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Une envie de livres ?

19/03/2009

Au hit parade du slogan stupide...

Comme vous l'avez vu, je n'ai pas été courageuse... Du tout. À ma décharge, le festival du recrutement des enseignants temporaires des universités a commencé, chaque université ouvrant sa campagne de recrutement quand ça lui chante, demande les pièces qui lui chantent, de remplir des dossiers dans des formats informatiques aussi divers et variés que possible. Évidemment aucune centralisation du bazard.

Aussi, je suis prise par la recherche des dates de recrutement, les photocopies de pièces justificatives, la mise à jour du cv, la recherche des bonnes formules pour la lettre de motivation. Très très motivée, il faut que je décroche un poste ou bien je sais ce qui m'attend, un poste dans le secondaire, enfin, 18 heures de cours par semaine au fin fond de la province, très loin de mon mari, à passer mes soirées dans une piaule de location, bouffant mon salaire en aller-retours vers la capitale. Et tout ça pour être remplaçante titulaire sur deux ou trois établissement, dont une ZEP et autres établissements sympas. Quand à la thèse elle passera à la trape.

Vous me direz, le rapprochement de conjoint, ce n'est pas fait pour les chiens.

Sauf que c'est bien pour un conjoint qui a un contrat de travail. Moins bien pour quelqu'un en profession libérale, qui au gré de la conjoncture économique, peut envisager d'embaucher pour développer l'activité à Paris, pour aller quand à lui, rejoindre ses salariés travaillant à l'heure actuelle en province. Ou bien lorsque la conjoncture est mauvaise, peut être contraint de rester finalement traiter la clientèle parisienne, faute de pouvoir embaucher.
En attendant, j'ai été mutée là où l'on pensait s'installer. Pas de bol. Donc j'attends que l'avenir se stabilise, j'attends d'avoir aussi assez de points pour pouvoir demander une nouvelle mutation.

Bref.

Alors pour tenir ma promesse quand même, voici mon commentaire (bougon) sur ce stupide slogan qui fleurit sur les murs "Le savoir n'est pas une marchandise!". Je ne sais pas quel esprit lumineux est l'auteur de cette vaste rigolade, mais j'espère pour l'honneur de l'université, qu'il n'y travaille pas.

J'ai bien ri de cette formule. Le savoir n'est pas une marchandise. Ben dans ce cas les gars (/ les filles) faudra penser à renoncer :

- à vos droits d'auteurs sur toutes vos publications (même si ça ne fait pas vivre, des publications scientifiques, on sait!), du manuel aux actes de colloques, en passant par les articles dans les revues scientifiques

- à votre salaire, parce que vous diffusez du savoir en cours, non ? Vous passez aussi votre temps de recherche à faire progresser le savoir, non ?

- à votre tranquilité : je suppose que vous ne paierez plus les logiciels dauberies-windosiennes que vous utilisez, les livres que vous prélèverez sur les étagères de votre libraire préféré, ni votre redevance tv/radio. Ce qui fait que vous pourriez être amenés les prochains mois à parler avec des huissiers et à jouer au chat et à la souris avec les vigiles. Si, si.


Comme si l'université avait le monopole du savoir. Autant de nombrilisme, ça me sidère. C'est peut-être mon mauvais esprit qui me fait dérailler, mais ce genre de formule ça me fait penser à une anecdote familiale. Le grand-père de mon mari, issu d'une province orientale, égaré en Bretagne, en plein pardon, assista aux prières habituelles, se terminant par un vibrant "Que Dieu bénisse la Bretagne et les Bretons!". Ledit grand-père, sans se démonter, le sourcil pas aimable, se serait levé et aurait fait d'une voix non moins vibrante "Et MEEEEEEEEEERDE POUR LES AUTRES!". Fermez le ban, ya rien à voir...


Merde pour ceux qui se décarcasse pour vendre du savoir qui améliore votre vie quotidienne et y trouver leur gagne-pain.

