Blogger Template by Blogcrowds.

Une envie de livres ?

10/12/2009

CR de la réunion entre les associations d'historiens et le ministère de l'enseignement supérieur

Dans un registre plus sérieux...

Compte rendu de la réunion au Ministère de l'enseignement supérieur du 4 décembre 2009.

Monsieur Thierry Coulon, directeur de cabinet adjoint de madame la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a reçu madame Régine Le Jan et messieurs Bernard Legras, Nicolas Le Roux et Jean-Noël Luc, qui représentaient les quatre associations historiennes.

Etaient également présents monsieur Claude Boichot, inspecteur général très chevronné d’une discipline qui n’a pas été précisée, et madame Carole Moinard, conseillère pour les affaires sociales au cabinet.

La discussion avait pour objet la mise en œuvre de la mastérisation des concours.

M. Coulon a présenté le calendrier suivant (les deux premières phases devant s’achever d’ici fin décembre)?:

— première phase: discussion sur le contenu des concours
— deuxième phase: préparation de la circulaire relative au cadrage des Masters
— troisième phase: organisation des stages
— quatrième phase: dialogue avec les universités sur leurs projets, qui seront présentés au CNESER en juin 2010.

Il a été rappelé que:

— tous les Masters doivent pouvoir mener aux métiers de l’enseignement, et que c’est aux universités de mettre en place les formations permettant ce type d’orientation, par exemple sous la forme de «parcours» spécifiques.

— Masters et concours sont dissociés dans leur organisation comme dansleur fonctionnement (même si, c’est le paradoxe principal de la réforme, le contenu et le calendrier du Master sont entièrement déterminés par la nouvelle mouture des concours).

— les stages ne sont pas obligatoires, mais conseillés. Il s’agit destages d’observation et/ou de pratique accompagnée en M1, en petits groupes, pendant quelques jours, puis de stages en responsabilité en M2 de 108 h (soit 6 semaines à temps plein), rémunérés 3 000 euros. Ces stages seront coordonnés par les rectorats (sur le fonctionnement desquels le Ministère ne sait rien). Le déroulement des stages pourra être évoqué lors des oraux du Capes, mais on ne pourra sanctionner un candidat qui n’en aura pas fait. Mme Moinard pensait que les examinateurs avaient le CV?des candidats sous les yeux lors des oraux.
Nous l’avons détrompée. Nous avons rappelé que les membres des jurys des oraux n’ont ni le CV, ni les notes de l’admissibilité sous les yeux lors des épreuves d’admission. M. Boichot a refusé de nous croire sur ce dernier point.

—Les préparations simultanées du Capes et de l’Agrégation sont désormais incompatibles (nous avons visiblement appris à nos interlocuteurs que, jusqu’à présent, dans notre discipline, les deux choses étaient étroitement associées)

—Le contenu précis des Masters n’intéresse pas beaucoup le Ministère.
Nous avons appris à nos interlocuteurs comment fonctionnaient les Masters actuels, issus de l’ancienne maîtrise et de l’ancien DEA, avec, dans bon nombre de cas, la rédaction de deux mémoires (l’un en M1, l’autre en M2). Il nous a été dit que la réalisation de deux mémoires était parfaitement inutile. Un seul suffira, par exemple en M1, ou en M2, cela n’a pas d’importance. Les non admissibles au Capes (en M2) pourront faire un second mémoire pour occuper leur printemps et valider leur Master.

—La réforme entrant en vigueur dès la rentrée prochaine, l’écrit du Capes aura lieu fin novembre 2010. Le calendrier n’est pas négociable. Les étudiants auront trois mois «intenses». Ils prépareront également pendant l’été, bien que, comme nous l’avons signalé, bon nombre d’entre eux soient salariés pendant les grandes vacances. Nous avons donc constaté que c’est en M1 que s’effectuerait la préparation, et qu’il n’y aurait donc plus beaucoup de temps pour faire un véritable mémoire. On
nous a répondu que nous nous trompions.

—Une voie consacrée à la recherche devrait concerner une poignée d’agrégatifs. M. Coulon nous a demandé quelle était la proportion de doctorants susceptibles de faire carrière ans l’enseignement supérieur et la recherche. Nous lui avons appris qu’il y avait environ une trentaine ou une quarantaine de postes de maîtres de conférences d’histoire (toutes périodes confondues) mis au concours chaque année. Il n’est pas interdit de penser que, dans l’esprit du Ministère, tel devrait être — à peu près — le nombre des personnes susceptibles de passer l’Agrégation et de s’engager dans une thèse.

Par ailleurs, nos interlocuteurs ont refusé catégoriquement d’évoquer la réforme du lycée et de donner des indications, même très générales, sur le nombre de postes mis au concours.

M. Coulon nous invite à prendre contact de toute urgence avec monsieur l’inspecteur général Wirth pour les questions relatives aux programmes du concours, et avec monsieur Duwoge, secrétaire général des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, pour les détails de nos préoccupations.

L’impression générale n’est pas très encourageante.

Nicolas Le Roux
Secrétaire général de l’AHMUF
J'y reviendrai... Je cuve ma colère.
Rendez-vous sur Hellocoton !

Une compil' de toute beauté...

Je vous l'avais promis depuis longtemps, je ne l'avais pas fait, faute de temps, entre autres, mais la voici : une méchante, méchante liste de boulettes estudiantines. Ouais, je sais ce n'est pas bien. Et même c'est banal.

Sauf que copies obligent, je suis d'une humeur de dogue, et encore dogue affamé nourri à la salade verte et au yaourt depuis huit jours. En clair, j'ai encore du tonus, mais ne venez pas me gratouiller le menton, si vous tenez à vos mains (et au reste, aussi, je ne fais pas dans le détail).

