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Une envie de livres ?

22/09/2009

Apocalypse, l'usage du document






6 millions de téléspectateurs ! Bigre ! C'est le chiffre d'Apocalypse, documentaire qui nous est proposé depuis quinze jours, et proposant un tableau de la Seconde Guerre Mondiale à partir d'images d'archives sonorisées et colorisées.

Se repose à ce sujet la sempiternelle question de l'usage des faits et des archives. Sempiternelle car elle revient souvent dans les discussions du public. La question de l'usage scientifique du document ne fait pas débat entre les historiens. Tout au plus le débat naît-il pour les chercheurs dès qu'il est question de présenter une émission de "vulgarisition" au grand public.

C'est le problème abordé ce matin dans Esprit Critique avec Vincent Josse, sur France Inter ( à écouter ici dans le Sept-Dix de ce jour (mardi 22 septembre 2009). Il confronte deux historiens spécialistes du sujet.

Car le principal reproche fait à ce documentaire, au demeurant très honnête, tient dans la maigreur des commentaires, des explications. On sait qu'un fait sans remise dans le contexte - préciser s'il s'agit d'une image de propagande ou pas, sans expliquer le moment que l'image ou le témoin ont capté, peut poser problème.

L'exemple pris est celui d'un Stuka qui fait exploser un char français, probablement une image de propagande, ce qui n'était pas dit. Mais n'est-ce pas légitime d'utiliser cette image pour "raconter" la guerre ?

Écoutez, faites votre jugement. Pour ma part, il est dommage de ne pas saisir l'occasion pour proposer au public le meilleur de décennies de recherches, sous prétexte qu'il faut faire grand public. C'est un peu prendre le spectateur pour plus bête qu'il est. Souvenons-nous, dans un autre format, plus long certes, du succès d'"Histoire Parallèle", cette prodigieuse émission qui m'a fait découvrir adolescente, tout ce que l'on pouvait faire d'un fait, d'une archive. Là où certains ne voyaient que récit de la Seconde Guerre Mondiale, M. Ferro nous proposait une incroyable analyse des images de propagande (oui, je voue un culte personnel à Marc Ferro, là, c'est avoué)...
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16/09/2009

Et une nouvelle rentrée, une !


Aaaaaaaaaahhhh... Permettez, je m'étire, encore un petit peu...

Bon, en vrai, je suis rentrée des vacances depuis bientôt quinze jours. Mais les rentrées, c'est toujours compliqué, encore plus quand on est contractuel. Le temps de faire les papiers d'inscription à l'université pour la thèse, les papiers pour le nouveau contrat de travail, un peu de thèse par ci, quelques réunions et échanges de mail par là pour préparer les cours, s'informer des particularités de fonctionnement de la nouvelle université, secouer le cocotier des gestionnaires du personnel pour qu'ils/elles n'oublient pas de verser le salaire de septembre ou au moins une avance, et tout le reste, et hop! Quinze jours en moins !

D'ailleurs pour l'inscription à l'université, je sens que les ennuis vont se concentrer sur ma tête! Dossier spécial, demande de dérogation pour une inscription parce que, voyez-vous, je suis gentiment en train d'exploser les trois sacro-saintes années de préparation du doctorat... et date butoir d'envoi dudit dossier, elle-aussi explosée. Oups. Boulette. Si, si. Vraiment. C'était en juillet. Ah oui, quand même.
En même temps le service des thèses n'avait qu'à le dire dans son courrier de juin, au lieu de mettre la date valable pour tous, soit la mi-octobre. Non mais hé!

Pour l'instant, je profite de mes dernières semaines sans cours pour me replonger à fonds dans la thèse, en éliminant le truc pénible mais nécessaire, le dépouillement de toutes les publications relatives à l'histoire de France et touchant de près ou de loin mon sujet. J'avais un peu survolé cette tâche en Master 2 (anciennement DEA), et comme j'ai HORREUR de l'à-peu-près, je ne peux pas envisager de rendre ce travail sans avoir fait cette partie proprement.
En DEA j'avais une excuse, je travaillais et en option, je faisais un DEA.