Je sais qu'un slogan, ça doit être court et claquer au vent. Mais pas à celui de la bêtise.

Autant les pins "Je lis la princesse de Clèves", ça, c'est savoureux. Autant là... "le savoir n'est pas une marchandise", c'est pathétique. Quand à ce que l'université soit rentable, je ne vois pas le problème. Rentabilité ne veut pas forcément dire inhumanité(s). Moi qui croyait qu'être un intellectuel, c'était savoir faire preuve de nuance. Voilà une illusion de moins.
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11/03/2009

Trop d'archives tue l'archive


Vendredi, jour de trouvaille. Fabuleuse, la trouvaille. Pour la deuxième fois j'ai mis la main sur un registre qui a été mal indexé (héhé...) et du coup totalement ignoré jusqu'ici. C'est le truc qui fait monter un chercheur au paradis en trois secondes, montre en main.

Si un jour vous allez dans un centre d'archives, et que vous ne voyez que des visages ronchons ou concentrés, et puis tout d'un coup un type ou un typesse qui se dandine sur sa chaise, avec un grand sourire qui lui traverse la face, ça, c'est un chercheur (en lettres, histoire, ou autre, je ne suis pas toujours sectaire) qui a trouvé. N'en déplaise au grand Charles et son mot pas gentil sur les chercheurs.

Ouais. Jusqu'au moment où on tente d'informer le conservateur du trésor qui se trouve "là, ici, j'vous jure, c'est fabuleux!". Je vous rassure ce n'est pas comme cela que je me suis exprimée. J'ai été très correcte, mentionnant une erreur d'indexation, un ouvrage très rare, ils ont tous été détruits à la Révolution, volontairement, et là, on ne devrait pas en toute logique, avoir conservé celui-ci mais, voilà, il est là, intact. Sur le millier de registres de cette sorte qui a été mis au pillon dans les années 1790, il en reste environ une dizaine, réchappés, Zeus seul sait comment.

Eh bien, j'ai fait un bide. De chez bide. On m'a dit "Blabla chère Madame, la réserve c'est pour la Bible ornée d'or et de pourpre de Machin-Bidulle IV dit le Gros, mais vous savez on a des milliers de registres ici, alors, vous comprenez, on ne peut pas classer celui-ci, patati etc". Ce qui m'a légèrement mis en rogne.
J'ai failli lui balancer "Mais chère Madame, vous savez qu'à Simancas [archives de l'État, en Espagne, qui n'ont pas connu de désastre comparable à notre Révolution ] ils ont incomparablement plus d'archives que vous, et ça ne les empêche pas de fonctionner...

De la même façon, les contrats d'une princesse très connue et popularisée par Dumas partent en miettes aux Archives nationales, et soit on tombe sur un conservateur qui s'en tape (pardonnez le vocabulaire mais c'est exactement ça) soit on tombe sur un qui ouvre de grands yeux et vous tend aussitôt le formulaire pour demander à ce que l'archive soit numérisée en urgence et désormais incommunicable.

Voilà comment être très heureuse et de très mauvaise humeur, en trois secondes...
Si je suis courageuse demain, je vous dirai tout le mal que je pense du slogan "Le savoir n'est pas une marchandise..." que l'on voit fleurir sur les murs à l'occasion des manifs du supérieur.
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04/03/2009

100 000 pesos pour poser une bombe

Comme je suis une grosse feignasse, moi aussi, pas moyen de trouver le temps d'un billet ces derniers jours. Pourtant...

Entendu dimanche, pour la énième fois LE truc qui me fait râler, bougonner, grommeler, grogner et j'en passe. Cette manie qu'ont nombre de journalistes et autres personnages adeptes de la formule qui fait mouche et plouf, de balancer, à chaque fois qu'ils avancent une somme d'argent en monnaie étrangère, de donner la valeur convertie en euros, francs, brouzoufs.