D'abord, à cause des copies, je suis privée de recherche, et ça, c'est très mauvais, pour moi et pour mon entourage. Et je ne peux même pas tempêter en cours ou en TD. Leur demander si ça sert vraiment à quelque chose que Ducros se décarcasse à leur expliquer avec des mots simples ce qu'ils ressortent de façon alambiquée. Si ça sert vraiment à quelque chose que je me tue à leur dire d'être prudents, de bien définir les termes d'un sujet de dissertation, sinon, c'est hors sujet garanti. Si ça sert enfin à quelque chose que je leur dise de me demander dès qu'ils ne comprennent pas quelque chose, plutôt que d'essayer de me recracher un gloubi-boulga informe et nauséabond.

À force de corriger, je suis un entrainement intensif à l'humour pourri (je ne mets en rouge dans la marge des copies que le trop plein, autant dire qu'il faut vraiment que ça passe les bornes du raisonnable, de l'humainement supportable)...

Et si au lieu de tourner autour du pot, on y allait ? Alors, fermez la porte ( au cas où vous vous mettriez à rire comme une baleine seul face à votre écran, ça fait très bête) et asseyez-vous, pour éviter de choir encore plus bêtement... Mettez-vous du sparadrap autour de la machoire, ça, c'est pour éviter qu'elle ne tombe.

Je précise que l'orthographe et la grammaire d'origine ont été gardées, tant qu'à faire... En italique les perlouzes, en-dessous, ce que ça m'inspire (rien de fabuleux).


Alors alors :

1/ "La vie est fragile et dotée d'une grande mortalité infantile"
Respect.

2/ "Le roi pratique l'authargie"
Quézako ? P'têt bien la thaumaturgie...

3/ (attention, expirez et inspirez longuement) "Les autres religions chrétiennes occupent une place spirituelle venant du résultat de l'affrontement entre l'Église et l'État, car l'Église n'a pas pu continué à dominer tous les aspects de la vie des Français"
Faites simple qu'ils disaient

4/ "Le jansénisme n'est pas la seule des religions catholique nuisante"
Si vous le dites...

5/ "On peut donc s'interroger sur le poid qu'occupe l'Église ainsi que les religions en dérivant au sein des Français et de quelle manière les guident-elles"
Rien compris. Mais vraiment. Ça me bloque.

6/ "Les autres religions chrétiennes comme les jésuites ou les jansénistes viennent de plus en plus se proposer aux Français"
(reste plus qu'à les équiper de bas résilles et porte-jarretelles, hein, pour qu'ils se proposent de façon sexy, quoi...)

7/ "Les relations entre les deux camps permettent à l'Église de dominer le spirituel et le social chez les Français".
Et ça se domine bien, le spirituel ? Pas vraiment, n'est-ce pas ?


Dire que ça a un bac. (Oui, je sais, ce n'est pas gentil)

Rendez-vous sur Hellocoton !

28/11/2009

Enseignant(e) et chercheur(se)


J'avais préparé la semaine dernière un début de billet sur l'enseignement. Parce qu'il me prend un peu, même disons-le franchement, beaucoup de temps en ce moment. Aaaahhh! Je VEUX des vacances (pour bosser. Sur ma thèse). À ce sujet, j'en profite pour donner quelques précisions, juste pour faire comprendre que le fonctionnement n'est pas le même que dans le secondaire. À l'université, il y a nettement moins de petites vacances qu'au collège ou au lycée. Quinze jours à Noël, quinze jours à Pâques et c'est tout, entre septembre et mai. Janvier, c'est le mois des examens du premier semestre, mai le mois des examens du second semestre, juin, ce sont les rattrapages de premier et second semestres. Raison pour laquelle, à part les copies, en janvier on passe un peu plus de temps sur la recherche, et entre mai et septembre aussi. Pas de vacances de la Toussaint, ou de ceci ou de cela. Deux fois douze semaines de cours dans l'année, pendant lesquelles on jongle avec les recherches personnelles, les cours à préparer et à donner.

Or, sur le fameux blog de Princesse Soso, il était question dans la discussion de vocation. Mouais. L'ennui c'est qu'après un certain nombre d'années d'enseignement, je ne vois toujours pas ce que des collègues appellent la vocation. Sais pas. Vide, néant total à l'évocation de ce mot. Aimer enseigner, là, oui, je vois. Mais alors vocation, RIEN. Ce qui suit est un mélange d'expérience personnelle et de propos qui me semblent généralisables.

Je me suis donc dit qu'un billet sur l'enseignement dans le supérieur ne serait pas inutile. Notamment parce que j'ai gardé une dent comme certain de mes anciens collègues du secondaire - non pas tous ! Rassurez-vous... - mon conseiller pédagogique entre autres qui m'avait dit pour résumer à propos de mon mémoire de fin de stage "La partie recherche de ton mémoire est bien, mais la partie pédagogie est nettement moins bonne, oh de toute façon, toi, tu es faites pour enseigner en lycée, ou à l'université". Bam. Hé ouais. Tu n'as pas de charisme, tu n'es pas vraiment faite pour enseigner, donc direction le lycée ou mieux encore l'université, où la pédagogie compte moins, enfin c'est ce que l'on peut s'imaginer. Pourtant, je n'ai rencontré qu'une seule fois dans le secondaire un enseignant - de philo - qui avait un talent monstrueux, capable de me scotcher à son cours. En revanche, c'était le cas de beaucoup de mes professeurs du supérieur. Pédagogie et amour de sa discipline, il me semble que c'est tout un. L'un sans l'autre me semble inconcevable.