Dépouiller une bibliographie annuelle, or donc, est une chose tout sauf exaltante.
Il faut repérer les chapitres qui vous intéressent. Puis, s'emparer d'un premier volume, une feuille blanche, un stylo, et recopier les références des ouvrages ou des articles qui vous intéressent. Peut-être. Pas sûr. Mais on ne va pas courir le risque de laisser passer l'article fa-bu-leux que tout le monde a oublié et qui va changer la face du monde, non, de votre thèse. On peut rêver. Puis au bout d'une heure et demie à tourner les pages, tourner les pages, noter une référence, et tourner les pages, tourner les pages... On passe joyeusement (?) au volume suivant. Et c'est reparti, on tourne les pages, on tourne les pages.

Hé le monsieur là, à côté, à droite, il ne pourrait pas se couper les ongles ailleurs ? (Véridique, cet après-midi, il y en a un qui se coupait les ongles. Non seulement le tic-tic était désagréable dans le silence de la bibliothèque, mais en plus, je trouve ça... hum... pas très propre. Non?)
Et son voisin, il va comprendre qu'il ne tape pas sur une machine à écrire mais un ordinateur (récent qui plus est) ? À ce rythme, il va casser sa machine, ce fou! Un doigt POC, un autre doigt PLOC... Ne pas s'énerver, ne pas s'énerver ! Aaaaahhhh... Et voilà, c'est la rentrée, et je suis déjà stressée! Han...


Je vous laisse entre de bonnes mains: l'ensemble l'Arpeggiatta, et notamment cette chanson splendite, à écouter très fort et en dansant, même si on veut!

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12/08/2009

Bonnes vacances!


C'est l'été !

Comment, je viens de le découvrir ? Ah oui, un petit peu. J'aurais dû dire "Ce sont les vacances! (pour moi)", parce que je confonds un peu vacances et été. Tant que je ne suis pas en vacances, l'été me laisse indifférente. Ou alors me fait râler, parce que j'ai beaucoup trop chaud à vélo, sac à ordinateur sur le dos...

Enfin, indifférente, j'exagère. Bref. Si un jour j'ai une maison à la campagne, où me réfugier l'été, j'en profiterai peut-être pour de grandes tablées familiales, chargées de victuailles. En attendant, je vous souhaite bonnes vacances - quinze pauvres jours pour moi seulement, oh oui, je sais, vous ne m'avez pas attendue pour partir, ingrats! en vous laissant quelques sites alléchants et pas idiots :

- Boire et manger, quelle histoire !
Qui fait très envie... Beau, bon, intelligent, un régal !

- La page Actuhistoire consacrée à une recension de sites sur l'histoire de la nourriture (je suis allée sur oldcook, cet automne je me mets à la cuisine médiévale, il me faut donc du verjus!)


Estampe, Frontispice gravé du livre de La Varenne. Le Cuisinier François, enseignant la manière de bien apprester et assaisonner toutes sortes de viande grasses et maigres, légumes, pâtisseries et autres mets qui se servent tant sur les tables des grands que des particuliers avec une instruction pour faire des confitures, (La Haye), Adriaen Vlacy, 1664, 1 vol. in-12. (C) RMN / René-Gabriel Ojéda, 1664, Chantilly, musée Condé.
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La racaille du XVIIe siècle

Rembrandt, La leçon d'anatomie, 1632, Huile sur toile, 169 x 216, Het Mauritshuis.

En ce début de février 1630, le procureur du roi a un petit souci. Il lui faut prendre une décision, et ce n'est pas, croyez-moi, chose facile. L'affaire est fâcheuse, réellement fâcheuse. Cela dure depuis longtemps, des décennies même. Régulièrement il faut sévir. Mais avec les dernières règlementations exigeant des candidats chirurgiens une connaissance précise des corps, il fallait s'attendre à ce que les problèmes amplifient!

La peste soit de ces écoliers en médecine! Il faut déjà compter avec les désordres ordinaires que créent les mendiants, les vagabonds, la valetaille - ah ces petits valets, ces pages insolents, qui se gaussent des bourgeoises en allant leur chercher niches sous leurs jupons! Vermine!

