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Une envie de livres ?

18/03/2010

Destruction programmée de l'escalier d'honneur de la BnF Richelieu / Fermeture du Cabinet des Médailles


Nous vivons toujours une époque fabuleuse... Dans le cadre des travaux en cours sur le site de la BnF Richelieu - site historique de la première bibliothèque royale puis nationale - l'escalier d'honneur, ici en photo, doit être détruit, ou comme on dit avec un faux air pudique "démonté". Il a été inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Je l'aime pour sa simple et majestueuse beauté, moi. Son fer forgé est un sujet d'admiration pour moi, à chaque fois que je le prends. Oui mais voilà, il faut de la place pour un caféteria, et probablement pour les délires d'un architecte mégalomane...

La Tribune des archives en parlait en mars 2009, ainsi que le site de l'association de défense du Cabinet des Médailles, un des musées qu'abrite la BnF Richelieu.

Car le musée des médailles va aussi disparaître... Vous trouverez sur le même site de l'association du cabinet des Médailles des précisions.

Le projet prévoit en effet la disparition de « l’entité Musée » et de ses salles d’exposition, et la mise en réserves des 1.500 œuvres actuellement exposées.
(...) La galerie Mazarine, où seraient installées une dizaine d’œuvres, et qui est présentée par la direction comme un substitut au Musée, est prévue dans les plans de l’architecte Bruno Gaudin comme une voie de circulation, non comme un musée (dont l’espace serait de toute façon insuffisant pour accueillir toutes les œuvres). Le coût d’un aménagement muséal de cette galerie dite pompeusement « Galerie des trésors » n’est de toute façon pas inclus dans le budget du projet Richelieu.

L'information semble être restée encore confidentielle, façon polie de dire que tout le monde s'en tamponne le coquillard (expression attestée depuis le XVIe siècle, voire le Moyen Âge).

Lisez l'argumentaire médiocre de la BnF (confort, fluidité, mal placé, créer des ouvertures). Les chercheurs de tous âges sacrifient volontiers leur confort et préfèrent prendre leur canne que d'entendre cela. On se souvient du type d'argumentaire qui a fait détruire les beaux dépôts Napoléon III aux Archives nationales (modernisation...). Contentez-vous de mettre l'électricité aux normes, d'arranger les problèmes d'incendie et de repeindre les fenêtres extérieures qui en ont bien besoin !

Depuis, la commission des Monuments historiques devait donner son avis. La destruction est bien prévue.

La revue "Sites et Monuments" fin 2009, début 2010 a consacré un article (d'Anne Richard-Bazire) à ce sujet, qui se termine par ces phrases :

Cette destruction va laisser un grand vide, l'avant-projet le dit lui-même: "Le hall se veut désormais être un grand vide hospitalier, un silence au coeur du quadrilatère." L'escalier est pourtant inscrit depuis 1983 à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques, ce qui n'a cependant pas empêché qu'on le transforme en 1987, date à laquelle on fait passer la volée supérieure de gauche à droite pour laisser monter des ascenseurs. Le XIX° siècle va-t-il pâtir une nouvelle fois de sa mauvaise réputation de siècle du pastiche et de l'éclectisme ? Et s'apercevra-t-on trop tard, comme pour les Halles de Victor Baltard (1805-1874), que l'on a détruit un témoignage important de l'oeuvre de l'architecte chéri de Charles Garnier, Jean-Louis Pascal, au moment où son oeuvre - magistrale - est en train d'être redécouverte ?


(Note de la rédaction de la revue )
Au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons que la commission des Monuments historiques réserve son avis sur la destruction de l'escalier de Pascal. Elle va effectuer une visite de la Bibliothèque le 2 novembre prochain [2009] et va revoter à ce sujet.

