sur blogspot, et deux pages web, liées à deux expos de l'année dernière, l'une sur les secrets de beauté et du corps au Moyen Âge, musée de Cluny, et l'autre à la Renaissance, musée d'Écouen. Visites virtuelles en ligne et références des catalogues d'expo ici pour Cluny et là pour Écouen.



C'est dingue, je reste de marbre devant des blogs de filles à fringues et maquillage (sauf quand j'ai un besoin précis) mais là, je salive devant ces bouquins. Suis-je normale, doc ? (angoisse)







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06/08/2010

Entre les deux (Guillaume), mon coeur balance...


La grille des programmes de la rentrée sur France Inter a déchaîné les passions en juin dernier, à cause de quelques départs retentissants (Guillon, Porte et Nicolas Demorand entre autres). Je pleure déjà le parking de nuit de Sophie Loubières et je n'ai pas digéré la suppression de Rue des Entrepreneurs. Bref, en attendant, la grille d'été serait assez désespérante - double punition pour ceux qui ne partent pas en vacances - s'il n'y avait pas deux Guillaume hors pair, Guillaume Erner et Guillaume Gallienne ( je suis devenue en quelques mois fan hystérique de G. Gallienne, moi qui n'ai jamais été fan d'un chanteur, voilà du propre.)

C'est du premier dont je voudrais vous parler aujourd'hui, son mordant me l'ayant rendu très vite sympatique. De Guillaume Erner je vous recommande donc (au cas où vous l'auriez manquée hier) l'émission L'été en pente douce, où étaient invités Gérald Bronner, professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, et Vincent Courtillot, professeur de géophysique.

Le premier a publié aux PUF (Presses universitaires de France) un ouvrage intitulé L'inquiétant principe de précaution :

Les auteurs mettent en évidence une nouvelle forme de populisme, le précautionnisme, qui sert comme prétexte idéologique au refus du progrès scientifique et à un antilibéralisme radical, et exposent les mécanismes intellectuels et les faits historiques qui ont fait entrer dans le droit le principe de précaution.


Le second expose dans Nouveau voyage au centre de la Terre

le fonctionnement de la Terre et les extinctions successives de la flore et de la faune qui ont marqué l'histoire de la vie. Il explique le réchauffement climatique non pas par les émissions de CO2 mais par l'activité solaire, les variations de l'orbite terrestre et l'activité volcanique.

Dans les deux cas, j'ai bien aimé la qualité de leur réflexion, nuancée, qui prend un peu de recul face aux opinions du moment, sans tout rejeter pour autant. À réécouter donc... et à lire.
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04/08/2010

Vous avez dit "archives numérisées"?

"De toutes façons, les archives sont numérisées, maintenant?
- Ah... non. Pas vraiment.
- Oui non mais la majorité l'est, vous n'avez plus à aller aux archives?
- Non, la majorité ne l'est pas, ce que l'on peut consulter par internet et bases de données reste rare.
- Ah bon? Mais je croyais que...
- En même temps, ce n'est pas bien grave."

Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai eu ce genre d'échanges. Pourquoi la foule est-elle persuadée que l'historien travaille maintenant exclusivement derrière son écran, le chat sur les genoux, je n'en sais rien. À part que peu savent ce que veut vraiment dire "travailler sur des archives". Remarquez, moi, ici je ne parle pas de ceux qui passent leurs étés à quatre pattes dans des fouilles sous le soleil brûlant de Grèce ou de France (si, si), je vous entretiens dans l'illusion que les sources ne sont que des archives écrites sur papier ou parchemin...

Je vous passe l'anecdote très rigolote du vieux monsieur amateur (et charmant, je ne vous parlerai pas du vieux odieux comme on en croise quelques fois) qui, apprenant que vous allez vous rendre aux Archives nationales, pour telle recherche, se précipite:

"Ah, vous commencez une recherche! C'est très bien que des jeunes s'y mettent! Vous allez voir, ce n'est pas facile au début. Vous avez fait de la paléographie ? Et puis vous verrez, il faut apprendre à se repérer dans les cotes. Vous savez comment ça fonctionne au moins?"

La personne à côté de lui, qui connaît un peu plus ce que vous faites, a beau agiter les bras comme un sémaphore, tenter de reprendre la parole pour expliquer que vous êtes... comment dire, juste un peu habituée, même un peu professionnelle sur les bords... en pure perte. Ne reste plus qu'à prendre un sourire idiot (mais pas trop) et attendre qu'il ait fini son discours.