Alors j'aimerais bien proposer une autre vision des choses, et faire comprendre que même dans le supérieur, il y en a tout autant qui aiment enseigner que dans le secondaire. Et non, enseigner dans le supérieur n'est pas un choix par défaut. Du type "il faut bien manger, et vu que je n'ai pas épousé un rentier, hein..." Dans mon précédent billet, je disais que le monitorat m'avait effectivement permis de manger, raison pour laquelle j'ai sauté sur l'occasion d'en faire un, sachant bien que l'avancement de ma thèse en pâtirait. Cela ne veut pas dire que je ne l'ai fait que pour cela. Cesser d'enseigner pendant trois ans n'aurait pas été le bon choix, et je le savais. Parce qu'il faut du temps pour aimer l'enseignement, souvent, surtout quand le premier public a été difficile. Il faut du temps pour sortir de sa timidité, pour acquérir une expérience technique, scientifique. Pour ne plus avoir trop d'états d'âme, en tout cas ne pas avoir quand on a fait tout ce que l'on pouvait faire pour des étudiants. J'ai le sentiment de m'être lancée dans l'enseignement sans vraiment comprendre ce que signifiait ce métier, vu côté professeur et non côté élève (et surtout côté élève consciencieux, à défaut d'être excellent). Et d'avoir fait avec ce décalage entre le métier rêvé et le métier réel. Avec le temps, admettre le public que l'on a en face de soi, aucunement idéal, si divers. Si vocation il y a, c'est un mélange de passion pour sa discipline, de volonté de la partager (mais c'est la conséquence logique de la passion) et de capacité à diriger un groupe, en trouvant à force de tâtonnements l'équilibre entre autorité et humanité.

Longtemps, j'ai cru que je n'aimais pas l'enseignement, que je n'était pas faite pour ça. Pour être honnête, je ne sais toujours pas si je suis faite pour ça, pas plus que je ne sais si je suis faite pour la recherche. Enfin, pour la recherche, il paraît que si. C'est ce que l'on m'a dit. Méfiante à mon propre égard, j'ai du mal à y croire.

Une connaissance, médecin, disait récemment à propos d'un de ses collègues, qui avait des doutes sur ses compétences "mais ça doit être horrible de vivre avec des doutes perpétuels sur soi-même! Moi, je ne pourrais jamais vivre comme cela!"

Je n'ai rien dit. Que dire à quelqu'un qui ne comprend pas que l'on soit hanté par le doute, la peur perpétuelle ne pas être à la hauteur? À la fois je sais de quoi je suis capable, techniquement, et en même temps, je considère utiles les avis extérieurs, que j'aimerais avoir sans que ce soit le cas, hélas, pour jauger mon travail, et j'aimerais avec des yeux d'étudiante, observer mes cours, pour savoir si je donne autant que j'ai reçu. Je ne sais pas. Je vis avec ce doute. Il y a bien pire.

Avec le temps, l'expérience, qui apaisent les doutes, je suis moins nerveuse. Je sais que mes cours d'aujourd'hui sont meilleurs que ceux d'il y a quatre ou cinq ans. Et je pense qu'ils sont d'un niveau largement suffisant, compte-tenu de mon public. Aussi, quand on me déclare "Moi, j'adore enseigner!", je ne réponds rien non plus. Pour moi, la réponse est complexe.

J'aime enseigner quand je vois mes étudiants progresser, acquérir des connaissances, travailler consciencieusement, comme un boeuf son champ de labour, quand écoutant les recommandations, ils se réinventent une vie de travail, au moins le temps de leurs études, de longues heures penchés sur les livres à déchiffrer, assimiler, penser. Quand ce sont les meilleurs que je retrouvent les plus assidus à la bibliothèque, quelque soit l'heure à laquelle j'y passe.

J'aime enseigner quand je vois mes étudiants comprendre les règles du métier d'historien: esprit critique, interrogation, curiosité incessante, rigueur de la preuve apportée, éprouvée, goût pour la comparaison, la mise en relation des événements ou des faits.

Je déteste l'enseignement quand, malgré tout mes efforts, les étudiants n'écoutent pas les conseils, les avis, les "lisez-ceci" "travaillez-cela", et échouent lamentablement, et me maudissent en secret, sans comprendre que, non, je ne me réjouis pas de les torturer (si travailler est torture, malgré l'origine latine) et encore moins de les voir échouer.

J'aime enseigner quand je vois qu'en appliquant conseils et méthodes, ils apprennent l'art de la dissertation et du commentaire, qui ne sont pas des arts stériles, mais contribuent à former l'esprit à la rigueur et à la réflexion.

Je déteste enseigner quand des étudiants, dont la paume s'orne un palmier, viennent sûrs et arrogants réclamer un point, contester une note, et cherchent dans les manquements de leurs enseignants l'explication de leur échec, plutôt que dans leur suffisance et leur fainéantise.

Je déteste l'enseignement quand je vois un étudiant, plein de bonne volonté pourtant, aimant probablement l'histoire, pleurer tout un cours entier, parce qu'il vient d'échouer à des examens, et que je suis la coupable.

J'aime l'enseignement quand les étudiants me croisent avec le sourire, ou me sourient en me voyant arriver en salle. J'aime l'enseignement quand il y a un rire qui fait frissonner une classe, quand, parce que j'ai levé un sourcil mécontent pour faire taire des bavards, rappelés à l'ordre par leurs camarades eux-mêmes inquiétés de ce sourcil levé, et que l'on échange en remerciement de leur aide au "bon ordre" un regard malicieux.

Je déteste l'enseignement quand je n'ai pas pu préparer impeccablement une séance, quand je sens le poids de ma propre faiblesse (ce qui m'arrive de plus en plus rarement, heureusement).

Je déteste l'enseignement quand je dois préparer dans l'urgence. Je n'ai jamais aimé le travail de dernière minute, même s'il est probablement celui qui m'oblige à fournir le meilleur en très peu de temps.

Je déteste l'enseignement, oh, brièvement, quand il me détourne de mon sujet de recherche, interrompt mes pensées, mon labeur de boeuf attelé à la charrue.