Tout cela pour installer notamment une cafeteria (pourquoi pas mais à quel prix ? Pour y payer le sandwich pomme café près de 10 euros comme à Tolbiac?)
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16/03/2010

Le Roy Ladurie, le climat et une expérience Xtrême


Il faudra leur dire, chez France Inter, de ralentir le rythme, je n'arrive pas à suivre, pour preuve, je suis en retard pour vous parler du 7-9 du week-end dernier, de samedi précisément, dans lequel Emmanuel Le Roy Ladurie était invité, et c'est ici pour écouter. Emmanuel Le Roy Ladurie, c'est un des monstres sacrés de l'histoire du XXe siècle. Il a soutenu une thèse magistrale sur les paysans du Languedoc à l'époque moderne, puis ensuite, une histoire du climat depuis l'an mil, d'autres ouvrages sur Saint-Simon et le système de cour, etc. Bref, du genre intéressant à écouter et à lire. Il sort son troisième volume sur l'histoire du climat, intitulé "Le réchauffement, de 1860 à nos jours", chez Fayard.

Mais je suis passée aussi, surtout pour vous parler de l'expérience qui doit être diffusée sur le petit écran mercredi soir, Zone Xtrême, qui transpose "dans l'univers de la télé les modalités d'une expérience menée à Yale, au début des années 1960 par Stanley Milgram :
En avril 2009, 80 candidats se sont succédé dix jours durant sur un plateau décoré avec un mauvais goût très sûr, mené par une animatrice autoritaire et assorti d'un public parfaitement chauffé. Assis derrière un pupitre, chacun des candidats devait interroger la même personne sur une liste d'associations de mots à mémoriser. A chaque erreur du questionné, le questionneur était invité à lui administrer une décharge électrique, suivant une progression de 20 à 460 volts. Ce qu'ignoraient les 80 candidats, c'est que La zone Xtrême, à laquelle ils participaient, était un faux jeu, exploitant les leviers les plus trash de la télé-réalité pour mieux en démonter les ressorts. (site Télérama)

Influencé par l'analyse de Hannah Arendt sur les mécanismes du nazisme et sa théorie sur la banalité du mal, le psychosociologue américain Milgram y étudiait le rapport de soumission à l'autorité. Maintes fois reproduite depuis, cette expérience démontre qu'un individu exposé à une autorité considérée comme légitime peut aller jusqu'à causer la mort d'autrui." Pour en savoir plus, c'est sur le site de Telerama qu'il faut aller. C'est cette hypothèse, vérifiée, qui je crois, devrait être connue de tous, car elle permet de comprendre comme de "bons pères de famille" ont pu former les Einsatzgruppen, qui comptaient non seulement des membres de la SS mais aussi des membres de la police allemande.
Ce sujet a été particulièrement étudié par l'historien Ch. Browning, dans son ouvrage Des hommes ordinaires, dont je vous recommande la lecture. Browning y a fait une étude détaillée du comportement, des motivations et des actes du 101e bataillon de réserve de la police allemande, qui fut jugé après la guerre pour les faits de massacres de juifs en Pologne.
C'est la docilité, renforcée par la pression du groupe, qui a fait d'hommes ordinaires des tueurs. Cette démonstration rappelle que l'horreur n'appartient pas seulement au passé, et combien il est salutaire de comprendre l'effroyable mécanisme toujours prêt à broyer de nouvelles victimes, pour peu que l'on cède sans réfléchir aux pressions d'un groupe ayant le pouvoir en main.
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08/03/2010

Histoire de barbaresques...

Si l'histoire de la Méditerranée, des corsaires vous intéressent, Tout un monde, sur France Culture, s'intéressait hier, dimanche 8 mars, aux captifs des barbaresques, entre XVIe et XIXe siècles. Et puis, pour le plaisir, on peut découvrir ou relire Cervantès... Écoutez, c'est ici.


L’incroyable série d’aventures qui a vu plus d’un million d’Européens capturés dans la guerre de course en Méditerranée, puis mis en esclavage et éventuellement revendus.

Histoires de survivants, de renégats, d’ordre rédempteurs, et d’un commerce florissant…avec quelques personnages sortant du lot tel le « soldat Saavedra » alias Cervantes, prisonnier à Alger pendant 5 ans.