Donc toutes les archives ne sont pas numérisées et même avec la fortune de Bill Gates (vu qu'on ne fait pas payer à Windows les dégâts provoqués dans le golfe du Mexique par un système d'exploitation ultra-défectueux**) ça n'est pas pour demain.

En revanche, de nombreux outils sont apparus depuis dix ans, notamment sur le site de la BnF. Celui-ci renferme plusieurs trésors, mais il en est un en particulier, qui est à mettre en valeur: le catalogue des archives et manuscrits de la BnF (cliquez). Je ne suis pas très âgée, néanmoins je me souviens d'un temps (il y a dix ans de cela et même moins) où pour consulter les catalogues des manuscrits de la BnF, il fallait ou en trouver quelques exemplaires (souvent incomplets) dans une Bibliothèque universitaire, ou bien se déplacer sur les sites de la BnF à Paris. Et là commençaient des heures et des heures passées à compulser méthodiquement, patiemment, courageusement, des dizaines et dizaines de catalogues.

L'avantage, c'est que cela permettait de faire en peu de temps des mémoires de maîtrise et DEA qui suscitaient l'admiration: "Quoi! Vous avez réussi à dépouiller tous ces volumes! Mais la quantité de références que vous avez accumulée est prodigieuse!".

Car les fonds de manuscrits de Richelieu, de l'Arsenal ou de la Grande BnF (Tolbiac) sont effectivement immenses et méritent d'être davantage fréquentés. Souvent, quand on m'interroge sur mes sources, on est extrêmement étonné de m'entendre expliquer que j'ai trouvé des trésors en nombre incroyable à Richelieu, que ce site m'a fourni plus de sources que les Archives nationales. Longtemps il a fallu beaucoup de patience pour découvrir tout ce que recèlent ces fonds.

Mais la création du catalogue en ligne est un travail fabuleux, un travail de titan, parce que j'imagine les milliers d'heures et de journées qu'il a fallu passer à enregistrer correctement dans la base de données - le contenu des catalogues papier. Fabuleux, il l'est pour le chercheur. Imaginez que vous travailliez sur les prisonniers au 17e siècle, il suffit de taper le mot "prisonnier" dans le formulaire de recherches, avec les dates limites 1600-1700. La base mouline quelques secondes et tombent les références, dans tous les fonds de manuscrits de la BnF, ce qui donne à peu près cela: (cliquez sur les images pour agrandir)

Ça coince encore de temps en temps, d'accord. Mais dans l'ensemble, l'outil est fabuleux. Sans céder à un optimisme béat, il faut avouer que notre époque connaît quelques progrès très appréciables...


** Comme cela a été dit dans la presse depuis quelques jours, les alarmes avaient été désactivées sur la plate-forme, parce qu'elles avaient tendance à se déclencher à tort et à travers, dès qu'un ordinateur plantait. Et ces ordinateurs tombaient en rade en présentant l'écran bleu qui doit vous être familier si vous utilisez Windows... Voir ici sur le site du New York Times et encore là.
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03/08/2010

Toilette estivale... et sondage

Blogger ayant décidé arbitrairement de ne plus afficher le nuage de tags fait de mes petites mimines - ce qui était un exploit étant donnée ma maîtrise de l'html - j'en ai profité pour faire une nouvelle toilette à ce blog. À vous de me dire si c'était mieux avant ou maintenant... (sondage à gauche).
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31/07/2010

Scratch serait le nom de ma plume... si j'en avais une



L'air de rien, la rédaction avance. Vivent les vacances (donc) ! Bon, dix pages par semaine, à ce train-là, cette thèse n'est pas terminée. Mais ce sont des pages denses. Hahum. Si, si. Une certaine satisfaction me donne du coeur à l'ouvrage. Je termine mes soirées dans l'état d'un zombie, mais on ne peut pas tout avoir. De toute façon, cette histoire va se terminer sur des nuits blanches et quelques dernières semaines proprement infernales. J'aurai beau faire pour éviter cette fin épouvantable, rien ne pourra m'éviter cela. Et l'absolu impossibilité de toucher tout ce qui se rapportera à cette thèse pendant au moins un an. Je vous passe la dépression post-thèse, on en reparlera. J'ai trouvé le moyen de la frôler après la maîtrise, pas de raison que j'y échappe pour la thèse.