Mais là, c'en est trop, ces gredins viennent maintenant en aide aux apprentis médecins, et pourquoi, me direz-vous? L'affaire est très simple: les étudiants en médecine, et particulièrement les compagnons apprentis chirurgiens s'emparent avec l'aide de laquais et autres gueux, des corps des condamnés, nuitamment, alors que ceux-ci ont à peine rendu leur dernier souffle. Les pages et laquais qui rendent ces coups de main sont rémunérés et s'évanouissent dans la nature jusqu'au prochain coup. Les corps, quant à eux, sont ramenés au logis de nos étudiants, voire vendus aux chirurgiens eux-mêmes, désireux de s'exercer pour garder la main, et disséqués en toute tranquilité, au mépris des lettres patentes du roi, et autres arrêts de la cour. La peste de ces étudiants! La peste!





Du vendredi 1er février 1630.

Sur la plainte faite à la Cour par le procureur général du roy, les voyes de fait, meurtres et violences qui se commettent par les escoliers etudiant en médecine et compaignons chirurgiens qui pour avoir les corps de ceux qui sont executez, attirent des vagabonds, pages et laquais, et les emportent par force, violant l'authorité du roy et le respect deub à la Justice, la matière mise en délibération et tout considéré

La Cour conformément à l'arrest donné en l'an 1615 a faict et faict inhibitions et deffences au lieutenant criminel de robe courte prevost de L'Isle et tous autres juges, mesme à l'executeur de la haute Justice et ses valets de deslivrer aucun corps mort aux barbiers et chirurgiens pour faire anatomies et dissections, sinon que la requeste soit signée du doyen de la faculté de medecine et scellé du sceau de lad. faculté, et toutes personnes mesmes aux escoliers estudians en medecine et aspirant à la maitrise de chirurgiens, d'aller en troupe pour les enlever, sur les peines portées par les arrests, mesme lesd. escoliers et aspirans privez de pouvoir parvenir à lad. maitrise, et a tous les chirurgiens de les y recevoir et d'assister à la dissection desd. corps enlevez par force, à peine des privation de leurs offices, Maistrises, et enjoint aux chirurgiens jurez de faire fermer les Boutiques de ceux qui contreviendront au present arrest, à peine d'en respondre en leurs propres et privez noms, et qu'à la requeste du procureur général il sera informé de la contravention au présent arrest qui sera leu publié et affiché a ce qu'on n'en prétende cause d'ignorance.


BnF, NAF 9804, fol. 88


À propos de la leçon d'anatomie de Rembrandt, j'ai trouvé par hasard cet article, assez fabuleux à première lecture... (site du journal français de l'orthopédie)
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Un petit air d'élégance surannée ?

Je suis tombée il y a quelques jours sur cette lettre d'un seigneur du début du XVIIe siècle, un seigneur fort important, puisqu'il s'agit du duc d'Épernon, ancien fidèle d'Henri III - un de ses "mignons" dont le sens a été expliqué par Nicolas Le Roux et ne renvoit en aucune façon à une quelconque homosexualité, voir N. Le Roux, La faveur du roi, mignons et courtisans au temps des derniers Valois, (site Champ Vallon) Paris, Champ Vallon, 2001 - avant de devenir après la fin des guerres civiles, un fidèle de Marie de Médicis.Regardez comme il est fier notre Épernon, ici... Peinture à l'huile, anonyme, 17e s., Musée de Versailles, 32 x 22 cm.

J'ai cédé à la tentation et relevé ce texte, alors qu'il ne concerne pas mon sujet d'étude, simplement à cause de la beauté de cette langue du début du XVIIe siècle et aussi parce que c'est un très bel exemple des relations de "clientélisme" qui liaient entre elles les élites de ce temps.
Pour faire court, ce terme désigne une pratique existant déjà dans la Rome antique républicaine, qui consiste dans la protection et l'aide qu'accorde un puissant et fortuné personnage à de nombreuses "clients" en réalité, des personnages moins haut placés, moins riches. Celles-ci peuvent espérer une carrière avantageuse et une fortune qui élevera leur famille ou la maintiendra au moins. En retour, le puissant personnage dispose de relais et d'appuis dans divers métiers, diverses provinces, ce qui lui permet de posséder un pouvoir sur des portions plus ou moins importantes du royaume, pour prendre le cas français. Ici le duc d'Épernon s'adresse au duc de Montmorency, un des chefs de file du parti des "modérés" ou Politiques, favorables, pour aller, vite, pendant les guerres de religion à un rapprochement entre catholiques et protestants. Notons que le sens du terme "clientélisme" est aujourd'hui beaucoup plus négatif.