Ce qui dimanche dans le poste a donné "En Colombie, des enfants sont payés 100 000 euros soit 30 euros, pour poser des bombes". Ce qui ne veut rien dire. Mais c'est tellement habituel, ce genre de procédé. Parce qu'avec 100 000 pesos en Colombie en février 2009, on "tient" dix jours, vingt repas (et encore je ne suis pas sûre qu'un gamin pauvre mange correctement tous les jours, à raison de deux repas par jour). Prix du repas qui vaut ce qu'elle vaut, pêchée sur un site de routards. Quoiqu'il en soit un journaliste capable de convertir 100 000 pesos en 30 euros doit pouvoir donner une idée du coût de la vie, et de ce que l'on peut faire avec cette somme sur place. On est bien d'accord que vendre sa vie pour vingt jours de survie... Même pour cent, ou mille, il n'y a pas de mots pour cela.

Estimer la valeur d'une somme d'argent non en la convertissant en euros mais en évaluant ce que l'on peut faire avec cette somme au même moment, au même endroit, est un des principes du métier d'historien. Si je vous dis que la livre de beurre est passée de 3 livres tournois (monnaie de compte du XVIe siècle) à 12 livres tournois, entre 1585 et 1592, cela vous donne une idée de l'évolution des prix (à modérer par la variation de valeur de la livre tournois au fil du temps). Mais si je vous dis qu'un curé touchait en moyenne 200 livres tournois par an, autant qu'un manouvrier chargé de famille, pour vivre, cela vous donne une idée de la cherté liée aux troubles politiques... Alors que si je traduisais en euro, cela ne signifierait rien.

Plus près d'ici. Enfin non, disons plus près de nos oreilles, ces derniers temps. Le Comité contre la profitation demande deux cents euros par mois d'augmentation de salaire. Le secrétaire d'État chargé de l'outre-mer prend rendez-vous pour discuter des marges des principaux distributeurs. Là aussi ça a fait pschiit. Parce que son supérieur est intervenu, et qu'il a désormais été question de négocier avec le patronat pour augmenter les salaires. 50 euros la première année, 200 euros au bout de deux ans.

Sauf que. Sauf que ce sont 50 euros net, soit 100 euros bruts. Bon je vais être gentille, disons 75 euros chargés. 200 euros nets, font 400 euros, disons 350 euros chargés. Par mois.

Donc par employé par an, une entreprise devra sortir 4200 euros.
Pour une PME de 500 employés : 2 100 000 euros.
Pour une PME de 250 employés : 1 050 000 euros.
Pour une PME de 50 employés : 210 000 euros.

Mais c'est bien connu, les patrons c'est comme les cochons et leurs caisses sont pleines, ils peuvent bien faire ça. Mouarf. Humour (noir).

(rassurez-vous, pour ma thèse, je n'applique pas de pourcentages à la louche... la louche je ne l'utilise qu'ici, mais c'est toujours pratique une louche)
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01/03/2009

Brève introduction à l'histoire politique (2)

Pour comprendre l'influence du marxisme sur l'historiographie du XXe siècle, il faut revenir quelques instants sur les principes du marxisme.

"L'Histoire de toute société jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte des classes. Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot : oppresseurs et opprimés, se sont trouvés en constante opposition; ils ont mené une lutte sans répit, tantôt déguisée, tantôt ouverte, qui chaque fois finissait soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la ruine des diverses classes en lutte.

Aux époques historiques anciennes, nous trouvons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une hiérarchie variée de positions sociales. Dans la Rome antique, nous avons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves ; au Moyen Âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres, des compagnons, des serfs ; et, dans presque chacune de ces classes, de nouvelles divisions hiérarchiques.

La société bourgeoise moderne, qui est issue des ruines de la société féodale, n'a pas surmonté les vieux antagonismes de classes. Elle a mis en place des classes nouvelles, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte.