En attendant, la rédaction c'est chouette, même si quelquefois, l'énervement repointe son nez:

- d'abord il fait chaud, vraiment trop chaud. Dehors, dedans, fait chaud.

- je hais les calculs. Vous pouvez être surs que, article ou page de thèse, je commence toujours par faire des tableaux et des tableaux, je me plante sur une case ou deux, je termine mes tableaux, je me rends compte qu'il y a boulette, je pars ligne après ligne à la recherche desdites boulettes, je calcule, je vérifie sur les relevés d'archives, je trouve les boulettes, je les corrige, je recalcule mes pourcentages, indices, taux de variations, écart-type devenus faux de ce fait, je chasse l'erreur dans le paragraphe explicatif déjà rédigé... et je respire. Exaspération suprême.

- je ne sais pas si vous avez remarqué, quand on cherche à faire de tête une même addition, deux fois de suite, on n'obtient jamais deux fois le même résultat. Autant compter des poules dans une basse-cour. C'est à en devenir fou.

- mais je hais encore plus les ouvrages où il n'y a pas de pages en fin de volume consacré à la bibliographie. Il faut donc courir de pages en pages à la recherche de la première référence, pas abrégée, qui vous permettra de mettre la main dessus à la bibliothèque. Le pire c'est quand on a déjà consulté l'ouvrage, voui mais pas moyen de se souvenir du nom de recueil en question (sans auteur because plein XVIIe siècle et pas d'auteur, sinon ce ne serait pas aussi drôle).
Remarquez, il suffit que même avec une bibliographie, ces maudites notes en bas de page n'indiquent que le nom de l'auteur et un "op. cit." pour que ce soit la misère. Auteur qui a évidemment publié une multitude d'ouvrages. C'est la raison pour laquelle je voue un culte aux Nouvelle Clio. Dans ces ouvrages, toutes les références sont numérotées. Et ça , ça change la vie. Finalement, j'hésite à brûler en effigie l'inventeur de l'op. cit. ou l'inventeur de la première abréviation du monde. J'hésite. Vous n'auriez pas un avis, par hasard? Cela vous est déjà forcément arrivé, n'est-ce pas (rassurez-moi...)




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29/07/2010

Le nom de la femme


Un nom est un petit rien qui peut provoquer beaucoup d'agacement. Voire davantage encore. Je vous épargne ici les commentaires un peu trop généraux sur la condition de la femme. Et je ne vais pas non plus remonter à la Genèse pour soliloquer sur Saraî qui n'était pas Sarah avant l'Alliance mais après.

Je veux parler uniquement d'un problème: le nom de la femme mariée, exerçant une activité professionnelle scientifique. De plus en plus de jeunes historiennes - je ne parle que de ce que je sais - ajoutent à leur nom de jeune fille (ou patronyme) leur nom d'épouse. Mode qui fait féministe pour certains, nécessité pour les concernées.

C'est effectivement loin d'être une fantaisie de (jeune) féministe. Un exemple récent: je cherchais les références de la thèse d'une ancienne élève de l'école des Chartes, Josette Metman. Il ne faut pas trop que je me plaigne, Zeus et les informaticiens ayant créé les bases de données en ligne, trouver leur nom d'un thésard ou ex-thésard est devenu extrêmement facile. N'empêche que je ne trouvais aucune Josette Metman dans la base de l'École des Chartes. Groumph. Moment d'agacement suprême. Tout ça pour une note de bas de page. Je n'ai pas fini à cette vitesse. Zeus et les informaticiens ayant aussi créé Persee.fr, j'ai trouvé une chronique nécrologique où l'on indiquait son nom de jeune fille: Cléret. Une déduction digne d'un enfant de maternelle ("étant donné l'âge moyen d'un thésard de l'école des Chartes, il est probable que l'objet de ma quête se soit marié après sa soutenance de thèse. Donc recherchons sur la base de données par son nom de jeune fille. Bingo".) J'ai donc retrouvé la thèse recherchée.