- François Moureau, Captifs en Méditerranée aux XVI-XVIIIe siècles : histoires, récits et légendes, Presses de l'Université Paris-Sorbonne - 2008

L'une des grandes peurs de l'Âge classique, entre Renaissance et Lumières, se situa en Méditerranée où sévissaient la course et ses conséquences. Les corsaires barbaresques et les corsaires chrétiens se livraient à une lutte acharnée pour se fournir en captifs, qui servaient de monnaie d'échange et/ou de force de travail. Cet esclavage a donné lieu, du côté chrétien, à une littérature du rachat le plus souvent mise en forme par des congrégations religieuses spécialisées ; du côté musulman, la moisson fut moins abondante faute d'organisme rédempteur. L'étude des relations écrites, dont une bibliographie en plusieurs langues clôt l'ouvrage, est mise en parallèle avec les archives historiques de divers pays européens, dont Malte, et avec la création littéraire née de cette rencontre de deux mondes.


Wolfgang Kaiser, Le commerce des captifs : les intermédiaires dans l'échange et le rachat des prisonniers en Méditerranée, Ecole française de Rome - 2009
L'ouvrage étudie le rachat des captifs qui alimenta l'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne.

Après avoir expliqué le distinction entre les esclaves et les captifs, il s'intéresse aux réseaux des acteurs de cette activité économique, qui fut longtemps très profitable.

Claudio Moatti ; Wolfgang Kaiser, Gens de passage en Méditerranée de l'Antiquité à l'époque moderne, Maisonneuve & Larose - Juin 2007

Sous-titré : Procédures de contrôle et d'identification.
La mobilité des hommes et des biens a marqué depuis l'Antiquité l'histoire des villes méditerranéennes. Cet ouvrage s'inscrit dans un vaste programme de recherche consacré au contrôle de la mobilité des personnes de l'Antiquité à l'époque moderne.

Denise Brahimi, Voyageurs dans la régence de Tunis : XVIe-XIXe siècles, Cartaginoiseries - 2008

Les voyageurs européens dans la Régence de Tunis sont de plusieurs sortes, soldats, captifs, diplomates, savants ou curieux. On ne peut guère attendre d'avis uniformes de la part de personnages et de personnalités aussi variés. D'autant que le pays lui-même en l'espace de trois siècles n'a cessé d'évoluer.

Et pourtant c'est bien une certaine image de la Tunisie qui se dégage de l'ensemble des textes ici proposés.

Certains lecteurs se reconnaîtront-ils au miroir de ce livre ?

Denise Brahimi, Opinions et regards des européens sur le maghreb aux 17e et 18e siècles, SNED - 1978

Thomas Pellow, L'histoire de la longue captivité et des aventures de Thomas Pellow dans le sud de la Barbarie, Bouchene - 2008

Thomas Pellow est l'auteur d'un des plus remarquables récits de captivité chez les Barbaresques. Son témoignage trouve sa source dans le séjour de 23 ans (1715-1738) qu'il fit en divers lieux du Maroc. Il connut des aventures de toute sorte, liées soit à son histoire personnelle (conversion à l'islam, mariage avec une femme du pays, tentative de fuite, etc.), soit à son métier de soldat dans les guerres menées par l'armée du Sultan.

En 1983, Magali Morsy a donné une traduction en français de ce texte qui avait été publié en anglais vers 1743. Elle a repéré les nombreux emprunts faits par l'éditeur à des textes publiés antérieurement, pour « enrichir » le texte de Pellow et répondre aux supposées attentes du public.

La présente édition vise à restituer l'originalité du récit de Pellow. Elle voudrait faire entendre, dégagée des discours qui la banalisaient, la voix singulière d'un homme, et l'histoire de son parcours.





Anne Duprat, Récits d'Orient dans les littératures d'Europe, Presses de l'Université Paris-Sorbonne - 2008

Toutes les «histoires arabes» du Siècle d'or ne content pas la mort du dernier des Abencérages, ni la fin d'Al-Andalus. La littérature hispano-mauresque, vouée à la célébration ambiguë d'un exil, porte bien au-delà du siècle des Lumières les échos de la chute de Grenade, la mémoire des révoltés des Alpujarras et le souvenir des Morisques chassés d'Espagne, invenant pour l'Europe le modèle d'une nostalgie paradoxale. Mais d'autres récits d'Orient puisent au même moment leur force dans celle de l'adversaire ottoman qui règne à Constantinople, et dont les Régences barbaresques ne cessent de défier les puissances militaires occidentales depuis les côtes d'Afrique du Nord. Poèmes, pièces et romans inspirés par ces affrontements avec les États corsaires, par l'histoire de leurs dynasties en plein essor, s'imposent alors comme une littérature du présent dans l'Europe du début de l'ère moderne.