Toutefois, notre époque – l'époque de la bourgeoisie – se distingue des autres par un trait particulier : elle a simplifié les antagonismes de classes. De plus en plus, la société se divise en deux grands camps ennemis, en deux grandes classes qui s'affrontent directement : la bourgeoisie et le prolétariat.
Les citoyens hors barrière des premières villes sont issus des serfs du Moyen Âge ; c'est parmi eux que se sont formés les derniers éléments de la bourgeoisie.

La découverte de l'Amérique, la circumnavigation de l'Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d'action. Les marchés des Indes orientales et de la Chine, la colonisation de l'Amérique, les échanges avec les colonies, l'accroissement des moyens d'échange et des marchandises en général donnèrent au commerce, à la navigation, à l'industrie un essor inconnu jusqu'alors ; du même coup, ils hâtèrent le développement de l'élément révolutionnaire au sein d'une société féodale en décomposition.

L'ancien mode de production, féodal ou corporatif, ne suffisait pas aux besoins qui augmentaient en même temps que les nouveaux marchés. La manufacture vint le remplacer. Les maîtres de jurandes furent expulsés par les petits industriels ; la division du travail entre les diverses corporations disparut devant la division du travail au sein même des ateliers.

Cependant les marchés ne cessaient de s'étendre, les besoins de s'accroître. La manufacture devint bientôt insuffisante, elle aussi. Alors la vapeur et les machines vinrent révolutionner la production industrielle. La manufacture dut céder la place à la grande industrie moderne et les petits industriels se trouvèrent détrônés par les millionnaires de l'industrie, chefs d'armées industrielles – les bourgeois modernes.

La grande industrie a fait naître le marché mondial, que la découverte de l'Amérique avait préparé. Le marché mondial a donné une impulsion énorme au commerce, à la navigation, aux voies de communication. En retour, ce développement a entraîné l'essor de l'industrie. À mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer prirent de l'extension, la bourgeoisie s'épanouissait, multipliant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan toutes les classes léguées par le Moyen Âge." (Marx Karl et Engels Friedrich, (1965), Manifeste du parti communiste, trad. fr., in Œuvres, Économie l, Paris, Gallimard, p. 161-163 (1ère éd. 1848))

Marx et Engels ont présenté dans cet ouvrage leur vision de l'histoire. Depuis les années 1840, la connaissance historique a beaucoup évolué. On fait bien la distinction entre système féodal et système seigneurial (en l'occurence les auteurs désignaient non le système féodal mais le système seigneurial), et bien des historiens de la première moitié du XXe siècle, marxistes convaincus ont tenté de retrouver la vision de Marx et Engels dans les archives et tous les documents utiles pour les historiens.

En 1959, Roland Mousnier (1907-1993), un des plus fameux historiens du XXe siècle, mais non marxiste, écrivait ainsi "Pour certains historiens, le problème [de l'origine sociale de ceux qui, au nom du roi, exercent la fonction publique] est résolu. Ainsi, le bon historien russe Porschnev estime que le "plus pur moyen-âge féodal" règne dans l'économie française du XVIIe siècle que la noblesse foncière "féodale" détient la prépondérance économique et sociale et que l'État "féodalo-absolutiste" est son instrument pour tenir en respect les classes exploitées, paysans et plébéiens des villes."
Il faut préciser que Mousnier n'appartenait ni à l'école des Annales, ni au courant marxiste, et même qu'une polémique célèbre l'opposa audit Porschnew... Pourtant on peut prendre l'exemple d'Emmanuel Leroy Ladurie, qui, dans les premières pages de son Paysans du Languedoc, expliquait s'être rendu compte de l'incapacité du schéma marxiste de l'histoire à expliquer le déroulement de l'histoire.