La durée de la vie rapportée aux chances de : veuvage/divorce/remariage/redivorce et j'en passe, pousse donc beaucoup de femmes amenées à publier à ajouter leur nom d'épouse à leur nom de jeune fille. Et non substituer l'un à l'autre. L'objectif est d'éviter tout désagrément aux lecteurs. Ce n'est pas que, personnellement, je vive avec le secret espoir que des doigts fébriles recherchent tout mon oeuvre, l'intégralité de mes publications, passionnantes et fabuleuses, mais enfin. Au cas où d'un cerveau pervers en naîtrait l'idée, je m'en voudrais de lui compliquer la tâche.

Reste les problèmes consistant à :
- réussir à expliquer aux collègues (masculins souvent) que non, ce n'est pas du snobisme ni même du féminisme;
- faire rentrer ce nom à rallonge dans les formulaires, déjà trop courts pour mon nom de jeune fille;
- faire comprendre aux uns et aux autres par quel nom nous appeler;
- éviter de vexer le mari. Je ne cache pas que c'est presque là le plus difficile. Où les hommes vont-ils fourrer leur fierté, j'vous jure...
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28/07/2010

Blog Notes de musées

François Boucher (1703-70) : Le Déjeuner (1739 – Louvre)

Encore un petit nouveau dans le rayonnage des blogs à visiter régulièrement: les notes de musées de Jean-Louis Gautreau. À défaut de pouvoir sillonner soi-même la France de musée en musée, J.-L. Gautreau le fait pour nous et propose une visite guidée... Au menu, une histoire des sites de musées, de somptueuses natures mortes (oui je sais, mais je n'y peux rien, j'aime ces choses-là), des portraits, des scènes de genre, des paysages, des notes sur les genres en peinture. Les oeuvres d'art ne concernent pas seulement les historiens de l'art (même si j'avais déjà eu l'occasion de causer ici du petit livre de Daniel Arasse), elles servent également les historiens du politique, de la culture, et tout domaine historique en fait. Il est fréquent de citer le Boucher qui est ci-dessus, pour l'histoire de la sociabilité et des nouvelles pratiques alimentaires du XVIIIe siècle. Remarquez la pendule à gauche de la porte, elle nous parle aussi de l'histoire de l'horlogerie et du mobilier de luxe. Les vêtements des personnages sont riches d'informations, eux-aussi. Bref, l'art est une mine d'information, et ce site un bon moyen d'avoir accès aux collections des Musées nationaux, parallèlement au site de la Réunion des Musées nationaux.

Site à suivre donc... Notes de musées sur blogspot.
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27/07/2010

On nous cache tout, on nous dit rien

En faisant la revue du catalogue des parutions - en histoire - j'ai été frappée par la récurrence des ouvrages dits pudiquement "Grand public" jouant sur le thème "On nous cache tout, attention attention, moi j'vais vous dire ce qui s'est vraiment passé". La paranoïa étant une des tendances naturelles de l'homme, c'est une excellente ressource pour maison d'édition en panne d'inspiration et d'historiens de talent.

Vous vous souvenez sans doute du fameux "Historiquement correct". J'avais beaucoup aimé la critique au vitriol des Clionautes, plus précisément l'analyse de Ghislain Baury.
Le plus savoureux reste le ton de certains lecteurs sur les sites de librairies "Excellente lecture pour en finir avec la pensée unique". Ouais. Pour en finir avec la prétendue pensée unique, j'aime bien qu'un auteur - même vulgarisateur - indique ses sources, c'est-à-dire tous les ouvrages qu'il a pillés -ou utilisé sans les citer si vous préférez-. Quitte à rendre le lecteur "libre" autant commencer par le rendre autonome.



La vérité toute nue, même trop lisse pour être honnête
(En vrai, La Vérité de J.-J. Lefebvre,
1870, Paris, Musée d'Orsay)


Cela va des "Impostures de l'histoire" (éventuellement suivies quelques années après des "Nouvelles impostures de l'histoire") à "La véritable histoire de...". Le genre commun adore les séries de type "L'histoire pour les Nuls"," L'histoire en 100 dates" ou les "100 personnages qui ont fait l'histoire de France".

Chassez les grand zhommes, ils reviennent au galop.

Et puis faudrait voir à ne pas lasser le lecteur et-puisque-l'on-vous-dit-que-les-bouquins-d'histoire c'est-tout-nul-et-atrocement-ennuyeux, alors on vous la promet brève. Je rajoute à ça "Les mots qui ont fait l'histoire" ou "Les phrases qui ont fait l'histoire" et j'en viens à aspirer ardemment à une histoire des "Silences qui ont fait l'histoire".

