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Une envie de livres ?

21/08/2010

Devenir historien (2)


Il résulte du précédent billet qu'un historien ne se contente pas de raconter, il explique. Il ne brode pas sur les évènements, n'invente pas là où il n'a pas assez d'information, il ne reconstitue pas. Ce n'est donc ni un romancier, ni un écrivain et encore moins un amateur de reconstitution de combats chevaleresques ou autre... jeux. Même si l'historien et le romancier ont en commun d'écrire.

Cela signifie que mettre côte à côte Stanis Pérez et Françoise Hamel est par exemple incongru - et même à la limite du sacrilège vu mon addiction à l'oeuvre de S. Pérez, bref... -. Tout rapport avec une émission estivale diffusée très récemment et qui avait pour objet une mangeuse de choucroute égarée à Versailles* serait parfaitement fortuit, naturellement. Là encore, je n'ai rien contre cette dame - pas la mangeuse de choucroute, la première, F. Hamel - j'aurais pu citer d'autres écrivains dont la présence était passablement incongrue dans une émission voulant initier le public à l'histoire. Mais nettement moins incongru quand on saisit le concept, soit divertir le citoyen avec des anecdotes, si possible monarchiques ou impériales. À croire que première dame de la République ce n'est pas glam. Sans commentaire.

Un historien disais-je, n'est pas un romancier. Enfin, il ne fait pas oeuvre de romancier quand il travaille et publie comme historien. Car il y a d'excellents historiens qui ont aussi écrit des romans: B. Bennassar et A. Farge. (Qu'aucun esprit pervers n'aille conclure qu'il y a ici sous-entendu du type "ils sont bons historiens mais mauvais romanciers" parce que je n'ai pas lu leurs romans, donc je ne me prononce pas. J'ai même un a priori positif. D'abord. Je ne fais pas que médire.)

Allons plus loin. Les historiens se caractérisant par l'exigence de l'innovation, de la recherche d'une meilleure ou nouvelle compréhension des faits, ils sont de fait des professionnels, dans l'écrasante majorité des cas. En tout cas ils ont reçu une formation intellectuelle et professionnelle. Et s'ils n'ont pas hérité de vastes propriétés familiales ni de la fortune d'un oncle d'Amérique, ils sont souvent réduit à travailler à la sueur de leur front pour manger. Donc ils sont chercheurs (dans des centres de recherche, pour des institutions comme le CNRS, je schématise) ou enseignants-chercheurs (dans une université de France ou d'ailleurs). Il n'y a pas à tortiller, je n'en connais pas qui vivent de leurs publications scientifiques, même Pierre Chaunu n'en vivait pas. Ils publient davantage pour l'amour de la recherche et faire reconnaître leur talent (basse motivation n'est-il pas? Hahum) afin de ne pas stagner toujours aux mêmes fonctions.


(suite au prochain épisode...)


* Parce que je suis gentille, je décode, la réponse de l'énigme est "Madame Palatine", épouse de Monsieur, lui-même frère du roi Soleil, qui était lui-même le petit-cousin de Louis II de Bourbon-Condé, petit-fils de... enfin vous avez compris.
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19/08/2010

Devenir historien (1)

Première précision: que signifie "être historien"? Je vous mets à l'aise tout de suite, non, Lorant Deutsch n'est pas historien, pas plus qu'É. Badinter. Oui, je sais, je vais me faire des ennemis. Je n'ai rien contre Lorant Deutsch. Simplement, il ne suffit pas d'écrire des ouvrages d'histoire pour être historien.

Il n'y a nul orgueil dans ces lignes, rien ne me garantit quand j'écris un article, quand je rédige ma thèse, quand je publierai la grande oeuvre de ma vie (mouarf) de faire oeuvre d'historienne, parce ce que tout dépend du respect des règles du métier d'historien.

Donc il y a des règles.
D'abord il faut des connaissances précises (comme disaient les vieux professeurs, "on ne parle que de ce que l'on sait", raison pour laquelle je n'irai pas écrire un livre sur Fouquet, puis un autre sur Louis XIII, Louis XVI, De Gaulle et Giscard, à raison de livre par an). Un bon livre d'histoire, c'est comme un bon pain, ça demande beaucoup de savoir faire, de temps de travail et de repos. Ne pas savoir reconnaître les bornes de son savoir, publier sur tout, cela a un nom: "polygrapĥe"! Et ça claque comme un coup de fouet sec et nerveux. On peut tout au plus conclure par un "Amen!" C'est une des pires réflexions qui puissent tomber de la bouche des historiens (qui tombait de temps à autre de la bouche mes vieux professeurs... notamment) que je connais et estime. Mais il ne suffit pas d'accumuler des connaissances sur un sujet.