"En 1955 Raymond Dugranet me parlait, pour la première fois, du compoix languedocien; et il me suggérait d'en entreprendre l'étude: les compoix, me dit-il, sont de vieilles matrices cadastrales, confectionnées seulement dans les régions de taille réelle. Les plus anciens d'entre eux remontent au XIVe siècle. Ils décrivent avec précision, en surface, nature et valeur, les biens des maîtres du sol. Ils rendent possible une histoire longue de la propriété; ils peuvent donc jeter une lumière décisive sur la conquête lointaine de la terre par le capital: autrement dit sur l'un des aspects essentiels de la naissance du capitalisme (...) la tâche paraissait lourde (...) mais j'étais fasciné par les origines du capitalisme. Je décidais de suivre les conseils de mon ami. Les premiers résultats ne trompèrent pas mon attente: et je trouvais d'abord dans les compoix, exactement ce que j'y cherchais; à savoir l'action classique des rassembleurs de terre capitalistes, déjà décrite par Lucien Febvre, Marc Bloch (et tant d'autres) Peu à peu cependant, mes belles certitudes me parurent nullement inexactes mais insuffisantes (...) mon enquête s'étendait, dans le plat pays, bien loin des petites villes rassembleuses. Et des phénomènes nouveaux -aberrants par rapport au schéma traditionnel, à l'hypothèse de travail initiale - sollicitaient mon attention. Le processus de concentration perdait sa simplicité linéaire". Il décrit ainsi qu'il a découvert des vagues successives de déconcentration puis de concentration de la propriété; et quand il y a concentration, c'est au profit de la micro-propriété paysanne.

"C'était la mésaventure classique; j'avais voulu m'emparer d'un document, pour y déchiffrer les certitudes de ma jeunesse; et c'était le document qui s'étaient emparé de moi, et qui m'avait insufflé ses rythmes, sa chronologie, sa vérité particulière. Les présuppositions initiales avaient été stimulantes; elles étaient maintenant dépassées". (E. Le Roy Ladurie, Les paysans du Languedoc, p. 5-6, Champs Flammarion, 1969.)

Je crois que cette formule ( "Les présuppositions initiales avaient été stimulantes; elles étaient maintenant dépassées") résume très bien les mouvements d'idées qui portent les uns après les autres l'écriture de tout étude scientifique. Dans le cas du marxisme, celui-ci a beaucoup contribué à la naissance de l'histoire sociale, de l'histoire économique, statistique. Il a provoqué un fort engouement pour l'histoire des masses, et condamné par là-même l'histoire des grands personnages, de la biographie d'hommes célèbres. Avant que ce genre, goûté du public ne revienne en force...





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28/02/2009

Delenda est Carthago!


Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais cette phrase m'est plus chère que "Marignan? 1515!". Je me souviens de mes cours de latin, et de ce bouquin de mythologie que je sortais le soir, au lieu de faire mes devoirs, quand j'étais au collège.
Je me souviens de ce que l'on nous racontait à propos de Caton l'Ancien, qui achevait chacun de ses discours au Sénat par cette formule. Je n'ai pas le souvenir de professeur éblouissant en latin (de bons professeurs, c'est déjà ça), mais ces années de latin, un peu pensum (oui je sais mais c'était trop tentant...), il faut l'avouer sur le moment, ont été un bonheur.

Dommage que j'ai cessé de travailler sérieusement le latin en fin de 3e, je m'en mords chaque jour les doigts, face à mes archives, bénissant le Ciel qu'en 1539 le roi ait ordonné que tous les actes officiels soient rédigés en français, et suppliant le même Ciel de ne pas tomber sur les papiers d'un clerc récalcitrant.

Malgré mes lacunes très nombreuses, j'en ai gardé le goût des mots. La découverte d'une façon d'écrire la poésie tout à faire différente de notre poésie française. Je me souviens du rythme des phrases (notre prof préparait l'agrégation, autant vous dire que cela nous donnait droit à des miettes délicieuses de son savoir)...

Parmi les grandes dames de mon Panthéon personnel, il y a, à côté de Germaine Tillion, Marc Bloch et quelques autres, Jacqueline de Romilly, éternels tous pour moi. Même si je ne suis absolument pas pressée de voir Madame de Romilly nous quitter !