J'ai travaillé dans le passé sur ce genre de lettre, je raffole toujours autant des correspondances, et je vous livre ce petit bonheur en toutes lettres...

"Monsieur,

Je ne veux point faire ce tort à mon devoir ni à mon affection que d'en laisser aller le présent porteur sans l'accompagner de celle-ci [cette lettre], qui sera non pour faire récit de ce qui se passe en cette armée d'autant que je me remets à la suffisance du porteur qui en est amplement informé pour vous en dire toutes nouvelles; mais plutôt pour me remémorer en l'honneur de vos bonnes grâces, auxquelles je vous supplie, Monsieur, de me conserver toujours et autant que je désire m'en rendre digne par toutes sortes de services dont je me pourrai adviser. J'espère de n'être si longtemps par deçà que je n'aie ce bien de vous voir dans peu de jours, qui me gardera de vous ennuyer de plus longue lettre. Demeurant jusqu'à ma fin, après vous avoir bien humblement baisé les mains, Monsieur, votre plus obéissant etc."
Lettre d'Épernon au duc de Montmorency, du 20 mars 1597.
À Montdidier.
BnF, Mss. Fr. 20505. fol 42.

Version originale :
Monsieur, Je ne veulx point faire ce tort va mon debvoir ny a mon affection que d'en laisser aller le present porteur sans l'accompaigner de cestecy, qui sera non pour faire aulcung recit de ce qui se passe en ceste armée d'aultant que je me remetz a la suffisance de ced. porteur qui en est amplement informé pour vous en dire toutes nouvelles. Mais plustot pour me rememorer en l'honneur de vos bonnes graces, ausquelles je vous supplye Monsieur de me conserver tousjours et aultant que je desire m'en rendre digne par toutes sortes de services dont je me pourrai adviser. J'espère de n'estre si longtemps par deça que je n'aye ce bien de vous voir dans peu de jours qui me gardera de vous ennuyer de plus longue lettre demeurant jusqu'à ma fin, apres vous avoir bien humblement baisé les mains, Monsieur, votre plus obeissant etc.
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31/07/2009

Et tu fais quoi, alors ?

- Les vacances se passent bien? Tu fais quoi cette année?
- ... Les vacances ?
- Bah, je ne comprends pas, tu n'es pas en vacances en ce moment ?
- Disons, je n'ai plus de cours depuis deux mois
- Ah quand même, ah c'est sympa, tu as du avoir le temps de te reposer, déjà....
- Pas tant que ça. Je travaille un tout petit peu (euphémisme) sur ma thèse, depuis quatre ans.
- Mais à part ça, tu travailleras quand pour de bon ?
- ... (in petto, avec un poil de mauvaise foi "ce n'est pas du travail, une thèse, peut-être?!" - je ronge mon frein et répond aimablement:) Eh bien, j'enseigne déjà, je suis un petit peu titulaire au moins dans le secondaire, quand même, mais tu dois le savoir.
- Ah oui, c'est vrai; et au fait à la rentrée, tu es en collège ou en lycée, là-bas, à ton nouveau poste dont tu parlais l'autre jour, déjà?
- Ni l'un ni l'autre, si je vais là-bas, c'est parce que j'ai dégoté un poste à l'université, sinon je serais partie dans la direction géopraphiquement opposée.
- Tu vas enseigner à l'université? Ouah! Tu dois être contente, ça va te changer!
- ... ça fait quatre ans que j'enseigne à l'université. Comme contractuelle d'accord, mais ça fait quatre ans.
- Ah bon? Ah ouiiiiii c'est vrai.


(shplop... ça c'est le conversation qui tombe. Flschflsch... si vous préférez la version ange qui passe)


- Et ta thèse ça va te servir à quoi, au fait?
- À passer le concours de maître de conférence et être enfin titulaire dans le supérieur.
- Oui, non, mais, je veux dire, ça va servir à quoi? (sur l'air de "et ça va même pas te rapporter de pognon?!") Parce que, les thèses d'histoire, personne ne lit ça.
-.... Si, si. Les enseignants du supérieur, quelquefois (in petto encore "On peut toujours garder quelques illusions, ça ne coûte rien"). Et puis les gens cultivés ou désireux de se cultiver.