Il faut appliquer d'autres règles, et d'abord respecter un certain savoir-faire (quand je vous parlais de pain...). Pas de méthode absolue, qui garantirait une histoire écrite une fois pour toutes.

Faire de l'histoire ce n'est pas seulement recopier les textes trouvés dans les archives, décrire les objets retrouvés lors de fouilles archéologiques. Il s'agit de redonner aux mots, aux objets leur place dans leur époque.

C'est là qu'interviennent les connaissances. Et l'on pose cette fameuse question: pourquoi? Pourquoi ce témoignage a-t-il été produit à ce moment-là et pas à un autre? Est-il étonnant par rapport aux autres traces de cette époque-là?

Un bon historien doit faire preuve d'esprit critique, il doit prendre du recul, ne pas juger par rapport aux valeurs de l'époque dans laquelle il vit. Il doit toujours chercher à comprendre pourquoi un tel ou tel a agi comme il l'a fait. En sachant qu'aucun document, aucune méthode ne sont des garanties d'atteindre la vérité. Je ne dirai donc pas "il n'y a aucune vérité (y compris celle-là)".
Hahum.

Ensuite pour faire oeuvre d'historien, il faut faire un effort permanent de neutralité, c'est-à-dire se garder de jugement de valeur, de jugement moral (bien, pas bien).

Enfin, un historien peut écrire des ouvrages de "valorisation de la recherche" (d'autres diraient "vulgarisation") pour mettre le savoir à la portée de tous. Mais un historien doit faire ce genre de travail en plus de son activité essentielle: faire avancer la connaissance historique, en se frottant aux fouilles, aux archives, aux copies de textes antiques, bref aux sources. On ne peut pas décemment se dire historien et écrire une biographie de telle souverain, de tel grand personnage en compilant les extraits de récits des mémorialistes, sans apports personnel, sans croiser les sources, sans s'interroger sur sa documentation, sans les confronter à ce que l'on sait déjà. Toute référence implicite à des ouvrages existants serait parfaitement fortuite, n'est-ce pas.

Ces règles ne s'improvisent pas. On les apprend au cours d'études faites ici à l'université, là en classe prépa (et surtout après en grande école), ailleurs dans les différentes institutions ouvertes aux étudiants quelque soient leur nom. Que l'on devienne historien en allant uniquement aux archives, en apprenant sur le tas, j'avoue ne pas y croire. Déjà que passer des années à user ses fonds de culotte sur les bancs d'une fac n'est en aucune façon une garantie, alors...

C'est comme si j'avais la prétention de devenir clown en me collant un nez rouge... ça ne ressemblerait à rien.
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17/08/2010

L'historien, cet ogre


L'écoute de l'émission L'histoire et moi, de samedi dernier (14 /08/10) rappelait à quel point l'histoire est une science humaine. Cette émission évoquait les cadeaux reçus par Maurice Thorez durant les années 30 et 40 notamment. Oui, évidemment, on peut hausser les épaules, on travaille sur l'humain, pas tout à fait comme des chirurgiens mais enfin... il y a de l'idée. Ce qui est particulier en histoire du XXe siècle, c'est que l'on a un contact humain direct avec les hommes et femmes qui ont vécu et fait l'histoire. Ici, A. Wieworka échangeait avec la fille d'un fusillé, mort en 1942. Échange douloureux, qui a fait monter les larmes aux yeux de cette fille de déporté. L'historien, un travailleur de l'humanité? Banalité pour les chercheurs de contemporaine, un peu moins pour ceux qui n'ont plus que les objets ou les monuments pour aborder l'histoire. C'est peut-être une banalité mais sans cette dimension humaine, de compassion, de sensibilité, l'on prend le risque d'une histoire aride, déshumanisée, me semble-t-il.

C'est probablement une des plus belles choses de ce métier d'historien: se vouer à l'humain, à la souffrance, aux bonheurs, aux hommes et aux femmes, aux enfants et aux vieillards. Rien n'échappe à la quête d'humanité de l'historien. Selon la belle expression de Marc Bloch : « Le bon historien ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier » (BLOCH Marc, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien, Paris, Colin, 1999.)