Alors je n'avais pas prévu de faire de billet ce soir, mais ayant découvert cet article qui vaut son pesant de cacahuètes, je ne pouvais le laisser passer, vous voici donc invités à le découvrir : Chroniques scolaires 1 : L’agonie du latin et du grec dans l’enseignement public ! sur Agora Vox

Je me disais aussi, en interrogeant les étudiants : "Mazette! Deux sur Vingt-cinq ont des notions de latin? Et encore quand je dis notion... Mais... cette matière a disparu ou quoi?" Je leur demandais simplement de traduire une formule toute simple, issue des rogations du Moyen-Âge, "A peste bello et fame, libera nos Domine!" Pas du genre compliqué, pourtant. Je ne leur demandais pas la traduction du Rerum Natura de Lucrèce. Même pas.


Donc, à lire, à faire circuler, pour que ce sujet prenne sa place sous les projecteurs ! Il va falloir relancer une pétition pour la défense du latin et du grec...

En cherchant l'image du blog, je me suis rappelée effectivement les concours de la meilleure affiche pour transmettre le goût du latin... Cette image est tiré du concours d'affiche visible sur le site de l'académie de Grenoble.
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24/02/2009

La BNF fait sa pub'

Allez voir, c'est intéressant, si vous ne la connaissez pas ou si vous vous intéressez à cet espèce bizarre, le "chercheur"...

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23/02/2009

Colette Beaune et l'histoire de Jeanne d'Arc

Portrait de Jeanne d'Arc Miniature sur parchemin, XVe siècle

Brève pas saugrenue de la soirée, cette formule de Colette Beaune aujourd'hui, sur 2000 ans d'histoire, "peu importe que les voix de Jeanne d'Arc aient été fausses ou vraies, tout le monde a tenu l'existence de ces voix pour probable, à son époque, que ces voix soient fausses ou vraies n'a aucune importance".
Voilà. Tout est dit. On entendrait presque résonner la voix de Marc Bloch : "Le satanique ennemi de la véritable histoire ? La manie du jugement!" Chercher à comprendre, voilà le métier d'historien, magnifiquement appliqué par Colette Beaune.

À lire :
Beaune, Colette, Jeanne d'Arc, vérité et légendes, Paris, Perrin, 2008.


Jeanne, la petite bergère de Domrémy... Une putain doublée d'une sorcière... Fille cachée du roi, elle ne serait pas morte sur le bûcher à Rouen en 1431... La médiéviste Colette Beaune est en colère ! Peut-on laisser tout écrire au prétexte que la " grande " histoire serait parfois trop complexe, ou pas assez " folklorique " ? Dans un livre court, incisif, et avec beaucoup d'humour, l'historienne bat en brèche les nombreuses légendes qui circulent encore aujourd'hui sur la plus célèbre de nos grandes figures françaises.


A propos de l'auteur :

Historienne du Moyen Age, Colette Beaune est professeur émérite à l'université de Paris X. Elle a notamment publié Naissance de la nation France (un véritable bijou dont il faudra que je vous parle un jour) et Le journal d'un bourgeois de Paris. Sa biographie Jeanne d'Arc a reçu le prix du Sénat du meilleur livre d'histoire.

Émission à écouter ici.


Moi, je vais garder cette phrase-là comme un trésor: "Je ne pense pas qu'il doive y avoir une histoire pour les universitaires, sérieuse et incompréhensible que l'on ferait d'un côté et puis une histoire tout à fait simple où l'on abandonnerait à ceux dont le métier n'est pas d'être historien et le grand public n'aurait pas droit à une vraie histoire". Tout est dit.