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06/03/2010


- Jacques Marseille est décédé. La surprise a été grande, je ne le connaissais que de nom, de réputation. J'amais bien ses interventions vigoureuses, Jacques Marseille dans une émission, était synonyme de "forcément intéressant". Ses ouvrages méritent lecture, aussi, si en librairie vous en voyez-un, feuilletez-le, achetez-le, ses analyses étaient plutôt accessibles, même très accessibles, et du genre qui font réfléchir.
Adieu, Monsieur Marseille...



"Agrégé d'histoire, Jacques Marseille publie en 1984 sa thèse de doctorat sous le titre 'Empire colonial et capitalisme français'. Croisant l'histoire et l'économie selon une pratique qui lui deviendra vite familière, il est l'un des premiers à réfuter l'idée selon laquelle la soif de richesse serait à l'origine des conquêtes coloniales du siècle dernier, et affirme même que la colonisation a entravé le développement économique de la France plutôt qu'elle ne l'a favorisé. Suite à sa thèse, Jacques Marseille hérite à la Sorbonne de la chaire d'Histoire économique et sociale fondée par Marc Bloch au début du siècle. Chroniqueur au magazine L''Expansion, puis Les Echos, directeur de collection chez Nathan, il écrit également des contes pour les enfants. En 1992, il se fait connaître du public avec un essai intitulé 'Lettre ouverte aux Français qui s'usent en travaillant et qui pourraient s'enrichir en dormant', puis l'année suivante avec 'C' est beau la France. Pour en finir avec le masochisme français'. Suivent notamment une "Nouvelle histoire de France", "Le Grand gaspillage" et "la guerre des deux France". En mars 2010, celui qui était devenu un collaborateur régulier du Point s'éteint à Paris et laisse derrière lui le souvenir d'un homme engagé pour ses thèses économiques libérales." (biographie Evène)




- Les Saventuriers de Fabienne Chauvière s'intéressaient aujourd'hui, sur ma radio préférée, au parcours d'un historien, spécialiste de l'histoire de l'Église au Moyen Âge, Dominique Iona-Prat :

De la Bibliothèque de l'Arsenal à l'Hotel de Cluny, notre brillant guide médiéviste nous amène sur les chemins des abbayes et des églises du Moyen Age.

Un regard d'historien sur la place de l'église dans le paysage occidental en prise direct avec notre société actuel et ses incompréhensions religieuses.

Un voyage médiéval à bord de la machine à expliquer notre temps...



à écouter ici sur France Inter, c'est savoureux...



- découvert en recherchant des infos sur les pubs du net qui sentent la supercherie à plein nez (histore de savoir ce qui s'en dit, et rire un peu) j'ai trouvé ce site : compubmarket.com, ça m'a l'air très bien fait. Comment démonter une pub en quelques lignes. Ça décape, ça fait rire, et ça fait du bien. Mauvais point, je n'aime pas manquer d'information sur les auteurs ou l'auteur du site (quel métier, privé, pro, comment l'idée du site est née). Si on leur demande gentiment, ils vont peut-être répondre...
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27/02/2010

En vrac (1)

- Tendresse. Entre deux monstres sacrés de l'histoire : Fernand Braudel, à propos de Lucien Febvre (annales 1957, vol. 12, num. 2) "Je garde le souvenir d'une brusque querelle entre nous, au sujet de Montaigne, le Montaigne du Voyage d'Italie: il en parlait comme il eut parlé d'un de nos amis communs..."

- Curiosité. Dans les émissions grand public sur un sujet historique, quand un historien manipule des archives, c'est toujours avec des gants blancs. Rigolo, non? Je n'en ai quasi jamais vu en salle d'archives. Mais à la télévision, pour des archives précieuses ou pas, ça ne rate pas.

- Droguée. Mais des archives. Ça, c'est moi en ce moment. Et je n'arrive pas à décrocher. Je sais bien que je dois rédiger. Oui mais voilà, pas moyen de me sevrer. Je vais finir par croire que les archives me rassurent et que j'ai la trouille de me lancer enfin, pour de bon, pour de vrai dans la rédaction. Ça fait psycho de comptoir, mais je vois bien cet argument se révéler valable. D'abord, j'ai Pierre Goubert pour moi "Celui qui ne trouve pas dans les archives son suc et sa source de vie n'est qu'un amateur ou un frimeur". Ne vous fâchez pas, ce maître ne parlait que des historiens.