Oui mais un ogre sensible, s'il vous plaît, qui sait s'émouvoir. C'est cette émotion que l'on retrouve sous la plume d'Arlette Farge dans ses études sur le monde de la justice au XVIIIe siècle, par exemple.

Pour en revenir à l'émission, sa présentation insiste sur la dimension de "petite histoire", par opposition à la grande. Mais quelle petite histoire, quelle grande histoire? Ces mots n'ont en réalité aucun sens, depuis au moins la révolution historiographique des Annales. Ces mots ne servent qu'à attirer le chaland, et c'est dommage. C'est la part des affects qui peut faire écrire une petite histoire où l'anecdote et le sensationnel prennent le dessus sur l'effort nécessaire . C'est ce dernier qui nous fait tenter de comprendre et nous fait essayer de démêler l'écheveau des sensibilités, des évènements, des histoires individuelles.

Il faut donc rire et pleurer avec les humains que nous rencontrons, ne jamais laisser l'humanité passer au second plan au profit de la technique seule. Quand on voit le bon regard de Marc Bloch, il est difficile de l'oublier.
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14/08/2010

Quelques blogs d'archivistes

Tandis que je cause dans mon coin d'histoire et d'archives, d'autres, archivistes eux, causent aussi dans leur coin. J'ai découvert ces derniers jours Le blog d'un cyberarchiviste, au ton drôle et surtout intéressant (pour moi) puisqu'il offre le regard d'un archiviste, de l'autre côté de la barrière en quelque sorte. Et un petit deuxième au ton semblable et tout aussi intéressant (parce deux c'est mieux, mouhahah... pardon, mais c'est la fatigue, ça n'arrange pas mon humour... ) Dans les bas-fonds de l'archiviste.

Deux blogs féminins, qui s'ajoutent à celui d'Artémise, de Pergamina et au mien. Mais où sont les hommes?

Pour faire tomber à plat cette dernière réflexion (deux blogs...), voici un troisième : Chroniques archivistiques. Bonne lecture!
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12/08/2010

Une bibliographie de survie

ou plutôt d'initiation: en trois ouvrages seulement. Et avec des images pour ceux qui ont du mal sans.

D'abord, un ouvrage très bref dont j'ai déjà parlé ici : Une histoire de France d'un historien universitaire moderniste (16e-18e siècle) Lucien Bély.















Ensuite un autre ouvrage dont j'ai également parlé au même endroit:


Sous la direction d'A. Corbin, 1515 et les grandes dates de France.













Et enfin un Atlas doublé d'une chronologie: compact, il a l'immense mérite de couvrir tous les sujets de l'histoire mondiale, de la préhistoire à nos jours. Un défaut (péniiiiibleu): très régulièrement réédité, il est régulièrement indisponible. Il faut de la patience donc. Mais une fois que l'on en a un, on ne rachète pas le suivant. Le mien doit dater des années 1990, et je n'ai pas l'intention d'en changer tout de suite.










Ce n'est carrément pas possible de vivre sans trois ouvrages de ce genre, que l'on aime ou pas l'histoire. Soyons raisonnables.


À compléter par un Atlas de géopolitique. Au choix:














Et pour en savoir plus, "faites votre choix dans les bibliographies en fin d'ouvrage!", comme on dit à chaque rentrée aux jeunes gens en culottes courtes ou jupes plissées qui viennent d'avoir leur bac. Ici, allez voir dans le diaporama. Bonne lecture !


La culture est ce qui fait d'une journée de travail une journée de vie. G. Duhamel.
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10/08/2010

Histoire de parfums...



Hier matin sur Inter... oui, je sais, je devrais faire une cure de désintox, mais l'été est tout sauf la saison propice, pour peu que je sois en vacances sans télévision, mon syndrome s'aggrave. Oui, je sais aussi, en ce moment je ne suis ni en vacances, ni loin de chez moi, donc pas sans télévision.

Bref, hier matin sur Inter, disais-je, dans L'été en pente douce, il était question de parfum, et notamment d'ambre. J. Cl. Ellena de la maison Hermès était invité et a parlé de l'ancienne classification des parfums en notes boisées, chyprées, fleuries... Il a juste fait une grosse grosse boulette en confondant l'ambre jaune, utilisé en bijouterie et l'ambre gris. Surprenant. L'ambre gris est une concrétion tirée de l'estomac des cachalots. En l'état cela sent extrêmement mauvais, après traitement, il est très utilisé en parfumerie. Je sens que vous allez regarder d'un sale oeil votre flacon de parfum maintenant. Pas de panique, aujourd'hui, c'est un substitut chimique qui est utilisé, pour cause de convention de Washington sur la protection des cétacées. Si l'ambre vous intéresse toujours, allez ici sur la page du CNRS (pour wikipedia, vous connaissez le chemin tout seul).