J'aime l'enseignement quand il m'amène sur des sentiers que je n'aurais jamais pensé à explorer moi-même et qui enrichissent et bouleversent ma réflexion, mon travail de recherche.

J'aime l'enseignement, selon les moments... C'est une de mes deux faces, d'un côté enseignante et de l'autre chercheuse, mais l'une n'est pas moins importante que l'autre...
Rendez-vous sur Hellocoton !

08/11/2009

La vie fabuleuse (ou pas)... suite (3)


Moniteur, vous faites les mêmes travaux dirigés qu'un maître de conférence, à ceci près que ce sont les premières années, on apprend donc le métier sur le tas. Il y a bien les formations du CIES (centre d'initiation à l'enseignement supérieur), qui m'ont appris comme l'IUFM des trucs périphériques au métier, pas inutiles mais bien périphériques dans la plupart des cas. Avantage du CIES sur l'IUFM: pas de dogmatisme. Rien que ça rend supportable les formations du CIES. Mon tuteur en monitorat, j'avoue, n'a pas tutoré grand chose. J'ai même oublié que j'en avais un jusqu'à redécouvrir son existence et me poser des questions sur son rôle en ressortant mes contrats quelque temps après la fin dudit monitorat ("Oh! C'était lui mon moniteur ? J'en avais donc un ?! Hannn...")

Bon, pour l'achat de livres, vous attendrez toujours d'être titulaire. Mais maintenant tout cela, allocation et monitorat a été remplacé par le nouveau contrat doctoral, bien mieux. Le salaire est le même, la charge de cours, la même. Mais le nom a changé. Le marketing embellit non seulement les murs de votre RER préféré, mais aussi votre vie à VOUS. Merveilleux, non ?

Après vos trois ans d'allocataire-moniteur, vous postulerez pour être attaché temporaire à l'enseignement et à la recherche. Candidater à l'aveugle dans toute la France, pendant plus d'un mois, ne faire qu'envoyer des dossiers, tous différents sinon ce n'est pas drôle, croiser les doigts pour être appelé, pris, à n'importe quel prix. Et là le même jeu recommence. Un salaire qui vous fait dire, qu'assistante maternelle, c'est bien aussi, comme boulot. Pas besoin de diplômes, pas besoin de quitter conjoint et enfants deux, trois, quatre jours par semaine sans revenir à la maison, pour aller donner les cours et participer aux quelques tâches administratives naturellement comprises dans votre royale rémunération.

À propos de charge de cours, vacataire, moniteur ou ATER, en fonction des collègues, vous serez pris pour l'imbécile de service - entendez, on vous refilera tous les cours et TD (travaux dirigés) qu'aucun titulaire n'a envie de faire - ou bien convenablement traité. Exemple, cette année j'ai plutôt de la chance. Mais vous pouvez avoir un TD dans une matière, un second dans une autre, un cours là à des spécialistes, sur un sujet mortel mais nécessaire, un autre cours ici à des non-spécialistes... Ou alors un TD un mardi, et l'autre le vendredi. Naturellement, vous habitez à une heure, deux heures, trois heures ou plus de l'université, parce que vous avez la mauvaise idée de ne pas être célibataire ou marié à un conjoint au foyer. Le top étant de faire venir un contractuel habitant à six cents kilomètres, pour un mi-temps qui compte deux heures sur un site, trois heures sur un autre. Ah oui, parce qu'une université peut avoir des antennes, et c'est à vos frais que vous vous rendrez d'une antenne à l'autre.

Le luxe absolu, est de faire quatre fois le même TD à des premières années. Vous avez l'impression de bégayer affreusement d'un groupe à l'autre, mais pédagogiquement, c'est réellement bon, et là je n'ironise pas, vous apprenez à corriger vos erreurs, et en plus vous n'avez pas quatre préparations à faire en même temps. Ça peut arriver. Comme vous pouvez trouver une université qui rembourse une petite partie de vos frais de transport, propose un logement à ses enseignants – et pas la chambre d'hôtel à 50 euros la nuit- et aménage votre emploi du temps sur deux jours ou même un seul. Comme quoi, vous pouvez avoir de la chance. Pour de vrai. C'est rare, mais ça arrive.

Ça ne vous épargnera pas, pour autant de devoir boucler votre thèse au plus vite. Tout en sachant bien, que si votre thèse n'est pas ébourriffante, vous aurez peu de chance d'être classée par une université, bref, peu de chance d'obtenir un poste de maître de conférence. C'est la quadrature du cercle, une thèse terminée, de bonne qualité, en quatre ou six ans, en ayant géré en quelques années plusieurs centaines d'étudiants. Là, ne croyez pas que ce sera tout rose, les titulaires croulent pour les plus consciencieux, sous les charges administratives en sus de leurs fonctions d'enseignants-chercheurs. Si dans ces conditions, ces chères têtes plus très blondes assises sur les strapontins des amphis viennent chouiner après un cours que la fac c'est vraiment trop dur, vous avez le droit de leur répondre avec un sourire hargneux chargé d'années de galère de thésard contractuel, que « ya pas de raison que vous ne morfliez pas, vous aussi! ». La boucle est bouclée.

PS 1 : Maintenant, si vous êtes un étudiant, cher lecteur, vous savez pourquoi on est rosse avec vous. Vous vous coucherez moins bête, même si on est dimanche et que vous ne pouvez pas profiter d'ordinaire, en ce jour, de notre mirifique savoir. (<--- ceci est de l'humour, pour ceux qui ont l'esprit bouché). PS 2 : Vous voyez, je ne suis pas souvent là, mais quand je reviens, bigre... n'est-il pas ?
Rendez-vous sur Hellocoton !