- Rigolo (bis). Le directeur de notre école doctorale (lettres et sciences humaines) rappelle que nous devons valider le TOEIC pour notre thèse. Le TOEIC est un test d'aptitude en langue anglaise, son frère est le TOEFL.
Sauf que le TOEIC s'adresse plutôt à ceux qui veulent travailler dans le monde de l'entreprise. Je lui dis que le TOEIC moi, je m'en bats l'oeil avec une patte de merlan ? Et qu'à choisir je préférerais largement le TOEFL ? Et aussi, que promis, juré, je relève mon niveau en anglais dès la thèse soutenue, parce que je complexe gravement de mon piètre niveau en anglais, mais là, comment dire ? J'ai comme qui dirait largement d'autres plats sur le feu...
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26/02/2010

Dans la bibliothèque de Pierre Rosanvallon


Écoutez sur France Inter, dans Esprit critique, de Guillaume Erner, Pierre Rosanvallon parler de sa bibliothèque : un régal, réjouissant, amoureux... Il explique la façon dont les historiens utilisent les livres. J'ai souri en l'écoutant dire qu'il était bibliophile, non pas pour les belles reliures de cuir et les tranches dorées, mais pour leur contenu...
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19/02/2010

Née en France

Louisa, née dans l'Arriège, à Foix, en 1954, n'a plus aujourd'hui de papiers d'identité française. Née en France, on lui refuse le renouvellement de sa carte d'identité. C'est à pleurer. Écoutez, c'est sur France Inter, dans "Nous autres" de Zoé Varier. Je n'ai jamais manifesté, mais là, je me sens d'humeur à descendre dans la rue, crier ma colère...



Tout a commencé le 24 décembre 2008, quand Louisa a déposé les dossiers de renouvellement des passeports de sa famille : celui de son mari, ceux de ses deux enfants et le sien. Un mois plus tard la mairie de sa commune lui a téléphoné pour lui signifier que sa demande de renouvellement de passeport était rejetée, motif: « nationalité française à justifier ».

Comment se l'expliquer alors que pendant plus de 35 ans, Louisa a fait renouveler ses cartes d'identités et ses passeports sans difficulté?

Ce jour là, la vie de Louisa a basculé et depuis plus d'un an maintenant elle se débat pour essayer de prouver qu'elle est bien française. Ni ses cartes d'identité, ni son passeport ne justifient sa nationalité. Absurde mais vrai. C'est ce qu'on lui a dit. Alors comment le prouver?

Louisa n'est pas en mesure de présenter le certificat de nationalité française qu'on lui demande. Pourquoi? Bêtement parce que l'administration française ne lui a jamais remis. Alors comment le prouver?

Louisa est née en France, dans un petit village de l'Ariège, elle vit depuis 56 ans sur le territoire français, que faut-il de plus?

Depuis un an, Louisa reprend le cours de sa vie, ses parents originaires de Kabylie, main d'oeuvre bon marché de l'usine Pechiney, son enfance Péchiney, l'école de la république, la médaille de la famille de sa mère, la médaille du travail de son père, ses bulletins scolaires, le français obligatoire à la maison, chaque souvenirs, chaque détails fait sens. Louisa s'y accroche.

Elle se revoit en cachette de son père, à sa majorité en 1974, aller demander la nationalité française au tribunal de grande Instance de Foix, elle se souvient d'avoir a signé un registre, dont personne aujourd'hui ne retrouve plus la trace, et on voudrait lui faire croire qu'elle n'a jamais fait ce choix? Le choix d'être française? Ou serait-elle une française de deuxième de catégorie?