Et si vous n'êtes toujours pas dégoûtés, sachez que l'on en mettait à la fin du Moyen-Âge et jusqu'au XVIIIe siècle dans les mets les plus précieux (si, si, et pour avoir goûté et fait des gâteaux au musc, enfin son substitut, le patchouli, c'est moins bizarre que ça en a l'air) (je vous ai dit que le musc est une sécrétion d'une race de cerfs?)




Pour faire bonne mesure G. Erner (hé oui, on ne se refait pas non plus là-dessus) s'entretenait avec Alain Corbin. Lequel historien regrettait l'absence d'une Histoire de la caresse... Il ne se corrige pas non plus, mais il a entièrement raison. Déjà que l'on n'a pas vraiment d'histoire de la parfumerie, écrite par des historiens... Du coup il faut se rabattre sur des beaux livres ou des études sur l'histoire du corps et du rapport au corps, au propre et au sale. Mais il ne faut pas se plaindre, Catherine Lanoë nous ayant offert une histoire de la cosmétique qui vaut son pesant de cacahuètes (en or). Quelques lectures ci-dessous...


C. Lanoë, La poudre et le fard, une histoire des cosmétiques, Champ Vallon, 2008.
A. Cordbin, Le miasme et la jonquille, Flammarion, 1982.
G. Vigarello, Histoire de la beauté, Le Seuil, 2004.
G. Vigarello, Le propre et le sale, Le Seuil, 1987.
G. Vigarello, A. Corbin, J.-J. Courtine, Histoire du corps, Le Seuil, 2005.


Edwin T-Morris, Les senteurs, Minerva, 2000.
M. Ch. Grasse, Une histoire mondiale du parfum, Somogy, 2007.

Et pour terminer un blog sur l'ambre et plus généralement les parfums... Ambre gris sur blogspot, et deux pages web, liées à deux expos de l'année dernière, l'une sur les secrets de beauté et du corps au Moyen Âge, musée de Cluny, et l'autre à la Renaissance, musée d'Écouen. Visites virtuelles en ligne et références des catalogues d'expo ici pour Cluny et là pour Écouen.



C'est dingue, je reste de marbre devant des blogs de filles à fringues et maquillage (sauf quand j'ai un besoin précis) mais là, je salive devant ces bouquins. Suis-je normale, doc ? (angoisse)







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06/08/2010

Entre les deux (Guillaume), mon coeur balance...


La grille des programmes de la rentrée sur France Inter a déchaîné les passions en juin dernier, à cause de quelques départs retentissants (Guillon, Porte et Nicolas Demorand entre autres). Je pleure déjà le parking de nuit de Sophie Loubières et je n'ai pas digéré la suppression de Rue des Entrepreneurs. Bref, en attendant, la grille d'été serait assez désespérante - double punition pour ceux qui ne partent pas en vacances - s'il n'y avait pas deux Guillaume hors pair, Guillaume Erner et Guillaume Gallienne ( je suis devenue en quelques mois fan hystérique de G. Gallienne, moi qui n'ai jamais été fan d'un chanteur, voilà du propre.)

C'est du premier dont je voudrais vous parler aujourd'hui, son mordant me l'ayant rendu très vite sympatique. De Guillaume Erner je vous recommande donc (au cas où vous l'auriez manquée hier) l'émission L'été en pente douce, où étaient invités Gérald Bronner, professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, et Vincent Courtillot, professeur de géophysique.

Le premier a publié aux PUF (Presses universitaires de France) un ouvrage intitulé L'inquiétant principe de précaution :

Les auteurs mettent en évidence une nouvelle forme de populisme, le précautionnisme, qui sert comme prétexte idéologique au refus du progrès scientifique et à un antilibéralisme radical, et exposent les mécanismes intellectuels et les faits historiques qui ont fait entrer dans le droit le principe de précaution.