La vie fabuleuse (ou pas) suite... (2)

À ce jeu-là, donc, au bout de dix ans, si vous ne vous êtes pas démené pour trouver en plus de vos quinze ou dix-huit heures de cours en collège ou lycée, des vacations à l'université, personne ne vous connaît dans le supérieur à part votre directeur de thèse, et là... Faire des vacations, c'est être le précieux bouche-trou qui remplace au pied-levé un enseignant malade pour plusieurs semaines, ou un autre qui vient d'obtenir un congé pour x raisons. Sans vacation, eh bien, vous n'intéressez personne. Sans expérience d'enseignement dans le supérieur, votre épaisse thèse servira tout au plus à atteindre les pots de confiture en haut des placards de la cuisine.

Et si vous n'avez pas l'agrégation, il y en aura toujours pour vous dire « Ah! Vous n'êtes pas agrégé(e) ? Ah mais c'est très fâcheux, cela... C'est dommage, vraiment dommage. Une carrière dans le supérieur, sans agrégation, vous n'y pensez pas! ». D'autres vous diront « Vous êtes agrégé(e) ? Ah c'est parfait! Et combien d'années dans le secondaire ? Aucune ? Alors vous n'avez aucune chance, à l'heure actuelle, il vous faut une expérience dans le secondaire! Comment ? Vous dépendez une académie lointaine et pour enseigner dans le secondaire, il vous faudra quitter toutes les semaines votre conjoint et vos enfants? Mais oui mon petit monsieur/ma petite dame, mais que voulez-vous... Demandez votre mutation! Ah vous serez muté(e) dans une ZEP dont personne ne veut et vous, pas plus que les autres, d'autant qu'avec une thèse en poche, vous pleurez à cette perspective ? ». En fait, cette conversation est suréaliste, elle s'arrête avant que vous n'ayez eu le temps d'objecter quoi que ce soit. Pas le temps.

Si par bonheur, vous obtenez un allocation de recherche à l'université, dites-vous tous les matins que vous avez une chance fabuleuse. Si, si, répétez-vous ça. Payé pour faire sa thèse, le pied ! Parce qu'effectivement c'est une chance.

Bon, parmi ceux qui vous féliciteront, professeurs et maîtres de conférence de votre université, personne ne pensera que le montant de l'allocation permet tout juste en région parisienne, une fois payé loyer, impôts, assurance, carte de transport, et autres basses nécessités matérielles (dans laquelle je ne comprends pas des paires de Louboutin ni même un manteau neuf tous les trois ans) d'aller manger aux restos du coeur ou d'aller récupérer à la mairie votre colis alimentaire.

Vous renoncerez naturellement à faire l'acquisiton de tout livre, même les basiques que vous n'avez jamais pu vous acheter parce que vous étiez boursier ou non, en tout cas étudiant sans le sou – et que la bourse d'agrégation, sur critère de mérite, a été donnée à un autre dont les parents avaient des revenus
très suffisants, pas comme les vôtres, un autre qui s'est découvert une vocation pour le collège et n'a rigoureusement aucune envie de faire une thèse ni d'enseigner à l'université. Mais ça a changé, maintenant il paraît que les critères sociaux sont aussi pris en compte pour les bourses d'agrég. Mais l'administration n'ayant jamais à se justifier auprès des candidats, dans les faits, je serais curieuse de savoir ce que cela a changé. Quoiqu'il en soit, comme vous n'avez pas eu cette bourse vous pouvez en être toujours à rembourser l'argent que de la famille ou des amis vous ont prêté il y a longtemps, pour faire ou terminer vos études.

Bref, ce qui tombe bien, c'est qu'au prix exorbitant auquel vous payez votre inscription annuelle à l'université – que vous ne fréquentez pas, vu que le laboratoire est fantôme, il n'y a même pas un local vide qui fasse illusion; université que vous ne fréquentez donc pas sauf pour un rendez-vous de loin en loin avec votre directeur de recherche, le patron, en un mot – vous gagnez de ce fait le droit d'aller au prix de longs trajets en métro/RER, consulter ou emprunter gratuitement tous les livres dont vous avez besoin. C'est déjà une chance. Votre vie est remplie de chances, il faut se le répéter.

Du coup, parce que vous calculez qu'éviter les restau du coeur ce serait bien, vous postulez en sus de votre allocation, pour un monitorat, initiation à l'enseignement dans le supérieur, de l'ordre du tiers d'un temps plein. Là, vous êtes royalement payé 270 euros net - ce qui revient pour l'université à deux fois moins cher pour un temps de travail équivalent, qu'un salaire de maître de conférence – et vous réussissez à remplir tout seul votre frigo et les placards de votre cuisine. Pour les repas du midi, en bibliothèque, salle d'archives ou ailleurs, vous continuerez à préparer votre salade ou gamelle thermos.

L'éducation national et la recherche ne connaissant toujours pas une magnifique invention appelée chèque restaurant. En revanche, dans le monde merveilleux de l'éducation, on connaît très bien le système des marchés publics, grâce auquel vous payez votre sandwich/pomme/yaourt près de 10 euros à la cafét de la BNF. Pas de concurrence, mais un groupe de restauration qui a remporté le monopole de l'approvisionnement alimentaire des usagers du grand Boulevard (N)Moquettisé Français.
Rendez-vous sur Hellocoton !

La vie fabuleuse (ou pas) du thésard en sciences humaines (1)

En ce moment, je suis fatiguée. Pas seulement fatiguée physiquement, merci j'ai à peu près bien dormi. Il s'agit plutôt d'une fatigue liée à l'absence de divertissement au sens pascalien du terme. Le travail six jour sur sept y est probablement pour beaucoup. La tâche répétitive qui m'occupe en ce moment aussi.