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Les Zamet, la finance et le commerce

L'autre jour, je suis tombée sur un document très drôle: une présentation des finances de la France dans les années 1600, égarée entre contrats de mariage princiers et testaments, également princier. Comme ça, ce n'est pas drôle. Mais c'était avec des accents lyriques tels, les finances comparées au nerf de la guerre, non, précisait l'auteur (anonyme), mieux, au sang, qui est une des meilleures parts du corps, etc etc. Un comptable lyrique. Il faut remonter au XVIe siècle pour voir ça.
Mais ça rappelait aussi les créanciers du roi de France, dont les banquiers, les éternels Zamet et cie. Or les Zamet étaient comme les principaux banquiers de la fin du Moyen-Âge et du XVIe siècle, aussi marchands, spécialisés généralement en produits de luxe (marchands de draps de soie, d'or, d'argent qu'ils importaient souvent de leur patrie d'origine, l'Italie). Vu l'état des finances de l'État vers le milieu des années 1590, je crois qu'aucun banquier actuel n'aurait prêté un denier au roi. Les Zamet l'ont fait. Naturellement ils ont pris de solides garanties.

Samedi visite chez le torréfacteur. Qui nous a parlé de ses misères avec les banquiers, le genre de sujet qui convient très bien à mon compagnon. Lorsqu'il a ouvert sa boutique, notre torréfacteur, en 1984, aucune banque n'a voulu financer l'achat de sa boutique. Il a emprunté de l'argent à son entourage pour l'essentiel. Il a travaillé comme un fou, six jours sur sept pendant dix ans pour rembourser.
Vingt-quatre ans plus tard, il est toujours-là, ça marche moins bien, parce que les clients achètent souvent leur café au supermarché, pour le même prix, mais peu importe. Et les banques où il n'est pas client refusent à l'occasion de lui faire de la monnaie quand sa caisse se vide avant la fin de la journée. Et quand il refait ses stocks de café, naturellement, ses comptes sont dans le rouge. Mais sa banque (enfin la deuxième, la moins mauvaise qu'il a trouvé) n'a toujours pas compris que c'était normal, c'était compensé par les ventes qui suivaient.

Je me demande s'il n'y a pas quelque chose de pourri au royaume de la finance, depuis que les financiers ne sont plus commerçants.
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21/02/2009

Les bibliothèques d'Umberto Eco

Ce type est fou, complètement fou, mais tout à la fois génial, au sens propre. J'ai trouvé par hasard aujourd'hui ce petit bijou : le De bibliotheca d'Umberto Eco.


Si vous ne le connaissez pas, allez lire, c'est tout Umberto Eco. Et quand on a l'habitude de fréquenter les bibliothèques, c'est un peu une consolation de savoir que l'on n'est pas seul à aimer autant ces endroits-là, à avoir autant d'idées étranges... Sa description de la pire bibliothèque qui soit est un chef d'oeuvre d'inventivité. Hélas cela me fait penser à certaines bibliothèques françaises, hum hum...

Mais sa bibliothèque idéale, où l'on veut se promener de rayons en rayons me rappelle celle où j'ai fait mes études. Le paradis sur terre, mon jardin des délices. J'ai dû cependant attendre Sainte-Geneviève pour connaître la bibliothèque ouverte jusqu'à 22 h 00. Hélas quasi tous les ouvrages sont en magasin...

Quand aura-t-on en France un ministre de la recherche qui ait cette expérience de la recherche et des bibliothèques ? Umberto Eco ministre de la recherche en France ou même mieux, en Europe. Rêvons un peu...
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14/02/2009

Brève introduction à l'histoire politique (1)

Parce que je songe aux grandes biographies qui vont venir rejoindre les premiers basiques sur les rayons de la bibliothèque, voici de quoi patienter.

A l'instar de l'histoire diplomatique et de l' histoire militaire , certains thèmes traditionnels d'histoire politique ont connu un regain d'intérêt ces dernières années, sans doute sous l'influence de relations internationales instables. Avec le genre biographique, ces domaines historiques ont toujours eu la faveur du public.