Comment briller dans un dîner en faisant figure d'honnête homme à moindre frais, pour 8 euros même, en tout et pour tout. Et ça a l'avantage de ne pas prendre trop de place sur les étagères.

Argument majeur.

Je vous vois tiquer, oui, vous, là, au fond: vous êtes en train de penser "facile pour elle de dire qu'il faut lire et encore lire, mais elle, la souris, c'est son métier, de s'empiffrer de livres d'histoire à longueur de journée!". Oui mais non. Sans lire tout ce qui existe, partez d'un manuel même riquiqui mais intelligent, et après creusez en fonction de vos goûts. Il y a ici dans le diaporama ou les précédents billets de quoi commencer à se faire une petite culture générale.

Vous remarquerez d'ailleurs que dans le diaporama qui va bientôt être mis à jour si cela n'est pas déjà fait, j'ai toléré un "1515 et les grandes dates de l'histoire de France". Voui, j'avoue. Mais-mais-mais ! (Comme ferait l'ami Dutronc) Dirigé par A. Corbin, et intitulé "les grandes dates revisitées". J'avoue, ce n'est pas mal fichu du tout. Pareil traitement pour l'histoire de France de Lucien Bély et Jean-Paul Gisserot. C'est de la taille d'un guide de survie, mais au moins j'ai confiance dans les auteurs, et le texte n'est pas une compilation d'ânneries rebattues.

Et ça, ça fait du bien.
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24/07/2010

En vrac (3)



- J'ai croisé dans le métro un heureux propriétaire de chaton. La tête de la bestiole minuscule dépassait à peine du sac. Je me suis retenue pour ne pas gâtouiller ostensiblement devant cette petite boule de poil, alors que je suis quasi indifférente à un bébé. Une souris gaga d'un chaton, ça fiche mal.



- Première fois. S'il est vrai que l'on est jeune tant que l'on a des "premières fois", j'ai donc l'honneur et l'immense avantage de vous prouver ma jeunesse. Cet après-midi, je suis tombée sur un plagiat. Un beau, net et sans rature. Tout au plus trois phrases de différence. Même structure du texte, mêmes idées, mêmes exemples (forcément...). Pas de bol pour l'auteur du plagiat, j'avais terminé cinq secondes auparavant la lecture d'un fabuleux article de 1974 - que je devais lire depuis six bonnes années, vouivouivoui... - et j'enchaîne sur des actes de colloque publié en 2000, dont un chapitre publié par une jeune historienne, et bam, ça me saute aux yeux.
"Pas très original" me dis-je au premier abord.
(...)
"De moins en moins original".
(...)
"Tiens, c'est bizarre, pas la moindre référence à l'article de 1974 de cette autre historienne".
(...)
"Euh, oui, finalement, je crois savoir pourquoi E.D n'est jamais citée... groumph..."

C'est la première fois que cela m'arrive, un tel constat. Je sais que bien tous les historiens ne sont pas des saints, mais ça fait bizarre une pareille première fois. Si on m'avait dit que chez les historiens il y avait non seulement des souris mais aussi des coucous...



- Xénophobie en plein 17e siècle. J'avais un acte royal à relever cette semaine, au programme. Je flairais le truc xénophobe, mais je me disais "Non, c'est encore un sale coup des marchands parisiens, peuvent pas sentir certains marchands d'origine étrangère échappant à la réglementation parisienne, mais le roi a sûrement stoppé net les velléités de nos bons bourgeois parisiens". Que nenni. Bien au contraire. Le roi est allé dans le sens des marchands parisiens. La veine. Enfin pas pour les marchands naturalisés français, qui dans l'affaire ont perdu leur état de marchand privilégié, parce que, vous comprenez, ils étaient d'affreux "étrangers". Leurs lettres de naturalité avaient été délivrées par Henri IV probablement par pur pragmatisme, besoin de marchands, et peu importe qu'ils ne soient pas français. Mais tout d'un coup, sous Louis XIII ils mettaient en péril la nation et l'économie française. La preuve ? C'étaient d'affreux Flamands, Allemands, Suisses. L'ennemi d'hier qui faisaient peur aux petits enfants était le même qu'aujourd'hui, sauf que nos ennemis supposés nous allons les chercher quelques centaines de kilomètres plus loin. Plus ça va, et moins je peux piffrer Louis XIII. Je savais déjà sa goujaterie - qui ferait passer Henri IV pour un enfant de choeur - mais là...
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22/07/2010