Je rêve d'un samedi à faire le ménage, bricoler, cuisiner, bouquiner, ne rien faire. J'ai entendu l'annonce de la mort de Lévi-Strauss. J'ai réussi à caser l'écoute partielle - inachevée, trop fatiguée ce soir-là, je ne comprenais plus rien - d'un grand historien, Jean Delumeau, qui parlait il y a près de quinze jours, des peurs collectives en Occident, dans l'émission de J.-N. Jeanneney. J'ai raté des tas de ça peut pas faire de mal, et j'en pleurerais. Mon emploi est tellement serré que j'ai même beaucoup de mal à trouver dans une pauvre semaine juste une demie-heure pour passer en coup de vent à la bibliothèque municipale afin d'y emprunter un ou deux bons romans, histoire d'occuper mes trajets, enfin ceux où je m'accorde le droit de ne pas travailler.

Fatiguée, bougon, pessimiste. Une année à ce rythme-là, je ne vais pas tenir. Ou alors, je ne vois pas comment. Et là dans le métro qui m'emportait vers la BNF, je maudissais ces traditions bien institutionnalisées qui veulent qu'une thèse se fasse en trois ans. Après zou, demande de dérogation à chaque réinscription. À l'extrême rigueur, en quatre ou cinq quand on a la chance d'avoir un CDD dans
une fac. Une thèse de sciences humaines, c'est volumineux, c'est long aussi.

Trois ans à temps plein, hummm, plutôt quatre ou cinq. Alors, quand on ne peut pas travailler à temps plein dessus, ça devient quatre, cinq années ou plus de cadences infernales. Parce que, détail fâcheux, il faut bien manger. Et payer ses impôts, ses assurances, s'habiller (un peu), payer un loyer et des tickets
de transports etc. Or, soit on reste dans le secondaire, soit on dégote un contrat dans une université.

En collège ou en lycée, il ne faut pas compter avancer vite. Les cours dévorent tout le temps la première année au moins. Voire encore un peu les années suivantes. Si on demande un congé pour formation, on ne l'obtient qu'après plusieurs années d'exercice et moults demandes annuelles. Alors on demande un temps partiel. Et l'on se serre la ceinture. Parce que si vos archives vous obligent à vivre en région parisienne (dans laquelle vous avez été muté comme tant de jeunes enseignants, sans que l'on tienne compte de vos voeux, « vous comprenez, vous êtes si nombreux et là, personne ne veut y aller » « moi non plus, ma brave dame, moi non plus, je ne voulais pas y aller dans votre collège ZEP ambition réussite ») il faut payer votre cage à lapin les yeux de la tête; pire encore, vous êtes au fin fond de la Picardie, ou dans la région de Dreux, là où non plus très peu d'enseignants pourvu de points souhaitent rester, il faut en plus débourser les aller-retour jusqu'à vos archives chéries, squatter le temps des vacances de la Toussaint/Noël/Printemps/ le canapé du copain de la fille dont le père est un des meilleurs amis de vos parents, ou le lit du copain du cousin parisien que vous ne voyez jamais sauf dans les réunions de famille décennales.

À ce jeu-là, une thèse se fait en dix ans environ. Autant dire que votre bibliographie, au bout des dix ans, vous pouvez vous la retaper, en rajoutant les actes de tous les colloques que vous avez manqués, parce que l'on ne peut pas être devant une classe de 6e et en même temps assis dans un amphithéâtre obscur et minuscule, aux places comptées, où d'éminents spécialistes, quelquefois mortellement ennuyeux, viennent vous expliquer en allemand, polonais, espagnol et italien, tout ce que vous ignorez de l'historiographie allemande, polonaise, espagnole ou italienne.

Comment, vos cours d'allemand, polonais, espagnol, italien sont loins ? Et les formations de langues de votre école doctorale, à quoi servent-elles ? Comment ? À rien ?! Non, à rien. Parce que soit vous êtes devant vos élèves et quand vous avez le temps, devant vos archives et vos bouquins, soit vous retravaillez votre allemand et votre espagnol. Enfin, quand le cours fait à la demande de l'école doctorale vous permet effectivement d'améliorer votre niveau dans la langue de votre choix. Il m'est arrivé de devoir subir un semestre de cours d'analyse linguistique anglaise rechangé à l'arrache en cours d'anglais tout court, parce que l'école doctorale avait négligé de prévenir l'enseignante qu'elle aurait affaire à des non-spécialistes, qui seraient là d'abord pour améliorer leur vocabulaire, reprendre quelques bases, comprendre les intervenants d'un colloque, savoir parler à un colloque sans faire pouffer de rire les auditeurs, comprendre les questions qu'une éminente spécialiste américaine ou suédoise fait à la suite de votre communication, et lire un bouquin de huit cent pages sans se décourager. Et si au lieu de ça, on nous avait délivré des cartes d'accès pour des laboratoires de langue, aux horaires élargis, ça n'aurait pas été aussi bien ? Et ne me dites pas qu'au lieu de râler j'aurais dû participer aux conseils universitaires comme représentant(e) des doctorants, je l'ai fait. Bouger le mamouth universitaire, non, mais vous voulez rire... Je me souviens m'être cassé le nez sur la simple constitution d'une liste des addresses électroniques des doctorants, pour faciliter les communications entre lesdits doctorants.
Rendez-vous sur Hellocoton !

25/10/2009

Adieu, Monsieur Chaunu !


Pierre Chaunu est mort, jeudi dernier, 22 octobre. Vous avez peut-être vu passer l'annonce. Pour moi, l'annonce a été comme un coup de tonnerre.
Vous trouverez facilement sa biographie sur le net. Un très grand historien. Un personnage de caractère, aussi, un peu à la manière de Fernand Braudel.