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12/02/2010

Entre Badinter et Massoud


Grebber, Mère et enfant, vers 1622.
Rubens, Hélène Fourment et ses enfants, vers 1636.
Hals, Catharina Hooft et sa nourrice, vers 1619.
Metsu, L'enfant malade, vers 1660.
Retrouvez ces images sur la web gallery of art, http://www.wga.hu/

- Journée Élisabeth Badinter sur Inter, journée de colère...
Ce n'est pas la première fois que j'éprouve quelque chose entre exaspération et franche colère à l'écouter. D'abord, je ne comprends pas l'admiration qu'elle suscite. Parfois, j'ai l'impression que cette admiration est une question de génération. Pourtant, obtenir le droit de faire des études supérieures a été dans mon cas une bataille. Continuer à travailler après son mariage, envisager de continuer à travailler avec des enfants, ce n'est pas du tout le schéma des femmes de ma famille. Partager les tâches entre conjoints, de la serpillère au biberon, n'est pas un fait acquis dans ce même entourage. J'ai personnellement bien l'intention de continuer à partager mes serpillères, et quand le jour viendra, les biberons. Donc s'affranchir d'un certain mode de répartition des tâches entre hommes et femmes, je connais. Mais j'ai du mal à adhérer à la vision du monde d'É. Badinter, cette lutte contre l'oppression... Bref.
J'ai surtout écouté la vidéo de mai 1980, où B. Pivot recevait É. Badinter pour évoquer son livre l'amour en plus (à regarder sur le site de l'Ina, ici) que France Inter permettait d'écouter hier sur son site. J'ai donc écouté avec grand intérêt cet extrait. Et les propos d'É. Badinter sur l'histoire de l'amour maternel m'ont exaspéré au dernier degré... Dans le 19-20, É. Badinter a confirmé ce que je craignais, à savoir qu'elle n'a pas changé d'opinion sur le sujet depuis son ouvrage publié il y a trente ans, "L'amour en plus". Ce qui m'a mis en rogne, c'est que dans ces propos É. Badinter ne respecte absolument pas la méthode de l'historien, qui est de chercher à comprendre, plutôt que de juger. Et là, elle dégaine un jugement, bricolé sur une étude insuffisante des sources. Elle confond allègrement histoire du sentiment maternel et histoire de l'expression du sentiment maternel. Quel mauvais procès intenté à ces pauvres femmes du XVIIe siècle ! On a dit (les historiens) beaucoup de bêtises sur le sujet, qui depuis ont été corrigées: c'est un peu le cas de François Lebrun, qui a présenté heureusement une version corrigée de cette histoire du sentiment maternel, dans un numéro de la revue gand public "L'histoire", en 2002.

Dans le sentiment maternel, il y a l'inné (plus ou moins inné d'ailleurs, disons la part du physiologique, la réaction hormonale qui peut ne pas se produire d'ailleurs, ce qui fait souffrir quelquefois les femmes qui le subissent, en n'éprouvant rien après l'accouchement, pour cet petit être vagissant) et il y a le culturel, acquis. Celui-ci est extrêmement complexe. Envoyer un enfant en nourrice, ce peut être pour le protéger de la ville et de ses miasmes, c'est choisir une nourrice saine et forte. Ce n'est pas négliger un enfant. Prenons le cas d'une femme de l'aristocratie, et même mieux d'une reine. Marie de Médicis (cette si mauvaise mère! en apparence) suit très attentivement le choix de la nourrice, s'en mêle, au grand déplaisir d'Henri IV. Il faut qu'elle soit "propre", de bonne famille, de bonnes moeurs, ce qui est essentiel selon les critères (d'hygiène notamment) du XVIIe siècle.
Jean-François Dubost dans sa récente biographie de Marie de Médicis a fait une synthèse très convaincante et sensible du cas de l'amour maternel au XVIIe siècle, en particulier à travers le problème "Marie de Médicis" (compte tenu de ses mauvaises relations ultérieures avec Louis XIII) (Marie de Médicis, la reine dévoilée, Paris, Payot, 2009, p. 146-151) qui se conclue ainsi "si son époque n'affectionne guère les accès de sensiblerie, elle n'étouffe pas tout sentiment à l'égard des enfants, pas plus chez la reine que chez les autres" (je vous recommande d'ailleurs cette biographie, vivement saluée par la critique).