Forme la plus ancienne de l'historiographie, l'histoire politique a polarisé l'attention des historiens occidentaux depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIIe s.
Raconter l'histoire nationale, a été l'objectif des auteurs grecs (Hérodote avec l'histoire des Guerres médiques, Thucydide et sa guerre du Péloponnèse, Polybe et ses Histoires qui portent sur les guerres puniques). Elle l'a été tout autant des auteurs latins : Tite-Live, Tacite s'emploient à retracer l'histoire de Rome, ou celle des empereurs. C'est encore l'objectif des historiens du Moyen Âge: deux exemples entre tous: l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours et la Vie de Charlemagne d'Eginhard. Dans tous ses cas, les auteurs sont convaincus qu'ils retracent l'histoire d'une nation extrêmement prestigieuse, la leur.

L'idéologie, une certaine vision du monde ont toujours profondément influencé le regard des historiens.

Lorsqu'au XIXe s. l' histoire fut introduite dans les universités européennes comme une discipline autonome, elle se concentra sur l'étude de la politique des Etats, des gouvernements et des institutions et, par conséquent, sur les actions des "grands hommes". La notion même d'histoire politique aurait été ressentie à l'époque comme une tautologie, puisque l'approche politique était considérée comme la seule manière sensée d'aborder l'histoire.


L'histoire politique accordait au XIXe siècle une grande place aux guerres. Preuve de cette prédominance écrasante, la formule d'Hegel, selon laquelle "les périodes de paix sont les pages blanches de l'histoire".

Ce n'est que dans la seconde moitié du XXe s. que s'imposa la conviction que l'histoire politique n'était qu'une parmi de nombreuses autres approches du passé, puisque l'histoire, doit considérer la totalité de l'action humaine.
S'efforçant d'élargir son champ d'études, elle n'examine plus seulement la pensée et l'action des élites politiques et militaires, mais aussi le contexte économique, le modèle socioculturel dominant, les échanges d'informations, les contraintes administratives ou les expressions symboliques et rituelles du pouvoir.

Elle recourt à des échanges avec l' histoire culturelle, économique et sociale. Bref, elle s'ouvre à l'universel.

Mais avant d'en arriver là, la pratique historique du XIXe siècle a été profondément et même essentiellent orientée, partisane.
Un historien, Camille Jullian écrivait en 1897: "L'histoire naquit à nouveau, non pas du paisible travail de cabinet, mais de la lutte des partis."



C'est en effet sur le terrain privilégié de l'histoire que se sont engagés les âpres combats qui mettaient aux prises conservateurs et libéraux, cléricaux et anticléricaux. Tous, au XIXe siècle, en appellent au passé pour légitimer leurs opinions.
Un exemple, celui de la Révolution française: aux contre-révolutionnaires pour
qui la Révolution est un complot (thèse de Barruel) ou un châtiment divin (Joseph de Maistre), s'opposent les libéraux qui insistent sur les apports de la Révolution, de laquelles sont nées les libertés. Au mieux, on gomme, on minimise tel ou tel aspect défavorable, comme la Terreur.


D'ailleurs cette imbrication étroite de la politique et de l'histoire s'incarne même en la personne d'Augustin Thierry comme en celle de Guizot qui font oeuvre à la fois de politiciens et d'historiens. C'est clairement ce que confesse Augustin Thierry dans les "Lettres sur l'histoire de France".



La défaite de Sedan (1870) a bcp joué dans le développement de mythes nationaux -- voir l'essai sur le règne de Philippe-Auguste --, l'histoire devait servir à alimenter le culte national.



La IIIe République a fait de la Révolution le fondement de son régime. Une chaire d'histoire de la Révolution française est créée en 1898. Les marxistes commencent à donner leur vision de l'histoire: pour Albert Soboul, la Révolution marque le passage du féodalisme au capitalisme.

Le marxisme a joué un rôle essentiel dans l'historiographie du XXe siècle. Il a conduit beaucoup d'historiens à s'intéresser bien plus aux masses qu'aux "grands hommes".

PS: je ne parle plus réforme mais j'y pense. Je crois même que j'ai des idées qui me travaillent, vu comme je cherche des dérivatifs avec ce remplissage de la bibliothèque et ces billets sur l'histoire politique.
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