(schloup. Ça, c'est le conversation qui tombe définitivement). En vrai la dernière réponse, je ne l'ai pas faite. Mais j'aurais dû. Hélas, en vrai je ne suis pas assez méchante. Ça paraît surréaliste comme conversation mais ce sont les éléments auxquels j'ai eu droit le week-end dernier.



Conclusion: j'aime ma famille. Surtout quand elle est loin. (Humour)


PS: quand je parle de supérieur, il n'y a pas de mépris à l'égard de qui que ce soit. C'est la formule consacrée pour parler de ce qui se passe après le bac. Non, parce qu'il y a des personnes dans mon entourage qui croient que je suis méprisante. Je me marre.
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27/07/2009

Le doute

Je ne suis pas en vacances, non, non ! Hélas, c'est mon drame, je suis épuisée, six jours sur sept aux archives pour avancer, avancer, essayer de finir ces %$?*@&! d'archives. Courage, plus qu'une centaine de cartons et registres...

J'ai fait des trouvailles fabuleuses, ce n'est déjà pas si mal. Me restera à partir de la rentrée le plus délicat, la rédaction. Paraît qu'à force de lire les sources du 17e siècle, à relever mot à mot divers textes en respectant orthographe et absence de ponctuation à la lettre, j'ai tendance dans mes premiers chapitres, à abuser de la litote et à négliger le principe fondamental que l'on répète aux étudiants "sujet, verbe, complément, point!". C'est triste, si,si, c'est triste. Être infoutu de respecter les dix commandements de l'historien (merci de ne pas me demander les neuf autres, c'était pour la formule).

La rédaction, or donc, est le plus difficile. Mais c'est ce que je préfère. C'est là que l'on fait le bilan de toutes les informations, que l'on compare avec ce qui est connu, que des "Bon sang, mais c'est bien sûr!" surgissent du tréfond du cerveau, qui rendent guilleret et bouleversent des certitudes. Restera à me débrouiller avec ma méfiance à l'égard de l'affirmation historique. Sans aller jusqu'au "je ne sais pas, je n'y étais pas!" qui a tendance à me hérisser légèrement le poil (oh! une litote... je vous le disais), il faut sauter le pas, au moins la première fois, de l'affirmation.

Toute certitude doit être étayée de preuves. Je ne vais pas m'étendre sur le rapport des historiens aux chiffres et aux statistiques, dont certains ont grandement abusé. On sait la stature intellectuelle d'un Pierre Chaunu - et il ne s'agit pas ici de la remettre en question - mais l'usage fait des statistiques dans certains de ses ouvrages, prenons La civilisation de l'Europe classique, laisse un peu à désirer: faute d'informations nécessaires en abscisse et en ordonnée, il est souvent difficile de lire les graphiques. Ça aère le texte, remarquez. Je dis cela, parce que je reste marquée par l'enseignement reçu au lycée en économie: il nous était formellement interdit de produire un graphique ou un tableau sans compléter tous les champs nécessaire pour la bonne compréhension de la chose produite, et sans phrase rédigée servant d'exemple de lecture.

Les premières fois où j'ai dû affirmer, j'ai eu beaucoup de mal. J'en ai toujours. La certitude de l'historien n'est souvent que l'hypothèse la plus plausible, car la seule qui résiste à l'épreuve de la confrontation des sources entre elles. En tout cas, garder le doute à l'esprit, la possibilité de l'erreur me semble plus prudent. Aujourd'hui encore, je préfère le conditionnel, la supposition.

Et si jamais le pithecanthropus erectus vivait dans un pavillon de banlieue, pétri de bonnes manières, jouait au tiercé, portant des cols durs, avant la guerre, avant que tout ne saute? Sait-on jamais...