(Pierre Chaunu. Photo : archive Jean-Yves Desfoux, site ouest-France)

Historien moderniste, né en 1923, auteur d'une thèse sur Séville et l'Atlantique, dans laquelle il examinait les structures de l'espace atlantique de 1504 à 1650 (voir un compte-rendu sur Persee.fr de R.-H. Bautier) les relations avec l'Amérique naturellement, les échanges commerciaux entre Europe et Amérique, il était spécialiste de démographie historique, d'histoire religieuse. Un historien d'une puissance intellectuelle peu commune. Il suffit pour s'en rendre compte d'ouvrir son Temps des Réformes...!
Il était pour nous, étudiants des années 90, une des stars en histoire moderne, et même en histoire tout court. Plusieurs de nos professeurs avaient été ses élèves. Ils en avaient été marqués et nous en marquaient à leur tour.

Le personnage, je l'ai souvent écouté avec presque de l'adoration, dans le poste - j'aimerais beaucoup d'ailleurs retrouver ces émissions - et croisé souvent dans les rues le dimanche matin. Mais je ne l'ai vu qu'une fois "sur scène" lors d'une conférence. Un monstre sacré sur les planches, ça ne se ratait pas. Il s'agissait d'une conférence sur la démographie. J'ai gardé de lui quelques phrases acides qui disaient en gros que les Bretons, les Basques espagnols, les Corses, pouvaient revendiquer leur autonomie, mais qu'ils fassent vite, leur population étant en train de disparaître... Un pauvre auditeur, qui avait osé demander des précisions, s'est fait remballer vite fait, le maître n'appréciant pas qu'on lui demande des précisions, son propos avait été suffisamment clair... Et à chaque fois maintenant que je vois dans une conférence quelqu'un oublier la nécessité de garder son micro à proximité de la bouche, je pense à Chaunu. Ce soir-là, le micro était un objet inutile pour lui. Qui se retrouvait dans ses mains naturellement croisées dans le dos, ou élevées vers le ciel dans un grand geste d'exaspération, bref, heureusement, nous avions bonne oreille pour ne pas souffrir de l'absence du micro. Un personnage.

Pour finir sur plusieurs sites de journaux et notamment sur celui de Libération notamment, vous trouverez des anecdotes de ses anciens élèves (les veinards), très très drôles et émouvantes.



Adieu, Monsieur Chaunu !




Rendez-vous sur Hellocoton !

22/10/2009

Entre deux pages de thèse, de petits soldats émouvants...


Pfffiouh... un mois depuis le dernier billet. Je ne suis pas morte ni en hibernation, juste très très prise par les cours et la thèse. Rien de neuf, sauf que si. Je suis entrée dans l'année de rédaction, et je me suis fixée comme limite absolue la fin de l'été prochain. Et là, ça ne rigole plus. Un plan de bataille a été établi, et comme je me méfie de mes pires ennemies, autant dire moi et ma cossardise (j'aime les néologismes, moi aussi) j'essaie d'être stricte pour l'instant. Je sens que je vais dépasser, à terme. Alors au moins au début, j'essaie de ne pas déraper et envoyer tout de suite à la poubelle ce précieux calendrier. Ordonc, vous avez l'autorisation de me botter le derrière si à la fin du mois, je n'ai pas fini ma bibliographie. Si, si. En attendant, je m'ennuie et je me régale. Rien de plus fastidieux que de dépouiller des volumes de références bibliographiques. Mais j'en profite pour relever les numéros des références qui attisent ma curiosité, qui corrigeront ma culture générale, plus-tard-après-la-thèse quand j'aurais enfin le temps, me serviront pour mes cours.

À part ça, envie de reprendre le fil des billets ce matin pour cause de colère au réveil. Hé oui, le 22 octobre, hein. Guy Moquet, commémoration. Recommandations. Et foutage de gueule ministériel. Parce que les enseignants sont des fonctionnaires ils DOIVENT obéir. Ben voyons. Tant qu'on y est, à quand la récitation d'un cours pré-écrit à la gloire de notre valeureux chef d'État ? Histoire d'entretenir la fierté nationale, le patriotisme ?
J'ai aimé la chronique de Thomas Legrand (à réécouter ou lire sur cette page 7-10 du 22 octobre 2009). Qui précisait que G. Moquet n'était pas exactement un résistant. Un otage, fusillé pour l'exemple, en revanche oui. Une victime des exactions de l'occupant, toujours.

Mais les directives élyséennes et ministérielles m'ulcèrent. Alors, plutôt que de laisser les élèves dans l'ignorance de Guy Moquet, oui, lisons cette lettre. Et parlons de la construction de la mémoire, de la différence entre mémoire et souvenir. Parlons de propagande, qui se cache sous les oripeaux du patriotisme parfois. Avec les lycéens, on peut même commencer à étudier des articles de quelques historiens qui ont levé le sourcil sur cette obsession de la mémoire. Je sais bien que beaucoup de collègues mènent déjà ce genre de réflexion. Alors une ou deux références, pour ceux qui ont quitté les bancs de l'école depuis longtemps, pour ne pas être de petits soldats émouvants ou émus :

- Philippe Joutard, "La tyrannie de la mémoire", article de la revue l'Histoire, mai 1998 (consultable sur le site de l'histoire pour les abonnés, sinon me contacter par mail)
- P. Nora, Les lieux de mémoire, Gallimard, 1997
- plusieurs articles sur persee.fr en tapant en mots clés "historien" et "mémoire"

Il y a des quantités monstrueuses de références sur le sujet, mais je n'ai guère le temps de vous faire un tableau complet, là, maintenant. J'espère être pardonnée...

Et ces mots de Joutard pour conclure :
"En tout état de cause, nous n'avons pas le choix : dans un État de droit et une nation démocratique, c'est le devoir d'histoire et non le devoir de mémoire qui forme le citoyen. Car l'histoire si elle est fidèle à sa vocation, implique distance, remise en cause des stéréotypes et surtout débat et diversité des points de vue. Elle préserve du simplisme et du manichéisme, générateurs de haine et d'intolérance. Elle apprend la lucidité et l'esprit critique qui mettent à l'abris des illusionistes".