L'été à la BnF


L'été à la BnF serait un moment presque miraculeux. La preuve en quelques mots:

- Les salles sont calmes, et comme dirait Pink Martini, un rayon de soleil passe son bras par les fenêtres. Un peu plus que son bras même, vu que l'architecte de la BnF n'a pas su prévoir ni calculer l'angle du soleil été comme hiver, malheur à ceux qui sont sur des places inondées de soleil. L'invention hautement technique et littéralement avant-gardiste des stores lui était sans doute inconnue. Impossible de changer de place, surtout si vous avez réservé des ouvrages (procédure pour laquelle vous êtes identifié selon votre numéro de place) et que la salle est bondée; je médite l'achat d'un parasol. Il sera au moins utilisé là à défaut de pouvoir l'installer sur une plage;

- On peut réserver une place au moins le samedi et le lundi le matin-même sans se prendre l'habituel message d'échec quand on n'a pas réservé depuis quinze jours:
"Actuellement, il ne reste plus de place réservable pour le jour que vous avez choisi. Cependant, chaque jour, une partie des places reste disponible pour l'entrée immédiate dès l'ouverture. De plus, des places se libèrent dans la journée. Vous pouvez également réserver pour un autre jour"
(dernière phrase qui me fait une belle jambe). Pour les mardis, mercredis, jeudis, vendredi, c'est toujours la même misère pour réserver. Reste l'astuce consistant, sur place, à commander un ouvrage - dont vous n'avez nul besoin - et à le faire mettre de côté pour le lendemain, par les magasiniers, dans le courant de la journée. En recommençant tous les jours la même manipulation, vous pourrez obtenir à coup sûr une place d'un jour sur l'autre;

- Si les mouettes vous manquent, au retour, faites un grand crochet par le jardin du Luxembourg. Je médite aussi la demande d'une volière à mouettes et goélands aux abords de la BnF; avec quelques amplis pour le son des vagues, cela fera des vacances à moindre frais, moins onéreuses en tout cas que Paris-Plage, sans perdre de temps sur le sable. Pour avoir vu dans une expo toutes les bêbêtes qui pullulent dans le sable, je vous assure, ça vous coupe l'envie de vous y étendre. Et puis le sable, ça colle, surtout avec du lait de bronzage; quant à la montagne et la campagne, les oiseaux gueulent et les fleurs puent, comme disait Jean Yann; non, rien à faire, la BnF l'été, c'est bien. J'ai même réussi à bronzer pendant mes aller-retour quotidiens, c'est vous dire;

- Une autre astuce consiste à lire en douce (juste un chapitre par jour) un bon petit roman d'été - pas Musso non plus, faudrait voir à ne pas exagérer non plus, j'ai dit "bon roman", hein -, tenez, l'ouvrage que vous mettrez de côté tous les jours... Comment joindre l'utile à l'agréable. Sortir le sac de plage pour en faire votre sacoche de travail, les tongues et le maillot de bain en guise de lingerie. Vous allez dire que je raconte n'apporte quoi. Même pas. Vu à la BnF cette semaine. Je ne dois pas être la seule à baver à la seule idée d'un été à buller...

- Pas besoin d'aller à la plage pour draguer: Michel Pastoureau expliquait en 1984 à propos des médiévistes que l'on n'allait déjà pas à la BnF seulement pour travailler, mais aussi pour être vu, pour rencontrer, pour "draguer". Si, si. Et notre historien d'expliquer les stratégies ad hoc:
"Derrière le long pupitre, en faisant semblant de consulter le dictionnaire de Du Cange, ou celui de Godefroy, on dispose d'un observatoire privilégié pour regarder, prendre son temps, choisir, se préparer. "
Si vous ne me croyez pas, c'est à lire ici, sur persee.fr, dans la Revue Médiévales, année 1984. La BnF a changé, pas sûr que les méthodes en aient fait autant, hahum...

Moralité: quel besoin d'aller passer l'été ailleurs?


Quoi, j'essaie de me remonter le moral comme je peux...



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