Le second expose dans Nouveau voyage au centre de la Terre

le fonctionnement de la Terre et les extinctions successives de la flore et de la faune qui ont marqué l'histoire de la vie. Il explique le réchauffement climatique non pas par les émissions de CO2 mais par l'activité solaire, les variations de l'orbite terrestre et l'activité volcanique.

Dans les deux cas, j'ai bien aimé la qualité de leur réflexion, nuancée, qui prend un peu de recul face aux opinions du moment, sans tout rejeter pour autant. À réécouter donc... et à lire.
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04/08/2010

Vous avez dit "archives numérisées"?

"De toutes façons, les archives sont numérisées, maintenant?
- Ah... non. Pas vraiment.
- Oui non mais la majorité l'est, vous n'avez plus à aller aux archives?
- Non, la majorité ne l'est pas, ce que l'on peut consulter par internet et bases de données reste rare.
- Ah bon? Mais je croyais que...
- En même temps, ce n'est pas bien grave."

Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai eu ce genre d'échanges. Pourquoi la foule est-elle persuadée que l'historien travaille maintenant exclusivement derrière son écran, le chat sur les genoux, je n'en sais rien. À part que peu savent ce que veut vraiment dire "travailler sur des archives". Remarquez, moi, ici je ne parle pas de ceux qui passent leurs étés à quatre pattes dans des fouilles sous le soleil brûlant de Grèce ou de France (si, si), je vous entretiens dans l'illusion que les sources ne sont que des archives écrites sur papier ou parchemin...

Je vous passe l'anecdote très rigolote du vieux monsieur amateur (et charmant, je ne vous parlerai pas du vieux odieux comme on en croise quelques fois) qui, apprenant que vous allez vous rendre aux Archives nationales, pour telle recherche, se précipite:

"Ah, vous commencez une recherche! C'est très bien que des jeunes s'y mettent! Vous allez voir, ce n'est pas facile au début. Vous avez fait de la paléographie ? Et puis vous verrez, il faut apprendre à se repérer dans les cotes. Vous savez comment ça fonctionne au moins?"

La personne à côté de lui, qui connaît un peu plus ce que vous faites, a beau agiter les bras comme un sémaphore, tenter de reprendre la parole pour expliquer que vous êtes... comment dire, juste un peu habituée, même un peu professionnelle sur les bords... en pure perte. Ne reste plus qu'à prendre un sourire idiot (mais pas trop) et attendre qu'il ait fini son discours.

Donc toutes les archives ne sont pas numérisées et même avec la fortune de Bill Gates (vu qu'on ne fait pas payer à Windows les dégâts provoqués dans le golfe du Mexique par un système d'exploitation ultra-défectueux**) ça n'est pas pour demain.

En revanche, de nombreux outils sont apparus depuis dix ans, notamment sur le site de la BnF. Celui-ci renferme plusieurs trésors, mais il en est un en particulier, qui est à mettre en valeur: le catalogue des archives et manuscrits de la BnF (cliquez). Je ne suis pas très âgée, néanmoins je me souviens d'un temps (il y a dix ans de cela et même moins) où pour consulter les catalogues des manuscrits de la BnF, il fallait ou en trouver quelques exemplaires (souvent incomplets) dans une Bibliothèque universitaire, ou bien se déplacer sur les sites de la BnF à Paris. Et là commençaient des heures et des heures passées à compulser méthodiquement, patiemment, courageusement, des dizaines et dizaines de catalogues.

L'avantage, c'est que cela permettait de faire en peu de temps des mémoires de maîtrise et DEA qui suscitaient l'admiration: "Quoi! Vous avez réussi à dépouiller tous ces volumes! Mais la quantité de références que vous avez accumulée est prodigieuse!".

Car les fonds de manuscrits de Richelieu, de l'Arsenal ou de la Grande BnF (Tolbiac) sont effectivement immenses et méritent d'être davantage fréquentés. Souvent, quand on m'interroge sur mes sources, on est extrêmement étonné de m'entendre expliquer que j'ai trouvé des trésors en nombre incroyable à Richelieu, que ce site m'a fourni plus de sources que les Archives nationales. Longtemps il a fallu beaucoup de patience pour découvrir tout ce que recèlent ces fonds.