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13/07/2009

De l'humanité des DRH

Et je n'arrive pas à prendre/trouver le temps d'un billet. En vrac, un poste à mi-temps à l'autre bout du pays pour la rentrée, ça aurait pu être mieux, ça aurait pu être pire. Les commissions de recrutement avaient un bon mois de retard, et comme d'habitude, chacun a ses propres dates, donc, je sais que j'étais classée dans plusieurs universités, mais, priée de dire oui ou non pour le demi-temps proposé, je n'avais pas le temps d'attendre des réponses pour d'autres temps pleins, en tablant sur les désistements éventuels des candidats placés devant moi.

Mon coup de grogne est surtout allé aux DRH et autres services du personnel. Je ne leur demandais pas de pleurer sur mon sort, mais simplement de garder à l'esprit qu'il y a des vies derrière les dossiers, des couples,qui vont être séparés à l'occasion, qui vont devoir faire avec 500 euros de moins par mois, pour cause de mi-temps, ou même un salaire complet en moins. De prévenir, envoyer des courriers pour dire que l'on n'est pas pris, de mettre en ligne les dates de réunion des commissions et des conseils scientifiques POUR QUE L'ON SACHE! Et que l'on ne passe pas des jours entiers au téléphone à tenter d'obtenir des informations toujours imprécises...
Sinon il m'est arrivé un truc (très) drôle: j'étais classée dans une université, ce qui me remontait le moral. Jusqu'à ce que j'apprenne qu'il n'y avait pas de poste dans ma section scientifique. Ballot, non ? Être classée pour un poste inexistant.

Bref, c'est reparti pour un an à courir les trains. *petite voix geignarde on* Je veux être titulariséééeeee ! Je veux en finir avec cette thèseu ! *petite voix geignarde off*

Pour parler d'autre chose, en ce moment, je me régale avec ça (et vous le conseille par le même biais): Sylvène Édouard, Le corps d'une reine, histoire singulière d'Élisabeth de Valois (1546-1568), aux Presses universitaires de Rennes:
Le corps de la reine est celui d'Elisabeth de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, qui fut princesse de France puis reine d'Espagne de 1559 jusqu'à sa mort en 1568.
A partir de sources diverses et originales, Sylvène Édouard propose une biographie du corps de la reine pour démontrer qu'il fut un et politique. En soulignant l'importance du langage des signes corporels dans les cours de France et d'Espagne à la fin de la Renaissance, le sujet se déplace d'une cour à l'autre, où les cultures du corps furent différentes, au point de devenir des frontières symboliques entre ces " nations ".
Les signes éloquents du corps majestueux de la reine et son devoir d'enfanter un héritier révèlent aussi, de son baptême à sa mort, une pratique du don, celui de ces corps princiers qui furent éduqués pour se donner pleinement à leur dignité (résumé Decitre à retrouver ici)
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26/06/2009

La cigale et la fourmi d'aujourd'hui

La Cigale, ayant boursicoté
Tant et tant de décennies et d'années,

Se trouva effarée, fort dépourvue
Quand la crise redoutée fut venue :

Pas un seul petit, tout petit morceau
D'actif, de titre sains, de free cash flow

À grever de si juteux intérêts.
Elle se trouvait bien fort embarrassée.

Elle alla crier misère et famine
Chez la Fourmi patronne et voisine,

Exigeant hypothèque pour accorder
Tout prêt, contracté afin d'embaucher

(Sotte idée), jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous en saurai bien gré, lui dit-elle,

Foi de financier filou, cannibale,
Je garderai intérêt, principal. "

La petite Fourmi peu hasardeuse :
(Et c'est là le plus grand de ses défauts)
Que faisiez-vous, s'il vous plaît, au temps chaud ?
Demanda t-elle à cette prêteuse.

- Nuit et jour, sans cesse, à tout venant
Je spéculais, ne vous en déplaise.
- Vraiment, vous spéculiez ? J'en suis fort aise.
Eh! Riez, je licencie maintenant.

Sur le ton de la fable, voici ma tristesse. Après tant d'années à se battre pour survivre, embaucher, se développer, porter son projet, l'homme, et moi par la même occasion, sommes les otages des banques, qui bien avant la crise, refusaient de prêter à des conditions honnêtes pour financer des embauches. Des conditions honnêtes c'est quand nous ne sommes pas obligés de faire de nos biens personnels des garanties pour un emprunt. L'unique but de cet emprunt est de développer le personnel de l'entreprise, pour répondre à la demande ces clients. Ce qui nous éviterait de couler... Si on coule, il ne touchera pas d'assedics, et on verrait nos biens être vendus pour satisfaire la banque.