>>> numéro du magazine L'Histoire (à rechercher dans le catalogue de votre bibliothèque municipale), numéro 262, de février 2002.
>>> Jean-François Dubost, Marie de Médicis, la reine dévoilée, Paris, Payot, 2009
>>> Ph. Ariès et G. Duby, Histoire de la vie privée, rééd. Le Seuil, "Points", 1999
>>> E. Becchi et D. Julia (dir.), Hisoire de l'enfance en Occident, 2 vol., Le Seuil, 1998.
>>> F. Lebrun, La vie conjugale sous l'Ancien Régime, A. Colin, (1975) 1998.


- Rien à voir. Je ne sais pas comment Daniel Mermet (émission Là-bas si j'y suis, France Inter) trouve ses sujets, mais celui du jour du l'Afghanistan déchire grave (eh ouais...!). Invitée, Malalaï Joya, auteur d'une autobiographie qui raconte notamment sa lutte contre les seigneurs de la guerre.
Le mythe de Massoud est au passage, sérieusement entamé. J'ignore où se situe la vérité, mais éviter le mythe est toujours une bonne chose. Avoir le regard des Afghans sur Massoud est forcément intéressant. En résumé, un peu pourri aussi, responsable de massacres, allié aux seigneurs de la guerre...
>>> Malalaï Joya, Au nom de mon peuple, une femme afghane contre les seigneurs de la guerre, Paris, presses de la cité, 2010.
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17/01/2010

Assez !


Je reviens d'une longue hibernation, pour cause d'agacement.


Vous me voyez bien désolée de mon absence, hélas, comme le chantait Brel, la vie ne fait pas de cadeaux (la chanson continue sur "... que c'est triste Orly le dimanche! Avec ou sans Bécaud !" bref, passons!) et en ce moment, je suis un peu comme au creux de la vague. 2010 commence bien, il n'y a pas à dire...

Ordoncques, je suis agacée. Parce que re-voilà l'interminable polémique sur les silences de Pie XII, ressortie à loisir par quelques journaux. C'est le genre de sujet qui est parfait pour vendre du papier. Surtout quand on y entretient l'ambiguïté, ce qui permettra de revendre du papier sur le même sujet dans quelques années. Ne tuons pas la poule aux oeufs d'or, surtout. C'est une méthode favorite du journalisme à la petite semaine. Pas du vrai journalisme, non, des minables seulement (vu que je me suis fait offrir à Noël un ouvrage écrit à quatre mains par deux grands journalistes, je ne vais pas trainer dans la boue cette profession. Enfin pas tous les membres). Mais ce sont les plus minables qui gueulent le plus fort, sans doute pour cacher leur insuffisance.

Alors la difficulté de la réponse que l'on peut y apporter, c'est que là encore, les historiens (les vrais) ne vont pas vous apporter une réponse, façon pack déjà emballé, prête à être ressortie en deux mots "Mais non il est innocent j'vous dis !" "'Mais non c'est un criminel, j'vous dis!".

Dans ce problème se surajoutent les facteurs favorables aux polémiques. Et ce sont plutôt ces facteurs en soi qui m'intéressent, parce que c'est souvent la même complexité, la même multiplicité des causes qui font les mêmes genres de recettes pour aboutir aux mêmes polémiques.

Dans cette "affaire" se mêlent :
- la difficulté d'expliquer (ou comprendre) plutôt que juger,
- le caractère propre, le passé, l'expérience, mieux, de Pie XII, diplomate avant d'être pape
- l'écho d'une pièce qui a fondé la légende noire du silence de Pie XII (Le Vicaire, dont le scénario a inspiré le film de Costa-Gavras, 2002),
- le regard et la position des Israélites sur la Shoah,
- les tensions entre défenseurs acharnés, souvent catholiques, et accusateurs tout aussi acharnés,
- les déclarations des uns et des autres selon les circonstances politiques (citations de Golda Meir ou d'Elio Toaff, grand-rabbin de Rome de 1951 à 2000, ou d'autres encore) ou les amitiés, pas toujours vérifiées
- l'ouverture lente de la totalité des archives (Les archives correspondant à l'ensemble du pontificat de Pie XI, c'est-à-dire, jusqu'en 1939, ont été rendues accessibles en 2006. Celles correspondant au pontificat de Pie XII, représentant environ 16 millions de feuillets, ne pourraient l'être que vers 2014-2015)
- des travaux d'historiens, méconnus du public
- le besoin d'entretenir le flou, pour vendre du papier encore et toujours, ou faire des entrées au cinéma ou au théâtre