Mais la création du catalogue en ligne est un travail fabuleux, un travail de titan, parce que j'imagine les milliers d'heures et de journées qu'il a fallu passer à enregistrer correctement dans la base de données - le contenu des catalogues papier. Fabuleux, il l'est pour le chercheur. Imaginez que vous travailliez sur les prisonniers au 17e siècle, il suffit de taper le mot "prisonnier" dans le formulaire de recherches, avec les dates limites 1600-1700. La base mouline quelques secondes et tombent les références, dans tous les fonds de manuscrits de la BnF, ce qui donne à peu près cela: (cliquez sur les images pour agrandir)

Ça coince encore de temps en temps, d'accord. Mais dans l'ensemble, l'outil est fabuleux. Sans céder à un optimisme béat, il faut avouer que notre époque connaît quelques progrès très appréciables...


** Comme cela a été dit dans la presse depuis quelques jours, les alarmes avaient été désactivées sur la plate-forme, parce qu'elles avaient tendance à se déclencher à tort et à travers, dès qu'un ordinateur plantait. Et ces ordinateurs tombaient en rade en présentant l'écran bleu qui doit vous être familier si vous utilisez Windows... Voir ici sur le site du New York Times et encore là.
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03/08/2010

Toilette estivale... et sondage

Blogger ayant décidé arbitrairement de ne plus afficher le nuage de tags fait de mes petites mimines - ce qui était un exploit étant donnée ma maîtrise de l'html - j'en ai profité pour faire une nouvelle toilette à ce blog. À vous de me dire si c'était mieux avant ou maintenant... (sondage à gauche).
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31/07/2010

Scratch serait le nom de ma plume... si j'en avais une



L'air de rien, la rédaction avance. Vivent les vacances (donc) ! Bon, dix pages par semaine, à ce train-là, cette thèse n'est pas terminée. Mais ce sont des pages denses. Hahum. Si, si. Une certaine satisfaction me donne du coeur à l'ouvrage. Je termine mes soirées dans l'état d'un zombie, mais on ne peut pas tout avoir. De toute façon, cette histoire va se terminer sur des nuits blanches et quelques dernières semaines proprement infernales. J'aurai beau faire pour éviter cette fin épouvantable, rien ne pourra m'éviter cela. Et l'absolu impossibilité de toucher tout ce qui se rapportera à cette thèse pendant au moins un an. Je vous passe la dépression post-thèse, on en reparlera. J'ai trouvé le moyen de la frôler après la maîtrise, pas de raison que j'y échappe pour la thèse.

En attendant, la rédaction c'est chouette, même si quelquefois, l'énervement repointe son nez:

- d'abord il fait chaud, vraiment trop chaud. Dehors, dedans, fait chaud.

- je hais les calculs. Vous pouvez être surs que, article ou page de thèse, je commence toujours par faire des tableaux et des tableaux, je me plante sur une case ou deux, je termine mes tableaux, je me rends compte qu'il y a boulette, je pars ligne après ligne à la recherche desdites boulettes, je calcule, je vérifie sur les relevés d'archives, je trouve les boulettes, je les corrige, je recalcule mes pourcentages, indices, taux de variations, écart-type devenus faux de ce fait, je chasse l'erreur dans le paragraphe explicatif déjà rédigé... et je respire. Exaspération suprême.

- je ne sais pas si vous avez remarqué, quand on cherche à faire de tête une même addition, deux fois de suite, on n'obtient jamais deux fois le même résultat. Autant compter des poules dans une basse-cour. C'est à en devenir fou.

- mais je hais encore plus les ouvrages où il n'y a pas de pages en fin de volume consacré à la bibliographie. Il faut donc courir de pages en pages à la recherche de la première référence, pas abrégée, qui vous permettra de mettre la main dessus à la bibliothèque. Le pire c'est quand on a déjà consulté l'ouvrage, voui mais pas moyen de se souvenir du nom de recueil en question (sans auteur because plein XVIIe siècle et pas d'auteur, sinon ce ne serait pas aussi drôle).
Remarquez, il suffit que même avec une bibliographie, ces maudites notes en bas de page n'indiquent que le nom de l'auteur et un "op. cit." pour que ce soit la misère. Auteur qui a évidemment publié une multitude d'ouvrages. C'est la raison pour laquelle je voue un culte aux Nouvelle Clio. Dans ces ouvrages, toutes les références sont numérotées. Et ça , ça change la vie. Finalement, j'hésite à brûler en effigie l'inventeur de l'op. cit. ou l'inventeur de la première abréviation du monde. J'hésite. Vous n'auriez pas un avis, par hasard? Cela vous est déjà forcément arrivé, n'est-ce pas (rassurez-moi...)




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