Notez que pour des emprunts destinés à du matériel, les banques sont beaucoup plus arrangeantes, persuadées des pouvoir réupérer le matériel en cas de faillite. Ce qui est idiot, la valeur de revente n'étant pas semblable à celle de la vente initiale. Mais passons. La connaissance de la gestion d'une entreprise est tellement bien maîtrisée par les banquiers, que le nôtre n'a même pas osé nous dire que le dossier d'emprunt n'avait même pas été constitué, car il sait que le siège (le patron du banquier) ne le regardera même pas... Sauf que savoir est essentiel pour trouver au plus vite une autre solution.

Sérieusement, mon pauvre monsieur, vous voulez embaucher ? Mais quelle idée ! Laissez-nous donc continuer à magouiller nos actifs pourris... Sinon, vous pouvez vous adresser à des financiers. Comment ? Ils s'en f*** de l'avenir de vos employés ? Quand ils auront fait main basse sur la direction de l'entreprise, ils la pressureront avant de lui faire déposer le bilan ? Et alors, qu'est-ce que vous voulez que ça nous fasse, à nous les banquiers ?

Quand je disais qu'il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de l'économie, depuis que les banquiers ne sont plus commerçants...

PS : il va de soi que je parle des patrons de PME, et pas de ceux qui collectionnent les golden hello et autres parachutes dorés, que ne connaissent pas les "petits patrons".

PS 2 : pour remonter mon moral, toujours pas de proposition de poste pour moi pour la rentrée prochaine... Pensons à autre chose, pensons à autre chose, fuyons, fuyons...
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18/06/2009

"Racisme socio-économique" vous avez dit ?

En écoutant là-bas si j'y suis - pour une fois que je bosse à la maison - je suis restée aterrée par la naïveté de quelques personnes au cerveau pourri d'idéologie, journalistes, enseignants, ou autre qui causaient dans le poste. En gros il était question de la société de la région de Roubais, "grandes familles" et "familles d'ouvriers" au XXe siècle. Comment les "grandes familles" ont construit leur fortune, la raison d'être de leur politique sociale, leur capitalisme qui les a poussé à délocaliser, et à s'installer en Beligique plutôt qu'en France parce qu'en Belgique il n'y a pas d'ISF.
Et évidemment il y a eu un couplet de dénonciation du "racisme socio-économique" dont souffrent les jeunes issus de ces familles ouvrières. Parce qu'ils sont de milieux pauvres économiquement, ils sont stigmatisés, et c'est à cause de cela qu'ils peinent dans la vie.

Mais est-ce que ceux qui affirment cela ont connu cette vie "pauvre" ?! Au nom de quoi font-ils le lien entre pauvreté et difficulté d'insertion sociale ?! Non ils affirment! J'ai grandi dans une famille "nombreuse" (et pas seulement nombreuse sur les critères actuels, soit "trois enfants", non plus nombreuse que cela). Avec un seul salaire, niveau SMIC ou à peine plus, mes parents ne nous parlaient jamais argent, et les allocations familliales pour tenir. Le jardin et quelques animaux de basse-cour, il est vrai, étaient essentiels.
Aucun d'entre nous n'est devenu délinquant, aucun n'a franchi la ligne rouge du mot sur le carnet pour indiscipline, il ne vallait mieux pas, si l'on tenait au bon état de nos abbattis.
Mais quand donc ces analystes à la noix comprendront-ils que ce qui détruit un môme c'est l'absence d'apprentissage des règles sociales, l'absence de suivi dans l'éducation ? Les parents qui n'y arrivent pas avec leurs mômes peuvent avoir de bonnes raisons, dépression, la tête qui explose avec tous les soucis financiers, n'avoir jamais su comment faire, être partagé entre trop d'amour et l'exigence de la sévérité minimale que nécessite l'éducation.
Et si on arrêtait de généraliser, si on traitait au cas par cas, ce serait bien, aussi...Entre la démagogie d'accuser ces mômes d'être toujours des délinquants et la manie de toujours les excuser, il y a peut-être un milieu, non ?
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