Boum.
Rendez-vous sur Hellocoton !

22/09/2009

Apocalypse, l'usage du document






6 millions de téléspectateurs ! Bigre ! C'est le chiffre d'Apocalypse, documentaire qui nous est proposé depuis quinze jours, et proposant un tableau de la Seconde Guerre Mondiale à partir d'images d'archives sonorisées et colorisées.

Se repose à ce sujet la sempiternelle question de l'usage des faits et des archives. Sempiternelle car elle revient souvent dans les discussions du public. La question de l'usage scientifique du document ne fait pas débat entre les historiens. Tout au plus le débat naît-il pour les chercheurs dès qu'il est question de présenter une émission de "vulgarisition" au grand public.

C'est le problème abordé ce matin dans Esprit Critique avec Vincent Josse, sur France Inter ( à écouter ici dans le Sept-Dix de ce jour (mardi 22 septembre 2009). Il confronte deux historiens spécialistes du sujet.

Car le principal reproche fait à ce documentaire, au demeurant très honnête, tient dans la maigreur des commentaires, des explications. On sait qu'un fait sans remise dans le contexte - préciser s'il s'agit d'une image de propagande ou pas, sans expliquer le moment que l'image ou le témoin ont capté, peut poser problème.

L'exemple pris est celui d'un Stuka qui fait exploser un char français, probablement une image de propagande, ce qui n'était pas dit. Mais n'est-ce pas légitime d'utiliser cette image pour "raconter" la guerre ?

Écoutez, faites votre jugement. Pour ma part, il est dommage de ne pas saisir l'occasion pour proposer au public le meilleur de décennies de recherches, sous prétexte qu'il faut faire grand public. C'est un peu prendre le spectateur pour plus bête qu'il est. Souvenons-nous, dans un autre format, plus long certes, du succès d'"Histoire Parallèle", cette prodigieuse émission qui m'a fait découvrir adolescente, tout ce que l'on pouvait faire d'un fait, d'une archive. Là où certains ne voyaient que récit de la Seconde Guerre Mondiale, M. Ferro nous proposait une incroyable analyse des images de propagande (oui, je voue un culte personnel à Marc Ferro, là, c'est avoué)...
Rendez-vous sur Hellocoton !

16/09/2009

Et une nouvelle rentrée, une !


Aaaaaaaaaahhhh... Permettez, je m'étire, encore un petit peu...

Bon, en vrai, je suis rentrée des vacances depuis bientôt quinze jours. Mais les rentrées, c'est toujours compliqué, encore plus quand on est contractuel. Le temps de faire les papiers d'inscription à l'université pour la thèse, les papiers pour le nouveau contrat de travail, un peu de thèse par ci, quelques réunions et échanges de mail par là pour préparer les cours, s'informer des particularités de fonctionnement de la nouvelle université, secouer le cocotier des gestionnaires du personnel pour qu'ils/elles n'oublient pas de verser le salaire de septembre ou au moins une avance, et tout le reste, et hop! Quinze jours en moins !

D'ailleurs pour l'inscription à l'université, je sens que les ennuis vont se concentrer sur ma tête! Dossier spécial, demande de dérogation pour une inscription parce que, voyez-vous, je suis gentiment en train d'exploser les trois sacro-saintes années de préparation du doctorat... et date butoir d'envoi dudit dossier, elle-aussi explosée. Oups. Boulette. Si, si. Vraiment. C'était en juillet. Ah oui, quand même.
En même temps le service des thèses n'avait qu'à le dire dans son courrier de juin, au lieu de mettre la date valable pour tous, soit la mi-octobre. Non mais hé!

Pour l'instant, je profite de mes dernières semaines sans cours pour me replonger à fonds dans la thèse, en éliminant le truc pénible mais nécessaire, le dépouillement de toutes les publications relatives à l'histoire de France et touchant de près ou de loin mon sujet. J'avais un peu survolé cette tâche en Master 2 (anciennement DEA), et comme j'ai HORREUR de l'à-peu-près, je ne peux pas envisager de rendre ce travail sans avoir fait cette partie proprement.
En DEA j'avais une excuse, je travaillais et en option, je faisais un DEA.

Dépouiller une bibliographie annuelle, or donc, est une chose tout sauf exaltante.
Il faut repérer les chapitres qui vous intéressent. Puis, s'emparer d'un premier volume, une feuille blanche, un stylo, et recopier les références des ouvrages ou des articles qui vous intéressent. Peut-être. Pas sûr. Mais on ne va pas courir le risque de laisser passer l'article fa-bu-leux que tout le monde a oublié et qui va changer la face du monde, non, de votre thèse. On peut rêver. Puis au bout d'une heure et demie à tourner les pages, tourner les pages, noter une référence, et tourner les pages, tourner les pages... On passe joyeusement (?) au volume suivant. Et c'est reparti, on tourne les pages, on tourne les pages.

Hé le monsieur là, à côté, à droite, il ne pourrait pas se couper les ongles ailleurs ? (Véridique, cet après-midi, il y en a un qui se coupait les ongles. Non seulement le tic-tic était désagréable dans le silence de la bibliothèque, mais en plus, je trouve ça... hum... pas très propre. Non?)
Et son voisin, il va comprendre qu'il ne tape pas sur une machine à écrire mais un ordinateur (récent qui plus est) ? À ce rythme, il va casser sa machine, ce fou! Un doigt POC, un autre doigt PLOC... Ne pas s'énerver, ne pas s'énerver ! Aaaaahhhh... Et voilà, c'est la rentrée, et je suis déjà stressée! Han...


Je vous laisse entre de bonnes mains: l'ensemble l'Arpeggiatta, et notamment cette chanson splendite, à écouter très fort et en dansant, même si on veut!

Rendez-vous sur Hellocoton !