Pour le reste, toute la difficulté du sujet et la démarche de l'historien sont parfaitement expliqués par Giovanni Miccoli, titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Église à la faculté des lettres de l’Université de Trieste, spécialiste du débat autour du rôle de Pie XII et de l’Église catholique durant la Seconde Guerre mondiale :

"Le débat sur l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale face à la persécution et à l’extermination des Juifs connaît de temps à autre des retours de flamme. Depuis des décennies, défenseurs et accusateurs du pape se mesurent dans un combat acharné dont les termes, d’un côté comme de l’autre, restent cependant généralement les mêmes. On assiste ainsi, en quelque sorte, à des procès parallèles récurrents, qui aboutissent chaque fois à deux sentences opposées : à l’« absolution » des uns correspond immanquablement la « condamnation » des autres.

Le livre, dont nous présentons ici la traduction française, n’a jamais eu l’intention de s’inscrire dans cette polémique en ajoutant un énième maillon à une chaîne déjà longue. Son ambition est autre ; il ne souhaite ni jouer les médiateurs entre les différents adversaires, ni - que cela soit clair - proposer une voie intermédiaire entre les diverses argumentations et conclusions, ni non plus se poser en juge ou en observateur pondéré et dépassionné face aux thèses en présence. Question d’histoire, c’est en historien qu’il faut avant tout examiner le rapport de Pie XII au nazisme et à ses crimes. Le problème n’est donc pas d’établir ce que le pape aurait dû faire et n’a pas fait, ou de soutenir qu’il a fait ce qu’il devait parce qu’il ne pouvait faire autrement, mais de déterminer en premier lieu ce qu’il a fait et pourquoi, à la lumière du contexte dans lequel lui même et ses collaborateurs ont dû agir, selon les idées, les attentes et les jugements qui les ont tour à tour orientés et motivés. En effet, c’est uniquement sur cette base que l’on pourra ensuite formuler un jugement historique, c’est à dire chercher à évaluer les conséquences des attitudes adoptées sur le cours des événements."

(Préface en français de l'ouvrage de G. Miccoli, à lire ici sur le site de l'Institut d'histoire du temps présent)


La lecture de l'ouvrage de G. Miccoli, est donc (faut-il le préciser? Moui, disons-le tout net) vivement recommandée.


Sur ce, je retourne hiberner, ah non, ce sont les cours à préparer, car la rentrée approche... Et puis quand j'aurai le temps, je penserai à ma thèse, n'est-ce pas.


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23/12/2009

Être organisée ou ne pas être...

Je ne suis pas souvent là en ce moment, n'est-ce pas ? Après avoir été à fond sur l'enseignement - enfin pendant la moitié de la semaine - pendant le premier semestre, je profite du répit des vacances de Noël et de janvier à venir, pour redoubler les efforts sur la thèse.

Faire du tri dans les dossiers.

"Ah, tiens, j'avais dépouillé ce document-là ? Nooooon ?! Ah si."

"Je suis sûre que j'ai lu cette archive, mais p*%!$?! où est fourrée la retranscription ???"

"Oh, misère ! J'ai oublié d'indiquer la référence de l'archive pour celui-là..." (imaginez quelques dizaines de minutes de recherches frénétiques dans tous les dossiers)

"Aaaaah, j'ai oublié de compléter ma base de données pour ces documents-ci... Aaaahhh!!!"


Et puis vient le moment où il faut préparer la liste des archives consultées et rejetées, les archives consultées et gardées, qu'il faudra mentionner dans la liste des sources... Vérifier que la liste des archives constituée en début de thèse concorde avec les deux listes. Amis du travail bénédictin, bonjour ! Enfin j'espère que les bénédictins étaient plus méticuleux que moi, et ce n'est pas bien difficile.

Ou encore on redécouvre des tas d'archives photographiées et qu'on-n'a-pas-encore-eu-le-temps-de-lire mais qu'il-faudrait bien lire quand même...

Alors on élage, on trie entre le très important et le pas absolument vital.


La thèse, ce n'est pas le parcours du combattant, mais pas loin.
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